[ Addiction ]
Simple témoignage.

#1 
Casca18 homme
Nouveau membre France
Aujourd'hui à 02:06
Bonjour à tous,

Étant nouveau membre ici, malgré plusieurs années à parcourir les pages de ce forum, je me présente.

J’ai 19 ans, et je suis dépendant aux opiacés.

Si j’écris ici aujourd’hui, c’est principalement pour partager mon témoignage à quiconque le lira.

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours été fasciné par les drogues et la chimie qui les entoure. J’ai grandi dans un environnement (je pense très malsain) où la drogue était le centre de tout, et je m’en suis malheureusement rendu compte très tôt.

Vers mes 13 ans, comme beaucoup, j’ai commencé à fumer. De fil en aiguille, je me suis intéressé aux autres produits communs que je connaissais déjà.

Vers mes 14 ans est venue ma première expérience avec les opiacés : codéine, tramadol, etc.

Ce fut une révélation pour moi, c’est tout ce que j’avais toujours cherché, tout ce dont j’avais toujours désiré. À 15 ans, je savais déjà que les opiacés seraient partie intégrante du reste de ma vie. Comme beaucoup, j’ai cru pouvoir faire attention, « gérer », comme on dit. Malheureusement, la vie que je menais me faisait plonger dedans la tête en avant. Quand le tramadol ne faisait plus d’effet, j’ai découvert l’oxycodone : le pied, l’Eden sur Terre, ou l’enfer ?

À 16 ans, première consommation d’héroïne, entouré de personnes bien plus âgées que moi, me troquant quelques grammes contre la coke que je vendais. Depuis ce jour-là, depuis ma première injection, je ne m’en suis jamais séparé. Tous les jours de ma vie, depuis ce jour-là, ne se résument qu’à fantasmer la défonce, à ne penser qu’à ça. On construit sa vie autour d’elle, nos habitudes, nos journées, nos proches, nos amis.

Aujourd’hui, à 19 ans, j’ai l’impression d’être enfermé à tout jamais pour le reste de ma vie. Malgré plusieurs tentatives en vain, je n’ai jamais réussi à m’en séparer. L’héroïne me piège, ronge mes pensées, détruit toutes mes relations.

Aujourd’hui, à 19 ans, je n’ai plus contact avec aucun membre de ma famille, plus de nouvelles de mes 2 petits frères pourtant si jeunes qui m’ont vu dans des états horrifiques et désastreux. Je n’ai plus de vrais amis, mes relations sociales sont basées autour de la conso, remplies d’hypocrisie et de fausse empathie.

Je ne sais pas quoi faire, j’ai beau espérer la mort tous les jours, ce n’est même pas ça que je veux, je ne sais pas ce que je veux en fait, même m’en sortir me paraît inutile, ou infaisable.

Ma question est la suivante :

Suis-je le seul dans ce désespoir profond ?
Suis-je le seul à avoir piétiné mes rêves et à n’en avoir plus aucun, mis à part la drogue ?

Merci pour votre lecture.

Amicalement.

Hors ligne

 

#2 
Jessiemabrune femme
Nouveau Psycho French Polynesia
Aujourd'hui à 03:24
Salut Casca18,

Ton témoignage m'a prit à la gorge.

Pas parce que mon vécu est identique au tien, mais parce qu'il y a suffisamment d'éléments qui me sont tournés dans la tête à un moment où à un autre.

Ce fut une révélation pour moi, c’est tout ce que j’avais toujours cherché, tout ce dont j’avais toujours désiré. À 15 ans, je savais déjà que les opiacés seraient partie intégrante du reste de ma vie.

Ouep, ça je vois.
Trop bien même.
Sauf que je n'avais pas 15 ans, mais 19, et ce n'était pas trama / codéine, mais héro.
La certitude que les opi m'accompagneraient tout au long de ma vie, sous une forme ou sous une autre.
À l'époque j'avais oscillé entre révélation extatique et terreur absolue.
(Ça remonte au début des années 2000.
Pour info : l'héro et moi sommes en stand-by depuis... Un peu plus de 18 ans maintenant et je contente de sessions trama pour pas mal de raisons que je ne développerai pas ici)

Je ne sais pas quoi faire, j’ai beau espérer la mort tous les jours, ce n’est même pas ça que je veux, je ne sais pas ce que je veux en fait, même m’en sortir me paraît inutile, ou infaisable.

Ça, je vois aussi.
Très bien.
Y renoncer définitivement ?
Hors de question en ce qui me concerne.
Ce que je peux te dire en revanche c'est que personnellement, j'ai trouvé une sorte d'équilibre.
Je profite d'autres plaisirs de la vie, même si les opi restent un élément essentiel pour moi, et ça fait du bien.
Un vrai bien.
Savourer un bon repas, un coucher de soleil, des trucs simples, des rencontres aussi.

Les rêves, ils meurent et ils naissent.
Tu dis que tu as piétiné les tiens, mais peut-être que d'autres t'attendent. En tout cas, c'est ce que je te souhaite.

Je me trompe peut-être et n'hésite pas à me corriger si je me plante, mais j'ai l'impression que tu es plutôt isolé, non ?
Si oui, ça pourrait peut-être être l'une des clés pour retrouver un certain plaisir à être en vie ?


Respecter quelqu'un, c'est l'accepter comme il est. Pas comme tu voudrais qu'il soit.

En ligne

 

#3 
Kaltor homme
Nouveau membre
Aujourd'hui à 08:12
Salut

Ton témoignage est touchant et terrible à la fois.

Tu as 19 ans. Tu as piétiné tes rêves. Ok.
Ça c'est un constat que tu dresses.
Et maintenant ? Est-ce que ce que tu as piétiné est irrattrapable ? Si oui, il peut être + rapide d'en faire le deuil plutôt que de culpabiliser. Plus rapide mais pas moins douloureux.

Tous les moments où tu penses avoir déconné : ils sont passés. Tu pourras culpabiliser autant que tu le voudras, c'est trop tard. C'est fait. Il y a des choses que tu pourras réparer, d'autres non.
La culpabilité, aussi élevée soit-elle, ne répare rien. Crois en ma longue expérience de type qui culpabilise à mort,  comme si souffrir suffisamment permettait de "réparer" quelque chose.

"Les souffrances sont des grâces" est une expression que j'avais entendu de la bouche d'un prêtre lors d'une célébration d'obsèques. Je pense qu'il a raison, mais uniquement pour ce qui le concerne. Qu'il souffre tant qu'il veut, mais qu'il laisse les autres faire ce qu'ils veulent, y compris ne pas souffrir.
Se sentir coupable, c'est bien devant un prêtre ou un juge. Pas pour vivre.

On a tous tendance à regarder derrière nous ce qu'on aurait pu faire de mieux. Alors qu'on devrait regarder ce qu'il est possible de faire pour supporter une existence.

La première fois que j'ai fumé, j'ai ressenti un truc: je voulais vivre comme ça. Ce calme et cette sérénité. Ne plus avoir peur. Ne plus scanner autour de moi si il y a une merde qui se prépare à me tomber dessus.

Si tu n'imagines pas ta vie sans opi, pourquoi te représenter tout de suite une vie dont tu ne veux pas ? Et préférer mourir qu'une vie sans ?
Ca peut ne pas être aussi binaire. Tu peux lire les témoignages de personnes qui vivent bien avec, qui vivent bien sans, mais aussi des personne en TSO qui gèrent alors qu'ils pensaient ne jamais pouvoir être sous TSO.
Et des gens qui ont totalement arrêté.

Ta solitude est tienne. Personne ne peut prendre ta place. Les autres sont seuls aussi, mais à leut façon. Tu peux décider d'essayer, avec ou sans aide, de te trouver des motivations pour "t'ouvrir" ?

J'ai l'impression que n'arrive pas à écrire de manière linéaire et que ce qui précède est juste un énorme fouillis.
C'est possible que ce soit vrai, c'est possible que ça soit faux, mais il est beaucoup plus probable que ce ne soit ni vrai ni faux; par exemple, certains trucs sont bien compréhensibles mais au milieu du fouillis.

Hors ligne

 

#4 
avatar
Agartha homme
Modérateur France
Aujourd'hui à 16:50

Casca18 a écrit

Ma question est la suivante :

Suis-je le seul dans ce désespoir profond ?
Suis-je le seul à avoir piétiné mes rêves et à n’en avoir plus aucun, mis à part la drogue ?

Merci pour votre lecture.

Je ne pense pas que tu sois la seul dans ce "désespoir profond", si cela peut te rassurer.

Quand tu dis que tu n'as plus de rêves "mis à part la drogue", qu'est-ce que tu veux dire ?

Tu dis n'avoir aucun contact avec ta famille, tu vies seul ? j'ai commencé à vivre loin de mes parents à 17 ans, et à 19 ans franchement j'étais encore une quiche, c'était finalement assez dur de vivre seul (le ménage, la bouffe, les courses, l'organisation, la maintenance, les cours, le travail, les relations sociales pas toujours faciles...). Je pense avec le recul que je sous estimais cela dans la prise en compte de mon bonheur, alors que ça influait beaucoup; en fait c'était une période full galère, et à l'époque j'utilisais les prods' comme une façon de survivre un peu, quelques fois. J'avais honte de me dire que j'avais hâte de finir les cours, le taffe ou peu importe pour rentrer chez moi et fumer un joint, prendre du trama, tiser...

J'ai l'impression que rien n'est insolvable dans la vie. Tu nous parles de galères, d'amis qui n'en sont pas vraiment, de désespoir... Et j'espère que parler ici te fera un peu de bien. Cela dit j'espère aussi que tu verras quelques fois que tout n'est pas définitif dans la vie, et perso j'ai des fois remarqué que les choses qui, je pensais, m'accablait étaient en fait des façons de survivre quelques fois...

Belle journée

Reputation de ce post
 
J’ai l’impression que rien n’est insolvable dans la vie. Tout est dit

Hearts of stone they shatter too, on cold floors in their rooms
God, my soul is crying too
With endless tears, it's bruised
Guess I am way too used to being greedily used

Hors ligne

 

#5 
silae homme
Adhérent PsychoACTIF France
Aujourd'hui à 22:05
Hello,
Ado et jeune adulte, je me défonçais sans limite, tout ce qui passait sous mon nez, je le consommais, sans m'arrêter, jusqu'à être malade, jusqu'à me sentir affreusement mal, car j'étais désespéré d'être moi, car j'avais des soucis qui étaient des montagnes, des murs devant moi, impossible à franchir, impossible à résoudre, je me faisais donc autre en consommant pour ne plus me sentir en moi, pour effacer toute conscience d'être moi.

Je ne voyais aucun espoir, aucun avenir, juste la mort qui pouvait me délivrer un jour, mais passer à l'acte me faisait peur donc en attendant, je me défonçais, même si cela me conduisait dans des états qui n'avaient rien d'agréables. La défonce n'était pas un moyen d'aller bien ou mieux, mais ça me faisait aller mal différemment du mal dans lequel je me trouvais en étant sobre, et cela suffisait déjà à m'extraire de ce ressenti d'être moi qui m'était insupportable.

Les années ont passé, et aussi incroyable que cela paraisse, je suis toujours en vie, à 39 ans, et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts.

J'ai tenu, et j'ai toujours aujourd'hui certains des problèmes de cette époque et je ne sais toujours pas comment les résoudre. Mais, beaucoup de choses se sont apaisées, et j'ai aujourd'hui des activités qui m'apportent du plaisir, me réconfortent, me réparent.

Et je me sens incroyablement plus heureux qu'à l'époque où je ne pensais qu'il n'y avait rien à espérer. D'ailleurs, personne n'aurait parié 10 balles sur mon avenir vu ce que je m'envoyais, j'étais même en institution pour gamin en déserrance. Au niveau vie affective, aujourd'hui, c'est toujours presque le néant, je n'y arrive toujours pas, j'ai par contre quelques amitiés réelles. Et au niveau pro, eh bien je gagne bien ma vie et j'ai fini par trouver quelque chose qui m'intéresse réellement, donc il faut bien que je lève le pied sur mes défonces, pour mon boulot, et mes activités sportives que je kiffe !

Bon, je tape toujours à l'occasion de l'héro, prend parfois du crack, de la MD, de la kétamine, etc, et je me bats toujours pour que mes conso ne prennent pas trop de place dans ma vie. Mais j'y arrive (plus ou moins) car d'autres choses comptent désormais, des choses qui n'ont rien à voir avec la consommation de produits.

J'ai encore du chemin à faire mais je te dirai de ne pas perdre espoir, la vie est longue, et comporte des phases qui sont bien différentes les unes des autres, et soi-même on évolue, on prend du recul, les choses peuvent s'apaiser, ne plus faire souffrir de manière aussi vive, on peut aussi mieux gérer ce qu'il se passe, et donc pas tout le temps se foirer.

A 19 ans, je n'arrivais rien, j'avais beaucoup de symptômes psy, et comme je ne réussissais rien, la seule chose sur lequel je pouvais être actif c'était me défoncer.

Une trace de came et les problèmes n'existent plus, on se sent bien, et on n'en a rien à foutre de tout, je peux dormir dehors sur le palier d'une porte une nuit, et on pourrait me pisser dessus, une trace de came et je suis bien et je me fous de tout.

Le problème c'est que du coup la came me rend totalement passif, si je suis bien, rien ne me pousse à agir pour que des choses changent dans ma vie ! Et bien sûr, à force de consommer, le produit perd de sa magie et la dépendance fait que si j'arrête je vais souffrir affreusement. J'essaye donc aujourd'hui d'avoir des extra ponctuels (pourquoi s'interdire ce plaisir !) et de gérer mes sevrages sans souffrir avec de la métha quelques jours. Prendre le positif des conso, et tâcher de gérer le négatif pour qu'il soit le plus petit possible.

Voilà, je te dirais donc ce que je me dis aujourd'hui, je suis heureux d'avoir survécu. Plus le temps va passer, plus certaines choses peuvent s'apaiser, ce qui te donnera de la force pour construire d'autres choses dans ta vie sur lesquelles tu pourras t'appuyer pour te dire que ta vie mérite d'être vécu pour ces choses que tu auras construites.

Je te souhaite donc de survivre, même si aujourd'hui, tu ne ressens aucun espoir pour ton avenir, que tu as l'impression de n'avoir que des regrets, et que tu ne sens pas assez de forces en toi pour que les choses changent. En fait, elles changeront avec le temps, même si tu ne fais rien de spécial pour que cela change. Les années passent et la manière de voir et de sentir évoluent, ouvrant de nouveaux possibles.

Je t'envoie donc toute ma force.

Je vois que ton message a touché beaucoup de monde ici et que tu as eu plein de réponse, cela montre que ce que tu dis résonne pour d'autres, moi y compris, et que tout n'est donc pas perdu.

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