[ Expériences ]
Trip Report Ketamine

#1 
Colblanctoxico homme
Nouveau membre France
Hier à 23:06
Salut a tous mes collègues de galère.

C’est mon premier trip report.
Je ne sais pas encore vraiment comment mettre des mots sur ce genre d’expérience. Je sais seulement que j’ai besoin de la fixer quelque part, même si le recul n’est pas encore totalement là. Je suis navré si je me trompe sur la forme.

Les faits sont simples et uniques : une seule prise, une seule fois.
La dose est de 100 mg, issue d’une ampoule hospitalière de kétamine.

L’administration est intramusculaire, réalisée dans le muscle vaste latéral de la cuisse, au cœur du tissu musculaire strié. Le geste est précis, presque chirurgical, guidé davantage par une rigueur technique que par une recherche de plaisir. La sensation est profonde, sourde, une pression interne localisée, puis rapidement plus rien à cet endroit précis.
Les premières minutes sont trompeusement calmes. Une courte latence s’installe. Le corps semble encore fiable, mais déjà quelque chose se décale. La perception commence à se modifier, subtilement, comme si le schéma corporel devenait moins cohérent.
Puis vient la bascule.
Le K-hole n’est pas une montée, c’est un décrochage. Une chute sans mouvement. La conscience ne s’éteint pas : elle se désolidarise…

Il n’y a pas de rupture brutale, plutôt un glissement irréversible. Le point d’ancrage interne — ce que j’appelle habituellement “moi” — se défait sans résistance.
Les pensées cessent d’être des phrases. Elles deviennent des formes, des volumes mentaux autonomes, sans langage. Impossible de s’y accrocher. Toute tentative d’intellectualisation échoue immédiatement, comme si la cognition symbolique avait été mise hors circuit. Il ne reste qu’une perception nue, désincarnée.
Le corps disparaît par strates.
D’abord les membres, puis le tronc, puis même l’idée d’avoir un corps. La proprioception ne se déforme pas : elle s’annule. La respiration continue quelque part, mais elle ne m’appartient plus. Elle est un phénomène externe, lointain, presque théorique.
Le temps, lui, ne ralentit pas. Il s’effondre.
Il n’y a plus d’avant ni d’après. Chaque instant est clos sur lui-même, auto-suffisant. L’expérience ne progresse pas, elle est. Impossible de dire combien de temps cela dure. La notion même de durée n’a plus de sens opérant.
Il n’y a ni peur ni euphorie.
C’est peut-être ce qui surprend le plus. Une neutralité absolue, massive, presque solennelle. Aucune émotion ne surgit pour commenter ce qui se passe. L’expérience humaine — avec ses affects, ses tensions, ses récits — semble suspendue, observée à distance, sans jugement.
À un moment impossible à situer, il ne reste plus qu’un point de perception, flottant dans un espace sans coordonnées.

Les effets visuels ne ressemblent pas à des hallucinations classiques.
Il n’y a pas d’images projetées sur le monde réel, pas de visions ajoutées à l’environnement. Au contraire, le monde visuel se retire.

D’abord, la vision périphérique perd de sa cohérence. Les contours deviennent instables, comme si les objets n’étaient plus tout à fait fixés dans l’espace. Les distances cessent d’être fiables. Ce qui est proche peut sembler lointain, et inversement. La profondeur n’est plus calculée automatiquement, elle devient une hypothèse.

Puis, très rapidement, la vision cesse d’être “optique”.
Les yeux peuvent être ouverts ou fermés, cela ne change presque rien. L’image issue de la rétine n’est plus prioritaire. Elle est remplacée par une vision interne, abstraite, non figurative.

Ce qui apparaît alors n’est pas coloré au sens habituel.
Ce sont plutôt des structures : plans, grilles, volumes impossibles, surfaces qui se replient sur elles-mêmes. Des formes géométriques sans texture, sans source lumineuse identifiable. Pas de scènes, pas de personnages, pas de symboles reconnaissables. Tout est dépourvu de narration.

La notion même de “champ visuel” disparaît.
Il n’y a plus de point d’observation. Les formes ne sont pas vues depuis quelque part : elles existent, simplement. On n’est pas face à elles, on est dedans. La distinction entre sujet observant et objet observé s’effondre.

La lumière, si on peut encore utiliser ce mot, est uniforme.
Pas d’ombres, pas de contraste directionnel. Tout semble également présent, également accessible, comme si l’espace était rempli d’une clarté diffuse, sans origine. Ce n’est ni sombre ni lumineux. C’est neutre, saturé, complet.

À mesure que la dissociation s’approfondit, même ces formes se simplifient.
Elles se dissolvent en impressions spatiales pures : expansion, compression, bascule, rotation sans axe. Des mouvements sans déplacement. La vision devient presque mathématique, débarrassée de toute référence au monde réel.

Ce qui frappe surtout, c’est l’absence totale de surprise.
Même lorsque la perception visuelle devient radicalement étrangère, elle n’est jamais vécue comme anormale sur le moment. Il n’y a pas de réaction émotionnelle. Pas de fascination, pas de peur. Juste une évidence silencieuse.

Au cœur du K-hole, il n’y a parfois plus rien de visuel au sens strict.
Plus d’images, plus de formes. Seulement une présence perceptive, sans support visuel identifiable. Comme si la vision avait été réduite à sa fonction minimale : être conscient, sans contenu.

Et quand la vision revient, elle ne revient pas d’un coup.
Les contrastes réapparaissent avant les formes. Les formes avant les distances. Les distances avant le sens. Le monde se reconstruit lentement, comme un décor qui reprend de la densité.

Ce n’est qu’après coup qu’on peut dire : j’ai vu quelque chose.
Sur le moment, il n’y a plus vraiment de “voir”. Il y a seulement percevoir, sans image à nommer.

Pas de lumière au sens visuel, mais une présence homogène, diffuse, saturant tout.

Le vide n’est pas vide. Il est plein d’une cohérence muette, totale.
Puis, très lentement, la gravité revient.
D’abord le poids.
Ensuite la température.
Puis la possibilité de distinguer un dedans et un dehors.

La pensée verbale réapparaît comme un système qu’on redémarre après un arrêt complet. Les mots reviennent maladroitement, avec une lourdeur inhabituelle.

Le corps redevient un objet habité, mais encore étranger. Une fatigue profonde s’installe, dense, sans confusion.
Ce qui persiste, une fois revenu, ce n’est pas l’intensité, mais la finesse dissociative de l’expérience. La manière dont tout peut être démonté sans chaos, sans panique, simplement mis hors ligne. Comme une démonstration silencieuse que l’identité, le “je”, n’est pas aussi solide qu’on le croit.
Je n’ai jamais recommencé.
Une seule fois a suffi.

Très dangereux seul.

Col cravaté psychorigide le jour, toxicomane la nuit.
Médecin amateur le reste du temps.
Dépendance vécue.
Ni soignant, ni modèle — juste concerné.

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