Bonjour,
je me permets de répondre à mon tour à ce sujet, pour peut-être apporter une petite pierre à l'édifice.
À l'heure actuelle, personne ne connait toute la vérité sur ma consommation actuelle et passée.
Personne.
Mon mari sait pour le présent (Tramadol, cessions cycliques) et j'ai commencé à lui parler un tout petit peu de ce qu'il ignorait de ma consommation passée (héroïne il y a presque vingt ans quand-même). Dire qu'il a été choqué la première fois que j'ai abordé le sujet est un doux euphémisme. C'est pourtant un ancien gros consommateur C, Ket,
Taz et
buvards. Mais pour lui, les
opioïdes, c'est le fond du gouffre, le truc a ne jamais toucher, totalement incompréhensible.
Donc même devant lui, je dois continuer de taire beaucoup de choses.
Douloureux à vivre.
Pour le reste du monde, je suis quelqu'un de parfaitement innocent, mère de famille respectable, et donc obligée de faire semblant quasiment en permanence.
C'est fatiguant, surtout quand je dois me forcer à sourire devant des chefs d'entreprise du coin ou des parents d'amis de mes enfants qui sortent "pfff, tous ces drogués, ça sert à rien d'essayer de les aider, ils coûtent trop cher. Moi si j'étais au pouvoir, ce serait en asile version XVIIIe siècle. Et comme prévention pour foutre la trouille aux petits c*** ce serait plus efficace que les affichages dans les lycées".
Niveau de solitude ? Stratosphérique.
J'ai fini par développer quelques stratégies pour respirer un peu.
Je dois préciser le contexte : j'habite en Polynésie Française depuis plusieurs années, pas à Papeete. Dans les îles. Et dans les îles, tout se voit. Très peu d'anonymat réel possible.
Pour mon Trama, je peux me fournir à Papeete, donc ça passe, c'est discret, mais la solitude... j'ai développé quelques liens avec ce qu'on nomme ici des "Kaina", des hommes et des femmes de quartiers type bidonvilles, consommateurs d'Ice pour la plupart.
Personnellement, je n'y touche pas, ce n'est pas mon délire, mais juste pouvoir de temps en temps, filer au quartier, me poser au fare commun (une espèce de petit abri avec des poteaux et un toit, sans mur, souvent un point de rassemblement pour eux), discuter sans trop me censurer (ils pensent que je suis juste très ouverte d'esprit et que j'ai seulement un peu fait la fête quand j'étais jeune), ça fait un bien fou.
Ça peut paraitre idiot vu de l'extérieur.
Mais personnellement, ça m'aide vraiment pour maintenir les apparences le reste du temps.
Le prix ? Ça m'oblige à rajouter une couche de mensonge.
Car évidemment, on a fini par me le faire remarquer.
Une réunion parent-prof ordinaire.
Une enseignante de spé que je commence à assez bien connaître.
Et sa petite question faussement innocente au moment de repartir : Il paraît qu'on t'a vu à XXX samedi, tu faisais des recherches ? Tu vas écrire sur notre île dans ton prochain livre ?
Et ma réponse automatique : oui, exactement, des recherches pour comprendre, tu vois, c'est important pour le réalisme.
Niveau d'hypocrisie de ma part ? Cent pourcent.
"Recherche", "comprendre", "réalisme" mes trois boucliers pour ceux qui sont un peu trop curieux.
Sauf que les années passent et j'ai l'impression que ce masque est de plus en plus lourd. Ça me pesait beaucoup moins quand j'étais plus jeune. Séparer la version A (officielle) de la version B (taz,
MD et quelques gardes à vues), de la version C (héroïne) : ça ne me posait aucun problème particulier tant qu'il n'y avait pas de chevauchement chronologique.
Aujourd'hui je n'en serais plus capable.
Ça me coûterait trop d'énergie.
Alors je continue comme je peux, pour le moment.
Je me dis, qu'il faut que je tienne encore une petite dizaine d'années. Ensuite, si mon masque tombe, tant pis. Peut-être même que le brulerais moi-même.
Mes enfants auront fait leur vie. Moi je serais probablement de retour en métropole. Et je sais très bien que je ne me limiterai pas au Trama.
Si
stigmatisation il y a, c'est sur moi que ça tombera, pas sur eux.
Faut juste que je tienne encore un peu.
Dernière modification par Agartha (13 mars 2026 à 13:04)