. Je voudrais tout d’abord vous remercier tous d’avoir pris la peine de me lire et de me répondre. Cela me fait énormément de bien. Pendant longtemps, je me suis sentie très seule face à mes addictions et à mon parcours de vie. Lire vos témoignages, votre compréhension et votre bienveillance me touche sincèrement.
Pour répondre à vos questions, mon addictologue n’est pas au courant que je fais des réserves de
méthadone. Chaque mois, j’économise une partie de mon traitement en diminuant certaines prises afin de constituer une réserve. Au fil du temps, cela me permet d’accumuler des quantités importantes. Il m’est arrivé de prendre en une seule fois quatre boîtes de 20 mg, soit 560 mg, auxquels s’ajoutait ma dose matinale de 80 mg.
Je sais aujourd’hui que cela peut paraître énorme. Pour être honnête, je n’avais jamais vraiment réfléchi au risque d’overdose ou à la nécessité d’avoir de la
Naloxone à proximité. J’avais tendance à penser que ma très forte tolérance aux médicaments me protégeait de ce genre de danger.
Je suis suivie en
CSAPA depuis bientôt six ans, depuis mon arrivée en France. Au niveau de mon traitement, je prends également 60 mg de
Ritaline par jour, quatre comprimés de Bromazépam 6 mg répartis dans la journée, du
Prozac le matin ainsi que du
Tercian le soir pour m’aider à me calmer et à trouver le sommeil.
Il m’est aussi arrivé, à certaines périodes, d’aller puiser dans mes réserves lorsque les envies devenaient trop fortes. Aujourd’hui, cela est devenu beaucoup plus difficile, car une infirmière vient deux fois par semaine m’apporter mon pilulier et c’est mon compagnon qui gère mes traitements. Chaque jour, il me prépare ma dose pour la journée.
Je fume également de temps en temps quelques
joints de
cannabis, mais j’essaie sincèrement d’espacer ces moments le plus possible. Mon objectif n’est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de continuer à avancer pas à pas vers davantage de stabilité.
Après plus de trente ans de consommation, vivre sans drogue reste un véritable combat. Mon cerveau s’est habitué pendant très longtemps à fonctionner ainsi. Chaque journée sans rechute est une victoire.
J’ai également fait plusieurs overdoses au cours de ma vie. Avec le recul, je réalise à quel point j’ai eu de la chance d’y survivre. Lorsque je me réveillais à l’hôpital après une overdose, je ne pensais malheureusement pas à ma santé ni à ce qui venait de se passer. Mon obsession était déjà de retrouver mes médicaments et de continuer à consommer. C’est dire à quel point l’addiction occupait toute la place dans ma vie.
Aujourd’hui, je pense sincèrement avoir énormément de chance d’être encore en vie. Beaucoup de personnes que j’ai connues dans le milieu de la drogue ne sont plus là pour raconter leur histoire. C’est quelque chose auquel je pense souvent.
Comme toi, je prenais souvent les produits pour survivre, pour affronter la journée, pour calmer mes souffrances et mes angoisses. Derrière mes addictions, il y avait aussi une immense blessure affective. Mon père nous a abandonnés lorsque j’avais treize ans. Pendant des années, j’ai espéré retrouver avec lui une relation normale. J’ai toujours voulu qu’il soit fier de moi, qu’il soit présent dans les moments importants de ma vie.
Malheureusement, ni lors de mes hospitalisations, ni pendant mes séjours en prison, ni lorsque je me retrouvais sans logement, il n’était réellement là. Il était souvent au téléphone, à me faire espérer, à me promettre certaines choses, mais lorsqu’il fallait être présent concrètement, je me retrouvais seule.
Aujourd’hui, j’essaie de prendre de la distance avec cette relation qui me fait souffrir. Mon psychanalyste me dit souvent quelque chose qui m’a beaucoup marquée : selon lui, mon père a longtemps été ma véritable drogue. J’ai passé une grande partie de ma vie à attendre son amour, sa reconnaissance et son attention, comme on attend un produit qui nous manque.
À une époque, je mélangeais tout ce que je trouvais :
Rohypnol,
méthadone,
cocaïne et bien d’autres substances. Les doses étaient très élevées et les mélanges extrêmement dangereux. Aujourd’hui, même si les envies existent encore, ma vie a profondément changé.
Je suis heureuse. Heureuse parce que j’ai la chance d’avoir à mes côtés un homme extraordinaire qui m’aime, me soutient et veille sur moi. Grâce à lui, à mon suivi thérapeutique et au travail que j’ai accompli sur moi-même, je ne fais plus les crises de colère qui ont longtemps rythmé ma vie. Je peins, je danse et j’ai appris à mieux gérer mes émotions.
Je reste lucide : si je me retrouvais totalement seule face à moi-même, il est possible que je replonge dans cet engrenage. Mais aujourd’hui, je tiens bon parce que j’aime et que je suis aimée.
Je vous remercie sincèrement tous d’avoir partagé une partie de vos histoires avec moi. Cela me fait du bien de parler avec des personnes qui comprennent réellement ce que représente une addiction. Malgré la présence constante de mon compagnon, je me suis souvent sentie seule avec ce combat, notamment parce qu’il n’a jamais connu le monde de la drogue.
Je ne maîtrise pas encore très bien les messages privés sur le forum, mais si vous souhaitez m’écrire, ce sera avec grand plaisir que je vous répondrai.
Et pour finir sur une note plus légère, aujourd’hui c’est mon anniversaire. J’ai reçu quelques cadeaux, dont un livre, mais le plus beau cadeau reste l’amour que je reçois chaque jour de mon compagnon.
Je vous embrasse tous et vous remercie encore pour votre bienveillance, votre soutien et le temps que vous avez pris pour me lire.