Retrouver cette folie qui était en moi

Catégorie : Tranche de vie
14 juin 2026 à 12:59

#retrouver la joie de vivre #Sensation de vide
Bonjour à tous,

Voilà, je suis de retour pour vous parler de quelque chose qui me préoccupe et que j’ai envie de partager avec vous.

Quand j’ai arrêté les drogues, quelque chose d’étrange et de magnifique a commencé à revenir doucement : les couleurs, les odeurs, le goût des aliments. Des choses simples que j’avais presque oubliées. J’avais l’impression de redécouvrir le monde avec mes sens d’enfant. Un café, un parfum, un rayon de soleil pouvaient avoir une intensité incroyable.
Mais la reconstruction n’est pas un chemin tout droit. Aujourd’hui encore, il m’arrive d’avoir des moments de vide. Ma vie a tellement changé. J’ai tout quitté en Belgique pour venir vivre en France avec l’homme qui partage ma vie, qui m’accompagne, qui prend soin de moi et qui m’aime aujourd’hui. J’ai changé d’environnement, de rythme, de repères, presque de vie.

Et parfois, dans ces moments où je me sens vide, une pensée revient : celle que si je consommais à nouveau, je retrouverais cette joie immédiate, cette énergie, cette sensation de liberté que je pouvais ressentir avant.

Mais avec le recul, je sais que cette joie était aussi une illusion. C’était une joie provoquée par les produits, par les stupéfiants et parfois par certains médicaments que j’ai encore aujourd’hui, mais qui ne me procurent plus la même sensation qu’avant. Les quantités ont diminué, mon corps a changé, et surtout moi j’ai changé.

Avant, il y avait des périodes où je me levais le matin avec une énergie artificielle. Je pouvais prendre des produits, me maquiller, m’habiller, sortir et avoir l’impression que tout était possible. Je dansais, je riais, je faisais la folle, j’avais l’impression d’être remplie d’une énergie immense.

Aujourd’hui, je me pose une question : est-ce que je vais retrouver un jour cette joie ? Est-ce que ces moments où je me sens vide sont simplement une étape de ma reconstruction après 30 ans de galère ? Est-ce que je suis encore en train de réapprendre à être moi-même sans avoir besoin d’un produit pour ressentir les choses plus fort ?

Parce qu’il y a encore des jours où je retrouve quelque chose de cette envie de vivre. Je me lève, je me maquille, je choisis mes vêtements, je prends soin de moi, je sors, et je ressens une vraie joie. Mais elle est différente. Elle est plus calme, moins explosive qu’avant.

Je n’ai plus 20 ans, j’en ai 50, et forcément mon corps, mon esprit et mes envies ont évolué. Pourtant il existe encore des moments où je me sens vivante : comme quand je vais à la plage, que je me prépare, que je me fais belle. Ces moments-là sont précieux parce qu’ils viennent de moi.

J’ai aussi découvert que certaines choses ont changé dans mon intimité. Après une vie très mouvementée, marquée par les drogues et certaines expériences, je suis redevenue plus pudique, plus sensible, parfois même timide. C’est une partie de moi qui réapprend à exister… je suis consciente de ça.

Il y a aussi mon regard sur les autres qui a changé. Parfois je me sens méfiante, j’ai l’impression que les gens ne sont pas toujours sincères, qu’ils se jugent entre eux, qu’ils cherchent à profiter les uns des autres. Quand je sens des regards sur moi, je ne le vis pas toujours comme un compliment, parfois je le ressens comme une intrusion, comme si j’étais observée ou jugée.

La sobriété, ce n’est pas seulement arrêter un produit. C’est apprendre à vivre sans ce faux feu qui brûlait très fort mais qui finissait par tout consumer. C’est réapprendre une joie plus douce, plus fragile, mais une joie qui m’appartient vraiment aujourd’hui.

Là je parle bien, mais j’ai tellement envie de consommer un peu de C un peu de MDMA sortir danser, me défouler retrouver cette énergie que j’avais avant.
Le truc c’est que ici avec mon compagnon la drogue ne rentre pas c’est comme ça et j’ai choisi de tenir car aujourd’hui j’ai une vie de qualité.

En fait, tout est encore chamboulé dans ma tête et dans mon corps. Chaque jour, j’attends avec impatience de voir un changement, de ressentir à nouveau quelque chose que je ressentais avant. smiley-gen013

Malgré les drogues, j’ai toujours été une personne pleine d’énergie, souriante, vivante, avec cette envie de bouger, de rire, de profiter de la vie. Aujourd’hui, je suis dans cette période où je cherche à retrouver cette partie de moi, à comprendre mon nouveau fonctionnement et à retrouver cette lumière qui a toujours existé en moi….

Commentaires
#1
Kaltor
Nouveau membre 
14 juin 2026 à 17:39
Garde une toute petite étincelle et ne leur donne jamais. Tant que tu l'auras tu  peux rallumer un grand feu
Charles Bukowski
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Belle citation. J


Salut Thalie et bienvenue salut


Contente de te lire.
C'est vrai que redécouvrir le goût d'un aliment comme si on était à nouveau une gamine, ça fait vraiment quelque chose. (Personnellement je ne suis pas abstinente, mais j'ai aussi eu une période où plus rien n'avait le moindre relief, ni la moindre saveur, bref plus aucun plaisir nul part... Et quand les premiers petits plaisirs reviennent c'est juste magique)

J’ai changé d’environnement, de rythme, de repères, presque de vie.

Ah bah, décidément, j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de profils sur PA qui choisissent cette option quand ils veulent tout arrêter.
(Impression peut-être totalement subjective, je précise)

Je continuerai de te lire avec plaisir.
Biz'
Prends soin de toi


#3
Blow
Nouveau membre 
15 juin 2026 à 11:23
Bonjour Thalie,
Merci pour ces billets ,

Thalie a écrit

Il y a aussi mon regard sur les autres qui a changé. Parfois je me sens méfiante, j’ai l’impression que les gens ne sont pas toujours sincères, qu’ils se jugent entre eux, qu’ils cherchent à profiter les uns des autres. Quand je sens des regards sur moi, je ne le vis pas toujours comme un compliment, parfois je le ressens comme une intrusion, comme si j’étais observée ou jugée.

Moi aussi la déconfiture a été assez importante  suite à un burn out , des surinvestissements dans des collectifs  et des usages thc trop conséquents .Tu parles d'impression mais en fait je crois que oui, les gens sont très souvent jugeants, moralisateurs .Le culte de l'apparence, du corps parfait, de la bien pensance, de la norme bien exiguë, surtout ne pas faire de vagues ..
Ça en devient difficilement supportable . C'est une impression que je partage.
Nous sommes dans une société du spectacle, on aime bien se mettre ds des cases et pensons a la mise en scène de la vie quotidienne (howard Becker, sociologue interactioniste.) , on fait tous semblant ou genre, dans nos role sociaux, des qu on sort dans la rue.
Pas facile de faire avecnos particularités quand on sort du moule ou qu on aime bien être critique .
Ps facile de vivre ailleurs et autrement quand on s est construit dune. Certaine manière, avec un certain corps, et  des fois avec des produits qui nous aidaient . L'ambivalence et humaine..
Mais je lis plein de belles choses dans tes  textes.
Bonne journée


Coucou Thalie!

Toujours un plaisir de te lire!

Moi le pire avec l'abstinence, c'est que j'ai du faire une croix sur tous les amis, si précieux pour moi. Ceux qui m'ont récupérée brisée, en détresse, à la rue à 17ans.
Et avec qui j'ai partagé 20ans de bonheur, de rires, de fête. Et connu une solidarité intense que je ne retrouve pas ailleurs.

Depuis j'ai pu un temps m'épanouir dans le taff avec le secteur social, mais j'avais aucune vie à côté.
Ensuite j'ai retravaillé quelques années dans le secteur de la musique, j'ai pris mon pied aussi

Et puis mon handicap est devenu envahissant et je n'ai plus pu travailler.
Moi qui était si rieuse, drôle, vive, enjouée, sociable... Depuis que j'ai quitté la drogue et mes amis, je ne retrouve plus cette joie de vivre, ce bonheur. Et maintenant que je n'ai plus de taff passion comme pansement et semblant de vie sociale, je dépéris complètement. Plus d'émotions, plus d'humour, plus de joie.

Il y a peu, j'ai commencé l'equitherapie car j'ai trouvé un club génial avec une prof exceptionnelle à l'humanité et l'empathie rare. Et les prix sont très abordables, c'est une chance! Le contact avec les animaux me fait un bien fou : eux ne jugent pas et je trouve bien plus d'humanité en eux que dans la société...

Donc j'ai ce petit rayon de soleil qui me fait du bien, mais le reste de la semaine, à part mes RDV médicaux, je n'ai rien qui rempli ma vie.
Ici je me suis fait quelques potes. A part un qui est proche géographiquement, ça se limite à des contacts par message, mais ça fait du bien déjà.

La semaine prochaine commence un festival de la Danse dans la ville voisine.
Il y des cours gratuits en extérieur, j'essaierai de me motiver à y aller ça me fera du bien.
Il y en a tous les 3 jours jusqu'au 4 juillet et comme il n'y a pas de contraintes (sans inscription) je n'ai pas peur d'avoir des problèmes d'assiduité.

Voilà comment j'essaie d'épicer mon quotidien et de rester en lien avec les gens, sinon en dehors de mes parents je n'ai aucune vie sociale.


Voilà pour les petites nouvelles et où j'en suis.

Grosses bises à tous.
Coeur sur vous.

Marla


#5
cependant
Modo bougeotte 
15 juin 2026 à 14:52

Thalie a écrit

Quand j’ai arrêté les drogues, quelque chose d’étrange et de magnifique a commencé à revenir doucement : les couleurs, les odeurs, le goût des aliments. Des choses simples que j’avais presque oubliées. J’avais l’impression de redécouvrir le monde avec mes sens d’enfant. Un café, un parfum, un rayon de soleil pouvaient avoir une intensité incroyable.

Salut,
perso c'est ce que je ressens quand je vais bien, drogues ou pas drogues...même voir, même si je ne vais pas bien j'arrive mistérieusement à apprécier et sauter comme une gamine face à un bon plat, l'odeur des fleurs sur la route, un son qui me parle...

Bref, je n'ai jamais opposé "vraie vie" vs drogues, car dans mon cas les drogues en font constamment partie...et je comprend donc bien ce que tu décris.
En fait quand je dis qu'elles en font constamment partie, ce n'est pas forcément que j'en prends tout le temps, il y a des moments où "naturellement", j'en ai moins envie, j'en ai moins à disposition etc. Mais je m'en suis jamais empêchée si le besoin se faisait ressentir, ce qui avait l'avantage de m'alléger les épaules d'une culpabilité que pour mieux n'a pas lieu d'être et paradoxalement peut être (au regard de la société tout au moins), me donnait aussi moins envie de consommer (parfois j'ai juste tellement la flemme d'appeller un dealeur que je repousse à demain, puis après demain etc). Et ça m'arrive aussi de réfuser des propositions, car je sais que si je voudrais je peux le faire.

Personnellement c'est la seule façon de vivre que j'ai trouvé pour apprécier au même temps les petites choses de la vie quotidienne et les drogues, sans en faire une contrapposition !

Par contre, je sais aussi, qu'à niveau physiologique, mon corps a parfois des problèmes et ce n'est pas facile avoir de l'énergie. Et dans ce cas, ça ne sera pas une trace de speed qui va me recharger. J'aimerais aussi retrouver de l'énergie pour ne pas collapser sur un canap après une journée de taf, de me remettre à des travaux que je repousse de jour en jour ou garder des contacts avec les personnes. Des fois j'aimerais juste pouvoir trouver un bouton "pause", l'activer pour dormir 5j de suite, me recharger les batteries et recommencer avec l'énergie qu'il faut pour ne pas voir des montagnes partout. Mais ce bouton n'existe pas, même si parfois je le mime avec de la meuh pour me prendre des vacances de ma tête. En vrai, j'ai vu aussi que parfois prendre l'air, partir, ça m'a fait du bien : pendant le voyage (et au retour pendant un tout petit moment) j'avais un émerveillement constant et l'envie qui me permettait de ne pas sentir la fatigue qui s'encrouste

Je te souhaite de la retrouver cette énergie et de profiter de beaux (grands & petits) moments :)

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toutafé :)


#6
Thalie
Nouveau membre France
16 juin 2026 à 09:20
Salut à tous heart

Je voulais déjà remercier toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre. Vos commentaires me donnent le sentiment de ne pas être seule dans ce combat, et ça fait beaucoup de bien. Je suis vraiment heureuse d’avoir trouvé Psychoactif, parce que je vois qu’il existe un espace où l’on peut parler librement de nos expériences.

Pour répondre à  « Cependant »
, je comprends ce que tu dis, mais moi je sais que je ne peux pas me permettre de consommer « de temps en temps ». Bien sûr qu’une partie de moi aimerait pouvoir le faire, mais je connais mon fonctionnement : chez moi ça ne s’arrête pas là. Je suis presque certaine que je retomberais dans une addiction.

Il faut aussi dire que j’ai toujours eu tendance à aller dans les excès. Je n’ai jamais vraiment su prendre un peu et m’arrêter. Quand je prends un produit, je vais souvent beaucoup trop loin, parce que chez moi il y a cette tendance à chercher l’excès dans l’excès.

Aujourd’hui je sais que pour moi, la seule façon de garder mon équilibre, c’est de rester vigilante et de protéger ce que j’ai réussi à reconstruire.
Je vous embrasse super
merci encore

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