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J'avance à reculons - La vie en noir et blanc 



Les choses bougent.
Il y a du mouvement dans ma vie.

Est ce que j'avance ? Est ce que je recule ?
Je ne sais pas trop ...
Peut etre que j'avance à reculons.

Il y a deux mois, j'ai repris un appartement.
Je retrouve mon indépendance. Cela me fait du bien.
Concrètement, j'arrive de nouveau à gérer ma vie. Comme une adulte responsable, sans dépendre de personne.
Le bilan n'est pas si mauvais : je bosse, je gagne de l'argent, à peine un smic malgré un bac +5, mais assez pour me payer un loyer, mes transports, ma bouffe, mes clopes, quelques fringues, loisirs et sorties.
Après avoir vu "J'veux du soleil", le nouveau film de François Ruffin, je ne suis finalement pas à plaindre.
Pas de vacances, pas de restaus, pas d'investissements. Il me manque plein de trucs, j'ai plein de frustrations technologiques et de coquetteries, mais ce sont finalement des frustrations presque capricieuses.
Je fais partie de la pauvreté moyenne de la France, tout ce qu'il y a de plus banal. Je suis loin d'être la seule, et j'arrive à profiter de la vie malgré les restrictions. Comparé à d'autres, je suis presque chanceuse finalement. Rien de dramatique.


J'avance à reculons.
Avec cette indépendance et cette liberté retrouvées, comme je l'attendais (ou devrais-je dire comme je l'appréhendais), reviennent mes pulsions.
"Je fais rien que des bêtises ..."

J'avance à reculons.
Je fume 2x plus que quand j'habitais chez ma mère. Mes 3 paquets hebdomadaires se sont transformés en 1 paquet quotidien. Ma chambre s'enfume. J'écoute des vinyles en observant la fumée de mes cigarettes virevolter et former des courbes lascives dans la pièce.  Je trouve ça beau. Je ne sens presque plus l'odeur du tabac. La chaleur de la flamme du briquer qui s'allume en un clic me rassure.

J'avance à reculons.
Je continue de consommer de la cocaïne.
Depuis janvier, je continue de considérer cette consommation comme une "reprise après 8 mois d'arrêt". J'ai constammant en tête ces 8 mois d'arrêt, ce sentiment de fierté. Et pourtant cela fait déjà 4 mois que je consomme de nouveau. Le temps file.
Je tiens un journal de mes consommations. C'est très clair, les chiffres parlent d'eux même. Je culpabilisais en janvier, je culpabilisais en février. Pourtant c'était encore très peu, par rapport à aujourd'hui. En 4 mois je consomme de plus en plus frequemment, et les quantités augmentent.

J'avance à reculons.
Emotionnellement pourtant, malgré ça, rien de trop noir.
Je gère mieux les lendemains, je m'accorde des temps de récupération. Me retrouver seule quand je suis en descente, sans devoir affronter les inquiétudes de ma mère, sans devoir faire semblant, m'enlève beaucoup de stress et d'angoisses. Je suis plus sereine, je n'ai pas à faire semblant. Je perdais beaucoup d'énergie à devoir faire bonne figure. Je me sens plus sincère envers moi même, aussi. J'assume.

J'avance à reculons.
Mes arrangements avec mon dealer ne me conviennent plus. Je ne me sentais plus respectée, j'y laissais trop de plumes. Je n'avais plus la maitrise des choses, je sentais que ce troc de drogue contre du sexe, pour lui et ses copains, me dégradait. Il y a des choses qui conviennent un temps, et puis ça s'arrête. J'ai fini par dire stop.

J'avance à reculons.
Sans ce deal, j'ai besoin d'argent pour acheter de la coke. J'en obtenais en ouvrant ma bouche ou en écartant les cuisses, mais maintenant il faut trouver des billets.
C'est là que le problème se pose. Impossible pour moi de retirer au distributeur. J'ai à peine 400 balles par mois pour vivre après avoir payé mon loyer, ca ne me permet pas de m'offrir de la poudre blanche.
Fut un temps ou je le faisais, et quand l'envie est plus forte que tout, c'est ce que tous les accros se résolvent à faire malgré eux, mécaniquement. Car l'envie est plus forte que tout.
Je crois que c'est finalement ce que je ferai, s'il n'y avait pas l'Autre raison qui m'empêche de composer mon code sur les touches du distributeur de billets.

J'avance à reculons.
Depuis ma nouvelle rechute de l'année dernière, depuis le 13 mai 2018 où j'ai avoué à mes parents que je consommais de nouveau, ma mère a accès à mes comptes. Elle le consulte régulièrement.
Le moindre retrait de 70 euros l'alerterait immédiatement. D'autant plus s'il est récurrent.
Et pour la 3ème fois, je redoute plus que tout le fait qu'elle apprenne qu'une fois encore que mes irritations nasales répétitives ne sont pas dues à mes allergies ou à des rhumes.
Les 2 premières fois, j'ai fini par lui dire, parce que je n'en pouvais plus, que j'avais besoin d'aide, que cela me pesait trop de mentir.
Et parce que j'étais faible, aussi.
Cette fois, j'espère que cela n'arrivera pas. Que j'arriverai à arrêter toute seule, sans causer le dawa autour de moi. Ou, si je ne parviens pas à devenir abstinente, que j'arriverai à gérer, sans me mettre en danger. Sans que je perde complètement le controle.

J'avance à reculons.
La seule solution que j'ai trouvé, pour obtenir de l'argent rapidement et facilement, c'est de revenir à ce que j'avais déjà fait.
Les rencontres tarifées, comme je les appelle.
C'est plus facile à dire que de parler de prostitution, même si c'est pourtant ca.
Mais parce que ce mot me semble loin de moi, peut être trop grave, trop misérable, trop dégradant, trop trop trop.

La logique reste la même qu'avec les arrangements avec mon dealer, finalement.
La coke et le sexe restent liés pour moi.
Mais en faisant des rencontres avec d'autres hommes, je garde le controle, je choisis, je reste maitre des situations. Ce qui n'était plus le cas avec mon dealer, qui m'avait à sa merci.


J'avance à reculons.
Nouvelle inscription sur ce site d'annonce sur lequel j'ai passé des heures autrefois.
Nouvelles discussions, nouvelles propositions. Et nouvelles rencontres.
Les choses sont comme avant. Je garde même ma description d'autrefois, je me rajeunis de quelques années, je dis que je suis étudiante. Je réactualise juste mon poids, qui n'est plus de 45kg mais de 60kg. Je ne suis plus la brindille frémissante d'il y a deux ans.

J'avance à reculons.
Il suffit de 3 rencontres pour que ces trois là deviennent régulières. Il faut croire que j'ai des talents, j'ai des vertus de fidélisation.
Je reste une occasionnelle, j'ai le charme de la spontanéité et la grâce des maladresses. C'est ce qu'ils préfèrent.
Malgré tout, j'ai appris de mes expériences passées.
Si autrefois je privilégiais les rencontres longues pendant lesquelles il y avait la place pour la discussion, les confidences et l'empathie, je préfère aujourd'hui aller droit au but et me concentrer sur l'acte sexuel.
J'esquive les questions, je ne propose pas de café après, je raccompagne à la porte dès qu'il a remit ses chaussettes.
Car ce qui m'a pris le plus d'énergie à cette époque là, ce qui m'a le plus effrité dans ces expériences, ce n'est finalement pas de donner mon corps, mais de déguiser mon être. Devoir sourire, écouter, être de bonne humeur, compréhensive, gentille. Avoir de la conversation, aussi. Car ils ne veulent pas des filles qui sont belles et qui se taisent. Il fallait aussi parler, paraitre épanouie, bien dans sa peau. C'est pas facile pour eux de faire ça non plus, alors il faut les rassurer, pour qu'ils n'aient pas trop mauvaise conscience. Pour faire vraiment bien le taff, et les satisfaire tout à fait, il faut leur faire oublier que la fille fait tout ca pour gagner de la thune. Donc c'est là qu'on place la phrase "je veux joindre l'utile à l'agréable" et faire passer le message qu'on a une grosse libido et qu'on adore le sexe. Qu'on est une "coquine".
Surtout, faut pas avoir le nez trop bouché. Pas qu'il se doute qu'on est une pauvre toxico et qu'on fait ca pour acheter de la drogue.

J'avance à reculons.
Je ne prends plus de plaisir comme avant. Je ne me laisse plus aller de la même façon.
Je m'étonne aux souvenirs de ces orgasmes que j'atteignais si facilement, du plaisir qui m'envahissait avec insolence lors de ces rapports.
Je crois qu'ils étaient réels.
Mais j'ai réalisé que ces instants de laché prises se sont retournés contre moi. Les hommes finissent par négocier, leur égo une fois flatté.
C'est toute l'ambiguité de ces rencontres qui m'ont dégouté.
Pour être une bonne pute, il faut montrer qu'on a du plaisir, gémir, leur faire ressentir qu'ils sont doués. Et aussi que c'est exceptionnel, que ca n'arrive pas avec les autres, que c'est lui seulement. Valoriser le monsieur.
Mais accourt alors dans leur esprit cette question : Une fille qui prend du plaisir, à quoi bon la payer ?

Donc, si je veux être payée, il faut en toute logique ne pas manifester trop de plaisir.
C'est prouvé et confirmé. Il y a plus de légitimité à payer une fille qui ne prend pas trop son pied.

J'avance à reculons.
Alors, je reste dans le controle. Je fais les choses plus mécaniquement. Je n'avais avant jamais la montre en main, je vivais le moment comme un vrai moment, laissant s'écrire ce qui devait s'écrire.
Aujourd'hui j'attend que cela se fasse, espérant qu'il jouira rapidement.
Je prête mon corps sans être vraiment dedans.
Ce côté mécanique me protège finalement davantage.
Moi qui pensait avant que le fait de vivre pleinement les choses atténuait le côté prostitution, que cela effaçait le rapport financier,  rendant le moment davantage humain.
Je comprends aujourd'hui que c'est cela qui m'invisibilisait, que c'est comme ca que je me suis perdue moi même.
Fini l'hypocrisie, je fais la pute et c'est comme ça. Et vaut mieux s'en tenir à ça.

J'avance à reculons.
On me donne des billets.
Je les donne à mon dealer, un autre.
Cet argent, c'est comme s'il n'existait pas vraiment. Je le garde très peu de temps. On me le donne, et puis je le dépense. C'est un argent invisible. Et avec lui, restent invisibles mes activités. Pas de retrait inscrits sur mon compte bancaire. Pas d'entrées d'argent non plus. Pas de dépenses nouvelles. Je ne remplis pas plus mon frigo, je ne m'achète pas de nouvelles fringues, d'objets. Rien. De l'argent qui part en fumée. Ou plutot qui part dans le nez.

J'avance à reculons.
Cette semaine j'ai commencé la série Vernon Subutex.
Cela me renvoie à Juillet 2016, quand j'avais lu le Tome 1 de cette série de Virginie Despentes.
Me revient en mémoire la 1ere fois que j'ai commandé de la cocaine toute seule. C'est à cette période que je lisais ce livre.
Bizarre. Comme si ces personnages cokés avaient provoqué en moi le premier craving de ma vie.

J'avance à reculons.
Aujourd'hui, sur ce site de petites annonces par lequel je passe pour échanger besoins sexuels et besoins financiers, j'ai commencé à parler à un homme.
Au début, ce ne sont jamais complètement des hommes, cela reste des lettres qui s'affichent sur l'écran.
Un pseudo, Kokin2019. Une vague description, 33 ans, 1m80, 75kg.
Il me demande mon numéro, j'explique que je ne le donne que si le rendez vous est convenu.
Je fais encore des erreurs de débutante, ou plutot je continue à avoir cette naïveté en la crédulité et l'honnêteté de ces interlocuteurs virtuels. Car evidemment, je sais qu'il est facile de prétendre convenir d'un rendez vous, même si ce n'est pas l'intention de l'Autre, pour obtenir mon 06.
En imprudente occasionnelle que je suis, je n'ai pas de 06 consacrée à cette activité, je donne mon numéro perso. Alors que je sais qu'il suffit de quelques minutes sur Google et quelques clics pour retrouver mon identité et mes activités professionnelles, référencées via mon téléphone sur internet.
Bref, je suis une folle.

J'avance à reculons.
Je conviens d'un rendez vous avec Kokin2019. Il insiste pour avoir mon téléphone, je le lui donne. Il demande à m'appeler, pour vérifier que ce n'est pas un fake. j'accepte.
La conversation téléphonique commence. Tout débute de façon très banale.
Si ce n'est que dès les 3 premières minutes il se montre excessivement bavard.
Je joue le jeu, sans en faire trop. Je pense qu'il était perceptible que j'étais un peu agacée. Cela n'a pas eu l'air de l'inquiéter.
Il se montre curieux, me pose beaucoup de questions.
Je sais qu'il ne faut pas répondre, surtout, ne pas ouvrir ces portes à l'intrusion. Je reste vague.

Mais j'ai bu 3 pintes ce soir, je viens de rentrer chez moi, et j'ai commencé à prendre un peu de coke.
Je n'ai pas tous mes esprits en place, je ne suis surement pas assez en alerte.
Et l'Autre est doué. C'est certain.

Je finis par lacher (comment?) que j'ai vécu à Paris. Il semble troublé.
Il me demande où.
J'ai un début de malaise qui se dessine dans un coin de ma tête.
J'esquive la question.
Il me demande "Tu habitais pas à XXX par hasard ?"
Mon coeur se met à battre. Il a visé le bon quartier. La coïncidence est trop grosse, ce ne peut pas être un hasard.
"On s'est déjà vu?"

J'avance à reculons.
Il me sort alors tous ces souvenirs.
Mon logement, ma description physique, ce que je faisais à l'époque.
Je l'avais accueilli avec un verre de vin, j'avais pris un peu de coke.
Il m'avait fait un massage, puis un cunni. J'avais adoré. On avait commencé à se carresser.
"Tu t'es grave chauffé. Tu as commencé à te caresser en te frottant sur moi. Puis tu t'es mis sur moi et tu as mis ma bite en toi. Tu poussais des gémissements, des cris. tu prenais grave ton pied. Puis tu t'es tourné et tu as voulu que je prenne par derrière. Là tu as dit de faire attention à la capote. Je t'ai dit que y en avait pas, que tu m'avais sauté dessus et que j'avais pas eu le temps d'en mettre. Et là tu as pété un cable, tu as dit que je te l'avais fait à l'envers, que j'avais fait exprès. Tu étais vraiment énervée. On a arrêté là et tu m'as mis dehors. Je t'ai recontacté la semaine d'après, mais tu m'as envoyé des messages vénèrs. Comme quoi j'avais abusé de toi. Du coup on s'est jamais revu".

J'avance à reculons.
Je n'ai aucun souvenir de tout ce qu'il me raconte.
Pourtant, il ne peut que dire vrai.
Toutes les infos qu'il m'a donné sur moi, mon logement etc, sont justes.
Mon coeur bat la chamade en entendant tout ca.
Il y a donc des moments de ma vie, des rencontres, des rapports sexuels, qui se sont effacés de ma mémoire.
Récemment, j'ai essayé, telle un ado collectionneur ou un Don Juan vantard, de faire la liste de tous les mecs avec qui j'avais couché.
Sans viser un chiffre précis, mais au moins une moyenne, en laissant une marge d'erreur entre 5 et 10.
J'étais arrivée à un chiffre finalement pas trop énorme, plus élevé certainement que la moyenne des filles de mon âge, mais sans que cela soit trop gargantuesque.

Face aux propos de cet homme, dont la voix ne m'évoque aucun souvenir, il m'apparait que ce chiffre est probablement erroné, et que j'ai accueilli dans mon lit, il n'y a pas si longtemps, un peu plus de deux ans seulement, un homme que j'ai complètement oublié.
Pourtant, le souvenir qu'il évoque n'est pas un souvenir banal, et il aurait du me marquer.
Et si lui je l'ai oublié, alors il y en a très probablement d'autres.

J'avance à reculons.
La conversation s'éternise, ses questions sont intrusives, insistantes. Je sens qu'il va trop loin, que je perd le fil et que je me mets en danger, répondant malgré moi à des choses personnelles qu'il n'a pas besoin de savoir.
Il me propose une somme d'argent importante, pour des rendez vous très réguliers.
Je finis par donner fin à la conversation, après un temps que je ne mesure pas mais qui avait en tout cas dépassé une bonne heure.
Nulle. Je sais que je n'aurai pas du me laisser aller à cet échange.
Mais je me suis laissée avoir par la surprise. Tombée de haut.

J'avance à reculons.
Si nous nous voyons comme nous l'avons convenu, je revivrai donc un moment que j'ai vécu il y a deux ans. Quand j'étais à fond dans la coke, à fond dans la prostitution.
Je ne veux plus revivre cette époque.
Je sais qu'il désire retrouver l'intensité de ces caresses, de cette volupté, de cette sensualité que je donnais, et qui l'ont indéniablement marqués, tant ses souvenirs sont précis.
Mais je sais déjà que ce ne sera pas ça.

Car même si c'est à reculons, j'ai avancé.
Enfin, je crois.

Catégorie : Tranche de vie - 02 mai 2019 à  02:39

#cocaïne #prostitution

Reputation de ce commentaire
 
Tes pensées et tes écrits illuminent ma journée sans opi...(cependant)
 
tu devrais écrire un livre Hyrda
 
Je découvre ce beau témoignage, sans doute pas par hasard. Lena.



Commentaires
#1 Posté par : Anonyme 218797 02 mai 2019 à  04:23
Emmmmmaaaaa!

Je suis contente de te relire, d'avoir des nouvelles.... les tout enrobé de ton ecriture, si vraie, si pure, si charnelle, si delicate, si reelle, si embellie. Tout et son contraire.
Mais tjrs delicat, ciselé, Emma c'est ma brodeuse de mots. Continue a coudre le fil de ta vie, quelle qu'elle soit, tu parviens a sublimer même tes moments durs. Rien ne sonne glauque, tu mets de la finesse, tu effaces la crasse...
Danseuse etoile qui virevolte, conserve sa grâce, même le bitume de la vie ne semble pas t'user.

Une fée un peu alchimiste, qui change le plomb du quotidien en or a partager.
Raconter les coups durs, les difficultés, avec autant de lumière et de beauté c'est surprenant.
Je le sais, mais la surprise est la même, à chaque épisode que tu nous offres...

Je n'ai pas ton talent naturel pour la douceur, la delicatesse, ce côté Audrey Hepburn, qui ne se départi jamais de se classe...

Je dois me tordre et me forcer pour apporter un peu de lyrisme à mes ecrits, tenter de prendre de la hauteur...

Je vais donc laisser ma nature prendre le dessus : mes mots rapeux, la langue qui claque, les emotions qui jaillissent par trop de spontanéité...
Si la grace peut etre un rempart qui met a distance la douleur ou la mocheté, chez moi c'est une forme de «brutalité» qui sert de carapace....
Dommage car l'urgence du quotidien, le tourbillon qui m'emporte s'efface avec la vie. Mais toi, qui peut sublimer le plus dur des vecus, tu élèves ta vie, c'est le propre de l'art. Ce sont ces traces que le temps va figer plutot que l'eroder....



Je defait le chignon et j'enlève les talons, pas de diamants sur mon canapé.
Retour aux chaussons, au leggings regressif et coiffe ma capuche.
Alors....

Heureuse pour ton appartement en espérant que l'indépendance qu'il te procure te sera bénéfique mm si c'est pas immédiat.

Je n'aime pas dire aux autres quoi faire (bien que je ne puisse pas m'empêcher de donner mon avis), mais je suis d'accord avec toi : «l'échange de bons procédés» avec la personne qui te fournit, c'est plus que glissant.
Aux dernières nouvelles cela te convennais, tu ne subissait pas la situation, au contraire... tant mieux.
Donc heureuse que tu ais su mettre le hola qd tu as senti que tu ne maîtrisait plus suffisamment ce troc. C'est pas simple de mettre un terme a un fonctionnement qui t'echappe et dérape.
Les bornes ne sont pas brutalement dépassées, ce sont des petites habitudes qui s'installent doucement, progressivement, insidieusement.
Combiné au fait que c'est ton dealer et un ami... tu fais preuve d'une vraie force de caractère, pas tjrs simple de s'imposer qd il y a de l'affect ou un rapport de «force».
Perso si je devais monnayer des presta sexuelles, je cloisonnerai au max. Pas de client connus en dehors de la presta payée. Sinon je suis sure que je gererai mal les limites et finirait par me faire marcher dessus.
J'ai bcp de faiblesse, ma force c'est que je commence à les connaitre.

Pour les finances, en effet, si ta mère suit tes comptes, c'est compliqué...
C'est une demande que tu as fait à l'epoque, mais ça te convient tjrs?
Ca te sert de barrière ou tu ne vois pas l'utilité.

Je n'arrive pas bien a percevoir ou tu en est sur ton envie d'abstinence (mais peut etre que toi non plus...).
Tu es coincée entre 2 eaux : envie d'arrêter et besoin d'un cadre extérieur ou tu as envie de lacher la bride et les bequilles que tu avais mis en place commencent à être nefastes...


En tout cas, face à l'adversité au brouillard, tu retrouves le moral et ça se sent, ca transpire dans ton texte.

Tant que tu trouves des petits bonheurs dans ta vie, que le feu interieur brule en toi, que VIS et RESSENS même si ça implique aussi la douleur....

Oui tu avances!
Peut-être doucement. En reculant parfois.
Mais quand on gravit l'Evrest, mieux vaut etre la tortue que le lapin emporté par l'avalanche.
Parfois il faut rentrer la tête, le temps que ça passe. Mais tu la trouveras la lignes d'arrivée que tu souhaites, meme si tu ne sais pas encore où elle est.
Tu planteras ton drapeau auvdessus de nos têtes, je nen doute pas.


En tout cas chacune de tes apparitions furtives sur ton blog, c'est un de mes petits bonheurs a moi heart

Vive Emma, Vivent les Arts, vive la vie...

Bises.
Bisous, même!

Marla


Edit :

j'ai dévoré la serie Vernon.
J'ai eu du mal a me lancer, peur d'être déçue et de voir la trilogie abîmée.
Il y a 2ans qd j'ai appris que Romain Duris serait Vernon, j'ai ronchonné.... Quid des yeux delavés, de sa grande maigreur...?

Mais l'adaptation est plutôt reussie, les personnages ne font pas trop caricaturaux ou grotesques.
L'ambiance, les attitudes et caractère sont bien retranscrits.
Pamela est particulièrement reussie. Sublime, pétillante, naturellement seduisante... Je suis tombée en amour de l'actrice!
Celle qui joue Aicha m'a aussi marquée, le role netait pas évident, j'ai bien aimé l'interprétation qu'elle en a fait, jevrevoyais les lignes du livre defiler sous mes yeux....

Bon j'arrête pour ne pas verser dans le spoil...
Je ne sais pas si la saison s'arrête au 9eme episode, mais j'en veux encore....

Je laisse la nuit s'effacer en silence, moi aussi dans mes volutes de cigarette... wink

Reviens nous vite Emma.

 
#2 Posté par : Mascarpone 02 mai 2019 à  06:15

IsadoraD a écrit

La logique reste la même qu'avec les arrangements avec mon dealer, finalement.
La coke et le sexe restent liés pour moi.
Mais en faisant des rencontres avec d'autres hommes, je garde le controle, je choisis, je reste maitre des situations. Ce qui n'était plus le cas avec mon dealer, qui m'avait à sa merci.

Perso, je comprend la démarche. Preter son corps à des michtons contre de l'argent n'est pas du tout la même chose que donner son corps contre de la drogue à son dealer: Dans le 1er cas, tu gardes un semblant de contrôle, dans le 2eme, tu te mets vraiment à la merci d'un tiers (enfin, je l'ai toujours vu comme ça...). Je ne suis pas une meuf, mais quand on est accro à un produit, souvent on lui donne déjà toute sa tête, alors, pour moi, donner en plus son intimité, son corps, je trouve ça terrible, vous avez du courage les meufs (moi, je crois que je haïrais la terre entière, et forcément, ça se verrait...). Certains diront que c'est de l'argent facile, facile, tu parles! Pour moi, il serait bien plus facile d'aller braquer une banque, c'est dire!

Je me suis toujours demandé comment les mecs pouvaient imaginer que les pros faisaient ça majoritairement par plaisir thinking TOUTES celles que j'ai bien connues (et j'en ai connu pas mal à l'époque où on faisait des affaires ensembles(affaires n'ayant rien avoir avec le sexe bien sûr!) n'avaient que ce credo en tête : En faire le moins possible et encaisser le plus possible le plus rapidement possible (elles avaient même de ces trucs incroyables pour faire croire au mec qu'il les pénétrait alors que...Non!)

Ton texte est trés bien écrit. Ne t'encombre pas de culpabilité (c'est lourd à porter et ça use pour rien) et surtout, gardes le contrôle sur ta vie.

Amicalement


 
#3 Posté par : narval 02 mai 2019 à  16:58
bonjours emma excuse par avance au cas quc'est que je pourrais te blésser cela n'est pas mon intention ,cela me rappelle quand j'ai eu 18 ans sdf a paname venant de passer 1 an a londres et essayant d'y retourner qu'un tox m'a braqué place de la Rép en allans prendre le magic bus pour london je suis resté coinçé un an a paris en essayant de vivre en me vendant

 
#4 Posté par : narval 02 mai 2019 à  17:49
désolé je viens de comprendre pourquoi ton partage me ramene a cette époque a 17 ans je suis parti vivre a londres pour fuir la DDASS et c'est a cette periode que j'aie pris bcp de coke et je me suis souvent retrouvé dans des plan cul que j'aie regretté aprés.je partage avec toi ce a quoi ton vécu me raméne au mien et merci du fond du coeur pour ton partage d'experience humaine nous ne sommes pas si différent.

 
#5 Posté par : bohbohboh 02 mai 2019 à  19:07
Hey Emma, toujours un plaisir de te lire !!!

Concernant cet homme, as tu envisagé le fait qu'il t'ai mentit ? Car le fait qu'il soit déjà venu chez toi pour une prestation ne veut absolument pas dire que cela s'est passé comme il le prétend. Le meilleur moyen de faire passer un mensonge, c'est de le cerner de véritées ! Après pourquoi il ferait ça je ne sais pas trop, mais c'est une idée qui m'est passée par la tête en lisant ce passage ^^

IsadoraD a écrit

Je finis par lacher (comment?) que j'ai vécu à Paris. Il semble troublé.
Il me demande où.
J'ai un début de malaise qui se dessine dans un coin de ma tête.
J'esquive la question.
Il me demande "Tu habitais pas à XXX par hasard ?"
Mon coeur se met à battre. Il a visé le bon quartier. La coïncidence est trop grosse, ce ne peut pas être un hasard.
"On s'est déjà vu?"

Le gars devine qui tu es simplement après que tu lui ai dit avoir vécu à Paris ?
Ou alors il aurait reconnu ta voix ? Tu as changer de numéro de téléphone depuis cette époque ?

Pour moi cela semble gros. Au moment de t'appeler, le gars savait qui tu étais et peut être que ce qu'il raconte est vrai, ou faux.

En tous cas, je te conseille de ne pas gaspiller ton temps à te dire que ta mémoire te fait défaut. Croît en toi et en ta mémoire ! Fais toi confiance tongue


 
#6 Posté par : Stelli 04 mai 2019 à  17:23
Voilà pourquoi j’aime Psychoactif.
Merci pour ce partage.

 
#7 Posté par : Bootspoppers 04 mai 2019 à  17:55
Ce n'est pas facile pour moi d'écrire dans ce blog.
Moi cette histoire me rend triste.
Je voudrais  te dire Emma que ça va aller mieux et que ce n'est pas grave.
Oui, c'est ça que j'aurais voulu te dire.
Mais non, je ne te le dirai pas.
***
Vous avez eu la chance de voir Vernon Subutex, moi je n'ai pas Canal+, j'aurais bien aimé pourtant puisqu'il y a Flora Fischbach qui joue un rôle dedans et que c'est ma chanteuse préférée.
Dans ce bouquin, Virginie Despentes dit que la coke est le pire produit, c'est la seule drogue qui ne rapproche pas de Dieu. Alors, de temps en temps, oui.

Alors... est-ce que la prostitution fonctionnelle c'est mieux que la prostitution joyeuse ? Je ne suis pas convaincu e. La prostitution fonctionnelle pour la drogue, c'est rarement une combinaison gagnante. Et c est toujours triste. Ce n'est pas mieux, Emma.
***
Mais je sais que tu sais tout ça.
Tu maîtrises à merveille les mots et tu fais passer les messages que tu veux avec toutes leurs ambiguïtés.... parfois même d'ailleurs comme moi, tu te perds dans les mots.
Et probablement, tu cherches cet égarement. Pas vrai ?
***
Sois lucide Emma.
La seule chose que je peux te dire, c'est que tu ne dois pas perdre espoir. Continue ardemment  de chercher la porte de sortie. Tu le sais très bien d'ailleurs.
Tu es grande, tu connais le forum, tu sais comment il faut faire.
Dans les contradictions de ta vie, Emma, il faut que tu choisisses un sens. Devant ? A reculons?
Mais je sais qu'au fond tu veux avancer.
Alors ? Avance. Mais surtout... choisis.

IsadoraD a écrit

Car même si c'est à reculons, j'ai avancé.
Enfin, je crois.


 
#8 Posté par : IsadoraD 04 mai 2019 à  19:46

Bootspoppers a écrit

***
Vous avez eu la chance de voir Vernon Subutex, moi je n'ai pas Canal+, j'aurais bien aimé pourtant puisqu'il y a Flora Fischbach qui joue un rôle dedans et que c'est ma chanteuse préférée.
Dans ce bouquin, Virginie Despentes dit que la coke est le pire produit, c'est la seule drogue qui ne rapproche pas de Dieu. Alors, de temps en temps, oui.
.

Je n’ai pas Canal + non plus, mais on la trouve en streaming.
Je viens de la finir ...
fischbach est très bien, j’adore encore plus Celine Sallette smile

https://les.seriestreaming.site/vernon- … g-serie-vf

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Merci Emma. Boots

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