Coucou, je vais vous raconter le pire du pire! Un extrait de mon livre.
Le directeur de prison
Cette histoire peut paraître difficile à croire.
Pourtant, elle est vraie.
Lorsque je suis entrée en prison, je me suis dit qu’enfin, j’allais pouvoir parler.
Pour la première fois depuis des années, je me sentais à l’abri. Je pensais qu’entre les murs d’une prison, personne ne pourrait me faire taire. Je me suis dit que c’était peut-être le moment de raconter ce que je gardais enfoui depuis si longtemps.
J’ai demandé à rencontrer le directeur.
Il n’était pas seulement directeur de cette prison. Il dirigeait quatre établissements pénitentiaires en Belgique. À mes yeux, c’était un homme qui représentait l’autorité, la justice et la protection. Je pensais qu’il m’écouterait.
Lorsque je me suis retrouvée devant lui, je lui ai raconté toute l’histoire.
Je lui ai expliqué que, lorsque j’étais très jeune et plongée dans la toxicomanie, j’avais été agressée à plusieurs reprises par des gendarmes.
Je lui ai raconté cette nuit où une patrouille m’avait proposé de me raccompagner chez moi. J’étais montée dans leur voiture sans la moindre méfiance, parce qu’ils portaient un uniforme. Au lieu de me protéger, ils m’avaient emmenée dans un endroit isolé où plusieurs d’entre eux avaient profité de moi avant de me déposer devant chez moi comme si rien ne s’était passé.
Je lui ai raconté une autre histoire.
Je lui ai expliqué comment, un autre soir, alors que je partais travailler comme danseuse à Anvers, trois gendarmes m’avaient arrêtée. Ils m’avaient emmenée dans une pièce fermée sous prétexte d’un contrôle. Ils avaient vidé ma valise, manipulé mes costumes, mes sous-vêtements, s’étaient moqués de moi, avant de commencer à me toucher. Là encore, ils avaient utilisé leur uniforme pour faire de moi une proie.
Je lui ai expliqué que ces faits n’étaient pas des incidents isolés.
Ils avaient marqué ma vie.
Pendant des années, je n’avais rien dit.
J’avais eu peur.
Peur de ne pas être crue.
Peur des représailles.
Peur de ceux qui portaient justement l’uniforme censé protéger les citoyens.
Puis je lui ai dit :
— Aujourd’hui, je veux porter plainte.
Je pensais qu’il allait m’aider.
Je pensais qu’il allait me dire que la justice devait suivre son cours.
Au lieu de cela, il m’a regardée avec gravité et m’a répondu :
— Si tu faisais une longue peine, dix ans ou plus, je te dirais de porter plainte. Mais si tu fais seulement six mois ou un an de prison, lorsque tu sortiras, tu les recroiseras. Ils sauront que c’est toi. Ils ne te laisseront pas tranquille. Ils continueront à te harceler… et il pourrait même t’arriver pire.
Je suis restée silencieuse. MAIS pu**** je rêve !!
Puis il a ajouté :
— Je te conseille de ne pas porter plainte. D’ailleurs, je ne prendrai pas ta plainte.
À cet instant, j’ai senti tout s’effondrer.
Il ne remettait pas en cause ce que je racontais.
Il ne me disait pas qu’il ne me croyait pas.
Au contraire.
Sa réponse me faisait comprendre qu’il croyait que ces hommes étaient capables de me faire du mal si je les dénonçais.
C’est cette idée qui m’a le plus bouleversée.
Même dans un bureau de prison, face à un haut responsable de l’administration pénitentiaire, je n’obtenais ni protection, ni justice.
Seulement un conseil : me taire.
Je suis sortie de son bureau avec la certitude que, face à certains hommes en uniforme, je n’avais aucun recours.
Ce jour-là, je n’ai pas seulement perdu l’espoir de porter plainte.
J’ai perdu la conviction que quelqu’un accepterait un jour de me défendre.
J’avais 20 ans….
Tali