Les dangers des Eppendorfs !

Catégorie : Tranche de vie
26 juillet 2026 à 19:36

J'attends la confirmation que c'est bon, je peux aller récupérer mon pochon.

Posée sur le canap', je transpire derrière les genoux. Mon cerveau fume. Je n'arrête de penser.

Qu'est-ce que je garde de tous ces moments passés ? De ceux que j'ai abrités dans ce carnet et de ceux qui ont couru trop vite, trop enthousiastes ou défoncés, pour rester gravés dans les octets ?

Mosaïque éclair du temps qui passe, heures dilatées ; nuits orangées d'aubes qui arrivent trop vite et jours de désespoir qui courent, trop égaux, les uns après les autres.

J'en garde qui je suis aujourd'hui.

J'en garde ce que j'ai perdu, comme en rentrant avec l'envie pressante de transformer en cocon doux cette trace que j'anticipe étalée sur mon miroir.

Étonnement facile, pour une fois, d'y mettre la main dessous. Étonnamment pas cher, mais bon. Quoi vouloir de plus ?

Aspirer cette trace avec hâte.
J'ouvre ma sacoche, j'en sors le papier avec le pochon.
C'est de ces cylindres en plastique que je n'affectionne pour un sous.
Je n'ai jamais compris l'engouement pour ce commerce de suppositoires colorés pour vendre de la dope.
C'est rigide et difficile à cacher.
Bref, même si j'aime pas le contenant, j'adore le contenu.

Eppendorf de mes souhaits.
Je dépaquète l'emballage comme un gamin sous le sapin. Mais je crois bien que cette année, c'est la déception : le père Noël n'existe pas.
En plein été, pas de flocons à adoucir mes longues aprèms.

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Le képa s'est ouvert.

Qu'est-ce que j'en garde ?

Il s'est déversé dans mon sac et dans la nature.
Complètement vide et il ne reste qu'un plastique bleuâtre. Je n'entrevois que mes doigts, à travers desquels le réconfort mérité s'est envolé.
Je regarde au fond du sac.
Quelques microscopiques cailloux collés dans une couture.

Moins qu'un Eppendorf à moitié vide.

Dégoûtée. Mais je sais que ça n'aurait fait que repousser de quelques jours la fin d'un pochon qui arrive toujours trop vite. Le switch vers des cachets qui ne sont jamais assez (il me paraît de plus en plus urgent de réviser ma stratégie de prescription ; je dépasse les doses et je suis obligée de coller des sparadraps opiacés à mes journées dépourvues de blisters).

J'y cherchait une lucidité défoncée, le recul face aux dilemmes. Je n'ai plus rien et je ne peux que me dire – renard sans raisin – que ça ne m'aurait pas aidée à prendre une décision qui commence à me peser ; ça ne m'aurait probablement pas épargnée de me triturer dans la procrastination incertaine vers un demain qui n'est jamais plus propice pour décider.

Et ce n'est qu'en pensant à ce que je garde des dernières années, cette passion fulgurante qui m'a bouffée. Les écroulements en cascade qui s'en sont suivis. La perte de la sécurité de liens qui devaient conforter et non pas me faire couler encore plus. Coups de schlass aux bouées que je m'époumonais à gonfler en vain.

Trop vite et trop lentement.

Les années passent et les cendres ne sont pas encore dispersées.
Je n'avais jamais réalisé comme ce cocon doux dont j'ai aménagé chaque recoin avait été le théâtre d'une pièce tragique. Je me disais que c'était un antre rassurant.
Il m'en reste une grotte où je me cache en essayant de ne pas penser.

Et pourtant je me rends compte que bien trop de souvenirs joyeux me restent. Plus rassurant que rappeler la douleur atroce de la violence, l'épuisement, qu'on s'infiltre dans la nuit chez moi en forçant le grillage.

Grilles de mon coeur tordues par des poids que je n'avais pas à porter.
Et j'avais toujours cru dans l'amour infini des liens amicaux, vraie famille choisie dans le partage. Mais il m'a dégringolé sur la gueule.

Il ne me reste qu'à ne plus croire à rien, continuer à pédaler matins et soirs, nager des kilomètres de carrelage, plus vite, pour ne pas penser. Pour tenter de panser ces blessures qui restent malgré le temps qui passe.

Il me reste des clichés souriants, les iris rétrécies, les étreintes bouillantes. Depuis deux ans, armée d'un sécateur aiguisé, j'extirpe toute nouvelle pousse potentielle. Je me suis recrovillée dans ce canapé qui m'a aspiré les matins aprèms soirs nuits passés trop vites dans une vie parallèle.

J'en garde deux ans à tenter de reconstruire, j'en garde les soirées au matin, les voyages loin, les descentes à repousser pour rentrer seule. Et meme quand j'ai partagé draps, sable et douche, je n'ai bâti rien.

J'en garde que ça n'a pas été un port de passage pour tisser des routes nouvelles, mais une porte constamment renfermée, fatigue à rouiller les rencontres. Parce que ça avait été usurpé, envahi mon espoir et ma patience, usé dans les efforts de vouloir me protéger.

Et parmi les larmes chaudes, plus salées de la mer douce, jaillies de cette descente abrupte et obligée – mon pochon s'est déversé – je commence à entrevoir que non, je ne vais pas m'encroûter à vie sur le moelleux de ce canap usé.

Une psy taiseuse, qui ne m'offre même pas un « alors ? » habituel, mais qui me permet de prendre l'air face à l'étendue bleue que je commence à apercevoir comme mon prochain horizon.
Car je commence à en avoir marre d'une monotonie morne, juste émaillée de soirées vivifiantes.
Je veux que les instants parsemés de joie deviennent le quotidien.

Qu'est-ce qu'il me reste de ces élucubrations solitaires ?

Une décision impossible à prendre qui a hanté mes jours et mes nuits, devenues une montagne enfin érodée par l'envie qui me reste de tourner la page.

Commentaires
#1
Jessiemabrune
Opi-loveuse French Polynesia
Hier à 07:21
Coucou Cependant salut

Ton texte me tourne dans la tête depuis ce matin.

J'ai un peu de mal à trouver les mots mais je vais essayer.

Qu'est-ce que j'en garde de tous ces moments passés ? De ceux que j'ai abrités dans ce carnet et de ceux qui ont couru trop vite, trop enthousiastes ou défoncés, pour rester gravé dans des octets ?  Mosaïque éclair du temps qui passe, heures dilatées ; nuits orangées d'aubes qui arrivent trop vite et jours de désespoir qui courent trop égaux les uns après les autres.  J'en garde qui je suis aujourd'hui.

Comme tu le dis si bien, tu en gardes qui tu es aujourd'hui, avec toutes ses forces et ses faiblesse, comme tout être humain.

Tu en gardes aussi des souvenirs, brûlant ou glacés, doux ou qui mordent, mais plus intenses que ceux de la plupart de l'humanité.

Car je commence à en avoir marre d'une monotonie morne, juste émaillée de soirées vivifiantes. Je veux que les instants parsemés de joie deviennent le quotidien.  Qu'est-ce qui me reste de ces élucubrations solitaires ? Une décision impossible à prendre qui a hanté mes jours et mes nuits, devenues une montagne enfin érodée par l'envie qui me reste de tourner la page.

Peut-être un nouveau chapitre qui s'annonce, alors ?
Si "oui", reste à savoir de quelles couleurs de as envie de le peindre.
Tout est possible.


Et puis... C'est très subjectif bien sûr, mais si je me base sur les messages que j'ai lu de toi sur le fofo, tu es quelqu'un d'exceptionnel et d'une grande valeur.

Biz'
Prends soin de toi

Reputation de ce commentaire
 
Tout est possible, les doutes de l'incertitude comme seule évidence ! cep


#2
cependant
Modo bougeotte 
Hier à 09:08

Jessiemabrune a écrit

Et puis... C'est très subjectif bien sûr, mais si je me base sur les messages que j'ai lu de toi sur le fofo, tu es quelqu'un d'exceptionnel et d'une grande valeur.

Merci énormément Jessie, je rougis à tant de compliments

Oui, j'ai hésité pendant des jours ma j'ai pris une décision : je vais bouger ! Ça va vivifier l'esprit et de toute façon il fallait bien que je fasse quelque chose

C'est incroyable, écrire m'a permis d'y voir bien plus clair alors que ça faisait deux mois que juste je repoussais !!

Et tu as bien raison, ce n'est pas l'intensité qui manque

Toi t'as déjà buté face à des décisions ?
Repoussé de jour en jour...?

Je trouve juste dommage qu'une fois la décision prise je me dise "j'ai encore tant à faire" et je ne fête même pas le soulagement !

Je ne sais pas si c'est humain ou si c'est parce que mon kepa s'est vidé ?

Ça t' est déjà arrivé ?

Bonne continuation à toi :)


#3
Jessiemabrune
Opi-loveuse French Polynesia
Hier à 09:20

cependant a écrit

C'est incroyable, écrire m'a permis d'y voir bien plus clair alors que ça faisait deux mois que juste je repoussais !!

Et tu as bien raison, ce n'est pas l'intensité qui manque

Toi t'as déjà buté face à des décisions ?
Repoussé de jour en jour...?

Je trouve juste dommage qu'une fois la décision prise je me dise "j'ai encore tant à faire" et je ne fête même pas le soulagement !

Je ne sais pas si c'est humain ou si c'est parce que mon kepa s'est vidé ?

Ça t' est déjà arrivé ?

Bonne continuation à toi :)

Je pourrais mentir, dire "naaan, j'ai jamais repoussé une décision comme ça, juré"

Mais bon, je suis humaine, donc oui, ça m'est arrivé :

- il y a quelques années quand j'ai bougé en Polynésie (où je n'avais jamais foutu les pieds avant) avec les gamins et juste une valise par personne.

- bien avant, quand j'ai essayé de me convaincre que "nooon, faut être cinglée pour toucher à l'H, je suis pas comme ça"

- un déménagement de l'Est de la France vers le Centre avec juste une vague promesse de boulot à temps partiel en CDD et aucune corde de secours derrière.

Et chaque fois,,une fois la décision prise, pleins de doutes, de question, de remise en question jusqu'à ce que le mouvement soit lancé sans pouvoir l'arrêter.

Euh, en fait en me relisant je me dis que je dois être quand même un peu cinglée quelque part lol

Plus sérieusement, aucun changement majeur n'a été simple, mais ils ont été riches.
En rencontre.
En dépaysement.
En expérience.
En souvenirs.

Alors je te souhaite le meilleur pour ce nouveau chapitre.


#4
cependant
Modo bougeotte 
Hier à 11:00

Jessiemabrune a écrit

Et chaque fois,,une fois la décision prise, pleins de doutes, de question, de remise en question jusqu'à ce que le mouvement soit lancé sans pouvoir l'arrêter.

Tu as bougé pas mal aussi :)
On me dit souvent que c'est courageux
Parfois je me demande quelle est la différence entre fuir et partir ?

C'est marrant, mais dans tous les pérégrinations, les changements souvent je n'ai pas pensé deux fois, ça s'imposait tout seul, je ne sais pas si tu vois ?

Pourtant là, je me pose des questions, j'espère juste de ne pas me donner trop d'illusions ; je sais bien que les changements ne vont pas tout bouleverser et que je porte le poids passé avec moi...mais à la fois, ce n'est pas restant immobile, dans une attente infinie, que les choses vont changer !

Bref, sorry mode prise de tête ON
Comme quoi, non, tu n'est pas cinglée !

Dans les décisions que tu cites c'est quoi qui a vraiment changé les choses ? Le fait d'être loin ou bien d'avoir décidé de changer ?

Les doutes de l'incertitude comme seule évidence !

Mais c'est marrant que tu parles de changements de vie géographiques et de l'envie de consommer, la décision de dépasser les préjugés ancrés dans la stigmatisation d'un produit !

À la fois je comprends, ça a en effet changé pas mal de choses dans ma vie :)

Merci de ces échanges


#5
aidee
parachutiste France
Hier à 23:54
Message peut-être peu constructif de ma part, mais j’ai vraiment adoré te lire, sacrés eppendorfs, j’ai connu.
Prends soin de toi et au plaisir de te relire


cependant a écrit

Parfois je me demande quelle est la différence entre fuir et partir ?

C'est marrant, mais dans tous les pérégrinations, les changements souvent je n'ai pas pensé deux fois, ça s'imposait tout seul, je ne sais pas si tu vois ?

Pourtant là, je me pose des questions, j'espère juste de ne pas me donner trop d'illusions ; je sais bien que les changements ne vont pas tout bouleverser et que je porte le poids passé avec moi...mais à la fois, ce n'est pas restant immobile, dans une attente infinie, que les choses vont changer !

Bref, sorry mode prise de tête ON
Comme quoi, non, tu n'est pas cinglée !

Dans les décisions que tu cites c'est quoi qui a vraiment changé les choses ? Le fait d'être loin ou bien d'avoir décidé de changer ?

Les doutes de l'incertitude comme seule évidence !

Mais c'est marrant que tu parles de changements de vie géographiques et de l'envie de consommer, la décision de dépasser les préjugés ancrés dans la stigmatisation d'un produit !

Fuir ou partir ?
Je ne suis pas sûre qu'il y ait une vrai différence vu que lorsqu'on part, on fuit ou on laisse derrière quelque chose qu'on ne veut plus dans l'espoir de trouver quelque chose que l'on désire, non ?
Enfin, je crois.
Pas sûre d'être très claire, là.

Les changements qui s'imposent tout seul...oui, je vois mais je crois que tu as plus de sérénité que moi là dessus.
Même lorsqu'un changement s'imposait de lui-même, je n'ai jamais été fichue de le traverser sans me faire des noeuds au cerveau lol

Je te rejoins totalement sur le fait que ce n'est pas l'attente infinie qui permet de faire bouger les choses. Pas contre, la raison ou la peur peuvent sacrément nous paralyser pour nous pousser justement à rester là sans bouger.
Enfin, c'est juste l'impression que j'ai.

Perso, je crois que les changements de cadre ont eu autant d'importance que la décision de changer, comme si j'avais besoin d'avoir les deux.
Le changement de lieu physique pour le corps, et la décision pour le changement dans la tête.
Mais est-ce qu'on peut envisager un vrai changement sans les deux ?
Certains y arrivent mais, moi, j'en suis apparemment incapable.
(Ouh laaaa, voilà que je repars à faire de la psycho ou de la philo peut-être.)

C'est marrant que tu parles de dépasser les préjugés ancrés dans la stigmatisation d'un produit.
C'est clairement ce changement là qui m'a donné le plus de nœuds au cerveau.
Parfois, je me dis que les barrières mentales qu'on a intégré sans même s'en rendre compte sont les plus dures à dépasser.
Ou c'est peut-être juste que j'intellectualise trop.

J'espère que toi, ça va.

Biz.
Prends soin de toi et merci pour ces échanges.

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