Epigenetique et PAWS (Syndrome de sevrage prolongé)

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Ca fait bien trop longtemps que je n'ai pas dormi, il faut que j'arrête PA quelques jours pour me reposer, mais pour pas vous quitter sur une mauvaise note, je veux quand même répondre juste à ca :



DopeIsBeautiful a écrit

Non, c'est l'alliance entre la chimie ET le changement moral qui a rendu cela possible, main dans la main. C'est la seule chose que je veux dire ici, il y a des chercheurs qui veulent vraiment changer les choses, et j'en fais partie. Voir des posts anti-science me blesse peut-être un peu trop, en tant que porteur d'idéaux que je n'ai pas encore totalement perdus.

Mon texte fait déjà 9 pages sous word, et il en aurait fait 15 si je n'avais pas coupé certains passages. Je suis parfois obligé de sacrifier à la nuance pour ne pas tout rallonger. Il y a des figures de style, des exagérations et des simplifications à but pédagogique, des amalgames logiques, etc. Il faut le lire comme un texte dialectique un peu littéraire et ne pas tout prendre au pied de la lettre (on a tous nos déformations professionnelles^^). Si tu le comprends comme un texte purement et simplement antiscience, je me suis mal exprimé, ça n'est pas l'effet souhaité, et j'en suis navré.

J'essaye de n'agresser personne dans ce texte. Au contraire, je prends Prescripteur en exemple, pour montrer qu'il n'est pas impossible d'articuler la science avec un désir humaniste et bienveillant. J'essaye simplement de montrer que ça ne va pas de soi du tout, et que c'est au contraire un chemin plein de pièges, qui est rarement emprunté.

Je ne t'ai pas cité parce que je connais moins tes posts, mais si tu t'es senti visé en tant que porteur d'idéaux, j'en suis navré. Dans mon esprit, aucune personne bienveillante et à l'écoute des autres ne devrait se sentir agressé par ce texte. Même si je me doute qu'il prend tes conceptions complètement à revers wink 

Je suis à fond pour l'alliance main dans la main dont tu parles. En citant l'exemple de Prescripteur, je voulais souligner que c'était possible, en dépit de ma conception de l'addiction pourtant bien différente de celle des sciences dures.


Amicalement.


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Pesteux homme
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Bonjour

DopeIsBeautiful, je te remercie beaucoup d'avoir lu mon texte et de l'avoir commenté. Merci encore. A peine réveillé, ça m'a remis au travail. En vrai, c'est excellent que tu sois chercheur ou chercheuse, ça rend la discussion encore plus passionnante. Sens-toi respecté.e je t'en prie.

Quand je parle de la recherche, de biologie, de la science, et de la médecine, ce ne sont pas aux disciplines que je m'attaque, et encore moins aux personnes qui les pratiquent. Ne te sens pas visé en tant que chercheur, ma colère et mon indignation ne sont pas dirigées contre toi, ni contre personne d'autre. J'essaye de démonter des logiques mortifères qui nous étouffent. Je vise des archétypes, et j'essaye de faire ressortir les articulations logiques qui les nouent ensemble, pour former les filets dont nous sommes captifs.

Pour Nineta, je ne dis pas que les chercheurs et les médecins sont "tous les mêmes" ni "tous comme ça", je dis que les logiques qui les travaillent tendent à les déterminer d'une certaine façon. Et nous avec, lorsque nous les suivons. Mais il y a des résistants, il y a des traîtres à la conception spectaculaire du vécu. Et je ne doute pas un instant qu'il y en ait parmi les chercheurs ou les médecins. D'ailleurs, si je suis là pour vous saouler avec mes textes interminables, c'est parce que j'en ai rencontré un ! Et il dit lui même que pour parvenir à aider ses patients, il a dû commencer par "désapprendre" ce qu'on lui avait enseigné à l'université. Je n'invente rien, ce sont ses mots.

Je renie le mot "littéraire" que j'ai employé dans mon dernier message, je me suis laissé entraîner par ce qualificatif que DopeIsBeautiful a utilisé. Je n'essaye pas d'être littéraire, ça, je m'en fiche complètement, j'essaye d'être logique. J'essaye de suivre la logique du langage et de comment elle nous détermine, dans l'espoir de la faire sentir au lecteur. C'est pour ça que ça parait "littéraire", mais c'est un effet de bord non désiré. Pardonnez-moi pour ça, je ne sais pas faire autrement.



DopeIsBeautiful a écrit

L'article que je propose est un plaidoyer pour la dépénalisation et la légalisation des hallucinogènes, du cannabis et d'autres molécules moins nocives. C'est un point de vue pragmatique sur la dangerosité des composés, base sur la pharmacologie et la rationnalite, et l'on voit que l'alcool et le tabac n'ont rien à envier à l'héroïne, la cocaïne ou la méthamphétamine. Ici, la science est peut-être la première pierre d'achoppement à la dépénalisation/légalisation des composés.

J'y vois plutôt un argument pour ajouter de l'eau à mon moulin. La pharmacologie et la rationalité ne disent rien en elles-mêmes. Ce sont les personnes qui les interprètent, et qui s'en servent pour forger les conceptions qui soutiennent leur désir politique. A partir des mêmes observations cliniques, on pourrait tout aussi bien demander l'interdiction de l'alcool et du tabac, et ne pas du tout en déduire qu'il faut assouplir la loi sur les autres produits.

Ca me fait penser au rapport Roques, qui date de 1998. Que s’est-il passé depuis, côté dépénalisation/légalisation ? Rien. Nul. Zéro. Ah si, j'oubliais : l'amande forfaire délictuelle, avec ses quantités seuils qui te font passer de l'amande à la GAV selon la tête du client. Mais ça n'a rien à voir avec une prise en compte des données scientifiques : là encore, c'est un désir politique qui est à l'oeuvre.

Pour qu'on se comprenne bien, j'apprécie ce genre d'article, et j'y apprends parfois des choses intéressantes. Par ailleurs, je n'aurai aucun scrupule à utiliser des études bien scientifiques et médicales si elles servent mes désirs politiques. Ce sont des armes redoutables dans un monde ou seules la pharmacologie et la rationalité font fois. Mais je les utiliserais en totale mauvaise fois justement, pour convaincre monsieur le ministre, sans baser une seule seconde mes propres représentations là-dessus. Parce que pour moi, la dangerosité d'une drogue ne justifie en rien son interdiction, donc contester la dangerosité de certains produits ne serait pas une rhétorique personnelle très cohérente pour justifier leur légalisation.

Encore une fois, je ne conteste pas du tout l'échelle des toxicités des produits, je conteste la puissance de l'arme, et j'essaye de mettre en garde contre le risque de se tirer une balle dans le pied si elle est mal maîtrisée.



DopeIsBeautiful a écrit

En termes simples, les chercheurs prélèvent de l'ADN sur des personnes souffrant d'une dépendance active et le comparent à celui de personnes sans dépendance. Ils constatent les différences entre les deux groupes, ce qui leur permet d'identifier les gènes susceptibles d'être modifiés épigénétiquement en cas d'addiction. Corrélation n'est pas causalité, mais il s'agit de pistes concrètes. Les chercheurs ont identifié des différences entre la méthamphétamine, la coke et les opiacés en ce qui concerne ces modifications épigénétiques.

Merci de tes explications et de ton honnêteté intellectuelle : corrélation n'est pas causalité, et donc, à ce stade, rien n'est certain. Le terme supposition ne devrait pas être infamant. Il faut bien commencer par des suppositions, et certaines finissent parfois par se vérifier.

Quand j'emploie le terme "supposition", je veux surtout dire qu'en pratique, ça n'est pas du tout opératoire, et que ça n'est pas prêt de l'être. Les observations que tu mentionnes sont peut-être des "pistes concrètes", mais la théorie que les scientifiques en déduisent demeure une élaboration abstraite, qui ne se vérifie aujourd'hui par aucune production technique concrète.

Pour moi, cette théorie est empreinte de l'imaginaire biologiste, qui semble entièrement la déterminer. Même si je me place un instant du point de vue scientifique, je ne parierais pas gros là dessus. Car si on plaque toutes nos représentations historiquement acquises sur une nouvelle observation, on risque purement et simplement de ne rien voir de neuf. C'est toute la difficulté du travail scientifique de parvenir à s'ouvrir à ce que l'expérience donne à voir, au-delà des représentations déjà établies.

C'est tout l'intérêt de l'idée des systèmes complexes si chère à Prescripteur. A partir du moment où on admet qu'on fait face à un phénomène sur lequel les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets, Descartes peut aller se rhabiller et le raisonnement rationnel peut être mis au placard. Du coup, ça fait voler en éclat toutes les représentations communément admises, et on peut commencer à travailler sur le réel de l'addiction ou de la souffrance psychique, en se laissant guider par le symptôme de la personne. Ca ne veut pas dire que le médecin doit oublier son savoir scientifique ni le dévaloriser, ça veut dire qu'il doit l'utiliser autrement, qu'il doit laisser une place au réel de l'addiction, en tentant de travailler avec plutôt que contre.

Une image qui parlera seulement au plus matheux, mais puisque je m'adresse à des scientifiques, ça parlera peut-être à certains. C'est à mettre en parallèle avec l'image qui t'avait fait tiquer, celle du scientifique qui pense à ses rats alors que son sujet d'étude est en face de lui : Spoiler



DopeIsBeautiful a écrit

Dans ton argumentation, tu limites la science à la recherche d'informations sur les rats pour des raisons de style littéraire, mais c'est inexact et cela balaie toutes les études cliniques. De plus, une personne en manque ne cherche pas seulement à être écoutée. Elle cherche à être soulagée, et si possible avec le moins d'effets secondaires possible.

Quand tu dis "c'est inexact", tu me parles vraiment en scientifique haha. Il n'y a que les sciences dures qui sont "exactes". Imagine que je te dise qu'une étude que tu as postée n'est pas assez dialectique, que son style est insipide, ou que son vocabulaire manque de nuance, tu me répondrais sûrement que je ne l'ai pas lu avec les bonnes lunettes, et que ça n'est pas comme ça que je peux tirer profit du texte.

C'est inexact en effet, et pourtant, ça dit une vérité. Ca montre du doigt une certaine logique.

Il y a une figure de style oui, mais ça n'est pas un effet de manche, ni un artifice trompeur. Cela sert la cohérence de mon propos et la logique de mon texte. Ce raccourci est employé dans un but précis et assumé : tourner la démarche biologiste en ridicule, de façon provocatrice, pour attirer l'attention sur sa part d'absurde et d'incongrue.

Je n'essaye pas de jeter la biologie aux orties, mais de crier ses limites, qui sont totalement niées par l'imaginaire scientifique.

On aura beau mieux prendre en compte l'influence de l'environnement, comme le propose l'épigénétique, on restera cependant prisonnier d'une logique causale et rationaliste, qui définit un système "compliqué", par opposition aux systèmes "complexes" défendus par Prescripteur.

Tu me reproches de balayer les études cliniques, et tu marques un point : j'ai un faible pour ce type d'étude. Elles donnent l'impression qu'on va pouvoir objectiver le vécu de personnes, c'est très séduisant pour moi. Mais je sais bien que c'est un fantasme inaccessible. Là encore, ce qui est objectivé est entièrement déterminé par les représentations des chercheurs, et c'est ça qui les rend souvent très discutables quand on les lit en détail. Concrètement, on peut s'en servir d'arme politique quand elles nous sont favorables, mais on n'y trouvera pas d'autre vérité sur l'addiction ou sur l'usage que celles des représentations qu'on avait déjà pour mettre l'étude au point. Je ne dis pas qu'elles sont sans valeur, mais que ce sont des approfondissements de l'imaginaire déjà là, pas des virages conceptuels.

En fait, peu importe que ça soit dans les rats ou ailleurs que la plupart des scientifiques cherchent la vérité de l'addiction, c'était juste pour donner une image peu glorieuse. Ce qui compte, et ce que je critique, c'est qu'ils la cherchent partout sauf là où elle est. En ce sens, mon image se justifie parfaitement.

Le savoir sur l'addiction, c'est la personne qui le détient. La savoir sur l'addiction est dans la personne qui se plein d'addiction, et nul par ailleurs. Mon style n'est pas là pour faire joli ou pour épater la galerie, il est à visée logique : c'est la seule arme dont je dispose pour essayer de pulvériser cette représentation qui place le savoir de l'addiction en dehors des personnes concernées. Mon histoire de scientifique qui pense à ses rats de laboratoire plutôt que d'écouter la PUD en face de lui, c'est ma version imagée du "rien ne se fera pour nous sans nous".

On ne peut pas construire de savoir sur l'addiction sans les personnes, ni le généraliser à tous : c'est du cas par cas.

C'est le PUD l'expert, mais le plus souvent, il ne le sait pas. Et il ne veut rien en savoir, car il vit dans une époque qui a fait du médecin son prêtre et de la science sa religion. Elle fait des miracles dans tant de domaines, alors on compte sur elle aussi pour la souffrance psychique et pour l'addiction. Mais au final, ça conduit la PUD au bûcher, parce que ça l'éduque à nier son propre savoir. Et ce déni est confirmé par le discours des scientifiques et des médecins qui disent que c'est eux les experts, et qu'il faut s'en remettre à eux, et à eux seuls. Tant que ça marche, j'ai rien contre, mais on fait quoi quand ça ne suffit plus ?

Pour moi, le rôle des soignants, c'est de rendre sa place d'expert au PUD en lui supposant un savoir. Ce qui implique de ne pas être entièrement colonisé par l'imaginaire scientifique et biologiste. Le soignant doit aider la personne à élaborer son savoir sur son addiction, pas l'hypnotiser avec des représentations qui lui sont complètement étrangères et qui le placent en position de spectateur de son propre vécu. Parce que ça égare les personnes, en les détournant du travail sur la logique propre à leur mal-être, et qu'au final, ça diminue leur pouvoir d'agir avec leur symptôme.



DopeIsBeautiful a écrit

Ce que je vois, c'est un traitement d'avenir qui pourrait donner la liberté à ceux qui le souhaitent et qui se sentent piégés par une toxicomanie envahissante. Je pense qu'il faut écouter l'usager, bien sûr, mais c'est en comprenant les dysfonctionnements neurologiques/cellulaires/moléculaires que nous pourrons concevoir de nouvelles générations de médicaments pour les troubles liés à l'usage de substances. A l'heure actuelle, il n'y a même pas de molécule vraiment efficace contre la dépendance aux stimulants ! Je le ressent comme une urgence.

Un traitement contre l'addiction ? Un médicament qui serait capable de me libérer de l'obsession du produit qui m'envahit quand j'essaye de m'abstenir de consommer ? Un traitement qui me sortirait du choix cornélien entre l'abstinence et la surconsommation ? Un traitement qui me dispenserait du travail de deuil de cette impression, éphémère malheureusement, d'avoir trouvé LA substance qui allège mon âme de ces souffrances ? Un traitement qui me ferait oublier ou renoncer définitivement à ce paradis perdu ? A cet amour impossible ? Tout ça rien que par sa seule action chimique sur mon corps ? Sans que j'aie besoin de travailler sur moi le moins du monde ?

Te rends-tu compte que ce que tu espères relève purement et simplement du miracle ?

Perso, c'est comme si tu me disais que tu rêvais d'une pilule contre la vieillesse.

C'est comme si te me décrivais un philtre magique !

Aujourd'hui, nous n'avons rien qui ressemble un peu à ça, même de très très loin. Bien que je reconnaisse un immense scepticisme, je ne suis pas contre hein ! Ton rêve, je le trouve très sympathique. Si il peut soutenir ton désir de chercheur, c'est très bien, fais-le ! Et surtout, si tu trouves, n'oublie pas de m'en envoyer une douzaine de caisse : ton prix sera le mien. (demande de plan spoted^^).

Plus sérieusement, ce genre de rêve, ça peut être un moteur qui motive un chercheur à se mettre au travail, pourquoi pas. C'est constructif pour toi en tant que chercheur. Je ne demande pas aux scientifiques de cesser de l'être ! Mais pour nous, en tant que PUD, c'est juste une incitation à rester bien sage en attendant que les chercheurs s'occupent de nous.

Ce que je dis, c'est qu'en l'absence de résultat concret, les sciences dures de l'addiction concernent surtout les chercheurs, pas les PUD.

Ce qui me chagrine, c'est de voir les PUD suspendus aux lèvres des chercheurs, et se laisser hypnotiser par leurs espoirs de lendemain qui chantent. Ce qui me contrarie, c'est de voir mes camarades endormis et paralysés par ces rêves de traitements miracles plutôt que de passer à l'action. Alors que la (quasi ?) totalité des progrès jamais réalisés en matière d'addiction relèvent tous des sciences humaines et de la politique.

Combien de PUD ais-je entendu me dire qu'il fallait attendre que la science ait fait des progrès pour envisager une légalisation ?

"Une molécule *contre* la dépendance" ! Rien que cette formule en dit long sur la représentation que tu te fais de la dépendance. Ne le prends pas personnellement, ça tombe sur toi dans cette discussion, mais c'est une représentation très couramment partagée.

On retrouve l'idée de trouver une molécule qui la soignerait comme les antibios soignent une infection. Une représentation calquée sur la maladie, qui nous conduit au désir d'agir *contre*, comme on agit *contre* la syphilis ou *contre* le cancer.

Cette idée est largement partagée par les PUD qui se sentent prisonnier de leur conso. Tu as raison, la plupart ne cherchent pas être écouté, ils cherchent à être "guéris". Ils veulent qu'on les débarrasse de leur symptôme, qu'on le supprime. Ils rêvent d'une ablation de l'addiction comme on pratique celles des hémorroïdes. Ils veulent être "soulagés" comme tu dis, et comme disais si bien Louis Pasteur. Mais de ce que je vois autour de moi, et de ce que j'ai vécu, c'est pas comme ça que ça marche. Le plus souvent, le soulagement, c'est facile : on l'a avec le produit ! Le travail qui nous libère de l'addiction, c'est pas celui qui nous soulage, c'est celui qui nous permet de vivre sans être totalement prisonnier de notre désir de soulagement.

Tiens, à propos de la médecine qui vise à soulager les personnes, voici une photo de l'hôpital de Reims, où est gravée dans le marbre une célèbre phrase de Louis Pasteur, qui fonctionne comme un mythe fondateur de la médecine. Je te laisse chercher l'intrus, et juger de l'effet que ça te fait.

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Pour moi, cette logique du soulagement est une illusion, sans autre effet que d'enchaîner les PUD à l'ordre médical. Pour moi, on ne supprime pas le symptôme, on apprend à savoir y faire avec son addiction. Et pour faire ça, il faut se libérer de ses représentations. Réussir à cesser d'y croire trop, à ne pas en être complètement prisonnier, pour ne pas répéter indéfiniment les mêmes erreurs. C'est tout un travail, perso ça m'a pris des années et des années, et il y a encore du taf wink   

Si j'avais continué de penser ma souffrance comme une "maladie", si j'avais continué de courir après le "diagnostic" et la "guérison", si j'avais poursuivi ma tentative de rationalisation de mon vécu en m'en remettant à la science et la médecine, j'en serais encore à gober une demi-boite de Tranxène 50 par jour + 600 mg de Tercian, à m'assommer avec des quantités inquiétantes d'hydrate de Chloral ou de Roypnol, et à enchaîner les TS et les séjours en HP.

Sur ce forum, ceux qui s'en sont sortis nous disent rarement qu'ils ont enfin trouvé le soulagement éternel et supprimé tous leurs symptômes. C'est plutôt des personnes qui ont appris à les canaliser, à les détourner, à les contourner, à les retourner, à les élaborer, à les tisser avec d'autres choses, à trouver des compromis, etc. C'est un "work around" plus qu'un "work against". Pour certains, ça passe par le nouage d'une relation apaisée avec le produit. Pour d'autres, ça passe par l'abstinence bien vécue. Pour certains ça passe par la substitution, pour d'autres c'est le produit directement. Pour certains, c'est toute la vie qui doit être réinventée, alors que pour d'autres, ça n'est que le rapport au produit qui semble concerné. Pour certains, ça sera un changement vécu comme psychique, pour d'autre, ça sera un changement dans le corps qui sera décrit. Et rien n'est définitif, tout continue d'évoluer au fil de la vie. Chaque solution est unique, et toutes sont d'égale dignité.

C'est ce vécu victorieux qui est nié par les représentations scientifiques. C'est ça qui marche, mais c'est pas de ce côté là que la science regarde. La science fait bien comme elle veut, mais les médecins, j'aimerais qu'ils regardent un peu plus de notre côté.

Pour moi, c'est le chien qui remue le queue, c'est pas la queue qui remue le chien. Remettons les choses à l'endroit, tout aussi paradoxal que ça puisse paraitre : c'est le savoir qu'implique ce vécu victorieux qui est réel, et c'est l'imaginaire scientifique qui est un fantasme.

L'imaginaire scientifique conduit la médecine à accueillir les personnes avec un savoir déjà là, auquel les malades doivent se conformer. On les fait rentrer dans les petites cases des représentations scientifiques, et tout ce qui est hors champ est invisibilité. Tout ce qui vient d'eux est au mieux réprouvé, au pire réprimé : la science rase tout ce qui dépasse comme du gazon anglais. La PUD et le réel de l'addiction dans cette histoire, c'est les mauvaises herbes, c'est pas elles qu'on rumine et c'est pas elles qu'on met en gerbe wink   

Aucune de ces trouvailles dont nos camarades témoignent sur le forum n'a été donnée par la science, ni par les médecins. Le médecin donne accès à des outils, et à son savoir sur ces outils, mais c'est pas lui qui fait le travail, c'est la personne. Le travail ne se mesure pas, on ne peut pas l'objectiver, c'est une expérience subjective. Une fois que tu as enfin obtenu ton ordo et des conseils pertinents, tout reste encore à faire, tout reste encore à inventer...

Chacune de ses solutions est un rejeton de l'échec. Il a fallu travailler sur soi, tâtonner, se planter, souffrir, endurer, essayer autrement, se planter à nouveau, se relever, etc.

Le réel de l'addiction nous résiste, et c'est bien à ça qu'on peut dire que l'addiction est réelle : le réel, c'est ce qui résiste à la maîtrise, et qui se manifeste dans l'échec. Quand tu échoues, tu peux être sûr et certain de faire face au réel. Et c'est là que ça devient intéressant de douter de ses représentations imaginaires et d'essayer de ne pas en être totalement prisonnier. Sinon, tu vas échouer encore et encore ! Ca marche aussi pour les chercheurs en science dure ce que je raconte là.

Chaque solution est le fruit d'un travail personnel, parfois très long et très pénible. Un travail d'endurance face à la résistance du réel, un travail d'exploration de son symptôme, un travail de découverte de soi, de son propre rapport avec le produit et l'addiction. Ca n'est pas en regardant du côté de la science qu'on arrive à le faire. Ca part d'un savoir qui est en nous, et qu'il faut apprendre à valoriser, à recevoir, à élaborer, à déchiffrer, et par lequel il faut savoir se laisser guider. Je crois que de toute façon, c'est le symptôme qui commande, il peut se déplacer, il peut s'atténuer, il peut être vécu autrement, mais on n’obtient rien en s'obstinant à aller contre. C'est bien plus constructif d'apprendre à l'écouter intelligemment. Pour moi, l'idée d'un "médicament contre l'addiction", c'est un concept toxique pour la PUD qui souffre de ses consommations.

Le "médicament contre" c'est un poison injecté par l'imaginaire scientifique dans nos esprits ! Et on en redemande... On peut y reconnaître cette même logique répressive qui est à l'oeuvre depuis le début de l'histoire de l'addiction, et qui a fait du travail *contre* l'addiction une lutte *contre* les PUD. C'est pas un hasard si ça n'a jamais été un travail *avec* l'addiction ni un travail *de* l'addiction. C'est que les mots sont le reflet de nos représentations, qui véhiculent des logiques très puissantes. Nos représentation sont imaginaires, mais leur logique à des effets sur nous, des effets tout ce qu'il y a de plus réel !! (c'est à dire qui résistent à la maitrise).

Le "médicament contre" l'addiction n'existe nulle part ailleurs que dans l'esprit de ceux qui y croient. C'est pas moi le scientifique, mais c'est moi qui vous demande de redescendre sur terre les amis !

Ce travail de résilience, c'est à chacun de le faire, comme il pourra, avec ses moyens bien terrestres. Personne d'autre ne peut le faire pour nous. Le meilleur truc que la médecine peut faire pour nous aider, c'est de nous laisser chercher notre équilibre, de nous y encourager même, de nous fournir soutien moral, matériel et intellectuel dans notre quête. En se gardant bien de projeter son imaginaire scientifique sur ce que nous vivons, afin de ne pas rendre invisibles les seules portes de sortie que nous avons. Ce que je demande à la médecine, c'est d'abord de se mettre à notre service, plutôt que de nous mettre des bâtons dans les roues avec des conceptions qui fonctionnent comme des mythes pour justifier des lois et des condamnations morales de partout.

Quand tu parles de "molécule vraiment efficace contre la dépendance aux stimulants", peut-être que tu veux parler de traitement de substitution pour les stimulants ? La formule que tu emploies ne le suggère pas vraiment, mais supposons-le. Je ne suis pas contre, tant mieux si on ajoute encore de nouvelles molécules. Certaines pourraient avoir des propriétés particulières, plus favorables que d'autres à une substitution permettant un rapport apaisé avec les stims, pour les personnes qui en ont besoin.

Mais au fond, ça n'est pas de molécules stimulantes alternatives dont on manque le plus, c'est du droit d'utiliser les molécules existantes, tant sur le plan juridique que sur le plan moral, et de l'audace d'expérimenter de nouvelles façons de les utiliser. Et pour avancer, il faut parvenir à nous faire entendre dans cette démarche, plutôt que de rester endormi en écoutant les savants prophétiser de futurs traitements miracles.

On a déjà la Ritaline, que certains utilisent comme substitut à la Coke ou au Speed. Les médecins n'ont pas le droit de la prescrire dans ce but. Ceux qui le font prennent des risques juridiques pour être fidèles à leur éthique professionnelle, et augmenter le pouvoir d'agir de leurs patients : merci et bravo à eux au passage. Qu'est-ce qu'on attend pour rendre cette pratique légale ? C'est pas une question de science, mais de politique, et de représentation collective de l'addiction. Tu peux rajouter autant de super molécules de substitution que tu voudras, encore faut-il que leur usage soit autorisé.

On a aussi les Amphets, tout simplement. Plein de PUD tireraient bénéfice d'une prescription pour diminuer les risques et retrouver du contrôle sur leur consommation. Pourquoi on n'a pas d'Adderall en France ? Qu'est-ce qu'on attend ? C'est pas une question de science, mais de politique, et de représentation collective de l'addiction.

Et on a aussi une quantité innombrable de dérivés et de RC. J'en souligne souvent les risques potentiels, car nous manquons de recul sur ces molécules. Mais il faut dire aussi qu'on manque de recul à propos de leurs bénéfices potentiels ! Ta molécule de substitution idéale existe peut-être déjà. Qu'est-ce qu'on attend pour faire l'inventaire des propriétés des molécules déjà existantes ? C'est pas une question de science, mais de politique, et de représentations collectives de l'addiction.

Et on peut élargir le raisonnement à tous les produits. Un exemple parmi des milliers : pourquoi c'est pas possible de faire des substitutions ou des sevrages dégressifs au Laudanum par ex ? Dans un vieux mag d'Asud, j'avais trouvé des témoignages encourageants par rapport à ça, pour ceux à qui la Métha ne convient pas. C'était il y a plus de vingt ans, quelles avancées depuis ? Ben 0. C'est pas une question de recherche scientifique, mais de politique, et de représentation collective de l'addiction.

On peut aussi élargir à toutes les voies d'administration. La substitution injectable ou sniffable, on en parle ? Encore un truc qui aiderait pas mal de monde, et qui ne dépend pas de la recherche scientifique, mais seulement de nos représentations de l'addiction.

On peut améliorer ENORMEMENT les soins des PUD qui se sentent prisonniers de leur conso, tout comme le quotidien des drogués heureux.

Et on peut le faire en "je", "ici" et "maintenant", plutôt qu'en "les scientifiques", "ailleurs", et "plus tard" !



Amicalement.

Fabulous Trobadors a écrit :

Demain sera un autre jour,
Demain demain toujours demain

Demain tu trouveras l'amour
Demain demain toujours demain

Demain la chance tournera,
Demain demain toujours demain

Demain la vie vous sourira,
Demain demain toujours demain

Demain on oubliera demain,
Quand c'est qu'arrivera demain

Demain sera toujours demain,
Oh qu'ils sont nombreux les demains

Demain c'est la terre promise,
Demain c'est là le paradis
Demain en demain s'éternise
Demain fuit qui le poursuit

Dernière modification par Pesteux (12 février 2024 à  13:27)

Reputation de ce post
 
Très clair et pertinent. Beau travail franchement. Nineta
 
Un éctro(choc) ce texte. Merci Pesteux. - Nils -

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Bonjour, à un moment de ton texte je me disais il y a quand même eu les TSO qui aident ou ont aidés  beaucoup de PUD. Ce n'est pas un traitement miracle pour tous mais au moins pour certains.

Et on peut élargir le raisonnement à tous les produits. Un exemple parmi des milliers : pourquoi c'est pas possible de faire des substitutions ou des sevrages dégressifs au Laudanum par ex ?

C'est justement la base de la "methode chinoise" les europeens addicts à l'opium en indochine prenaient du sirop de laudanum sur le bateau de retour (environ 6 semaines) en diluant regulierement la bouteille initiale.

Et la Medecine moderne a developpé des medicaments "miracles" dans d'autres maladies.

Enfin je te remercie pour ton interet partagé pour la complexité. Mais un de mes premiers maitres disait. "On vous dit que chaque malade est "nouveau" et unique mais, si vous le prenez à la lettre, ça veut dire que toutes vos études médicales n'auront servi à rien puisqu'elles ne disent rien de ce malade "unique""

La complexité doit donc faire l'amalgame intelligent du particulier et du général mais pas se preoccuper de l'un OU de l'autre exclusivement. Et la connaissance du général (science, statistiques) peut (et doit) aider à analyser le particulier et son individualité fondamentale.

Evidemment parfois il faut corriger l'un des extremes quand il est excessif. C'est pourquoi j'avais insisté sur la singularité de la personne dans un monde où on tend à réduire l'individu à "sa moyenne statistique". Mais il ne faudrait pas non plus se perdre dans un autre extreme et oublier que si la personne est complexe et individuelle, le groupe auquel elle appartient exhibe des propriétés statistiques collectives qui permettent de prevoir en partie l'effet des differentes actions..


Amicalement

Dernière modification par prescripteur (12 février 2024 à  17:46)


S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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Yo !

Caramba, encore raté ! Je comprends cette réaction "défensive" comme un malentendu wink

Mais c'est normal, je l'ai bien cherché : avec un texte aussi radicalement critique de l'imaginaire scientifique et médical, c'est pas surprenant que les esprits les plus familiarisés et les plus investis dans ces disciplines se révoltent et résistent à l'idée que je me démène à exprimer. Forcément, ça pique un peu.

Pourtant, mes épines ne sont pas pour vous les amis smile  Ni pour vos disciplines de prédilection.

Nul besoin de renoncer à ce qui vous anime pour entendre ce que j'essaye de vous dire.

J'essaye seulement de vous parler des contradictions logiques qu'il y a entre l'imaginaire scientifique et médical, et le désir de soigner, au sens "prendre soin".

Quand je parle de contradictions logiques, je ne dis pas qu'il faut choisir entre l'un ou l'autre, j'appelle simplement à penser autrement la façon dont on articule les deux.



Prescripteur a écrit

Bonjour, à un moment de ton texte je me disais il y a quand même eu les TSO qui aident ou ont aidés  beaucoup de PUD. Ce n'est pas un traitement miracle pour tous mais au moins pour certains.

Bien sûr, le texte en fait justement l'éloge.

Parce que justement les TSO ne sont pas des médicaments *contre* l'addiction, sur le modèle des antibios *contre* l'infection.

Biologiquement, la personne sous TSO reste dépendante aux Opis, donc il ne servent à rien. Si la victoire de la mise en place des TSO a été possible, c'est parce qu'on a fait un pas de côté par rapport à cet imaginaire biologiste, calqué sur la maladie. 

Si on lit les TSO uniquement avec les lunettes biologistes, on peut croire que ça ne change rien, puisque ça ne fait que passer d'une drogue à une autre. Mais cette lecture est totalement biaisée, on le sait tous ici.

Les TSO sont un soin, un soin d'une immense valeur. Mais pas des "médicaments", au sens usuel du terme.

Les mots sont importants. La logique qui s'en dégage détermine les conceptions qu'on se donne du réel.

J'essaye seulement de rendre compte de la puissance du symbolique, et de combien il nous détermine individuellement et collectivement.

Tu le dis toi-même Prescripteur, à dépendance aux Opis constante, passer de l'Héro à la Métha peut changer radicalement la vie d'une personne, parce que ça change radicalement le contexte de la consommation. Pourtant, ce changement est invisible avec les lunettes du biologiste.

Cette idée de garder les Opis, mais de changer le contexte, ça n'est pas une idée qui provient des sciences dures.

La grande révolution des TSO n'est pas une révolution dans le domaine de la chimie, de la biologie, ou de la pharmacologie, mais bien un virage conceptuel, un changement de paradigme, une autre approche de l'addictologie. Basée sur d'autres représentations que celles de l'imaginaire scientifique. Du point de vue des sciences dures, la Métha et le Sub sont des opiacés comme les autres.

Je ne suis pas connaisseur, mais je parierais gros que le Sub et la Métha existaient bien avant leur autorisation de mise sur le marché en tant que traitement de l'addiction. C'est pas leur découverte par les chimistes qui a changé la donne. C'est l'utilisation qui a été faite de cette découverte.

Ce qui a permis l'AMM, c'est surtout la prise en compte du savoir des personnes qui souffrent d'addiction, conformément à la logique que je défends ici.

L'exemple de la méthode chinoise illustre parfaitement combien se savoir est ancien. Les usagers n'ont pas attendu le progrès scientifique pour le construire.

C'est quand la science regarde du côté des personnes, en leur supposant un savoir, qu'elle peut s'inspirer de leurs trouvailles pour en proposer des approfondissements.

Je vois le Sub et la Métha comme des approfondissements du savoir des usagers. Pas comme des trouvailles scientifiques. C'est une question de lecture.

Pour moi, c'est en faisant comme ça qu'on peut avancer main dans la main, pour reprendre l'image de DopeIsBeautiful.

Il ne s'agit pas de rejeter les connaissances scientifiques déjà là, ni de refuser d'avance les progrès futurs, il s'agit de changer de lecture du réel. Tout est question de lecture !

Si on lit les TSO comme des avancées scientifiques, on nie ce qu'ils ont de subversif, on nie ce qui fait d'eux une révolution qui aide tant de PUD. C'est une violence symbolique qu'on s'auto inflige, on se tire une balle dans le pied !

Si on lit les TSO comme des avancées scientifiques, on s'emprisonne intellectuellement, on se met des boulets aux pieds, on se lie les mains, et ça nous empêche de continuer d'avancer dans cette direction libératrice et victorieuse. Avec cette lecture du réel, on se condamne nous-mêmes à l'impuissance.



Prescripteur a écrit

Et la Medecine moderne a developpé des medicaments "miracles" dans d'autres maladies.

Quand je lis ça, je me dis que mes derniers messages ont dû être une véritable torture à lire pour toi et DopeIsBeautiful big_smile 

Je n'ai nié les miracles de la médecine nulle part, mais le fond du texte vous suggère que je les remets en cause. Il n'en est rien.

Pourtant, je mentionne les miracles de la science dans chacun. Ce sont justement ces miracles qui font l'immense pouvoir d'attraction de la logique scientifique, rationnelle et cartésienne. Sans eux, jamais nous ne serions à ce point colonisés par les représentations de l'imaginaire scientifique, jusqu'à nier notre propre savoir sur nos symptômes. Sans ces miracles, jamais le désir de prendre soin n'aurait pu se muer en déni du savoir des personnes. Les miracles de la science sont un pharmakon, à la fois remède et poison.

C'est justement parce que la médecine scientifique fait des miracles dans tant de domaines, qu'on croit pouvoir généraliser la logique qui la soutient à tout ce qui est vécu.

La question étant : l'addiction et les souffrances psychiques sont-elles des phénomènes de même nature que ceux qui ont été accessibles aux miracles des sciences dures ?

Ma conviction personnelle est que non, pas entièrement. Toute mon expérience personnelle, celles de ceux qui se sont confiés à moi, et celles que je lis sur PA me crient le contraire !



Prescripteur a écrit

Enfin je te remercie pour ton interet partagé pour la complexité. Mais un de mes premiers maitres disait. "On vous dit que chaque malade est "nouveau" et unique mais, si vous le prenez à la lettre, ça veut dire que toutes vos études médicales n'auront servi à rien puisqu'elles ne disent rien de ce malade "unique""

La complexité doit donc faire l'amalgame intelligent du particulier et du général mais pas se preoccuper de l'un OU de l'autre exclusivement. Et la connaissance du général (science, statistiques) peut (et doit) aider à analyser le particulier et son individualité fondamentale.

Evidemment parfois il faut corriger l'un des extremes quand il est excessif. C'est pourquoi j'avais insisté sur la singularité de la personne dans un monde où on tend à réduire l'individu à "sa moyenne statistique". Mais il ne faudrait pas non plus se perdre dans un autre extreme et oublier que si la personne est complexe et individuelle, le groupe auquel elle appartient exhibe des propriétés statistiques collectives qui permettent de prevoir en partie l'effet des differentes actions..

Je comprends bien cette objection. C'est très important ce que tu viens d'écrire.

Je parle de la complexité parce que je trouve que c'est grâce à ça que tu parviens le mieux à rendre compte de la singularité de ta pratique, sur le plan logique. Tel que je le comprends, c'est cette pensée complexe qui te permet d'articuler ton désir de bienveillance avec l'imaginaire scientifique. La science te donne des moyens d'agir, mais ton désir ne semble pas s'articuler autour de cette seule logique. Je suis toujours ému quand je perçois un médecin comme réellement bienveillant. Quelque chose en moi me dit "ouf, c'est donc vraiment possible, Alléluia" et je cherche obsessionnellement à comprendre ce qui les distingue de la médecine normative et autoritaire qui m'a tant déçu. Je fais des parallèles avec mes trucs à moi, je trouve des proximités entre nos deux approches, mais cependant, elles ne se recouvrent pas complètement, loin de là.

La complexité est une articulation entre le général et le particulier.

Ici, je propose une articulation entre le réel et l'imaginaire.

Note qu'il ne s'agit pas simplement d'un changement de termes, qui consisterait à utiliser le mot "imaginaire" pour parler du "général", et à remplacer le mot "particulier" par le qualificatif "réel".

Il s'agit simplement de définir le réel comme "ce qui résiste à la maîtrise", et l'imaginaire comme "les connaissances déjà là qui sont bien maîtrisées".

Et je suppose que c'est ça le plus choquant dans ce que j'écris.

Parce qu'on a l'habitude de penser que l'imaginaire c'est du vent, du rêve éveillé, de l'abstrait. On l'assimile à la pensée magique qui n'a aucune force opératoire.

Mais quand je parle d'imaginaire, je n'oublie pas de souligner qu'il a des effets tout ce qu'il y a de plus réel !

Par exemple, les découvertes de Louis Pasteur ont radicalement changé l'imaginaire collectif de la maladie. Et ça a eu des effets considérables, dont nul ne songerait à contester la réalité ni les bénéfices.

Pour moi, il ne s'agit pas de se préoccuper de l'un OU de l'autre exclusivement, ça serait de l'obscurantisme qui risquerait de mener à un autre extrême, comme tu le soulignes à très juste titre.

Mais il s'agit de lire en quoi la logique de l'un s'oppose à celle de l'autre, pour parvenir à les articuler harmonieusement et de façon bienveillante.

Tout est dans la nuance qu'il y a entre la "préoccupation exclusive" que tu redoutes de trouver de mon texte, mais qui n'y est pas, et la "lecture logique" que je défends.



Amicalement.


PS : Spoiler

Dernière modification par Pesteux (13 février 2024 à  06:30)


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