Avez-vous une double vie à cause de l'usage de drogues ?

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Calice34
Nouveau Psycho
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champi vert5champijaune0cxhampi rouge0
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VDD je suis désolée pour toi et je compatis. En tout cas, je comprends totalement lorsque tu parles des autres et leur jugement, de leur méconnaissance du sujet... c'est vraiment triste parfois d'entendre tout et n'importe quoi sur l'addiction et la consommation, à fortiori par les personnes qu'on considère comme étant "ouvertes d'esprit"... c'est dans ces moments-là qu'on se rend compte qu'elles ne le sont pas... sans parler du personnel médical qui ne bosse pas en addicto, ils ne sont en fin de compte pas très loin de "monsieur tout le monde" en terme de jugement, je trouve...

À trop se donner on s'abandonne.

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Calice34
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champi vert5champijaune0cxhampi rouge0
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Bon, à mon tour de raconter ma "double vie".

Par avance, désolée pour le roman. J’ai essayé d’expliquer du mieux que j’ai pu la façon dont je gère cette double vie, les différentes stratégies que j'ai dû mettre en place, les diverses raisons qui m'ont poussées à en arriver là, ainsi que les nombreuses conséquences que cela a eu sur ma vie... sans oublier une influence qui s'est progressivement développée au travers de ce vécu, et qui guide désormais mes décisions et mes choix à venir... Passé, présent, futur: tout est impacté!

Bien sûr, je ne pourrais pas commencer à raconter mon histoire sans aborder l'affect émotionnel ainsi que les retentissements psychologiques que cela a eu sur ma personne. J'ai eu beaucoup trop de déceptions, de regrets et de problèmes dans mes relations familiales, amicales et médicales. Du jugement, des disputes, de la colère, de l'incompréhension et j'en passe... Moi qui racontais auparavant tout à mes amis, ainsi qu'aux médecins et aux infirmiers, en qui j’avais pleinement confiance, je ne leur en parle désormais plus, de peur que cela recommence. Je ne fais (quasiment) plus confiance à qui que ce soit. C'est pour ces différentes raisons que j'en suis arrivée à mener cette double vie où je me cache, où je ne dis plus rien, où je fais semblant… Une double vie qui a lieu dans différents contextes, qu'il s'agisse du milieu familial, amical, professionnel ou encore médical...



Sphère amicale

C'est probablement l'une des "sphères" avec laquelle j'ai eu le plus de mal et de regrets (avec la sphère médicale).

Lorsque j’étais en plein dans mes consommations abusives (benzo, opiacés, buprénorphine récréative, etc. principalement, mais également kétamine, MDMA, cocaïne plus ponctuellement/exceptionnellement), j’en parlais librement à mes amis, en leur racontant tout sur le sujet, avec une forme d’aisance, parfois même avec légèreté. De leur côté, ils consommaient eux-mêmes des prods, mais pas du même style, et pas dans les mêmes circonstances/pas avec le même mindset: toujours en soirée, en milieu festif, entre amis pour expérimenter et s’amuser (MDMA, ecstasy, LSD, champi, etc.) tandis que de mon côté, mes abus médicamenteux étaient liés à mon côté dépressif. Peu importe cette différence, je partais du principe qu’ils me comprendraient, que je pourrais leur faire confiance et qu’ils ne me jugeraient pas. Du moins, c’est ce que je pensais… Car, d’une certaine manière, c’est “malheureusement” ce qu’il a fini par se passer: par bienveillance, ils ont voulu éviter que je me retrouve dans des situations où je serais face à de la drogue: lorsqu’ils en prenaient en soirée, par exemple. Ils évitaient également de me donner des contacts pour pouvoir acheter ce que je voulais... Et cela partait d’une bonne intention, et paraît même cohérent. Mais cela reste très discutable à mes yeux, car si cela peut aider certaines personnes à aller mieux et à s’en sortir, ce n’est pas mon cas: je ne fonctionne pas ainsi. Je sais très bien qu’ils faisaient ça par bienveillance, mais il se trouve que je DÉTESTE purement et simplement que l'on choisisse pour moi. Me concernant, cela n’a donc fait qu’empirer les choses: j’avais encore plus envie de consommer, d’une part pour justement montrer que j’étais libre de mes choix et que personne n’avait à décider pour moi, et d’autre part pour profiter encore plus de ce dont on pourrait potentiellement me priver. Je suis un peu comme l'hydre de Lerne: si on me coupe la tête, il en repousse deux. Dans le cas présent: au plus on me prive de quelque chose, au plus je vais essayer d’obtenir ce dont on me prive, et de manière démultipliée.

Malheureusement, toute cette situation conduisit à plusieurs problèmes: disputes, mensonges, trahisons, perte de confiance les uns envers les autres…

Et au fur et à mesure, ils ont fini en quelque sorte par me "blacklister" des soirées où ils consommaient, tout en restant en parallèle ami avec moi. Donc s'ils faisaient (et font, car c’est encore le cas à l’heure actuelle) une soirée avec des prods, c’était (c’est) sans moi, c’est-à-dire qu’ils le faisaient (le font) sans m’en parler, s’en m’inviter. Cette forme de bienveillance n’a fait qu’aboutir à de l’isolement et de la solitude de mon côté. Lorsque l’on sort ensemble en soirée, ils vont consommer de manière à ce que je ne remarque rien, en allant aux toilettes par exemple, ou lorsque je ne fais pas attention (mais bon, faut dire que parfois, c’est un peu raté… wink ). Et donc, comme je suis exclue de ces moments-là, je me mets à mon tour à consommer de mon côté, en essayant de faire en sorte qu'ils ne remarquent rien non plus de leur côté. Par exemple, je m’absente aux toilettes pour prendre tranquillement mon prod et revenir comme si de rien n'était. D'autant plus qu’en soirée, il ne faut pas attendre bien longtemps pour que la plupart des gens deviennent bourrés, ce qui rend les choses d’autant plus simples…

Au fur et à mesure, on s’est donc habitué, officieusement, sans vraiment se le dire, à “s’organiser” de cette manière, c’est-à-dire que je consomme toujours seule, soit chez moi (quand je sais que je ne suis pas invitée à leurs soirées ou tout simplement lorsque j’en ai envie), soit en sortant en soirée avec eux, mais en le faisant chacun de notre côté: moi toute seule du mien, et eux du leur, ensemble. On se cache mutuellement, eux m'évitant et réciproquement, au lieu de partager ces choses-là entre nous. C'est un peu comme un défi, un pari risqué, une bataille silencieuse qui se déroule entre nous: lequel de nous arrivera à consommer de la manière la plus discrètement possible: eux, ou moi? Il n'y a plus de partage à ce sujet-là, comme auparavant, mais seulement de la méfiance entre nous, et la peur de se faire repérer. C'est triste, mais ça se passe réellement de cette manière... Et maintenant qu'on en est arrivé là, c'est-à-dire qu'il y a cette forme d'évitement, de rejet, d’exclusion entre eux et moi, je regrette totalement de leur en avoir parlé. Même si c’est par bienveillance qu’ils font ça. En me livrant à eux, en leur parlant de mes problèmes les plus personnels, j’ai plus l’impression d’avoir perdu des amis qu’autre chose. J'ai vraiment été stupide et naïve de penser que je pourrais leur en parler librement et que cela n’aurait pas de conséquences sur notre amitié. Finalement, au lieu de consommer en milieu festif avec eux, avec mes amis, cela ne fait que m'inciter, comme je l'ai dit, soit à consommer seule chez moi, soit à consommer en soirée de mon côté pendant qu'ils consomment du leur. D’une certaine manière, cela n’a fait que m’exclure du groupe, m’éloigner d’eux, et par là-même, augmenter mes consommations, ainsi que ma solitude.

Tout cela pour dire que c’est à cause de ça que j’en suis arrivée à mener cette espèce de double vie avec eux, comme je viens de la décrire. J’en suis arrivée à un stade où je n’aborde plus du tout le sujet avec eux. Et s'ils me posent des questions à ce sujet, soit je minimise les choses en disant que je ne consomme plus que rarement dans le but de passer pour quelqu’un de modéré, qui a repris le contrôle sur sa vie, et qui n’a plus de problèmes avec ça, soit je nie totalement les faits en disant que je ne consomme plus quoi que ce soit, selon le prod/le médoc concerné.



Sphère familiale

Au sujet de ma famille, la situation est très différente. À l'heure actuelle, je vis encore avec ma famille qui n'est pas au courant de ma situation, et je dois donc trouver des lieux "stratégiques" où ranger mes médocs/prods. En ce qui me concerne, je consomme surtout des médocs: les opiacés et les benzodiazépines. Donc il m’arrive de les mettre dans mon pilulier, ce qui fait qu'on ne sait tout simplement plus qu'est-ce qui correspond à quoi smile. Ma famille sait malgré tout que je suis suivie pour dépression et donc que j'ai des antidépresseurs, des anxiolytiques, etc. et à cela s’ajoutent des compléments alimentaires (fer, zinc, magnésium, etc.) ce qui, finalement, "justifie" ou "légitime" en quelque sorte l'utilisation d'un pilulier avec autant de médicaments et de pilules… et donc, lorsqu’on voit mon pilulier autant rempli, il n’y a finalement rien d’alarmant.

J’ai aussi recours à une autre “technique” pour dissimuler mes médocs: je mets les cachets/les pilules dans une boîte qui "ne leur correspond pas". Par exemple, je vais mettre les comprimés de Tramadol dans une boîte de zinc ou de magnésium...

Sinon, les "prods" que je n'ai vraiment pas envie qu'on voit (parce que bon, les pilules prescrites par le médecin, ça passe, mais les pochetons remplis de poudre, ça casse wink ) je les cache dans des petits endroits insolites, comme à l'intérieur d'une serviette hygiénique par exemple. Qui irait chercher dans un tel endroit? Ou, comme expliqué précédemment, je vais prendre la poudre, et la mettre dans une capsule qui ne lui appartient pas. Par exemple, je vais mettre de la cocaïne ou de la kétamine dans une capsule de zinc ou de magnésium. Et là, ni vu ni connu.

Si ma famille aborde le sujet et me pose des questions à ce propos, je dis simplement que je ne touche plus à quoi que ce soit (ils sont très légèrement au courant de quelques trucs que j'ai minimisés, par exemple de quelques abus de Xanax que j'ai pu avoir quelques fois, mais c'est tout...).

De manière plus générale, si je suis en overdose et que j'ai des effets indésirables (nausées, rétention urinaire, somnolence, palpitations, pertes d’équilibres, etc.) et que cela se remarque, je dis simplement que ce sont des effets indésirables liés à mes traitements, aux médicaments que je prends… ce qui, techniquement, est vrai… :).

Pour ce qui est des emballages vides de médicaments, soit je les jette dans une poubelle en cherchant à mettre l'emballage bien au fond, de manière à ce qu’ils soient recouverts par les ordures, soit je les jette à l'extérieur (poubelle de ville, poubelle dans un bar, etc.).

Si je suis chez moi et que ma famille est présente, j'essaie de prendre mes prods "en me cachant", c'est-à-dire dans ma chambre par exemple, ou tout simplement lorsque je suis seule. J’aime écouter de la musique lorsque les effets montent, et si l’on me pose des questions, je dis que j’ai besoin de me détendre après une dure journée de travail. Jusqu’ici, rien de vraiment bizarre.

Bon, et alors là, on arrive au summum de l’impensable… Je ne pensais vraiment pas en arriver là un jour… mais quand l’envie est plus forte que tout, ce n’est même plus surprenant en fin de compte. Je m’explique. Quand je suis dans la même pièce que quelqu'un d'autre, je saisis la moindre opportunité pour avaler mes pilules discrètement, en les sortant de ma poche aussi rapidement que possible, lorsque la personne a le dos tourné ou lorsque son attention est portée sur autre chose: par exemple, lorsqu'elle regarde par la fenêtre, lorsqu'elle lit un livre ou tout simplement lorsqu'elle jette un coup d'oeil à son téléphone. Ça paraît tiré par les cheveux, mais ça se passe vraiment comme ça. Quand j'ai la certitude que je suis enfin à l'abri des regards, même si je suis dans la même pièce que quelqu'un d'autre, je mets à exécution mon plan de façon méthodique. Une fraction de seconde pour dégainer la pilule de ma poche, la déposer dans la bouche, porter le verre d'eau à mes lèvres avant de finalement l'avaler, comme si je ne faisais que boire une simple gorgée d'eau à cause d'une petite soif. Parfois, ça se passe en mangeant à table. Il suffit que la personne regarde ailleurs ou baisse la tête en direction de son assiette, et hop, j'en profite pour avaler quelques pilules avec un morceau de pain, comme si de rien n'était. La personne peut littéralement se trouver à quelques dizaines de centimètres de moi, en ne voyant STRICTEMENT RIEN: cela se passe de manière totalement "transparente". Je n'en suis vraiment pas fière car j’ai ce sentiment que je me fous de la gueule du monde, alors que tout ce que je veux, c’est simplement avoir ma dose. Mais toute opportunité est "bonne à saisir" dès que la voie est libre, et ça passe entre autres par ces "micro moments" où il faut calculer le bon timing ainsi qu'une discrétion sans faille. Voilà pour le “petit tutoriel” sur comment prendre ses médocs (ou autres prods) en étant dans la même pièce que quelqu’un d’autre… C'est dans ces moments-là que cette double vie que je mène est la plus en jeu. Une fraction de seconde en trop ou en moins, et c'est tout le château de cartes qui s'effrondrerait.



Sphère professionnelle

Sur mon lieu de travail, je ne suis pas particulièrement confrontée au problème: je ne parle pas particulièrement du sujet avec mes collègues, et ils n'ont aucune idée de ce qu'il se passe dans ma vie. Si je prends mes médocs, c'est naturellement aux toilettes que cela se fait. Et si l'emballage est vide, je le garde bien évidemment avec moi. Le jeter à la poubelle pourrait attirer l’attention. À cela, j'ajouterais que je ne consomme pas en journée au boulot, mais plutôt en fin de journée (et cela reste d’ailleurs rare), c’est-à-dire un petit moment avant de quitter mon travail, de manière à ce que les effets commencent à se manifester lorsque j'arrive plus ou moins chez moi (eh oui, c’est toute une organisation…!). Je précise que je prends les transports en commun pour me rendre au travail ou pour rentrer chez moi, donc pas de risque ni pour moi, ni pour les autres... :)
Sinon, j’attends tout simplement d’être de retour chez moi pour commencer à prendre mes produits/médocs.



Sphère médicale

Pour ce qui est du médical, j'ai eu bien trop de déceptions avec certains médecins que j'ai vus précédemment.

J’en parle notamment ici:

- j’ai peur d’avoir des reproches, et d’être jugée, stigmatisée et rejetée à cause de mon “étiquette” de toxicomane:
https://www.psychoactif.org/forum/viewt … 26#p654723

- j’ai peur peur d’être un fardeau pour autrui (si ce n’est d’être considéré comme un déchet), et d’avoir un attachement non réciproque envers le personnel médical:
https://www.psychoactif.org/forum/2024/ … ml#p658646

- j’ai à présent peur d’être abandonnée par le(s) médecin(s) auquel(s) je m’attache (ce qui, pour moi, est probablement le pire dans tout ça…).
https://www.psychoactif.org/forum/viewt … 26#p654713

Je me sens déjà extrêmement seule, alors si en plus je perds les personnes qui sont censées me soigner, celles qui sont censées être à l’écoute, être là quand on a besoin d’elles, qui reste-t-il?

Je compte donc prochainement cloisonner les différents médecins que j'irai consulter. Par exemple, un généraliste sera au courant de mes addictions/mon suivi en addicto, et un autre n'en aura pas la moindre idée. Je préfère "cloisonner" et "décentraliser" les informations médicales me concernant pour avoir d'une part moins de jugement, et d'autre part pour avoir plus de contrôle, de marge et de "liberté"" sur mes prescriptions: un médecin ne me prescrira pas de codéine ou de skénan s'il sait que je suis addict aux opiacés... tandis qu'il ne devrait pas y avoir trop de problèmes avec un médecin qui me voit comme une personne totalement "normale". Même si c'est "dans mon intérêt", je ne veux pas qu'ON décide pour moi.

Et je ne veux pas qu'ON me juge. Le jugement est donc une des raisons pour lesquelles je préfère procéder ainsi. Si un médecin me voit comme une personne “normale”, il n’aura aucune raison de me juger ou de m’abandonner.

Je précise que je compte également faire ça avec les psychiatres: je prévois d’avoir deux psychiatres: un psychiatre “lambda” (non addictologue) pour essayer de me faire prescrire de la ritaline (car je pense qu’il est plus compliqué de se faire prescrire de la ritaline avec des problèmes d’addiction en parallèle), et à côté de ça, un psychiatre addicto qui s’occupera donc de mon suivi sur mes conso. Nomadisme médical, bonjour :) Quand on nous met une étiquette, lorsqu’on nous met dans une case, lorsqu’on considère un patient comme un déchet, faut pas s’étonner qu’on en arrive ensuite à de pareilles situations, aussi tirées par les cheveux… Et c'est de cette fameuse double vie dont il est question, finalement.



En bref

Aujourd'hui, voilà les conséquences : plus de confiance en qui que ce soit, avec le sentiment d'être obligé d'être extrêmement sélectiv vis-à-vis des personnes à qui se confier, et avec une réelle volonté d'isoler, de compartimenter les informations me concernant.

Faut pas s'étonner qu'on mente aux personnes qui nous entourent quand on est autant stigmatisé, jugé, et qu'on nous en veuille autant… Car oui, j’ai des ami(e)s qui m’en ont voulu d’avoir des problèmes d’addiction et d’être en dépression smileça fait toujours plaisir de découvrir ça, surtout venant de la part d’ami(e)s proches…

Ca peut sembler fou mais j'ai juste envie de dire que lorsque l’on fait semblant, lorsque l’on cherche à fuir ou quand on finit par mentir, l'entourage est aussi fautif qu'on l'est soi-même…


À cela, j'ajouterais que l'histoire de HystericFagg me fait penser à la mienne: il y a pas mal de choses en commun, comme le regret d'avoir fait confiance à son entourage, de ne plus avoir confiance en qui que ce soit et de se sentir très seul(e).

Pareil avec Morefreedom: j'ai l'impression que je saoule mes amis les plus proches en leur confiant que je vais mal, en leur parlant de mes mauvais moments et de ma dépression. Je leur ai demandé s'ils trouvaient ça lourd que je leur en parle, et certaines m'ont gentiment fait comprendre que j'en parlais un peu trop souvent. Maintenant, quand elles me demandent si ça va, je leur réponds que je vais très bien accompagné d'un magnifique sourire, que ça soit en face-à-face ou par message en pleurant seule derrière mon téléphone. Aaah, la confiance, la compassion, la compréhension, la solidarité et la tolérance, que c'est beau smile! À l'heure actuelle, je ne me considère donc plus aussi proche d'elles qu'auparavant. Ce ne sont plus des amies proches, juste des amies. Je ne leur parle plus du tout de ce qui compte le plus pour moi, du plus important, de l'essentiel: dépression et addiction. Malgré les centaines de kilomètres qui nous séparent, heureusement qu’il me reste encore un ou deux amis à qui je peux parler de tout ça librement, avec sincérité... Et encore que, j’essaie de faire attention à ce que je leur dis, de peur de les perdre eux aussi… En plus de la peur d’être jugée, stigmatisée, rejetée, vue comme un déchet, il y a également, et surtout, cette forme de méfiance et cette peur de l’abandon qui se sont installées depuis toutes ces tristes mésaventures.

Au final, j'ai réalisé que les personnes les plus tolérantes sont celles qu'on trouve en CSAPA, en CAARUD ou sur ce genre de site. Les personnes qui n’ont jamais eu de problème d’addiction (et de dépression!!!) ou qui ne sont pas dans le domaine de l’addictologie (personnel médical compris, ce qui est d'autant plus désolant…) ne comprennent pas réellement et finissent tôt ou tard par juger, pour la grande majorité. Celles qui ne sont jamais passées par ce genre de problème, et qui malgré tout comprennent, écoutent, et ne jugent pas, sont extrêmement rares et précieuses…

Je me dis que je devrais me faire des ami(e)s comme moi, un pied dans la dépression, l'autre dans les prods et médocs, au moins on se comprendrait à 200%. C'est ce qui me manque le plus à l'heure actuelle: tout simplement, des personnes comme moi, qui me comprendraient. Je me sens cruellement seule et incomprise quand je vois celles et ceux qui m'entourent. Où sont passés les gens comme moi? Vous êtes là, sur ce genre de site, sur les réseaux sociaux, dans les reportages… mais quand je vous cherche dans la vraie vie, je ne vous trouve pas... sad J’en suis même arrivée à penser que je pourrais éventuellement me faire suivre dans deux CSAPA différents pour essayer de rencontrer davantage de personnes “comme moi”, ou au moins davantage de personnes qui me comprennent…

Dernière modification par Calice34 (Hier à  23:12)


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