Saluuut

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Bon, ben, ça y est, mon cerveau a trouvé un nouveau terrain de jeu passionnant : comprendre d'ou vient ce foutu ressentis de rebond après prise de Trama.
Je n'ai pas "trouvé", mais j'ai pleins d'hypothèses marrantes et comme j'avais envie de rigoler aujourd'hui (et qu'il fait un temps de chien et que je m'emmerdais un peu), j'en ai fais un article... Pour ceux qui auront le courage de lire un pavé pareil.
Voici donc le fruit de mes réflexions (ou de les délires, comme vous voulez)
Le pic, le plateau, et ce PUTAIN de rebond à 6-8h au moment de s'endormir : une hypothèse pharmaco-foireuseBon.
Petit disclaimer avant de commencer : ce qui suit est une théorie bricolée à partir de données PK publiées, d'un cas clinique sur un tout autre médicament, et de mon propre organisme qui sert de labo depuis un moment.
Rien n'a été testé en clinique.
Personne ne va me filer une bourse de recherche pour ça.
Vous êtes prévenus.
1/ Le mystère du soirRappel du pattern : prise, 30 minutes de rien, puis le début d'effet, pic vers 1h30-2h, plateau tranquille, ça redescend doucement... et puis là, PAF, entre 6 et 8h, souvent pile quand je commence à somnoler, un truc débarque.
Chez moi c'est très spécifique : des vagues électriques qui partent des membres et remontent vers le crâne, plus le cœur qui décide de faire du sprint alors que je suis allongée.
Charmant. (non)
Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un autre témoignage similaire sur le fofo, mais avec une "couleur" plutôt opi si j'ai bien compris, alors que moi c'est 100% noradrénaline, rien à voir.
Précision : chez moi c'est stable, toujours la même famille de sensation, seule l'intensité bouge.
(délicieux la plupart du temps, hyper désagréable la dernière fois quand j'étais crevée).
J'ai voulu comprendre pourquoi.
(oui, toujours cette foutue curiosité)
Spoiler : je n'ai pas la réponse définitive, mais j'ai un candidat sérieux.
2/ Un peu de plomberie moléculaire (promis, ça va vite)Le
tramadol, c'est un double mécanisme, ça ok :
- Le
tramadol lui-même, qui bloque la recapture de
sérotonine et de noradrénaline (et fait un peu d'
opioïde en option, mais fauché).
- Le M1 (O-desméthyltramadol), produit par le foie via le CYP2D6, qui lui est un vrai bon agoniste
opioïde ( environ 300 fois plus affine pour le récepteur μ que la molécule mère si j'ai bien compris. )
Sauf que ces deux composés ne vieillissent pas à la même vitesse :
- le
tramadol a une demi-vie d'environ 6,3h,
- le M1 environ 7,4h.
Une petite heure d'écart, rien de dramatique en soi.
Mais ça veut dire qu'à + 6h ou +8h après la prise, le
tramadol s'est déjà pas mal vidé alors que le M1 traîne encore un peu plus.
Le rapport M1/tramadol grimpe donc avec le temps, même si tout redescend en absolu.
3/ La théorie : ce n'est pas un rebond, c'est un changement de castingMon hypothèse, c'est que ce qu'on ressent au rebond n'est pas une remontée de concentration (rien ne remonte, tout continue de baisser), mais un changement de la composition de l'effet ressentis : la partie
opioïde qui prend le pas sur la partie
sérotonine/noradrénaline à mesure que cette dernière s'efface plus vite.
Et ce glissement de dominance, on le perçoit comme un "événement" alors que c'est juste deux courbes qui ne descendent pas à la même vitesse.
Mais bon, ça n'explique pas pourquoi ça paraît presque plus fort que le pic initial.
Pour ça, j'ai trois sous-théories :
1. L'effet "chuchotement dans une pièce silencieuse" : au pic, on est encore éveillé, le bruit de fond neurologique est élevé, le signal doit se battre pour se faire remarquer.
Quand on commence s'endormir, le bruit de fond chute et le même signal (ou même un signal plus faible) devient soudain beaucoup plus audible.
Rien n'a changé en intensité réelle, juste en ressentis.
2. La tolérance qui joue les traîtres : si la partie SNRI se désensibilise plus vite après son pic, l'effet initial serait en fait un peu écrêté sans qu'on s'en rende compte, alors que la bascule vers le M1 plus tard arriverait sur un terrain "neuf", donc perçue à 100%, sans filtre.
3. Le système qui dépasse la ligne avant de se stabiliser : quand un inhibiteur de recapture chute vite, le système peut passer transitoirement sous la ligne de
base plutôt que de juste revenir à zéro, et un signal de manque, le cerveau, ça l'écoute toujours plus fort qu'un signal de plaisir de même taille. Merci l'évolution.
4/ Et pourquoi c'est noradrénaline chez moi et opioïde chez d'autres ?
Là, mon hypothèse (encore plus théorique) c'est que le système qui craque en premier chez chacun serait celui qui est déjà le plus sollicité en temps normal.
Moi : hypervigilance de
base, cerveau à trois cent tours/minutes, cœur qui tourne autour de 100 au repos, système nerveux qui ne sait pas ce que "chill" veut dire.
Bref, mon système noradrénergique est déjà en surrégime H24, donc c'est logiquement lui qui craque en premier au moindre déséquilibre pharmacologique, plutôt que le système
opioïde qui, chez moi, doit être en PLS dans un coin à regarder ailleurs.
Quelqu'un avec un tonus
opioïde endogène plus costaud (question de génétique, densité de récepteurs, tout ça) verrait probablement plutôt SON système à lui répondre au même déséquilibre.
Bref, le rebond révélerait peut-être moins une propriété universelle du
tramadol qu'un miroir de notre propre physiologie de fond.
Ce qui est quand même une pensée vaguement flippante je trouve.
Ou intéressante.
5
/ Un indice qui n'est pas juste sorti de mon chapeau
Le syndrome de
sevrage des IRSNa (genre
venlafaxine) coche quasiment toutes les cases de ce que je connais : sensations électriques qui remonte dans le crane, tachycardie, palpitations.
Et il y a même un cas clinique publié où un patient en
sevrage brutal de
venlafaxine a vu ses symptômes disparaître en quelques heures après une prise d'atomoxétine (un médicament qui bloque spécifiquement la recapture de la noradrénaline), ce qui pointe assez clairement vers une origine noradrénergique de ce genre de syndrome. (Si j'ai bien compris)
Le
tramadol a une composante SNRI similaire (en plus court et en plus bordélique avec l'
opioïde qui traîne autour), donc un mini-sevrage NA interdose, causé par le
tramadol qui se casse plus vite que le M1, c'est plausible.
Emprunté à une autre classe de molécules, donc à prendre avec des pincettes, mais pas inventé de nulle part non plus.
6/ Ce que je NE dis PAS
Je ne dis pas que c'est l'explication parfaite.
Personne n'a mesuré le ratio M1/tramadol en temps réel en le croisant avec une échelle de ressenti séparant NA et
opioïde, encore moins avec un génotypage CYP2D6 en prime.

Tout ce que j'avance là c'est de la déduction à partir de courbes PK publiées et d'un raisonnement par analogie avec une autre classe de médocs.
Mon échantillon, c'est moi (constant dans le temps, ce qui est un point pour la cohérence interne) plus un autre retour sur le fofo (ce qui est un point contre la validité externe).
Si ce protocole existe un jour, ce sera probablement financé par un chercheur PK curieux et un peu maso, parce que le
tramadol est une vieille molécule hors brevet et qu'aucun labo n'a d'intérêt commercial à financer ce niveau de finesse mécanistique.
Donc, si quelqu'un d'autre reconnais ce pattern : rebond au moment de s'endormir, toujours la même famille de sensation d'une prise à l'autre, ce serait intéressant à comparer, en particulier sur la tonalité (NA vs
opioïde) et sur le terrain de
base (hypervigilant ? plutôt zen ? cœur qui bat comme un moteur diesel au repos ?).
Rappel :
Ça reste une hypothèse hautement spéculative et possiblement très délirante, pas une vérité à graver dans le marbre, mais je suis curieuse et catme chatouille un peu de ne pas comprendre.