Agressé par les dealers

Catégorie : No comment
Aujourd'hui à 17:19

#Agression #ignorance #Rotterdam
Salut, je voulais vous raconter un extrait de mon livre comme je le fais, d’habitude. Alors voilà.

La gare de Rotterdam censored

J’avais une vingtaine d’années.
Je me suis réveillée en manque. Une journée de plus qui commençait dans la brûlure du corps. Comme chaque matin, je suis sortie de chez moi sans savoir exactement où j'allais, mais avec une seule certitude : il me fallait ma dose.
Ce jour-là, deux amis m’ont proposé de prendre le train pour aller chercher une grosse quantité d’héroïne. En Hollande, elle était beaucoup moins chère. En en ramenant une grande réserve en Belgique, nous avions de quoi consommer pendant plusieurs jours. À cette époque-là, je me prostituais. J’avais beaucoup d’argent sur moi : 350 000 francs belges. Je portais une tenue toute blanche, une belle ceinture Dolce & Gabbana, et mes cheveux attachés en une longue queue de cheval qui me descendait jusqu’au bas du dos. J’étais impeccablement maquillée. À ma ceinture, je venais d’accrocher le tout nouveau téléphone Panasonic qui venait de sortir. Avec tout cet argent, nous allions pouvoir consommer, mais aussi revendre à des amis et à des connaissances pour nous faire du bénéfice. J’étais très jeune. Et désarmante de naïveté.
Je suis montée dans le train avec mon petit ami du moment.
Pendant le trajet, nous avons fumé de l’héroïne. Le produit nous a emportés dans un sommeil lourd, profond. Lorsque nous avons ouvert les yeux, le train était à l'arrêt : nous étions à Rotterdam, alors que nous devions aller jusqu'à Amsterdam.
À Rotterdam, nous ne connaissions personne. Aucun dealer, aucun repère.
Nous sommes descendus sur le quai. La gare pullulait de toxicomanes. Mais nous ne cherchions pas des consommateurs, nous cherchions des vendeurs. Très vite, trois hommes se sont avancés vers nous. En anglais, ils nous ont affirmé qu’ils avaient de la très bonne cocaïne et nous ont invités à venir chez eux pour la goûter. Nous les avons suivis sans hésiter.
Arrivés dans leur appartement, le test a commencé. Mon ami a goûté, j'ai goûté aussi. Elle était bonne, mais ils nous la présentaient sous forme de cailloux.
— On la veut en poudre, leur ai-je dit.
Ils m'ont répondu que c'était comme ça et pas autrement. J’ai compris immédiatement qu’il ne s’agissait pas de cocaïne pure, mais de crack, une drogue coupée et bien moins chère.
Je n'ai même pas eu le temps de protester.
Un coup d'une violence inouïe m'a frappée au ventre, me projetant brutalement sur le lit. À côté de moi, mon ami a reçu un coup de couteau. Pris de panique, il s'est jeté par la fenêtre du premier étage et s'est retrouvé sur le trottoir. Moi, je refusais de partir sans mon téléphone qu'ils venaient de m'arracher. Ils se sont jetés sur moi. Ils ont fouillé mon corps, ont déchiré mes vêtements et ont fait disparaître mes 350 000 francs belges, mon sac, mes papiers d'identité, absolument tout.
Je me suis retrouvée à la rue avec mon ami. Sans argent, sans papiers, sans billets de train.
Il saignait. Les gens passaient à côté de nous, nous regardaient pleurer et crier, puis détournaient les yeux. Personne ne bougeait. Personne n'appelait les secours. Nous étions invisibles, abandonnés au milieu du trottoir avec notre sang et notre misère.
Nous avons supplié un passant d'appeler une ambulance. Elle a fini par arriver. Mon anglais était médiocre et nous ne parlions pas un mot de néerlandais. J'essayais tant bien que mal d'expliquer que nous venions de nous faire poignarder et détrousser par trois dealers. Les ambulanciers ont posé un pansement sommaire sur la plaie de mon ami, sans même prendre la peine de le recoudre. Puis, comme nous n'avions aucun moyen de prouver notre identité, ils nous ont simplement rejetés sur le trottoir.
Puis la police est arrivée.
Il n'y a eu aucune compassion, aucun secours. Ils voulaient des noms, des adresses. Ils ont appuyé sur la blessure ouverte de mon ami pour le faire parler. Ils lui faisaient mal volontairement. Comment leur expliquer que nous ne connaissions rien d'eux, à part le fait qu'ils étaient trois Africains parlant anglais ? Devant notre incapacité à répondre dans leur langue, les policiers se sont énervés. Ils ont frappé mon ami. Ils m'ont giflée, en prenant soin de ne pas laisser de traces.
Le lendemain matin, le cauchemar continuait.
J'étais couverte de saleté et de sang séché — le mien et celui de mon compagnon. Nous n'avions plus rien. Le manque recommençait à nous tordre les entrailles, et nous n'avions pas la moindre pièce pour acheter de quoi le calmer. Nous avons réussi à monter dans un train vers la Belgique en signant un engagement à payer une amende plus tard.
En rentrant chez moi, l'effroi ne m'a pas quittée.
Ce jour-là, j'ai découvert une autre forme d'horreur : celle de crier à l'aide au milieu d'une foule, blessée et sanglante, et de réaliser que pour les passants, pour les ambulanciers et pour les policiers, nous n'étions déjà plus des êtres humains.
● « Pour les passants, pour la police et pour les secours, un toxicomane qui saigne n'est pas une victime. C'est juste un problème de plus. »
● « Ils ont appuyé sur sa plaie pour le faire parler, oubliant qu'un uniforme est fait pour soigner les blessures, pas pour les creuser. regards.

Tali

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