Un gâchis vivant. Besoin d’une catharsis. Maintenant je m’allonge : je passe par une étape étrange auparavant jamais combattue, j’y repense encore, surtout quand je plane dans la rue...
l’obscurité n’épuise pas ce qui existe.J’ai raison d’avoir mal. C’est hallucinant d’en revenir toujours au même point, à la même boucle. J’ai passé plus de deux mois l’esprit tranquille à fabriquer deux récits franchement laborieux (vu le nombre de pages rédigées, j’suis un grand malade), deux machins bien sombres disparates qui valent ce qu’ils valent, pour l’instant je m’en tape, l’important c’est de faire et de défaire, d’écrire pour la corbeille, la critique viendra après. Ou jamais.
Et puis une nuit subite vers deux heures du matin sur un coup de tête je passe une commande, j’suis livré vingt minutes plus tard. Je file à Gratte-Ciel sur Villeurbanne m’acheter un
steribox, j’suis surpris de pas payer le tarif de nuit (c’est bon signe, je souris) Je retourne à toute blinde à Bourse du travail en pressant le pas comme un damné de la terre surexcité, sur la route ce que je crois être un couple s’engueule dans la pénombre d’une ruelle, la meuf me rejoint en pressant le pas et me dis que le mec la harcèle (ha donc c’est pas un couple… encore que…) Gentiment je fais comprendre que whouaa-c’est-pas-le-moment, je stoppe évidemment la marche et lui lance : « bon y’a quoi là » ? Il pouffe et lance en retour un truc pas clair mais qui donne ça : « allez c’est bon » (donc c’est peut-être un couple… encore que…) Il me regarde, je ne bronche pas, se détourne et puis s’en va. Je la regarde, content de rendre service, mais c’est comme un éclair brut : j’ai pas envie de causer, donc je presse le pas. Elle me suit et me bombarde de questions, je suis encore à trois bornes de chez moi, et franchement je ne pense qu’à ça. Ouais enfin : qu’au taquet. Et c’est pas la première fois, il y a un an en arrière j’ai envoyé bouler une jolie dame qui m’avait demandé de passer la nuit avec elle (deux heures du matin, un samedi soir, je suis pas vraiment laid, elle n’était pas vraiment laide, c’est Lyon en fait : aimantation d’une nuit, le problème c’est que… pas la tête à ça, le timing est mauvais et je maudis ce genre de circonstances… « j’ai déjà quelqu’un ». Et c’était vrai.) Là elle me bombarde de questions et je ne sais pas quoi lui répondre, elle fait du trajet avec moi puis finit par dire : « t’as l’air énervé », je ralentis, la regarde et lui dis : « ouais en effet, et ne demande pas pourquoi s’il te plaît. » Je crois qu’elle a haussé les épaules (pour rappel on marche toujours, et mon rythme est dur à suivre… enfin je suppose…) et je crois qu’elle a dû dire : « pauv’ mec » avant que d'autres gens sous le pont attire son attention. Et hop elle se détache de moi et moi je trace ma route, l’enquiquineuse de service esquivée je pense aux taquets et ce moment bien précis où toute la saloperie que j’ai en tête va s’effacer quand l’injection fera effet (morale finale de la fable « le loup et la sangsue »). Suis-je une merde sans cœur et sans issue ? Je décrits le réel, je ne parle pas pâquerettes.
Ellipse : retour chez moi, après trois km sous un ciel enfin frais où j’ai pu respirer, il fait encore nuit mais le voisin du couloir me voit et insulte encore ma mère, en me réitérant que je vais finir dans le coffre d’une bagnole, des images se produisent en moi et ce type brûle devant mes yeux. Retour à la
base transpirant le cœur battant impossible de raisonner correctement, trop plein au quotidien d’ultra-violence, est-ce que tu peux piger ça ? C’est usant. Prépa du produit etc. Je n’aime pas les images du réel. J’aime le réel tel quel.
J’ai passé toute la sainte nuit à amplifier les doses et les choses, j’ai atteint un seuil au petit matin qui m’a mis en alerte : pour la première fois après session hardcore j’ai éprouvé du dégoût, et pour être sûr de ne pas user encore et encore des mêmes shooteuses quand j’ai cru lever un à un tous mes pare-feux, j’ai brisé les aiguilles, je me suis forcé à ralentir, j’ai soigné mes plaies, nettoyé le bazar et mes affaires en une seule traite alors que la montée me transformait, j’ai pris une douche durant vingt minutes, changé mes fringues puantes, suintantes, me suis posé calmement tandis qu’agissait encore le fix et je me suis ressaisi malgré une libido hors de ctrl. J’ai pris deux
tercian, ayant stoppé ces derniers temps bien d’autres molécules d'avant. D’habitude j’enchaîne jusqu’à ce que mon dos hurle de douleur, là j’ai éloigné de moi toutes velléités d’aller-cette-fois-beaucoup-trop-loin. J’ai envoyé un message pour reprendre une discussion, tout en restant focus sur les deux g de
ké que je réservais. J'ai de la veine, le tel répond.
Je lui ai dis que l’avoir revue était comme un signe, et que notre première rencontre en 2013 juste avant mon déménagement m’avait longtemps percuté. Je lui parle de ma soirée et de ma nuit, lui dis que cette année qui s’achève « mon fils ou ma fille » aurait vingt ans, que ça me pèse au quotidien, que je n’arriverais jamais à savoir « si elle a vraiment décidée seule… ou si j’ai été une interférence.». Nous reparlons de la
ké qu’elle veut essayer, je lui dis que c’est possible, qu’il faut voir mais que je ne suis pas bon conseiller, elle se marre et me réponds « sans blagues » ? Elle me parle de son ex que je connaissais déjà avant de la connaître elle, et s’amuse des coïncidences qui nous renforcent dans notre matérialisme subis, pur et radical. Elle m’apprend qu’une rupture avec quelqu’un de cher actionne dans le cerveau la même zone qu’une brûlure effroyable. Je lui dis que s’engager avec quelqu’un dans le temps c’est mesurer la hauteur de la chute. Pi on rigole parce qu’au fond… on fait style qu’on s’en fout. On se dit bye et à très vite, c’est un soleil pâle précieux qui n’assomme pas, qui n’envahit pas, qui ne s’impose pas. Léger.
Il était proche de huit heures du matin, je n’ai pas eu envie de m’allonger, j’ai rouvert les stores et j’ai regardé la
ké avec prudence : un seul trait, un seul, juste un.... ce truc me fout les jetons depuis les voyages introspectifs ratés de la dernière fois (l’impression d’être pris dans un « circuit-fermé éternel »). Je sais que je ne revivrais jamais les deux
k-hole fantastiques que mes pauvres descriptions trahissent chaque fois que j’essaye d’en donner un sens. Le trait léger de
ké passe moyennement, puis pas bien, puis haut-le-cœur soudain et je dégueule de l’eau fibreuse, pas beaucoup mais assez pour me faire esquisser un sourire navré. Je ne comprends plus du tout ce qui m’arrive. Je suis encore à fond de C, je sais que je perds pieds et que je ne réponds plus de rien, je ne me sermonne pas je laisse ça aux autres, les rois et les reines de la projection : dis toi bien que si tu me rabaisses c’est que tu te sens menacé. La
ké agit, déjà tout mon coté droit semble se dissoudre, des flux d’images enveloppent mes paupières, déjà le socle conscient s’évapore, mes pupilles je le sais rétrécissent déjà, j’ai regardé mon écran, avant que lire me devienne impossible je repasse les pensées, les sentences, longtemps reformulées, réécrites, recommencées, puis réécrites encore (des années frère… des années…) sur un traitement de texte cheap qui ferait passer l’age de pierre pour une technique moderne :
La parole vient après l’expérience. Elle n’est pas le combat lui-même. Elle est ce qui reste une fois le combat traversé.
On peut adopter comme style la posture psychique dont on aurait besoin pour échapper à son propre tempérament.Le fantasme est toujours parfait parce qu'il est faux. Moi, je préfère notre réalité, parce qu'elle a le mérite d'être vraie.Il existe une activité interprétative extraordinairement ancienne sous ce que nous appelons ensuite nos sentiments. Pourquoi accorder une importance métaphysique aux successions de gouvernements, de guerres, de nations, de systèmes politiques, si derrière ces changements demeure toujours le même fond de désir, de souffrance, de lutte ? Des générations innombrables.
Des mondes disparus.
Des pensées qui semblaient absolues et ne sont plus que quelques lignes dans un livre.
Des millions d’individus convaincus que leur présent était le centre du réel.
Et toi, vivant quelques secondes au sommet provisoire de cette pile.
Voilà comme nous sommes. C’est étrange, variable, souvent ridicule. N’en faisons pas une tragédie cosmique. Et je ricane de moi même et de ma connerie en murmurant un mantra qui marche pas mais qui fait sens :
Coupe le carburant des boucles mentales et des flashs qui te coupent la concentration. Laisse le temps trier le grain de la réalité de l'ivraie de la rancœur.
La musique n’accroche pas. Les images ne viennent pas. Je sais que je murmure : « c’est pas intéressant… » Le voyage a été bref et franchement... -- je suis soûlé et j’ai besoin d’une bière. Je m’en empêche et je me sens lourd, je cherchais un truc, une énergie, une inspi, une porte, je n’ai trouvé qu’un magma bête et insipide impossible à saisir. Je ne comprends pas ce que c’est, je ne comprends pas ce que je vois sous
ké, je me méfie plus que jamais de mes propres constructions. L’expérience première excède la représentation qu’on en donne. Dès qu’on formule, on sélectionne. Dès qu’on conceptualise, on fixe. Dès qu’on systématise, on risque de transformer une rencontre avec le réel en architecture intellectuelle. Trahison... Trahison.... Fuck words... je n’y crois plus.
Mais au moins… j’ai essayé. Et je poursuis mon chemin sans supplications, je n’ai jamais copié personne, je n’ai jamais imité qui que ce soit, je fais juste… de mon mieux. Certains choix ne pardonnent pas :)
Je ne falsifierais jamais notre récit. Mais je resterais vrai dans le chaos. La boucle se referme.
Je ne le savais pas encore : mais six jours après j’allais me prendre dans la gueule le mur du passé de la façon la plus frontale et directe jamais vécue. Ça a commencé par des flashs d’il y a trente ans, puis d’autres, puis encore d’autres, une chaîne en cascades de souvenirs pénibles, une série incontrôlable, jusqu’à venir à cette année, depuis janvier à octobre, le tout en bloc, et ça n’a pas été bon du tout. Une virée en enfer, des reproches, des attaques, des mensonges, procès d’intentions, des efforts, vains. Je me suis dis de ne pas prendre ce qui s’est passé pour la réalité ultime. Le vide laissé intolérable, et toujours la peur de voir se former le futur comme une structure dégueulasse du passé. On n’en sort pas, pas vrai ? Sidérant, on devient juste-toujours un peu plus incrédule. Et ça vieux, ça ne changera jamais.
Je me souviens qu’en 2016 l’éditeur qui m’avait repéré sur facebook, dans un forum sur le black-bloc - quelques temps après les Nuits-debout - avait accroché cette phrase écrite au pif :
Sans jamais mentir je ne dis jamais la vérité. Je suis toujours faux en restant vrai. Un internaute commenta : « Ouais on connaît… Zénon ! »
Moi : « Quoi Zénon ? C’est qui ? »
L’éditeur : « Il faut développer Nils ! »
Moi : « Mais non pourquoi ? »
On aimera ou on déteste. Work in progress...
Je kiffe ce refuge, merci à celles et ceux qui m'ont lu