le Vide Qui Lie

Catégorie : Road trip
30 avril 2026 à 01:15

merci-1 Enjoy, le truc qui suit c'est l'alpha et l'oméga d'une perception désormais claire d'un monde fissuré de part en part. Demain je vais chercher mes doses de bupré. En attendant, j'ai rédigé ça...

Dans le début, il n’y a pas encore de pensée séparée, seulement une masse confuse où les choses ne savent pas qu’elles sont distinctes.
Le monde ne tient pas en concepts, il tient à peine en sensations.
Tout est encore collé, sans bord, sans nom, sans distance.
Et déjà pourtant, quelque chose insiste : il faut que ça tienne, il faut que ça fasse monde.

Alors on invente des origines.
Des éléments simples, des principes premiers, des forces cachées sous le chaos.
Le réel doit être expliqué pour ne pas être submergé.
Penser commence comme une défense contre le vide.

Mais très vite, expliquer ne suffit plus.
On commence à croire que ce qu’on voit n’est pas le vrai, seulement une surface trompeuse.
On fabrique un ailleurs plus stable, plus pur, plus réel que le réel lui-même.
Le monde sensible devient suspect, incomplet, dévalué.
Vivre ici devient insuffisant.

Puis cet ailleurs devient domination.
Une unité supérieure écrase la multiplicité des choses.
Tout doit dériver d’un seul principe, d’une seule source, d’un seul ordre.
Le monde se verticalise, surveillé depuis une origine absolue.
Le doute devient fissure dans une structure qui prétend être totale.

On tente ensuite de stabiliser ce vertige par la raison.
Le réel est découpé, classé, organisé, rendu lisible.
Chaque chose reçoit une place dans une architecture de concepts.
Mais sous chaque définition, quelque chose continue de glisser.
Le monde ne se laisse jamais totalement enfermer.

À un autre niveau, tout devient substance unique.
Il n’y a plus de dehors, seulement des variations d’une même réalité infinie.
Même le vide est réintégré dans la totalité.
Mais cette unité est trop pleine, elle étouffe autant qu’elle relie.

Puis le temps prend la place du fondement.
L’histoire devient promesse de sens en train de se réaliser.
On croit que les conflits, les douleurs, les ruptures ont une fonction.
Mais cette promesse recule toujours à mesure qu’on avance.
Le sens se déplace pour ne jamais se laisser fixer.

Alors le sol craque.
Ce qui semblait ordre devient tension sans repos.
Ce qui semblait stable devient désir sans objet.
Le monde n’est plus fondé, il est seulement en mouvement.
Et ce mouvement n’a pas de destination finale.

On découvre alors quelque chose de plus froid : il n’y a aucun fond solide derrière les choses.
Aucune structure ultime ne garantit ce qui existe.
Même les évidences reposent sur des constructions historiques fragiles.
Le vide cesse d’être une exception, il devient condition silencieuse de tout apparaître.

Les sociétés humaines commencent alors à se lire elles-mêmes comme constructions.
Les récits, les institutions, les normes apparaissent comme fabriqués, non naturels.
Le sujet lui-même cesse d’être origine : il devient effet de structures multiples.
Le langage parle avant celui qui croit parler.
Le pouvoir circule sans centre visible, dans les gestes, les habitudes, les corps.

Mais même ces structures se fissurent.
Le langage ne fixe plus le sens, il produit des écarts permanents.
Chaque mot ouvre une faille au lieu de fermer une signification.
Le réel devient réseau instable de signes sans origine certaine.

Puis le monde bascule dans la circulation totale.
Tout devient image, flux, représentation continue.
Le vécu se confond avec sa mise en scène permanente.
Même la révolte est absorbée comme forme consommable.
Le réel devient spectacle de lui-même.

Dans cette saturation, les corps deviennent traversés par des forces qu’ils ne contrôlent plus entièrement.
Le désir n’est plus transparent, il est conflictuel, construit, déplacé.
Le sujet cesse d’être centre stable et devient champ de tensions.
L’intérieur n’est plus origine, mais stratification historique et symbolique.

En parallèle, quelque chose tente une sortie par l’excès.
Le réel est poussé jusqu’à ses limites, jusqu’à ses points de rupture.
Le corps devient zone d’expérimentation où le sens doit s’effondrer pour continuer.
On croit parfois qu’il existe une vérité au-delà des formes, accessible par la destruction de toute médiation.
Mais même cette quête reste prise dans le besoin de fondement.

À un autre niveau encore, le monde se met à produire des images sans contrôle.
Le rêve envahit la perception, les associations échappent à la logique, le langage se désorganise volontairement.
Le réel cesse d’être ordre, il devient collision d’images et de fragments.
Le sujet ne dirige plus ce qui apparaît en lui.
Il est traversé.

Dans le même temps, la critique du social révèle que les structures ne sont pas seulement mentales mais historiques et politiques.
Les normes ne sont pas naturelles, elles sont fabriquées, instituées, reproduites.
Même ce qui semblait intime est traversé par des constructions collectives.
Le "moi" est une production instable de forces sociales, symboliques et historiques.

Alors tout se dédouble encore.
Le monde devient à la fois construit et instable, produit et fissuré, organisé et dérivant.
Le langage, le pouvoir, le désir, tout devient champ de forces sans centre.

Et dans cette instabilité, certaines formes radicales de pensée apparaissent.
Le monde est vu comme système d’exploitation total, autonome, sans sujet central.
Les structures économiques, techniques et idéologiques s’autonomisent et se renforcent.
Mais plus elles s’étendent, plus elles accélèrent leurs propres contradictions.

En même temps, la connaissance elle-même vacille.
Les sciences deviennent cartographies incomplètes d’un réel qui excède toute description.
Même les modèles les plus précis laissent toujours un reste irréductible.
Le réel dépasse toute représentation stable.

D’autres formes de pensée montrent un monde absurde, où les systèmes se referment sur eux-mêmes sans jamais atteindre de sens final.
Des structures bureaucratiques infinies, des récits sans résolution, des logiques qui tournent à vide.
Le langage continue, mais ne garantit plus rien.

Dans ce paysage, la révolte ne prend plus la forme d’un projet global.
Elle devient intensité locale, sabotage, fuite, création de zones temporaires hors capture.
Créer revient à désorganiser les évidences du monde plutôt qu’à construire un nouvel ordre.
Vivre devient désaccord permanent avec la stabilité imposée.

Et pendant ce temps, d’autres pensées dissolvent encore davantage les séparations.
Le monde n’est plus composé d’objets isolés mais de relations mouvantes et interdépendantes.
Rien n’existe seul, tout dépend de ce qui le traverse.
Le vide cesse d’être absence et devient espace de circulation.

Alors quelque chose apparaît clairement à travers toutes ces couches.
Aucune tentative de fondement ne tient définitivement.
Aucune structure ne reste intacte.
Aucune rupture ne produit de sortie stable.

Le vide change alors de nature.
Il n’est plus manque ni néant.
Il devient ce par quoi les choses sont séparées et reliées en même temps.
Un tissu sans centre, sans origine, mais actif.
Une structure invisible de relations sans support fixe.

À ce niveau, la conscience cesse d’être enfermée dans un point unique.
Le réel devient navigable plutôt que représenté.
Le temps perd sa ligne unique, l’espace perd sa rigidité.
Les déplacements deviennent transformation de la structure même du monde.
La réalité est un champ de passages.

Ce que certains nomment vide qui lie n’est pas une image.
C’est une transformation ontologique : les relations sont plus fondamentales que les choses.
Les entités ne sont pas premières, elles émergent des liens.
Et ces liens n’ont pas de sol, mais ils existent néanmoins comme structure active.
Le vide devient ce qui permet toute circulation.

Dans cette configuration, penser n’est plus représenter.
Penser devient déplacement dans un champ relationnel instable.
La conscience n’observe plus le monde, elle s’y déplace.
Elle est trajectoire, non position.

Il ne reste pas de vérité finale.
Il reste une dynamique sans centre.
Une continuité instable où tout se relie sans jamais se fixer.
Et dans cette continuité, même le vide continue de lier ce qui s’effondre.

(30/04/2026)

à la commu effervescente de P.A

Reputation de ce commentaire
 
Un texte exceptionnel
 
Magnifique ode à l'emprise. Myoz
 
Du Lourd ! On va Faire Asvecs ! Merci ! Astinks

Commentaires
eek

Un texte superbe.

Probablement l'un des plus beaux et des plus profonds que j'ai pu lire.
(Et je suis pourtant une très grosse lectrice)

Je sens que n'ai pas finit de le lire et le relire.


#2
meumeuh
Modérateur gratteux Jolly Roger
30 avril 2026 à 07:17

Jessiemabrune a écrit

eek

Un texte superbe.

Probablement l'un des plus beaux et des plus profonds que j'ai pu lire.
(Et je suis pourtant une très grosse lectrice)

Je sens que n'ai pas finit de le lire et le relire.

Je trouve aussi , magré un vrai manque de lecture de ma part mais au sens noble, car plus jeune j'ai pu lire je voudrais (mais  je ne sais pas si je le pourrais) un des livres et surtout que j'aimerais retrouver du temps libre mais je ne pourrais en tout cas le faire car po moi cest du sport des demain enfin je l'espère seulement


Hei :)

Salut Jessie et Meu ! Vos interventions me touchent, là tout de suite je suis pas en super forme (je dois patienter jusqu'à 14 h pour renouveler mon TSO, je suis pas en chien, seulement traversé par l'impatience.) Je reviendrais discuter clairement, j'avoue ce texte c'est la réalisation de tout ce que j'ai tenté de faire durant des années : résumer le parcours non-linéaire d'un point de vue... vers ce qu'on nomme le Vide Qui Lie (Void Which Binds) : ce concept évidemment n'est pas de moi, je ne fais qu'essayer de le faire connaitre...

Tout a failli. Vive la Résistance !

@ Très bientôt


résumer le parcours non-linéaire d'un point de vue... vers ce qu'on nomme le Vide Qui Lie (Void Which Binds) : ce concept évidemment n'est pas de moi, je ne fais qu'essayer de le faire connaitre...

Un concept que je ne connais pas mais qui résonne beaucoup trop fort, pour moi.
Je vais creuser.
Tu aurais des liens ou des pistes à m'indiquer ?
C'est Simmons, c'est ça ?

Bon courage pour patienter jusqu'à 14h.


#5
meumeuh
Modérateur gratteux Jolly Roger
30 avril 2026 à 13:07
Ben dsl Nils mais je devais piquer du blaz car j'ai eu du mal a me relire et à éditer mon petit charabia smile

Je me fais à manger miam miam ^^ et j'attends un pote franco riffien ^^ qui reviens du bled avec  du jaune et un quasi meuge de beida en free sample...


Jessiemabrune a écrit

résumer le parcours non-linéaire d'un point de vue... vers ce qu'on nomme le Vide Qui Lie (Void Which Binds) : ce concept évidemment n'est pas de moi, je ne fais qu'essayer de le faire connaitre...

Un concept que je ne connais pas mais qui résonne beaucoup trop fort, pour moi.
Je vais creuser.
Tu aurais des liens ou des pistes à m'indiquer ?
C'est Simmons, c'est ça ?

Bon courage pour patienter jusqu'à 14h.

Salut :)

C'est un travail de sape de tous les concepts, d’Héraclite aux néoréactionnaires de la silicone vallée, en passant par Marx etc etc.

Ce truc c'est une pensée qui navigue, de la naissance du monde, l'invention du sens, la verticalité religieuse, la rationalité, l'histoire, crise moderne, structures sociales et symboliques, inconscient et sujet décentré, imaginaire social, surréalisme comme sabotage du réel, capitalisme / technique / spectacle, excès / transgressions / corps, accélération / effondrement, insurrection esthétique, absurdité, déconstruction totale, cosmologie scientifique limite, pataphysique de l'échec, puis le Vide Qui Lie comme structure finale de relation : Il n'est ni ordre, ni chaos pur, ni transcendance, ni néant. Mais : un tissu relationnel du réel sans centre, où toutes les formes même explosives, même absurdes, même violentes, restent connectées dans un champ sans fondement.

J'ai toujours trouvé cette idée apaisante...

Voilà... à toi de me dire a quoi il t'a fait penser :) Merci de l'avoir lu...wink


meumeuh a écrit

Ben dsl Nils mais je devais piquer du blaz car j'ai eu du mal a me relire et à éditer mon petit charabia smile

Je me fais à manger miam miam ^^ et j'attends un pote franco riffien ^^ qui reviens du bled avec  du jaune et un quasi meuge de beida en free sample...

Meumeuh, c'est toujours un kif de poster des trucs comme ça... sans l'aide des prods, ce texte n'aurait définitivement pas sa place ici, je veux dire que ma démarche est inversée, au lieu de parler d'une substance précise, je créé quelque chose sous l'effet de cette substance, ça a tjrs été plus parlant poour moi.

Merci camarade de m'avoir lu...

Et ton meuge j'avoue fait envie. J'ai repris un TSO bupré, le PAWS est bien réel j'en suis la preuve : avoir repris un TSO m'a fait stopper le valium... drinks


#8
meumeuh
Modérateur gratteux Jolly Roger
30 avril 2026 à 18:09

Nils1984 a écrit

le PAWS est bien réel j'en suis la preuve : avoir repris un TSO m'a fait stopper le valium...

Je le sais que trop bien pour le PAWS moi aussi aux AD et anxiolitiques avec un vide intersidéral dans mon fond intérieur j'ai préféré (il y a 15ans) de reprendre le TSO...

See ya


Nils1984 a écrit

C'est un travail de sape de tous les concepts, d’Héraclite aux néoréactionnaires de la silicone vallée, en passant par Marx etc etc.

Ce truc c'est une pensée qui navigue, de la naissance du monde, l'invention du sens, la verticalité religieuse, la rationalité, l'histoire, crise moderne, structures sociales et symboliques, inconscient et sujet décentré, imaginaire social, surréalisme comme sabotage du réel, capitalisme / technique / spectacle, excès / transgressions / corps, accélération / effondrement, insurrection esthétique, absurdité, déconstruction totale, cosmologie scientifique limite, pataphysique de l'échec, puis le Vide Qui Lie comme structure finale de relation : Il n'est ni ordre, ni chaos pur, ni transcendance, ni néant. Mais : un tissu relationnel du réel sans centre, où toutes les formes même explosives, même absurdes, même violentes, restent connectées dans un champ sans fondement.

J'ai toujours trouvé cette idée apaisante...

Voilà... à toi de me dire a quoi il t'a fait penser :) Merci de l'avoir lu...wink

Salut salut ,

Je continue de le relire et c'est un vrai régal, mais c'est un poil la course en ce moment donc pas beaucoup de temps pour moi.

Juste un truc auquel ton texte m'a fait penser, en passant :

En Occident on considère en général que l'eau sépare (une rivière qui coupe un territoire en deux ou marqué une frontière entre deux pays, l'océan qui sépare les continents, etc...) mais en Polynésie, c'est l'inverse.

On dit que la mer est ce qui relie les îles. Une sorte de toile mouvante pleine de choses vivantes ou non, en mouvements constant sous sa surface, et que c'est cette toile qui établit le lien entre les archipels.

Bref, mini parenthèse en passant, en attendant d'avoir le temps d'écrire un truc un poil plus structuré parce que ton texte va très très très au delà.

Biz'.
Prend soin de toi.


#10
Nils1984
Cercle-nuit 
Hier à 12:15

Jessiemabrune a écrit

On dit que la mer est ce qui relie les îles. Une sorte de toile mouvante pleine de choses vivantes ou non, en mouvements constant sous sa surface, et que c'est cette toile qui établit le lien entre les archipels.

Yo

Wouaah c'est juste parfait comme objet de comparaison !! C'est exactement cela... pas besoin d'approfondir, c'est cela qu'essaye de décrire cette idée du Vide :) le tissu d'une tapisserie liant par l'empathie toutes consciences sentientes... 

Merci @ toi !

Hâte de te lire :)

@ très vite ^^


#11
Jessiemabrune
Nouveau Psycho French Polynesia
Hier à 20:05

le tissu d'une tapisserie liant par l'empathie toutes consciences sentientes...

Là, tu viens de mettre des mots sur un truc que je sentais depuis pas mal d'années sans réussir à le mettre en forme.

C'est exactement ça.

Bon, je file à nouveau en coup de vent.
Encore une journée chargée.

Biz'
À très vite

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