Politique du chiffre et délit d'usage de stupéfiants / PsychoACTIF

Politique du chiffre et délit d'usage de stupéfiants

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pierre
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Note : Je vous conseille de lire cet article de Bénédicte Desforges, de Police contre Prohibition. Pour bien comprendre comment marche la politique du chiffre et pourquoi la dépénalisation n'est pas souhaitée par toute la hierarchie (question d'argent...)

Je ai rencontré Bénédicte mercredi dernier, et le PCP et Psychoactif vont travailler ensemble pour s'attaquer à la prohibition.

Pierre



Politique du chiffre et délit d'usage de stupéfiants
6 octobre 2018
Par Benedicte Desforges, de Police Contre Prohibition

Source : http://police.etc.over-blog.net/2018/10 … iants.html

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Pour bien comprendre la politique de répression de l’usage de drogues, et l’obsession de la police pour la chasse aux usagers, il est nécessaire de décrypter la logique de rentabilité qui anime et pervertit l’activité policière.
L’usage de stupéfiant est un délit mineur, sans victime, sans plaignant, sans danger pour autrui, sans incidence sur la résolution des enquêtes de trafic, sa répression n’est pas dissuasive, mais elle constitue néanmoins une proportion déraisonnable de l’activité policière.

La politique du chiffre est le moteur de l’activité de la police. À la qualité du travail accompli, l’administration préfère et exige de la quantité. C’est un système pervers et toxique dont les perdants sont la sécurité et le service public.

La sécurité étant un levier électoral et un outil de communication politique de premier choix, peu importe le sacrifice du qualitatif, il faut lui associer un plan com' efficace : c’est le chiffre de la délinquance. Celui-ci doit être lisible et sembler explicite pour l’opinion, et exprimer un état des lieux - dont la réalité importe moins que ce qu’on veut lui faire dire - mais en même temps, ces statistiques doivent être d’une conception suffisamment complexe pour décourager d’y regarder de plus près. On y trouve une juxtaposition de faits constatés et faits élucidés, des atteintes aux personnes et aux biens, des infractions avec et sans violence, des infractions avec et sans victime, les plaignants, auteurs et victimes sont mélangés dans la même soupe de chiffres, etc, autant de données qui de toute façon seront très peu exploitées par la police, tant la politique du chiffre est tenace, et rafle la mise face à toute stratégie cohérente à long terme de sécurité publique et de lutte contre la délinquance.

La police doit donc être en mesure de faire état de sa productivité. Comme une usine. Or la sécurité, ce que la police est censée vendre, c’est précisément quand il n’y a rien à compter. La prévention, par exemple, n’est pas comptabilisable alors qu’elle est le meilleur atout contre l’insécurité et la criminalité. Elle est efficace mais pas "rentable". Du coup, on n’en tient peu compte, elle est négligée, les flics oublient que répression et prévention jouent un équilibre juste, et sont les deux composantes indispensables du service public qu’est la police.
Le mot même a disparu des discours politiques sécuritaires. La prévention est tombée en désuétude - comme le gardien de la Paix devenu une anxiogène "force de sécurité" - et à la présence policière s’est substituée une police d’intervention.

Alors au lieu de fabriquer de la sécurité, la police fabrique des infractions et des délinquants.
C’est ce qu’on appelle les infractions révélées par l'action des services (IRAS).

Par opposition aux infractions constatées (homicides, cambriolages, etc, et plaintes enregistrées) qui feront l’objet d’enquêtes avec un taux d’élucidation incertain, les IRAS représentent la part proactive de l’activité policière.

Ces infractions, parmi lesquelles on trouve entre autres les infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS), celles au séjour des étrangers, les faux papiers, port d’armes prohibées, sont pour la plupart relevées lors de contrôles d’identité. Elles ont l’avantage comptable de présenter un taux d’élucidation de 100% : aussitôt constaté, le délit est élucidé. Et il n’y a ni enquête ni victime. Faisant partie du chiffre global de la délinquance, les IRAS boostent celui-ci en relevant la moyenne de l’élucidation : une plainte contre X pour viol + une boulette de shit = un taux d’élucidation de 50%, ce qui est une excellente "performance"…
Sur l’État 4001 tableau compilant l’ensemble des crimes et délits (sauf routiers) ce taux peut même dépasser 100% pour les ILS…
De la pure dopamine mathématique pour la politique du chiffre.

Sur une période d’un an, de septembre 2014 à août 2015 (je n’ai pas trouvé plus récent avec les précisions voulues) pour la police et la gendarmerie, on compte 207 300 infractions à la législation sur les stupéfiants :
- 175 745 pour usage de stupéfiants
- 19 389, usage-revente
- 7159, trafic-revente sans usage
- 5007, autres ILS (provocation à l’usage, etc.)
Tandis que seulement 3.4% des ILS concerne le trafic, l’usage de stups représente 85% des ILS, soit 56% des IRAS.
Autrement dit, les forces de l’ordre, quand elles en ont l’initiative, consacrent plus de la moitié de leur activité à la répression de l’usage de drogues, dont 90% de cannabis.

En même temps que les effectifs de police stagnent, les interpellations pour ILS sont en constante augmentation, c’est dire l’appétit pour cette répression.
Du mois d’août 2017 à juillet 2018 : 224 031 ILS dont 183 795 pour usage de drogues, soit 83% des ILS (nombre d’IRAS non communiqué)

Le temps est révolu où les flics de terrain mettaient leur autonomie et leur libre arbitre au service d’une activité utile et valorisante. Ils pouvaient consacrer des heures, des jours, à observer, fouiner, recueillir des renseignements, pour mettre au point une interpellation, avec une procédure qui tient la route, et avoir à la clé la satisfaction d’avoir rendu un vrai service à la société en envoyant devant la justice de vrais délinquants. Ignorer de petites infractions était un choix délibéré, presque une question d’amour-propre, au mépris de consignes de "chiffre" qui n’étaient pas encore le mode standardisé de fonctionnement policier.

Aujourd’hui, il n’est pas question pour un flic de rentrer les mains vides, il est sous pression et paramétré pour faire du chiffre. Et il l’est d’autant plus que son activité intéresse toute la chaine hiérarchique au dessus de lui, qui encaisse chaque mois des indemnités de responsabilité et de performance (IRP) (l’équivalent gendarme est l’IFR).

La politique du chiffre est donc systémique : chaque officier, commissaire et directeur est comptable des résultats de ses subordonnés, lesquels œuvreront à la performance de la brigade ou du service, et serviront déroulement de carrière, réputation, et rémunération de leur hiérarchie.
Du coté des officiers, la part fixe de l’IRP atteint 600 euros mensuels pour le grade de commandant. Chez les commissaires de police, cette part de l’indemnité s’échelonne selon le grade de 1080 à 2421 euros par mois.
À cette part fixe de l’IRP s’ajoute une part variable selon les résultats chiffrés qui peut s’élever jusqu’à 40% de la part fixe. Cette part correspondant à la performance est toutefois contingentée : elle ne sera attribuée qu’à un pourcentage prédéfini du corps des officiers et celui des commissaires, ce qui peut avoir comme effet de booster la course aux résultats entre chefs…
Pour certains postes dits difficiles ou très difficiles, la part variable de l’IRP est automatiquement incluse dans la prime mensuelle. À noter que certains de ces postes laissent rêveur… bref.

Quant au gardien de la Paix, si les bonnes grâces de son chef ou le hasard lui sourit, il touchera une fois dans l’année une sorte de bakchich appelé prime au mérite. Cette gratification dont la répartition n’est pas toujours objective génère un état d’esprit délétère dans les services mais galvanise la course au chiffre.

Tout ça pour dire que l’enjeu de la politique du chiffre est solide et motivant. Plus personne ne devrait s’étonner quand un chef de service dit à ses troupes, sans complexe ni paraphrase, qu’il préfère qu’on lui colle dix fumeurs de pétards en garde à vue qu’un braqueur.
Les IRAS sont donc le reflet de l’initiative et des priorités des policiers sur le terrain, mais surtout, cette activité, mesurée par le taux d’élucidation, est très sensible aux consignes.

Les objectifs chiffrés de la clique Sarkozy n’étaient pas un secret. Ce concept absurde consistait à définir la délinquance avant qu’elle ait eu lieu. Les consignes pouvaient alors ressembler à un inventaire de Prévert… Pour la fin de la semaine vous me servirez 13 ports d’arme blanche, 38 ILS, 1 proxénète, 24 feux rouges et 1 fermeture administrative de bistro.
Et puis il y a eu Valls au ministère de l’Intérieur qui de façon surprenante dans son discours cadre sur la sécurité a parfaitement défini la politique du chiffre. Imposture, opacité, porte ouverte à la manipulation des statistiques, outil calibré pour l’instrumentalisation politique et médiatique - exigeant que sans délai, ces pratiques cessent au nom du service public.

Par la suite, les objectifs statistiques se sont faits plus discrets, et les bilans de la criminalité moins détaillés, mais rien n’a changé. Le corps des commissaires est le gardien du chiffre et l’interface opaque entre la police et le ministère de l’Intérieur. Rien ne semble remettre en cause ces primes, et la façon de les engraisser. Ni cette énorme dépense de l’État, cet argent public dédié à la communication sur la sécurité plutôt qu’à celle-ci.
Les réserves quant à la fabrication et la manipulation des chiffres ont toutefois fait l’objet d’une mission d’information relative à la mesure statistique des délinquances et de leurs  conséquences et d’un rapport de la commission des lois en 2013 et ont été réitérées par le Sénat dans son rapport de la commission des finances sur le projet de loi de finances pour 2017.

Alors même si dans les hautes sphères de la police, il est de bon ton de nier la politique du chiffre - elle serait même une légende urbaine – au-delà d’une lecture attentive des chiffres,  l’existence même de l’IRP, et notamment de la lettre P, est l’affirmation d’un management basé sur le rendement.
La priorité n’est pas tant de générer de la sécurité et lutter contre la délinquance que d’entretenir une confusion entre activité et efficacité policière, et alimenter les statistiques de délits insignifiants qui font grimper le taux d’élucidation global.
Et d’ailleurs, qu’importe l’éthique et l’intégrité, si le taux d’élucidation ne suffit pas dans l’équation, il y a encore des solutions : ordonner une augmentation des IRAS, déqualifier certaines infractions, en reporter le mois suivant, dissuader la prise de plaintes… Une tradition de falsification indécente qui a même intéressé l’IGPN plus d’une fois.
Les statistiques ne sont pas un outil réaliste d’évaluation de la délinquance sur lequel s’appuyer pour orienter l’action policière, mais une fin en soi.

Les IRAS, et le délit d’usage de stupéfiants en particulier, sont donc essentiels à ce système qui s’enrayerait si l’usage de drogues était dépénalisé (que ce soit de fait par une pratique policière qui négligerait ce délit, ou par la loi).
Si a contrario la politique du chiffre cessait, il y aurait  moins d’obstruction à débattre de la dépénalisation de l’usage de drogues parce que sa répression, dont on sait qu’elle est vaine à tout point de vue, qu’elle est couteuse et encombre inutilement toute la chaine pénale, ne serait plus d’aucune utilité à cette bureaucratie du chiffre.

Il faut donc aller chercher des usagers de drogues, et tout commence par un contrôle d’identité, une palpation, et une fouille des poches qui ne doit rien au hasard. Toujours les mêmes poches, mêmes personnes, mêmes quartiers, à croire qu’il s’agit d’un prétexte : réprimer l’usager davantage que le délit d’usage, et qui il est plutôt que ce qu’il a fait.
Tandis que les statistiques indiquent que toutes les classes et tranches d’âge sont concernées par les drogues, la population ciblée par la répression est jeune, issue de l’immigration et la plus vulnérable d’un point de vue économique et social.

Là où l’apaisement entre police et population est urgent, la politique du chiffre attise défiance et haine réciproques et le fragile lien social se délite. Sur le terrain c’est un bras de fer à coups de violences, provocations, harcèlement et contrôles répétés. Tout ça pour si peu, pour des mots et des discours - des coups de karcher à la reconquête républicaine de territoires – mêmes logiques et mêmes échecs.
La mise en place de l’amende forfaitaire de 300€ et la systématisation de la répression aggravera un peu plus la situation, le délit d’usage de stupéfiants verbalisé sur place par cette procédure simplifiée est un appel d’air à la course au chiffre. S’y ajouteront sans doute des outrages et rebellions du fait de l’amende elle-même.

La culture policière est marquée par une tradition de postulats indéboulonnables, tels que le laxisme de la justice, le gauchisme des juges, le coût des étrangers, l’oisiveté des jeunes, et par la désignation d’un certain nombre de boucs émissaires. Le penchant raciste qui, même s’il s’estompe à la faveur d’un recrutement diversifié, est toujours présent et susceptible d’orienter et justifier des choix d’activité. Je ne suis pas raciste mais…  ce sont toujours les mêmes qui… l’analyse sociologique s’arrête là et se veut irréfutable.
Conservatisme et morale sont aussi des marqueurs forts de cette culture, ponctuée de leitmotivs. On est le dernier rempart... dans un monde binaire de bien et de mal, peuplé d’honnêtes citoyens et des autres. La drogue c’est mal. Alors qu’on sait aujourd’hui que la répression c’est pire, la police intensifie la traque aux usagers. Il en restera toujours une sorte de mesure de rétorsion appliquée à une population qu’on aime détester. Force doit rester à la loi dit-elle encore, même si cette loi n’a jamais fait ses preuves, et que la pratique assidue de cette répression n’est pas à mettre au crédit de l’efficacité ni du sens du discernement policier. Mais sans doute faut-il s’en persuader pour ne pas complètement s’effondrer, pour l’illusion d’un métier qui fait sens, quand on sait qu’on est le rouage essentiel d’un système terriblement discutable, et d’une sorte de chaine alimentaire élucidée à 100% qui, entre autres trajectoires douteuses, va de la poche de l’usager de drogue à celle du commissaire de police.


sources :

État 4001 détaillé - année 2008
Bulletin ONDRP 2015, pages 16-17
Chiffres mensuels relatifs aux crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie
Indemnité de Responsabilité et de Performance (IRP) commissaires
Montants part fonctionnelle de l’IRP corps de conception et de direction de la police nationale (commissaires)
Postes difficiles et postes très difficiles commissaires
Indemnité de Responsabilité et de Performance (IRP) officiers
Montants part fonctionnelle de l’IRP corps de commandement de la police nationale (officiers)
Postes difficiles officiers
Discours cadre sur la sécurité, Manuel Valls, septembre 2012
Rapport Assemblée Nationale 2013 - Mission d’information relative à la mesure statistique des délinquances et de leurs conséquences
Projet de loi de finances pour 2017 - "Sécurités" - Un volet performance qui doit être refondu
Sécurité : la fabrique du bilan "favorable" pour 2012 (Le Monde)

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Excellente démonstration d'une triste réalité/ Mélatonine

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Rick 
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Voici un article sur le collectif PCP Police contre prohibition , pour en savoir plus sur eux smile
Je vous conseil cet article car je trouve qu'il présente bien le collectif. Je pense que c'est grâce à ce genre d'initiatives que l'on pourra démolir petit à petit la loi de 70, la prohibition et ses méfaits etc.



Leur site (PCP) :
https://www.stoplaprohibition.fr

Ils sont très actifs et efficaces sur les réseaux sociaux, notamment sur twitter :
https://twitter.com/collectifPCP

Le reste des articles sur le collectif :
https://www.stoplaprohibition.fr/Presse

L'article des inrocks: 


Drogues: rencontre avec ces policiers qui réclament la dépénalisation
07/11/18 17h59

Au début du mois, le collectif Police contre la prohibition, ou PCP, a vu le jour avec une demande : la dépénalisation de toutes les drogues. Nous avons discuté avec l'une de ses co-fondatrice, Bénédicte Desforges, ex-flic.

Généralement, on les imagine plutôt dans l'autre camp, celui de l'ordre et la répression. Pourtant, début novembre, le collectif Police contre la prohibition (PCP), regroupant des membres des forces de l'ordre, a vu le jour en publiant sur son site internet un manifeste pour demander "la dépénalisation de l’usage de tous les stupéfiants et une politique des drogues réaliste et cohérente, basée sur la prévention, l’information et la réduction des risques".

La création de ce groupe s'est fait notamment en réaction à la volonté de la majorité de créer une amende forfaitaire contre les consommateurs de drogues. A l'origine du collectif, et partie émergée de l'iceberg parce que les policiers en fonction préfèrent rester anonymes, on retrouve trois ex-flics. Afin de comprendre leurs motivations, nous avons discuté avec Bénédicte Desforges l'une des trois, qui a démissionné de la police.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de créer ce collectif ?

Bénédicte Desforges - Ça fait longtemps que je m’intéresse à la législation sur les drogues, parce qu’elle est à la croisée de plein de choses, du droit pénal, des libertés individuelles, des différences entre les pays. Et puis il y a un moment où on se met à regarder un peu ce qui se passe en France, à regarder les chiffres, les pratiques policières et on se rend compte que ça ne va pas du tout. D'autant que les parlementaires sont en ce moment en train de voter la loi de programmation de réforme de la justice. Dans cette loi, ils mettent au point une amende forfaitaire délictuelle pour l’usage de stups, c’est à dire une réponse pénale de plus - comme s’il n’y en avait pas déjà assez - pour punir ce qui selon nous ne devrait pas être une infraction.

J’ai fédéré quelques personnes et on s’est dit “pourquoi on ne ferait pas un collectif ?”. En plus, nous les trois fondateurs, nous ne sommes plus en fonction et du coup complètement libres de notre parole. Nos collègues qui sont toujours en activité peuvent se cacher derrière nous, on parlera pour eux.

Parce que les policiers ou gendarmes en poste n’ont pas le droit de s’exprimer sur ce genre de sujets ?

Ils n’ont pas envie de s’exprimer parce qu’il y a l’obligation de réserve, même si elle est très floue. Ajoutez à cela que la drogue est un sujet clivant... Certains flics ne verbalisent pas les consommateurs de drogues, et  se retrouvent donc à ne pas appliquer une loi - parce qu’en l’état c’est toujours un délit, mais ils n’en font pas un étendard militant.

Les policiers qui s’expriment, qui sont invités dans les débats ou les missions parlementaires, font partie des hautes instances ou des syndicats, qui pensent comme l’administration. Les flics à contre-courant, qui ont une autre version des choses, on ne les appelle pas. En se formant comme collectif, on veut donner plus de visibilité à ceux qui estiment que la législation autour des stupéfiants ne sert à rien, qu’elle n'est utile qu'à la politique du chiffre et qu’elle emmerde tout le monde. A commencer par les flics. Parce que c’est totalement inintéressant de interpeller un fumeur de shit ou un gars qui a un demi ectasy écrasé dans le fonds de son sac. Ce n’est pas du boulot.

En plus c’est un très mauvais vecteur pour la police parce que la répression s’applique toujours dans les mêmes quartiers et toujours aux mêmes personnes. Ces contrôles d’identité où l’on demande aux gens ce qu’ils ont dans leurs poches, ça pourrit les relations entre la police et la population. Si l’on pouvait en être déchargé, je pense que ça améliorerait beaucoup de choses. Pour la population et pour les flics.

Dans votre manifeste, vous appelez à une dépénalisation de toutes les drogues…

Depuis 1970 que la loi existe, elle ne sert à rien. Elle ne fait baisser ni la consommation de drogues, ni l’insécurité, ni la criminalité. Elle ne génère que des échecs. La prohibition, et la répression qui va avec, sont plus nuisibles que les drogues elles-mêmes. Faut arrêter les fantasmes : neuf consommateurs de drogue sur dix n’ont aucun problème avec leur consommation.

Par contre, cette loi ne fait pas de différence entre les stupéfiants et là-dessus, je pense qu'elle a raison. Il n’y a pas de drogues dures ou de drogues douces. C’est un leurre. Entre un jeune de 18 ans qui a besoin d’un pétard en se réveillant et puis d’un dernier pétard pour s’endormir et puis un autre gamin du même âge qui va avoir une consommation d’une drogue dite dure - MDMA ou cocaïne - mais de façon maîtrisée et raisonnée une fois dans le weekend une fois de temps en temps… quand on voit ces deux sortes de consommation, on voit bien que la drogue dure, ce n’est pas celle que l’on croit. L’addiction peut s’installer sur n’importe quelle drogue. Tout est une histoire de prévention, d’information, de conseil de consommation.

Comment votre initiative est-elle reçue dans les commissariats et les gendarmeries ?

Pour le moment, on a des échos surtout via internet, parce que notre collectif est tout récent. Mais entre ça et nos connaissances personnelles, on sait qu’il y a pas mal de collègues qui rejoignent notre point de vue. Je ne pense pas que ça soit abondamment commenté dans les commissariats, mais nous avons beaucoup de messages de soutien venant de collègues, d'associations, de militants et d’usagers de drogues. De ce que l’on nous dit, notre présence manquait au débat. Quand on parle de drogue en France, on parle essentiellement de répression, et qui met en oeuvre cette répression : les flics et les gendarmes. Donc si on peut faire entendre, même discrètement, une voix pour dire qu’en fait nous sommes bien placés pour dire que ça ne marche pas, c'est très bien. Parce que la consommation de drogue et l’insécurité liée aux marchés illégaux ne baissent pas non plus parce qu’on punit les gens.

Est-ce que de fait vous incitez les policiers à une certaine désobéissance civile ?

Bien sûr que oui. Nous allons publier quelque chose là-dessus pour proposer une marche à suivre aux flics et aux gendarmes pour conseiller de ne pas contrôler les gens, mais de leur donner quelques conseils, notamment aux jeunes fumeurs. Leur dire de faire attention, que ce n’est pas forcément une drogue douce. Avec le cannabis, on peut tomber assez bas. La police, c’est quand même un service public. Si on peut un peu se réconcilier avec les gens dans certains quartiers, en changeant notre fusil d’épaule, pourquoi pas.

Parce qu’au jour le jour, la lutte contre les stupéfiants a pris une place importante dans travail des policiers ?

Oui, elle est énorme. Il y a une catégorie d’infractions dans la police qui s’appellent les “infractions révélées par l'action des services”, ce qui en gros est l’activité proactive des flics. Sur ces infractions-là, 56% c’est de l’usage de stupéfiants. Et sur ces 56% il y a 90% de cannabis, minimum. Et au contraire, sur l’ensemble des infractions liées aux stupéfiants, on trouve seulement 3% de lutte contre le trafic. Et tout ça, c’est à cause de la politique du chiffre.

Parce que quand vous interpellez pour usage de stups, aussitôt constaté, aussitôt élucidé : vous avez un taux d'élucidation de 100%. Or, des taux d’élucidation à 100%, c’est très utile pour définir la performance d’un service. Par exemple, que vous avez une plainte pour viol, auteur non identifié : 0% d’élucidation. A côté de ça, vous avec un mec qui a une boulette de shit au fond de la poche : 100% d'élucidation. Admettons qu'il n’y a eu que ces deux affaires dans la journée, ça vous fait un taux d’élucidation de 50%. C'est une technique très performante mais complètement artificielle. Et c’est vraiment un gros système, parce que tout ça est aussi lié à des primes de performances. Si on parle de politique du chiffre, on parle de répression d'usage de stups. En fait, c’est la même chose.

Donc à votre avis, la dépénalisation pourrait permettre d’améliorer les relations de la police avec une certaine partie de la population, victime de contrôles au faciès ?

Oui, ça changerait beaucoup de choses. Déjà, ça changerait une certaine culture policière, une manière de travailler dans certains quartiers. Ça n’a pas de sens, aujourd’hui être contrôlé avec de la drogue est un délit ! Alors que n’importe quel type qui grille un feu rouge est plus dangereux pour les autres que celui qui se fume un pétard. Le boulot de la police, c’est quand même la sécurité publique.

Depuis plusieurs années, certains états des Etats-Unis connaissent un boom économique lié à l’exploitation du cannabis. Est-ce que c’est un argument supplémentaire pour vous ?

Bien sûr que c’est des arguments parce que la régulation du marché du cannabis peut créer des emplois et faire du bien à certains secteurs de l’économie. Après, il faut faire attention avec l’exemple américain. Dans certains des états où le cannabis a été légalisé, ils continuent de mettre en prison les consommateurs d’autres drogues, notamment en visant davantage ceux qui prennent du crack plutôt que de la cocaïne parce que ce n’est pas la même population, bien que ce soit le même principe actif.

Je préfère vraiment considérer les stupéfiants dans leur ensemble et leur appliquer le même registre. Je pense qu’il ne faut pas considérer d’un côté les gentils fumeurs de cannabis un peu bobo et de l’autre côté les junkies. Tout le monde à besoin soit d’une attention particulière quand il y a une consommation problématique, soit simplement d’avoir la paix et la liberté de faire ce qu’il veut en privé. Surtout que si on regarde ce que coûte en argent public la répression et qu’on imagine à quoi pourrait servir cet argent en actions de prévention ou d’assistance à des gens qui sont vraiment mal, comme les crackheads, ça laisse rêveur. Franchement, quelqu’un qui a un problème avec sa consommation de drogue, qu’est-ce qu’il va faire dans une garde à vue ? Rien.


- Auteur:  Cyril camu

https://www.lesinrocks.com/2018/11/07/a … 111141664/
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Excellente analyse qui va documenter mes conferences. Boots

SINTES: analyse gratuite et anonyme de prods: www.psychoactif.org/sintes
LOI 70: participe à la fin de la guerre contre les usagers et leurs drogues
www.psychoactif.org/forum/adhesion_psychoactif.php

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pierre a écrit

Elles ont l’avantage comptable de présenter un taux d’élucidation de 100% : aussitôt constaté, le délit est élucidé. Et il n’y a ni enquête ni victime. Faisant partie du chiffre global de la délinquance, les IRAS boostent celui-ci en relevant la moyenne de l’élucidation : une plainte contre X pour viol + une boulette de shit = un taux d’élucidation de 50%, ce qui est une excellente "performance"…

Rick a écrit

Parce que quand vous interpellez pour usage de stups, aussitôt constaté, aussitôt élucidé : vous avez un taux d'élucidation de 100%. Or, des taux d’élucidation à 100%, c’est très utile pour définir la performance d’un service. Par exemple, que vous avez une plainte pour viol, auteur non identifié : 0% d’élucidation. A côté de ça, vous avec un mec qui a une boulette de shit au fond de la poche : 100% d'élucidation. Admettons qu'il n’y a eu que ces deux affaires dans la journée, ça vous fait un taux d’élucidation de 50%. C'est une technique très performante mais complètement artificielle

pierre a écrit

La mise en place de l’amende forfaitaire de 300€ et la systématisation de la répression aggravera un peu plus la situation, le délit d’usage de stupéfiants verbalisé sur place par cette procédure simplifiée est un appel d’air à la course au chiffre. S’y ajouteront sans doute des outrages et rebellions du fait de l’amende elle-même

pierre a écrit

La culture policière est marquée par une tradition de postulats indéboulonnables, tels que le laxisme de la justice, le gauchisme des juges, le coût des étrangers, l’oisiveté des jeunes, et par la désignation d’un certain nombre de boucs émissaires. Le penchant raciste qui, même s’il s’estompe à la faveur d’un recrutement diversifié, est toujours présent et susceptible d’orienter et justifier des choix d’activité. Je ne suis pas raciste mais…  ce sont toujours les mêmes qui… l’analyse sociologique s’arrête là et se veut irréfutable.

Rick a écrit

Par contre, cette loi ne fait pas de différence entre les stupéfiants et là-dessus, je pense qu'elle a raison. Il n’y a pas de drogues dures ou de drogues douces. C’est un leurre. Entre un jeune de 18 ans qui a besoin d’un pétard en se réveillant et puis d’un dernier pétard pour s’endormir et puis un autre gamin du même âge qui va avoir une consommation d’une drogue dite dure - MDMA ou cocaïne - mais de façon maîtrisée et raisonnée une fois dans le weekend une fois de temps en temps… quand on voit ces deux sortes de consommation, on voit bien que la drogue dure, ce n’est pas celle que l’on croit. L’addiction peut s’installer sur n’importe quelle drogue. Tout est une histoire de prévention, d’information, de conseil de consommation.

Rick a écrit

. La prohibition, et la répression qui va avec, sont plus nuisibles que les drogues elles-mêmes. Faut arrêter les fantasmes : neuf consommateurs de drogue sur dix n’ont aucun problème avec leur consommation.

Rick a écrit

Et au contraire, sur l’ensemble des infractions liées aux stupéfiants, on trouve seulement 3% de lutte contre le trafic. Et tout ça, c’est à cause de la politique du chiffre.

Wahoo!

Long à lire, mais passionnant, c'est rare ce type de point de vue, donc précieux.
Je pensais pas lire ce genre d'analyse un jour, venant d'un «fonctionnaire de police» (je vais faire gaffe à mon vocable sur les flics, du coup... lol).
En tout cas c'est pas le syndicat Alliance qui nous aurait gratifié de ce genre de discours.

Ça fourmille d'infos, de chiffres.
Et je suis surprise de voir à quel point mes «idées recues» se révèlent être vrai...

Merci à Fil, Pierre et surtout Benedicte d'ouvrir cette nouvelle page pour PA et de donner plus d'ampleur a nos propos.
Ca promet de belles choses.
Et mine de rien il fallait des balls pour s'associer avec le chat noir de l'ud. super


Pour ceux qui auraient lu en diagonale, pas la peine de s'offusquer ou de crier au complot, la dame a quitté la police. Et elle ne va clairement pas dans leur sens.
Vomme elle n'est plus soumise au devoir de reserve, elle peut pointer les incohérences et dévoiler ce qu'on cache habituellement au grand public.


Ces propos n'engagent que moi (et mes multiples personnalités) fume_une_joint

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Ha oui là c'est vraiment inespéré. On se bat contre des tanks parfaitement huilés à coups de lance-pierres, mais réussir à le démontrer de la sorte, et par des ex-policiers qui plus est, c'est très très fort comme message! Maintenant il faudrait de la lisibilité ouai.
Vraiment et de tout cœur, merci à PCP d'avoir vu le jour, et longue, longue vie à vous (ou pas remarque, ça pourrait vouloir dire que l'objectif serait atteint big_smile )

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Hilde 
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pierre a écrit

Je ai rencontré Bénédicte mercredi dernier, et le PCP et Psychoactif vont travailler ensemble pour s'attaquer à la prohibition.

Bonne nouvelle. L'union fait la force.


Ils manquent seulement d'imagination

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