Oui ce sont des recommandations qui sont particulièrement à visée gériatrique pour certaines, d’autres non, mais sur lesquelles il n’est en tout cas pas inutile de revenir.
Pour répondre point par point, l’huile de paraffine doit être prise autant que possible bien avant le repas du soir pour éviter ce risque de reflux et d’inhalation. Le principal risque de la prise vespérale, pourvu que l’on respecte cela, c’est effectivement comme cela est précisé dans un des extraits, la diarrhée dans le lit, mais finalement comme pour tous les laxatifs. Ça n’a en réalité que peu d’incidence dans le cadre d’un respect des doses usuelles chez un patient fortement constipé comme peut l’être un héroïnomane.
Les fuites anales imprévisibles et soudaines, comme je le disais, le risque est très modéré sauf en cas de surdosage pour nous autres usagers d’opiacés qui sommes constipés chroniques, toujours pareil même prise à distance des repas, elle finira par rejoindre le bol alimentaire précédant lorsque les selles sont en formation, et il n’y a pas de raison qu’elle aille fuiter toute seule, surtout quand il y a des selles compactes en attente dans le rectum et le sigmoïde. C’est beaucoup plus fréquent chez les personnes âgées dénutries par contre.
Et pour ce qui est des carences en vitamines liposolubles, c’est tout de même à pondérer par le fait que dans le cadre d’une alimentation « normale » chez une personne adulte (pas « idéale », mais dans la norme de celle des gens), les carences en vitamine K sont très rarement observables du fait du faible besoin en celle-ci comparativement aux apports courants en excès mais est à surveiller du fait du risque de troubles de la coagulation;
les carences en vitamine E sont de même rares pour les mêmes raisons, tout comme leur incidence sur le court et le moyen terme;
les carences en vitamine A sont un peu plus à surveiller mais il n’est pas compliqué d’augmenter l’apport en compensation;
et quant à la vitamine D, il se trouverait à priori qu’une proportion assez énorme de la population en est carencée de toutes manières, et nécessiterait une supplémentation. Ce sont donc des risques qui existent mais sont limités et au moins partiellement évitables, notamment en prenant l’huile de paraffine à distance des repas comme cela est mentionné dans votre article, et pourquoi pas par une supplémentation conjointe si échec d’une diete riche en vitamines liposolubles.
Pour ce qui est d’une personne âgée et/ou dénutrie, il en va certes autrement.
Votre article le dit bien, je le cite: « La durée d’un traitement laxatif ne doit pas dépasser 15 jours sans avis médical et doit être accompagnée de mesures hygiéno-diététiques (aliments riches en fibres, hydratation suffisante, notamment avec des eaux riches en magnésium et activités physiques régulières) ».
Ce qui m’amène à deux réflexions:
- d’une part, mon post n’avait pas vocation à se substituer à un avis médical et j’avais bien insisté là dessus. Seulement une bonne partie des personnes qui nous lisent n’y ont pas accès ou ne le souhaitent pas, et pour celles ci, je trouve qu’il est nettement préférable, si l’on fait la balance bénéfice/risque, que la personne subisse des carences en vitamines liposolubles sur le long terme que ne décède à court terme d’une occlusion, faute d’avoir connaissance d’un moyen pratique et facile d’accès de faire passer une constipation.
Pour les autres il me semble évident que le traitement laxatif doit être discuté avec le médecin et tous les médecins ne connaissent pas cette option de l’huile de paraffine (parce que mon post venait surtout parler de la présentation sous forme d’huile qui est plus économique et pratique que sous la galénique Lansoÿl à mon sens), je ne désespère donc pas que certains lecteurs pousseront leur médecin à se renseigner sur cette galénique particulière et loin d’être inintéressante;
- d’autre part, cette reco de l’ANSM limitant la prescription des laxatifs à 15 jours est, comme vous le faisiez remarquer, jamais respectée en pratique, car impossible à respecter dans le cadre des constipations chroniques de l’adulte notamment chez les consommateurs d’opiacés et chez les patients
TSO. Ce qui ne veut pas dire qu’on doit la prendre par dessus la jambe et négliger les conséquences de son irrespect que vous rappeliez, mais qu’il est à réfléchir d’informer les patients de certaines précautions d’usage comme vous l’avez très justement fait, voire dans l’idéal au dosage biologique des éventuelles carences et/ou à la supplémentation vitaminique conjointe chez ces patients. Mais, encore une fois, ce sont des préoccupations qui sont souvent malheureusement bien loin de celles des patients héroïnomanes qui n’ont pas toujours les moyens d’avoir une vision autre que de court terme...
Mais au regard de vos précisions, je me rends compte que mon post faisait effectivement passer pour anodine la prise d’huile de paraffine et qu’il aurait été utile d’y ajouter les quelques précisions supplémentaires que je vous remercie vivement d’avoir commentées. Je pense que cette piqûre de rappel est loin d’être inutile pour nous autres consommateurs de laxatifs!
Me concernant plus particulièrement, mon alimentation végétarienne n’est équilibrée que la moitié du temps; par temps de dépression elle est complètement déséquilibrée, et restrictive, ce qui me pousse à faire fréquemment des cures vitaminiques (et systématiquement l’hiver) afin de suppléer aux manques de mon alimentation. Et de la sorte je n’ai jamais été carencé, malgré des années de prise d’huile de paraffine qui est inévitable à cause de mon
TSO, biologies a l’appui (quand j’avais encore des veines de prélevable pour faire des biologies...).
Merci encore du sérieux de votre réponse!
Dernière modification par Jonasculine (06 janvier 2021 à 18:35)