Dire ou ne pas dire qu'on consomme ? Le calcul du "coming out" en tant que PUD

Bonjour,

Nous avons déjà parlé de la double vie sur le forum, nous avons aussi abordé la question de cacher sa conso pour ne pas être stigmatisé dans le milieu pro, amical, familial. Ces deux topics contiennent beaucoup de témoignages sur ce que c'est que d'être une personne utilisatrice de drogues et ce que ça implique dans notre vie de tous les jours.

Il me semble qu'il y a une autre partie de la question qui n'a pas été explorée en tant que telle; celle du coming out en tant que PUD, le moment où on envisage de ne plus le cacher.

On sait que ça peut impliquer un changement de regard, voire même une perte de statut (et c'est cette même perte de statut qui définit ce qu'est la stigmatisation). Ca peut impliquer des remarques désobligeantes :
"t'es en retard au travail ? C'est parce que t'es en descente !"
"t'es de mauvaise humeur ? C'est parce que t'es en manque !"
"t'as plus d'énergie aujourd'hui ? C'est parce que t'as pris un truc !"
etc etc...

D'un coup, on n'a plus de personnalité avec nos hauts et nos bas, tout devient symptôme de la consommation. C'est ce que l'on appelle l'essentialisation.

Nous aimerions avoir vos retours et vos expériences sur cette fameuse équation :

-Quels sont vos critères pour décider si une personne est suffisamment "safe" et ouverte d'esprit pour recevoir cette information ?

-L'avez-vous déjà dit, et si oui, à qui ? Avez-vous déjà regretté d'avoir fait ce pas en avant ? Ou au contraire, est-ce que cela a été une libération ?

-Comment gérer le "après" ? Avez-vous remarqué des différences de traitement une fois la parole libérée ?

Hearts of stone they shatter too, on cold floors in their rooms
God, my soul is crying too
With endless tears, it's bruised
Guess I am way too used to being greedily used

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Bonjour,

C’est bien simple je ne parle de mes consommations qu’aux personnes qui consomment également…
Évidemment au début cela passe par une phase d’analyse, je me trompe rarement quand j’ai des soupçons sur quelqu’un, allez savoir pourquoi on arrive si bien à se repérer des fois !
Je fais toujours en sorte que ce soit l’autre qui se dévoile en premier, souvent j’aborde le truc avec un coup dans le nez et sous forme de plaisanterie, et je vois comment ça prend. C’est d’ailleurs toujours plus simple d’avouer ma consommation de cannabis en premier.

Faire un « coming out » me tente par moment, surtout pour ouvrir la discussion et pulvériser les idées reçues mais les conséquences me font trop peur. J’aurais justement peur de toutes les situations citées ci-dessus, ne plus avoir le droit d’être de mauvais poil, fatiguée ou euphorique sans qu’il y ait des soupçons d’une quelconque consommation.

Il m’est arrivée une fois de parler drogue avec un non consommateur que je croyais ouvert d’esprit, à l’époque j’essayais d’arrêter de fumer de la weed et c’était difficile, j’ai eu envie de me confier à un ami. Résultat je me suis prise un mur, le mec n’avait pas les clés pour m’aider et j’ai trop senti son jugement. Il m’a clairement dit qu’il était « déçu » d’apprendre ça de moi car pour lui les fumeurs de weed sont des « petites têtes ». Comprendre, des cons finis. Ça m’a vaccinée contre l’envie d’en reparler à quelqu’un qui ne comprendrait pas, alors parler de drogues dites « dures » pour le commun des mortels, non merci!
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Texte mis dans les morceaux choisis de Psychoactif. (Agartha)

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#3 
GuiDuBled homme
Nouveau Psycho France
23 février 2026 à 19:27
Hello,

Excellent cet appel à témoignages. Juste parce que je viens de le faire. Dire que je suis un PUD.

Pour répondre au question posée.
1 : je n'ai pas l'habitude de la demi mesure. Dans ma conso comme mon franc parler. Je me sentais seul alors je l'ai dit à tout le monde amis, cousin et surtout ma mère. Pas facile la daronne mais il fallait lui dire.
2 : je me sent libérer. Je n'aime pas mentir alors. L'honnêteté en premier. Je ne regrette pas d'avoir mis les miens dans la boucle. Si je ne consomme pas rdr pour moi peu être pour ma mère je le ferais.
Je ne regrette absolument pas. Je n'ai que du soutien et pas de jugement.
3 : la différence je ne la vois pas encore. Mais je n'ai que des félicitations pour m'être livré.

Bonne expérience. Pour ma part. Je saurais m'en servir comme levier, béquille... autre. La force collective c'est l'intelligence. L'avis des autre peu ou ne peu pas servir. Mais parfois entendre une vision différente peu tout changer. Ou apaisée tout au moins. Les commentaires inutiles je saurais les oublier.

C'est ce que je ressens. De l'apaisement.

Je suis 100 maintenant plus seule. Personne ne m'a dit arrête. Tous le monde a dit. Bravo.

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Je ne parle pas de ma consommation régulière qu’à ceux qui consomment ou qui ont consommé régulièrement et avec moi.

Je ne parle de ma consommation que de façon très brève, édulcorée à ceux qui consomment de façon festive.

En général ce sujet m’intéresse donc je peux parler longtemps des effets sur le cerveau, du craving, de tips, de comment faire pour récupérer plus vite donc au final même un consommateur occasionnel va comprendre que j’ai fait le tour de ma consommation et là je dis « avant je consommais bcp plus » ce qui est à la fois vrai et faux car parfois il peut encore arriver que je me « lache ».

Sinon je ne dirais plus jamais de ma vie à qui que ce soit qui ne consomme pas, ou qui consomme occasionnellement, que je consomme encore car j’ai payé très cher. On m’a stigmatisé comme jamais et j’ai été comme surveillée en soirée ( la tête que j’ai si je suis malade (me mouche), etc) des gens ont été méchants ce n’était pas des amis mais des proches de proches qui l’ont su par des amis consommateurs communs et qui en ont fait « un potin ». Ces même gens qui, aujourd’hui, plusieurs années après, iraient faire de l’hypnose pour consommation incontrôlée.
Tout ce peuple pense aujourd’hui que je ne consomme plus de drogue. J’ai même reçu un « ben dis donc t’as bien changé toi » à la dernière soirée car je n’ai quasi rien bu. Je leur en veux toujours même si je m’en fous maintenant.
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Merci pour le partage! Plotch

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De manière générale, je ne parle pas de mes consos quotidiennes a d'autres que celleux qui consomment pareil, pareil pour les occasionnelles, et je ne dis rien à ceux qui consomment pas
mais avec le temps, j'ai eu l'occasion de parler de mes consos quotidiennes à mon entourage familial proche, er à une partie de mon entourage amical proche. En fait je l'ai partagé avec des personnes avec qui je savais que ca ne changerait rien au fond. M'étant déjà trompé dans le passé dans le choix de quoi dire et à qui, j'avais fait le choix de la prudence et donc du secret pendant longtemps, et je n'ai que légèrement assouplie cette règle dans les dernières années.
Donc dans l'idée, je préfère garder mes consos secretes en général sauf quelques rares exceptions

Analyse à distance
recherche DigiTraj
Needles protect the neon logos from pigeon shit-Sleaford Mods

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Avec mon père keuf, la question est vite répondue... Pas négociable.
Mais j'ai pu aborder le sujet avec ma maman et surtout mon frère

Col cravaté psychorigide le jour, toxicomane la nuit.
Médecin amateur le reste du temps.
Dépendance vécue.
Ni soignant, ni modèle — juste concerné.

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#7 
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Mynight femme
Psycho junior France
Hier à 09:05
Merci pour l'ouverture de ce topic très instructif.

Pour planter le décor, il faut savoir que je suis quelqu'un qui a toujours eu besoin de donner une image "lisse" et positive autour de moi.
Ce n'est pas un problème de honte: je n'ai honte de rien de ce que j'ai pu faire dans ma vie jusqu'ici. Oui, je peux le dire, même en y réfléchissant profondément, je n'ai honte de rien. Mais conscience est pour ainsi dire, nette.

Mais par contre, je me sais entourée de beaucoup de personnes: ignorantes, suffisamment étroites d'esprit pour juger absolument tout ce qui sort des sentiers battus, tout ce qu'ils ne connaissent pas ou très mal.
Des personnes également très promptes à faire des raccourcis odieusement bêtes, des amalgames à tout va.
Et pire encore: qui pensent savoir, et avoir raison. Détenir la science infuse.

J'ai décrit là le beauf con comme un manche par excellence, mais malheureusement, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de réaliser que nous sommes entourés de beaucoup de personnes ayant ce profil.
La "moyenne" des gens se trouve dans cette catégorie.
C'est malheureux, mais c'est ainsi. Et il faut composer avec.

C'est vrai, je n'ai pas une haute opinion de cette fameuse moyenne. Mais la vie m'a prouvé un nombre incalculable de fois que malheureusement, je ne suis pas très éloignée de la réalité.

Je me dois de préciser que je ne prends pas de produits illégaux, mais j'ai un traitement psy lourd, qui comporte plusieurs molécules dites "sensibles", classées comme stupéfiants.
Certes, j'ai mes ordonnances, chaque mois, je suis suivie de près.
Mais j'ai été addict au Tramadol durant de très longues années, et durant toute la première partie de mon addiction, je me fournissais dans la pharmacie de l'hôpital dans lequel je travaillais.
Certes, je n'ai jamais consommé, même de façon irrégulière, des produits que l'on nomme "drogues", (mais les médicaments que je prends en sont, je ne mevile pas la face), et j'ai fait mes expériences, en essayant quelque fois, bien peu, certes, mais tout de même, la Cocaïne, la Kétamine, et MDMA.
En cela, je m'assimile totalement à une PUD.
Les gens regardent autant de traviole un PUD que quelqu'un, comme moi, qui a une ordonnance comprenant de la Ritaline à très hautes doses, de la Méthadone à 140mg/jour, du Tranxène, de la Prégabaline à 450mg/jour.
Je ne me fais aucune illusion sur la question. Et je l'assume pleinement.

Donc pour répondre aux trois questions:

-C'est simple, j'ai la chance de pouvoir côtoyer uniquement les personnes que j'ai DÉCIDÉ de côtoyer.
Mes amies très proches, que je connais depuis des décennies, je n'ai aucun mal à leur en parler.
Elles sont au courant de tout, et l'ont toujours été, car justement, si elles sont si proches de moi, c’est entre autres pour leurs immenses propension d'ouverture d'esprit, de non jugement, leur intelligence, d'ailleurs l'une d'entre elles est psychothérapeute, et la seconde prend le même type de traitements que moi...

Au-delà de ces deux personnes, et de certains membres de ma famille, je n'en parle strictement à personne, par défaut.

Pour que je juge une personne suffisamment safe pour m'ouvrir à elle sur ce sujet, il me faut du temps, beaucoupde temps (d'observation lol), beaucoup de preuves d'une belle ouverture d'esprit, quelqu'un qui a vécu aussi, qui connaît la vie, ses routes accidentées, ses roces pleins d'asperités qu'il faut escalader, ses forêts denses, sombres, où l'on a tendance à se perdre. Et qui ont parfaitement conscience que la vie est tout sauf un long fleuve tranquille, pour reprendre l'expression.

J'attache beaucoup d'importance à l'intelligence humaine de la personne, à sa capacité d'empathie, aussi, primordiale.

-Concernant les personnes à qui j'en ai parlé: Ces deux amies intimes que j'ai évoquées, ma belle-mère et ma belle-sœur qui sont des personnes formidables, avec une capacité d'empathie immense, et qui elles-mêmes ont vécu des choses, roulé leur bosse, vécu des situations complexes.
Elles ont toujours été là, depuis des décennies également, je n'ai jamais senti l'ombre d'un jugement négatif émanant d'elles.
C'est même l'inverse, elles me valorisent, soulignent les grandes avancées qui se sont opérées dans ma vie ces dernières années, que j'ai moi-même des difficultés à discerner.

Mon mari, cela peut paraître évident mais en lisant ici-même sur PA, je me suis rendue compte, et cela ne m'a pas étonnée, que certain(e)s ne peuvent pas, ou mal s'ouvrir auprès de leur conjoint sur ce sujet.
Ou bien même pire: c'est un sujet de discorde permanent.

Mon homme m'a connue très jeune, à 19 ans, j'en avais 20 lorsque nous nous sommes mis ensemble, et nous avons eu nos deux magnifiques filles lorsque j'avais 22 et 25 ans.
J'ai choisi cet homme, justement pour cette capacité à chercher à comprendre, sont intelligence hors du commun, sa "fibre psy", et qui m'a toujours, toujours soutenue, sans jamais porter l'ombre d'un jugement négatif surbma personne.
Il m'a portée vers le haut, il m'a immensément aidée dans ma reconstruction (après une enfance traumatique, il a fallu que je me reconstruise quasi de A à Z, et j'y suis encore, le chantier n'est pas terminé mdr.lol)
Il a toujours été au courant de tout, et en temps réel. Jamais après coup.

Mon médecin traitant est égalementau courantde toute mon histoire, il est excellent, on ne peut plus humain, c'est d'ailleurs lui qui renouvelle mes ordonnances de Méthadone.
Mon psychiatre aussi, mon addictologue, ainsi que le personnel (génial) de mon CSAPA. Ça peut paraître évident comme ça, mais pour avoir également lu ici la façon dont se passent les choses dans certains CSAPA, mieux vaut fermer sa bouche sur un maximum de trucs, dans certains centres et avec beaucoup de médecins, généralistes, psys, addictologues. Malheureusement.

Ça fait déjà pas mal de monde je trouve, pour une personne comme moi, méfiante, toujours sur mes gardes, n'ayant jamais confiance en personne par défaut.
Je me dis chaque jour que je suis extrêmement chanceuse d'avoir ces personnes là dans ma vie.
C'est si précieux. C'est indescriptible.
J'ai beau verrouiller systématiquement tout ce qui est du domaine du personnel lorsque je suis entourée de personnes que je connais peu, ou mal, il faut bien croire que les personnes suscitées ont réussi à faire sauter ces verrous, et je ne le regrette absolument pas.

-J'en arrive donc à la troisième question, "l'après".
Je ne regrette donc rien.
Aucune des personnes à qui j'ai pris le risque de m'ouvrir sur ce sujet ne m'a déçue.
Encore une fois, je m'estime très chanceuse.

Je vais suivre ce post de près, et je suis presque sûre que certains ont lourdement regretté d'avoir fait confiance.
Mais je pense aussi que beaucoup sont dans mon cas, ayant pris le temps de bien cerner à qui ils se confiaient.
Je l'espère de tout coeur.

L'essentialisation dont tu parles me rend malade. Proprement malade.
Et je ne peux pas supporter que l'on en fasse usage.
Encore une fois, ces raccourcis sont absolument insupportables. Odieux.
Ils me mettent dans une telle colère...
Je préfère ne pas y penser, mais l'essentialisation est, je le pense très fort, un peu partout.
Au travail, en famille, et même entre amis...

L'essentialisation est, pour moi, une des expressions de la petitesse d'esprit, qui est, et je suis écœurée de l'écrire, majoritaire.
Majoritaire en regard de l'ouverture d'esprit, de l'empathie, et de tout ce qui fait l'intelligence humaine d'une personne.

Alors je dramatise mais il y a aussi énormément de personnes extrêmement ouvertes, belles, empathiques...
Mais pour ma part, j'attends toujours d'être certaine d'avoir à faire avec ce type de personnes avant d'aborder le sujet.
Et encore, si le sujet arrive sur la table, je ne vais pas initier la chose, j'attends qu'un jour, une conversation nous y mène.

J'espère avoir été exhaustive dans mes réponses, j'ai conscience d'avoir encore une fois été looongue...lol
Donc un GRAND merci à ceux qui auront le courage de me lire jusqu'au bout!smile

Et surtout, très belle journée à tous.heart Myna

Dernière modification par Mynight (Hier à 09:24)

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C'est un témoignage poignant et concis. Opus

°•✨️ Die natali meo,tenebras cognovi.
Vita mea via ad redemptionem est, contemplatio aurorae. ✨️•°

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#8 
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Mister No homme
Pussy time
Hier à 10:16

Mais pour ma part, j'attends toujours d'être certaine d'avoir à faire avec ce type de personnes avant d'aborder le sujet. Et encore, si le sujet arrive sur la table, je ne vais pas initier la chose, j'attends qu'un jour, une conversation nous y mène.

Parfois je n'attends plus quand je suis certain de faire sauter quelques préjugés et stéréotypes en quelques secondes.
Pour le reste, il faut conserver ce qui est de l'ordre de l'intimité et du domaine publique.
Pas toujours facile du distingo, la drogue est aussi sociale, fais tourner.
Une soirée ricassou s'avoue plus facilement si vous percevez le concept. (grosse murge)


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