Hello.

Je pense que tu te trouves à un moment du processus où tu as bien réalisé que ta consommation est devenue problématique, qu'elle ne t'apporte pas que du positif.
Mais tu n'en es pas encore, et tu le verbalises très bien toi-même, à réellement accepter qu'il y a un vrai problème.
Mais, mais, mais, la bonne nouvelle est que le fameux processus a démarré. À savoir que tu n'es plus dans le déni.
Ça commence à te poser problème, cette consommation ne te fais pas que du bien, et tu en as parfaitement conscience, tu l'as même posé par écrit ici-même!

Tu es au stade du dilemme, celui qui t'empêche encore d'accepter totalement que tu es dépendante, que tu as besoin d'aide. Tu le sais, mais tu ne l'acceptes pas.
Et je ne peux que comprendre: moi-même, me suis retrouvée "bloquée" dans ce dilemme pendant environ... 4, 5 ans?

(J'ai été hautement dépendante au
Tramadol durant 16 ans.)
Alors je te rassure, tout le monde ne reste pas bloqué dans cette phase aussi longtemps que moi!:) Je suis quelqu'un qui a énormément de mal à avouer quand ça ne va pas. À commencer par me l'avouer à moi-même.
J'estime devoir tout réussir et haut la main.
J'ai des exigences extrêmement élevées me concernant, dans quasi tous les domaines.
Alors m'avouer dépendante, je n'y arrivais pas. Vraiment pas. Au départ.
Je me souviens, je n'arrêtais pas de me rassurer en lisant et relisant le Vidal (la Bible des médecins qui regroupe tous les médicaments disponibles sur le marché pharmaceutique, leurs posologies, effets secondaires etc...)
Je me rappelle que l'édition du Vidal que j'avais sous la main était pour ainsi dire... antédiluvienne

, et ne mentionnait qu'une "possible addiction psychologique dans de rares cas". LOL.
Quand je connais par coeur maintenant, ce qu'est vraiment le
Tramadol et le nombre de personnes qui en sont dépendantes, et la difficulté que représente le fait de s'en séparer, je me dis que oui, vraiment, l'édition de ce Vidal devait dater du post Paléolithique...
On se trouve mille excuses, on s'arrange avec soi-même, on s'arrange aussi des petits compromis, on repousse, aussi...
Et effectivement, admettre J'AI UN PROBLÈME, c'est le faire exister. Le rendre réel.
Ça fait aussi entrer d'autres protagonistes dans l'histoire (addictologue, médecins etc.)
Et je crois, vraiment, que c'est une des étapes les plus difficiles à franchir.
Donc si j'ai un premier conseil à te donner: ne culpabilises surtout pas. Laisses toi du temps.
Tu te poses déjà les bonnes questions, tu es depuis longtemps sortie du déni, tu as déjà fait une sacrée route, mine de rien!

Et 3 ans, honnêtement, c'est peu. C'est beaucoup et peu à la fois.
Quand tu parles de 3 ans, tu englobes toute la période durant laquelle tu as été consommatrice, même peut-être au départ de façon sporadique et récréative, ou bien tu parles uniquement du temps durant lequel tu as été franchement addict?
Si ce n'est pas indiscret, (si je te pose ces questions, c'est uniquement pour essayer de t'aider, de mieux cerner là où tu en es), est-ce que tu consommes tous les jours? Quelle est ta fréquence de consommation, et les doses?
Je ne jugerai jamais personne ici, ni ailleurs, sur ce sujet, et bien d'autres (et de façon générale, avant que je juge une personne... Je ne juge même pas ceux qui commettent le pire, car je ne sais pas ce qui les a amenés à le commettre, pour te dire!)
Tu pourrais me dire que tu es rendue à 4gr par jour, et alors?
J'ai croisé une personne qui était rendue à 3gr500/jour.
Et qui s'en est sortie. Oui.
Si je ne m'abuse, elle n'a plus rien consommé depuis 12 ans maintenant.
Tu peux parler librement ici, crois-moi.
Est-ce des personnes proches de toi en qui tu as confiance sont au courant de ta consommation?
Quel est ton entourage amical, et même familial? Est-ce que tu es entourée de beaucoup de personnes qui consomment? Qui consomment spécifiquement de la C?
As-tu des personnes ee confiance à qui en parler?
As-tu un médecin traitant de confiance, ouvert d'esprit?
Pour le moment, rien que le fait de venir en parler ici, c'est une excellente chose.
Tu as sûrement franchi un pas difficile avant de venir poster ici, non?
Je n'aime pas balancer des conseils "bateau", mais je pense que déposer ton fardeau, ne serait-ce qu'en parler, à un(e) psychothérapeute, peut non seulement te soulager, beaucoup, mais aussi te faire avancer vers la phase suivante, qui est celle de l'acceptation.
Parler à un ami de confiance peut être amplement suffisant, le tout est qu'il faut que tu vides ton sac, que tu ne portes plus cela toute seule. C'est beaucoup trop lourd, crois-moi.
Ne fais pas la même erreur que moi, qui voulait à tout prix ne décevoir personne.
"OK, j'ai un problème, cette conso m'apporte plus de négatif que de positif, donc, j'ai un problème."--> Là, le jour où tu parviendras à te dire cela, et que tu te sentiras prête à en parler à des professionnels, là tu en seras, pour moi, dans la phase d'acceptation de la situation.
Et donc, en mesure de chercher des solutions. Et il y en a.

Tu es loin d'être seule, tu peux venir t'épancher ici autant que tu en ressentiras le besoin, et des solutions existent.
Tu sais, je me dis après coup que j'étais tellement persuadée d'être dans une impasse, avec ma consommation de
Tramadol, que je m'étais enfermée là-dedans en faisant l'autruche, sans en parler à quiconque bien sûr, pendant des années, pensant que de toute façon, il n'y avait pas d'issue.
Si seulement j'avais connu l'existence des
CSAPA, et que j'avais droit à un
TSO, en l'occurrence la
Méthadone, que j'allais tomber sur un addictologue au top, qui m'a écoutée, et surtout, crue.
Tant que je n'étais pas "vraiment confortable", il a augmenté ma dose de
Méthadone. Si j'avais su...
Mon traitement substitutif a été un peu long à équilibrer car sans être hypermétaboliseuse, je métabolise plus vite la
Méthadone que la moyenne.
On m'a crue, écoutée.
Je m'égare, là, on s'en fout de moi, c'est de toi qu'il s'agit ici.
Prends le temps.
Laisses toi évoluer en essayant d'être le plus clairvoyante possible.
Tu es sur la bonne voie, tu n'es pas seule, et des solutions existent.

Portes toi bien, et à bientôt peut-être. Myna