[ Expériences ]
Trip report DMT : la plus grande peur de ma vie

#expérience de mort imminente #perte de contrôle #terreur
#1 
Tiginox homme
Nouveau membre Belgique
Aujourd'hui à 00:11
Salut tout le monde

Je viens vous raconter une expérience que j'ai vécue récemment sous DMT et qui m'a franchement marqué.

J'ai déjà eu beaucoup d'expérience avec les psychédéliques, ce sont des substances qui me fascinent énormément. J'ai consommé pleins de fois du LSD, des champignons, du 2C-B, ainsi que de la DMT. Je ne suis donc pas vraiment novice avec ce genre d'expériences et j'ai déjà eu pas mal de voyages différents.

Mais cette fois, c'était vraiment autre chose. L'expérience a été beaucoup plus puissante et surtout beaucoup plus troublante que ce que j'avais pu vivre jusque-là.

Avec le recul, je sais aussi que le contexte dans lequel j'ai pris la DMT n'était clairement pas des plus adéquats. J'étais complètement épuisé et j'avais consommé plusieurs autres substances auparavant.

Malgré ça, j'ai quand même décidé de prendre la DMT, et ce qui s'est passé ensuite a été littéralement la plus grande peur de toute ma vie.

J'avais envie de vous la partager ici parce que cette expérience m'a pas mal marqué et était assez intense.


1. Le contexte

Tout a commencé la veille avec une petite soirée barbecue chez un de mes potes, avec trois autres amis. Une soirée barbecue d'été assez classique où on a bu, discuté et mangé. Mon pote avait aussi de la kétamine, donc on a tapé quelques clés pendant la soirée, sans vraiment en abuser.

Je m'étais levé assez tôt ce jour-là et, relativement tôt dans la soirée, j'ai commencé à sentir la fatigue. Je bâillais beaucoup et je sentais clairement que mon corps avait envie d'aller dormir.

Au fil des heures, la fatigue s'est installée, notamment avec l'alcool. Vers la fin de la soirée, je n'avais plus pris de kétamine depuis un moment et ses effets avaient complètement disparu. Par contre, j'étais toujours bien fatigué et l'alcool commençait lui aussi à me peser.

L'alcool a tendance à me fatiguer et, quand je commence à être un peu trop bourré, avec la tête qui tourne et cette sensation de lourdeur, j'en ai généralement assez des effets. Chez moi, ça peut aussi me donner envie de prendre de la cocaïne pour retrouver de la lucidité et annuler cette sensation de fatigue et d'alcool.

J'en consomme de manière récréative, généralement entre amis, environ une fois toutes les deux ou trois semaines. Ce soir-là, après la fin du barbecue, je suis donc allé chez un autre pote et j'ai fumé du crack entre environ 2 h 30 / 3 h et 6 h du matin.

Le crack a complètement masqué ma fatigue. J'avais l'impression d'être parfaitement réveillé alors qu'en réalité, mon corps était complètement épuisé.

Je suis rentré chez moi vers 6 h du matin. Je suis resté tranquillement dans ma chambre, seul, à fumer quelques cigarettes devant mon ordinateur.

Vers 7 h, j'étais dans un état assez paradoxal. Psychiquement, j'étais complètement fatigué. Je sentais que j'avais besoin de dormir. Mais à côté de ça, les effets du crack me maintenaient encore éveillé.

Je n'étais ni particulièrement triste ni particulièrement heureux. J'étais surtout crevé.

Et c'est dans cet état que j'ai pris ma vapoteuse de DMT.

D'habitude, je reste quand même assez prudent avec cette molécule. Quand je prends des substances, j'aime beaucoup garder le contrôle de ce que je fais et conserver ma lucidité. Je suis quelqu'un d'assez ancré dans la réalité et, de manière générale, j'aime bien savoir ce qui m'arrive.

Même avec des doses très importantes de champignons ou de LSD, je reste toujours lucide, terre à terre et ancré. Les effets peuvent être extrêmement puissants, mais je ne divague pas et je ne pars pas dans des délires où je ne sais plus ce qui se passe.

Avec la DMT, j'avais justement découvert quelque chose de très différent.

J'en avais déjà pris plusieurs fois et je savais à quel point elle pouvait rapidement faire disparaître tous les repères habituels. Avec elle, tu ne maîtrises plus vraiment ce qui se passe. Tu peux te retrouver complètement ailleurs, dans quelque chose qui n'a plus rien à voir avec notre réalité.

Et ça, pour quelqu'un comme moi qui aime garder le contrôle, c'est forcément assez intimidant.

C'est aussi pour cette raison que j'ai toujours consommé la DMT sous forme de vape ou de changa. Cette manière de la prendre me permet de monter progressivement et de gérer plus ou moins l'intensité du trip. Je pouvais commencer doucement, voir jusqu'où ça m'emmenait et surtout m'arrêter quand je sentais que je commençais à partir trop loin et à perdre pied.

Au fond, j'avais toujours une sorte de limite que je n'osais pas franchir. Tant que je sentais que j'étais encore suffisamment ancré dans le réel, je pouvais continuer. Mais dès que je sentais que je commençais à perdre cet ancrage, je m'arrêtais.

J'avais donc toujours cette petite appréhension qui m'empêchait d'aller complètement au bout. Je savais que je pouvais partir très loin et surtout me retrouver dans quelque chose de totalement inconnu.

Ce qui est assez paradoxal, c'est que l'inconnu est justement ce que je recherche avec les psychédéliques.

Que ce soit avec les champignons, le LSD ou la DMT, j'ai toujours eu envie de vivre des expériences mystiques, de découvrir des endroits complètement inconnus, de rencontrer des entités et de voir jusqu'où pouvait aller l'expérience.

Le problème, c'est que je n'arrivais jamais vraiment à me laisser aller complètement. Une partie de moi voulait toujours rester accrochée au réel et garder le contrôle.

Mes expériences précédentes avec la DMT avaient pourtant toujours été très positives. J'avais ressenti énormément de bien-être, une sensation de plénitude et une impression de bienveillance très forte.

Les entités que j'avais pu rencontrer étaient la plupart du temps complètement abstraites, sans véritable visage ou même sans forme clairement définie certainement car je ne prenais pas des doses assez puissantes type breakthrough. Pourtant, je les percevais quand même comme des entités.

Elles semblaient toujours vouloir m'accueillir et être extrêmement chaleureuses avec moi. Elles donnaient parfois l'impression d'essayer de communiquer, même si leur langage était totalement incompréhensible.

Ça ressemblait presque à un langage extraterrestre, mais la sensation qui accompagnait cette communication était toujours extrêmement positive.

Au fond, j'avais donc toujours voulu vivre le trip complet de la DMT. J'avais envie de voir ce qu'il y avait réellement derrière cette petite barrière que je n'osais jamais franchir.

Cette fois, les effets du crack m'ont surtout permis de dépasser cette appréhension.

Je ne pense pas que ça m'ait rendu complètement inconscient de ce que je faisais. Ça m'a surtout donné le courage de faire quelque chose que j'avais toujours voulu faire mais que je n'osais pas vraiment faire jusque-là.

J'ai simplement décidé d'aller beaucoup plus loin que d'habitude.

Avec le recul, je me dis quand même que ce n'était vraiment pas une bonne idée de franchir ce cap dans ces conditions. J'étais complètement crevé, je n'avais pas dormi, j'avais consommé plusieurs substances auparavant et j'allais prendre une quantité de DMT que je n'avais encore jamais expérimentée.

À ce moment-là, je ne ressentais plus vraiment les effets de l'alcool, mais il faisait quand même partie du contexte de la nuit.

Mon idée était simplement de faire un gros voyage avant d'aller dormir.

2. La prise et le basculement

Vers 7 h du matin, j'ai donc pris ma vapoteuse de DMT.

Je ne connais pas vraiment le dosage exact. Habituellement, je prends environ trois à cinq inhalations classiques(qui est déjà une dose forte mais j'ai une résistance assez forte aux psychédéliques et aux drogues en général) , que je garde le plus longtemps possible dans mes poumons avant d'expirer.

Cette fois, j'ai vidé complètement mes poumons et j'ai pris une énorme bouffée, vraiment au maximum de ce que je pouvais inhaler, en essayant de garder la vapeur le plus longtemps possible.

La quantité était donc nettement supérieure à ce que je prenais habituellement, même si je ne saurais absolument pas dire combien de milligrammes cela représentait.

La montée a été instantanée.

Lors de mes autres expériences, je commençais généralement à voir les premières géométries et les couleurs apparaître. Progressivement, je basculais ailleurs, dans un espace sombre, souvent presque noir, rempli de formes et de géométries colorées.

Il y avait une vraie sensation de profondeur, comme si je me retrouvais dans un autre espace, mais ce monde n'était jamais vraiment défini. Les formes pouvaient parfois prendre l'apparence de présences ou d'entités, mais elles restaient assez abstraites.

Cette fois, il n'y a pas eu tout ça.

J'ai simplement disparu de la réalité.

Pas de transition. Pas de montée progressive. En une fraction de seconde, j'étais complètement ailleurs.

3. Le monde jaune, les entités et la terreur

Je me suis retrouvé dans une espèce de monde complètement jaune.

C'était comme un biome désertique, avec une apparence qui me faisait penser à un environnement de jeu vidéo. De très loin, ça pouvait vaguement faire penser à un monde désertique dans un jeu comme Mario, sans aucun rapport avec notre réalité.

Très rapidement, des entités sont apparues.

Elles avaient une forme assez particulière. Je les voyais comme des sortes de fantômes, vous voyez cette représentation de fantôme en drap blanc ou à la casper, un peu en forme de gouttes d'eau, ces entités, elles aussi étaient dans la teinte des couleurs jaunes. Leurs visages ressemblaient un peu à des gobelins ou à des lutins.

Et surtout, elles se foutaient de moi.

Elles me poursuivaient en rigolant. Je ne ressentais pas vraiment de haine venant d'elles. C'était plutôt de la malice. Comme si elles savaient exactement que j'avais peur et qu'elles s'amusaient à me faire peur encore plus.

Et ça marchait très bien.

C'est à ce moment-là qu'un message est devenu extrêmement clair dans ma tête.

On ne vient pas ici dans cet état.

J'avais vraiment l'impression qu'elles me faisaient comprendre que je n'avais rien à faire là dans l'état où j'étais. Que ce n'était pas un jeu et que je n'aurais pas dû arriver dans cet état après avoir consommé de la cocaïne et d'autres substances, comme si c'était inacceptable et irrespectueux de me rendre dans ce monde et de me présenter à eux dans cet état.

Elles se sont mises à me poursuivre et me piquer avec quelque chose, je ne saurais pas vraiment vous dire quoi.

En parallèle, j'avais énormément d'hallucinations physiques.

Sur tout mon corps, j'avais l'impression que des espèces de pointes me touchaient. Ce n'était pas vraiment douloureux, mais c'était extrêmement désagréable. Par moments, j'avais même l'impression que ces pointes sortaient directement de ma propre peau.

Et il y avait surtout cette sensation complètement bizarre et ignoble dans ma bouche.

J'avais l'impression que du sable sortait directement de ma bouche.

C'était vraiment comme du sable qui se matérialisait dans ma bouche et qui en sortait.

La sensation était tellement réelle que je me revois encore porter mes mains à ma bouche pour essayer d'enlever cette matière.

J'essayais de fuir les entités, mais c'était impossible.

Plus je me débattais, plus la panique augmentait.

À ce moment-là, je n'avais plus vraiment conscience du contexte.

J'étais complètement immergé dans cette réalité et je n'avais plus la capacité de me rappeler que j'étais allongé dans mon lit sous l'effet de la DMT. Je n'avais même plus l'idée qu'il était peut-être possible d'ouvrir les yeux pour retrouver ma chambre.

En revanche, j'avais toujours conscience de mon corps.

Et c'est justement ce qui rendait l'expérience encore plus perturbante.

Les hallucinations physiques étaient d'un réalisme incroyable.

Avec le recul, il y a quelque chose qui me paraît assez étrange dans cette partie du trip.

J'avais l'impression qu'il existait une sorte de rupture entre deux formes de conscience.

D'un côté, j'avais complètement perdu la conscience du contexte. Je ne savais plus que j'étais chez moi, allongé dans mon lit, sous l'effet de la DMT.

De l'autre, la conscience de mon corps semblait toujours présente.

Je continuais à ressentir ma peau, ma bouche et ma respiration.

Et c'est peut-être en partie ce qui a renforcé ma panique.

Je n'avais plus les repères nécessaires pour me rappeler que j'étais en train de vivre un trip, alors que les sensations physiques, elles, continuaient à être perçues comme totalement réelles.

4. La fuite et la sensation de mourir

Et puis, d'un coup, tout est parti à une vitesse fulgurante.

Je me suis senti partir, comme si quelque chose m'arrachait littéralement à ce monde.

J'avais la sensation qu'une entité était à côté de moi et qu'elle me tirait à une vitesse complètement folle.

Je ne saurais pas dire exactement comment elle faisait ni même si c'était réellement une entité qui me tirait, mais c'est comme ça que je l'ai vécu.

Et c'est précisément à ce moment-là que j'ai commencé à avoir la certitude que j'étais en train de mourir.

Pas simplement l'impression que j'allais mourir.

J'étais convaincu que j'étais réellement en train de mourir.

Je savais pourtant que la DMT pouvait provoquer des sensations de mort imminente. J'avais déjà lu énormément de témoignages là-dessus.

Mais dans cet état, tout ce que je savais avant n'avait plus vraiment d'importance.

Ce n'était plus une théorie.

Pour moi, ma vie était réellement en train de s'éteindre.

J'ai repensé aux interactions entre certaines substances et la DMT. Je savais notamment que certaines associations avec des antidépresseurs pouvaient être dangereuses.

Je n'avais évidemment pas pris d'antidépresseurs, mais mon cerveau a immédiatement fait le rapprochement avec la cocaïne que j'avais consommée quelques heures auparavant.

Je me suis dit que j'avais peut-être fait une énorme connerie et que c'était précisément ça qui était en train de me tuer.

Je savais aussi qu'il fallait lâcher prise.

Je me répétais

« Il faut que je me laisse aller... Il faut que j'accepte... Il faut que je lâche prise. »

Mais émotionnellement, c'était impossible.

Mon instinct de survie a complètement pris le dessus.

« Je ne peux pas mourir maintenant ! J'ai seulement 30 ans. Je refuse qu'on me retrouve mort comme ça. Je refuse que ma mère perde son enfant. »

Ma respiration me semblait devenir de plus en plus courte, avec seulement de toutes petites respirations superficielles.

Dans ma tête, si j'arrêtais de me battre et si je me laissais aller, ma respiration allait simplement s'arrêter et j'allais mourir dans mon lit.

C'était la peur la plus intense que j'avais jamais ressentie de toute ma vie.

5. Les yeux ouverts

À un moment, au milieu de cette panique, j'ai réussi à ouvrir les yeux.

Je pensais qu'en ouvrant les yeux, j'allais forcément retrouver ma chambre et que ça allait casser le trip.

Mais absolument pas.

Ma chambre était bien là, mais les hallucinations recouvraient toujours tout.

Même les yeux ouverts, les sensations étaient toujours là.

J'avais encore cette impression de pointes sur mon corps et cette sensation de sable qui sortait de ma bouche.

C'était tellement réaliste que je ne savais même plus ce qui appartenait à mon corps physique et ce qui appartenait au trip.

Puis mes yeux se sont refermés.

Et c'est là que le voyage m'a emmené ailleurs.

6. Le monde bleu et vert et le sanctuaire doré

Je me suis retrouvé dans un monde complètement différent.

L'ambiance était beaucoup plus naturelle. C'était comme si je me retrouvais au milieu de la nature, dans un endroit assez beau et lumineux. Je me souviens d'un ciel bleu, d'une nature entièrement verte autour de moi et comme des montagnes dans le fond à l'horizon en arrière plan et d'une lumière assez forte, il faisait très lumineux et les couleurs fort saturées mais je n'ai pas plus de détails.

Ce dont je me souviens très clairement, c'est qu'il n'y avait plus aucune entité.

Dès que je suis arrivé dans cet endroit, elles avaient disparu.

C'était comme si l'entité qui m'avait tiré jusque-là m'avait finalement lâché dans ce nouveau monde.

Et là, devant moi, sont apparus plusieurs éléments très particuliers.

C'était comme une espèce de forme en angle droit, sauf que l'angle lui-même était arrondi. C'est difficile à décrire autrement, mais visuellement, ça ressemblait vraiment à un angle droit dont le coin aurait été arrondi.

Puis quatre de ces formes sont apparues successivement devant moi.

Elles se sont positionnées les unes par rapport aux autres jusqu'à former une croix.

La forme entière de cette croix était dorée.

Et au moment précis où la croix s'est formée, quelque chose est parti d'elle dans toutes les directions. C'était comme une sorte de propagation lumineuse circulaire dorée qui se propageait tout autour, un peu comme l'onde que l'on pourrait imaginer autour d'une explosion ou d'une étoile qui explose.

Tout s'est alors retrouvé englobé dans une lumière dorée.

Et c'est là que j'ai ressenti quelque chose de complètement différent.

Il n'y avait plus aucune peur.

Il n'y avait plus aucune entité.

Plus personne ne me poursuivait.

Plus personne ne se moquait de moi.

J'avais simplement l'impression d'être dans une sorte de sanctuaire, comme si j'étais arrivé dans un endroit protégé.

Et surtout, j'avais la sensation très forte qu'on me faisait comprendre quelque chose.

« Tu n'as plus besoin d'avoir peur. Maintenant, tu es en sécurité. »

C'était comme si, après m'avoir fait vivre cette terreur, on m'avait amené quelque part pour me protéger.

Et j'avais vraiment l'impression qu'on m'avait puni et donné une sorte de leçon.

Comme si le message était

« Tu ne viens pas ici dans cet état. »

Ils m'avaient fait comprendre que je n'aurais pas dû arriver dans ce monde complètement défoncé, épuisé et après avoir consommé toutes ces substances.

Et une fois que j'avais compris la leçon, j'avais été amené dans cet endroit qui ressemblait presque à une protection.

7. Le retour et la gratitude

Quand les effets ont commencé à redescendre et que je suis progressivement revenu à la réalité, j'ai ressenti quelque chose d'assez inattendu.

De la gratitude.

Je me souviens avoir simplement dit

« Merci. »

Merci pour l'expérience.

Et c'était assez paradoxal parce que je venais de vivre la plus grande terreur de toute ma vie.

Pourtant, malgré tout ça, j'avais vraiment apprécié l'expérience. Pas la terreur en elle-même, évidemment, mais le sentiment d'avoir réellement été quelque part, d'avoir rencontré quelque chose et d'avoir reçu une sorte de message ou de leçon et surtout d'avoir vécu quelque chose de fort et puissant.

J'avais aussi cette sensation de ne pas vouloir me brouiller avec ce monde et avec ces entités.

Dans mon interprétation de l'expérience, j'avais vraiment l'impression d'avoir fait quelque chose qu'ils n'avaient pas apprécié. Comme si j'étais arrivé dans leur monde dans un état qui n'était pas acceptable pour eux et qu'ils m'avaient fait comprendre que je n'aurais pas dû venir comme ça.

Du coup, je ressentais presque le besoin de m'excuser et de les remercier.

J'avais entendu certaines personnes parler de l'idée d'être « banni » de ces mondes après certaines expériences avec la DMT. Évidemment, je ne sais absolument pas si ça correspond à quoi que ce soit de réel, mais pendant le trip et juste après, cette idée m'était venue à l'esprit.

Je me suis donc dit que, puisque j'avais peut-être fait quelque chose qu'ils n'avaient pas apprécié, je n'avais surtout pas envie d'être « banni ».

C'est peut-être complètement con vu de l'extérieur, mais sur le moment, c'était vraiment comme ça que je le ressentais.

Et surtout, je ne voulais pas que mes prochaines expériences avec la DMT soient faites de terreur.

Au contraire, j'avais envie de retrouver ce que j'avais connu auparavant, cette sensation de plénitude, de bien-être, d'amour, d'accueil et de découverte.

Donc, quelque part, mon « merci » était aussi une manière de montrer que j'avais compris quelque chose et que je ne leur en voulais pas malgré la peur qu'ils m'avaient fait ressentir.

Une chose que j'ai vraiment appréciée dans cette expérience, c'est justement cette sensation d'avoir été réellement quelque part, d'avoir rencontré quelque chose et d'avoir reçu une sorte de message ou de leçon.

Et la phrase qui me revenait en tête après coup était

« On n'en mène pas large face à la mort. »

8. Ce que j'en retiens

Cette expérience reste de très loin la plus intense de toutes celles que j'ai vécues avec les psychédéliques.

Mais surtout, ce n'est pas simplement l'expérience psychédélique la plus terrifiante que j'ai vécue.

C'est littéralement la plus grande peur que j'ai ressentie de toute ma vie.

Je n'avais jamais connu une peur aussi profonde et aussi primitive.

Et pourtant, une fois revenu à la réalité, ce n'est pas uniquement de la peur que j'ai gardé.

J'ai gardé une énorme gratitude.

Quand tu es convaincu, au plus profond de toi, que tu es réellement en train de mourir, tout le reste disparaît.

Tes problèmes, tes préoccupations, les choses matérielles, tout devient complètement secondaire.

Il ne reste plus rien d'autre qu'une seule question

Est-ce que je veux vivre ?

Et malgré toute la peur que j'ai ressentie, la réponse était d'une clarté absolue

Oui.

Avec le recul, je pense aussi que le contexte a probablement joué un rôle important dans ce qui s'est passé. J'étais complètement épuisé, je n'avais pas dormi, j'avais bu, pris de la kétamine puis du crack quelques heures auparavant et j'ai ensuite pris une quantité de DMT nettement supérieure à ce que j'avais l'habitude de prendre.

Ce n'était clairement pas les conditions idéales.

Ce qui me frappe aussi aujourd'hui, c'est à quel point ma mémoire de l'expérience est fragmentée.

Il y a probablement énormément de choses qui se sont produites dont je n'ai absolument aucun souvenir. Le peu qu'il me reste ressemble parfois davantage à des morceaux d'un rêve qu'à un souvenir continu.

J'ai également cette bribe de souvenir d'un monde complètement différent, presque carnavalesque, avec une ambiance de cirque, des choses qui me faisaient penser à des clowns et beaucoup de rouge et de bleu. Mais je suis incapable de dire à quel moment du trip cela s'est produit.

Entre tous ces différents moments, il y a énormément de trous.

Je suis donc quasiment certain que mon expérience réelle était beaucoup plus longue et beaucoup plus complexe que ce dont je me souviens aujourd'hui.

Avec le recul, il y a aussi quelque chose qui me frappe dans cette expérience.

Pendant le trip, j'avais perdu la conscience de l'endroit où je me trouvais, mais je n'avais pas perdu la conscience de qui j'étais.

Je savais encore que j'avais 30 ans.

Je savais encore que j'avais une mère.

Et je savais surtout que je ne voulais pas mourir.

Je trouve ça assez fascinant, parce qu'au milieu de ce chaos total, certaines choses semblaient avoir complètement disparu alors que d'autres étaient restées profondément ancrées.

C'est peut-être aussi pour cette raison que cette sensation de mort m'a paru aussi réelle.

Au final, je pense que c'est surtout ça que cette expérience m'a laissé une peur immense, mais aussi une sorte de gratitude et une prise de conscience assez brutale de l'importance que j'accorde réellement à ma vie.

Et probablement une bonne leçon sur le fait que, même quand on pense connaître une substance, il y a toujours une limite qu'on ne devrait peut-être pas franchir dans n'importe quelles conditions.

Malgré tout, j'ai la sensation que cette expérience était incomplète, comme si quelque chose s'était interrompu avant d'arriver à son terme, comme si il manquait quelque chose. Cela me laisse avec une envie de la réitérer cette fois ci dans un cadre parfaitement sain, calme, sécurisé et avec l'esprit clair, en étant réellement préparé à ce qui pourrait se produire.

Cette envie est évidemment accompagnée d'une certaine appréhension. J'ai peur de revivre une terreur aussi intense, surtout après avoir vécu quelque chose qui ressemblait autant à ce que je redoutais avant de prendre du DMT, aller trop loin, ne plus savoir où j'étais, perdre complètement mes repères, voire avoir cette sensation de mort imminente que j'avais justement peur de rencontrer.

Et finalement, c'est exactement ce qui est arrivé. J'ai franchi ce cap et j'ai vécu cette terreur.

Pourtant, malgré cette peur, quelque chose en moi me pousse à vouloir comprendre ce qui se serait passé si j'avais pu aller jusqu'au bout de l'expérience. J'ai comme l'intime conviction qu'il manque une pièce au puzzle, que je me suis arrêté au seuil de quelque chose sans réellement pouvoir l'explorer.

Une partie de moi se dit que si je devais un jour revivre une expérience complète, dans de bonnes conditions et avec une préparation beaucoup plus sérieuse, peut-être que les choses pourraient être complètement différentes. Peut-être que la peur pourrait finir par laisser place à quelque chose de profondément beau, de profondément significatif, voire d'exceptionnel.

Je ne sais évidemment pas si cette intuition correspond à quelque chose de réel ou si elle est simplement une conséquence de la puissance de la première expérience. Mais c'est précisément ce qui me travaille, malgré la terreur, je ne ressens pas seulement l'envie de recommencer. Je ressens surtout l'impression qu'il y avait quelque chose à comprendre, quelque chose à découvrir, et que je n'ai peut-être fait qu'entrevoir ce qui se trouvait de l'autre côté.

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