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Toxicophobie mon amour / PsychoACTIF

[ Opinions ]
Toxicophobie mon amour

#1 
mikykeupon 
Modérateur à la retraite France
22 novembre 2017 à  17:35

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Je n’ai pas vraiment écris ce texte pour faire de la pédagogie, ça, ça viendra peut être plus tard. Je n’ai pas écris ce texte pour accuser qui que ce soit car, de toute façon, il est trop tard pour d’hypothétiques excuses qui ne serviraient à rien. J’ai écris ce texte car il m’est apparu comme le seul espace dans lequel je pourrais m’exprimer librement, pour crever cet abcès que vous ignorez mais qui nous étouffe. Je parle de ce que je vis, de ce que je connais, je n’ai pas vocation a représenter un groupe homogène. Chaque personne, chaque produit, chaque parcours est unique. Mais la toxicophobie, elle, s’applique à nous tou-te-s, les toxicos. Et elle s’exprime à travers vous.

À l’origine, la toxicophobie est le fait d’avoir peur des poisons, d’en ingérer ou même d’en faire ingérer à d’autres accidentellement. Aujourd’hui, il désigne le sentiment négatif que ressent une personne vis à vis des toxicomanies et, de fait, des toxicomanes. Cette hostilité peut avoir des conséquences plus ou moins graves (l’impact ne sera pas le même lorsque le / la toxicophobe est médecin, polici-er-ère, journaliste ou un-e ami-e…) et une intensité plus ou moins forte (cela peut aller du mépris à la haine).

Un des principaux effets de la toxicophobie est de faire éprouver aux toxicomanes une honte incroyablement tenace. Honte d’être ce qu’iel est. Tellement tenace que même au pied du mur, ce-tte dernier-e peut toujours nier sa consommation plutôt que d’avouer quelque chose d’aussi honteux aux yeux de la société. Pas facile dans ces conditions de mettre en place un parcours de soin efficace ou même de l’information sur la réduction des risques. Ça a au moins une conséquence et s’il n’y en a qu’une seule que vous devez retenir, c’est celle-ci : la toxicophobie tue.

Un second effet, en partie lié au premier, c’est le partage de mythes, croyances, fausses informations voir contradictoires, qui ont un lien direct sur la/les consommation-s. Entre le coup du « si tu fumes un joint, tu finiras par te piquer », « si tu prends du lsd, tu resteras perché », ou encore « L’héroïne, il suffit d’y goûter pour devenir accro ». Une phrase bien flippante, que chacun-e a sûrement entendu au moins une fois... Mais voilà, les monstres n’effraient pas tou-te-s les enfants tout comme certain-e-s n’ont pas peur de sortir seul-e la nuit, c’est la même chose pour les drogues. Et ce qui est dangereux, c’est quand après la première prise on ne sent aucun effet de manque et qu’on n’a pas spécialement envie d’en reprendre, on comprend que ce qu’on nous dit depuis qu’on est gamin-e, ben ce sont des conneries... Enfin pas que. Mais ça, on s’en rend compte tout-e seul-e, un peu tard.

La toxicophobie, c’est aussi les poncifs du genre « les camé-e-s vendraient père et mère pour une dose », « La seule chose qui compte pour les junkies, c’est elleux-mêmes », « un-e héroïnomane ne peut pas être en couple ou ressentir de l’amour pour quelque chose d’autre que la came »… Voilà de quoi dépeindre les pires sous-merdes et nous mettre directement au ban de la société. Et de quoi culpabiliser tou-te-s les toxicos bien sûr…

La toxicophobie est aussi dans le cinéma : Requiem for a dream est toxicophobe puisqu’on nous montre comment les drogues détruisent irrémédiablement la vie de celleux qui en consomment (Quatre protagonistes qui finissent soit en HP, soit en prison, soit à l’hôpital le bras amputé, soit à être obligé de se prostituer) sans montrer de toxicos heureu-x-ses.
Idem pour Trainspotting qui, malgré qu’il soit un de mes films favoris, diffuse une vision très partielle de la toxicomanie : les toxicos sont des voleurs / voleuses (et notamment entre elleux), mauvais-es parent-e-s (qui laissent leur nourrisson mourir de faim dans son berceau), menteurs / menteuses dont la seule façon de guérir (car la consommation n’est perçue que comme maladie) est le sevrage à la dure puis l’abstinence la plus totale. Tout un programme.
Je passe sur les films qui n’ont pas comme sujet la drogue mais qui se servent de personnages toxicos, souvent des méchants (je pense notamment au méchant dans Léon… Mais si, celui qui croque un cacheton et fait ensuite des trucs chelous... Vous l’avez ?).

    Finalement, peu de films ont un regard juste et documenté sur la toxicomanie : seuls les magnifiques Oslo, 31 août et Last Days ont vraiment réussi à capter un truc qui m’a touché, dans lequel je me suis reconnu et sont ceux, parmi les autres précédemment cités, qui ne montrent aucune aiguille ou cachet, comme quoi la toxicomanie ne se résume pas à du matos. Bref, tout ça pour dire que la toxicophobie n’est pas innée chez les gens, ce n’est pas un dégoût naturel mais bel et bien une construction sociale de rejet, de dépréciation et de condamnation morale. Autant la consommation de certains produits peut être valorisée, notamment dans le milieu musical, autant la dépendance est le signe d’une faiblesse d’esprit, un vice, une honte qu’il faut à tout prix faire disparaître.

« La toxicomanie, c’est la rencontre entre une personne et un produit, dans un contexte". » Olievenstein

La toxicophobie, c’est aussi de croire que tou-te-s les toxicos ont pris de la drogue pour rechercher du plaisir, qu’iels savaient très bien ce qu’iels faisaient, mais qu’iels ont continué dans une sorte de volonté autodestructrice. Ce discours moralisateur du péché de gourmandise ou de luxure, une sorte de lecture sadienne – ou sadique du coup – de la prise de drogue, ne peut pas être plus éloigné de la réalité. Je n’ai jamais connu de toxicos qui se disaient heureu-x-ses avant de se défoncer. Le but final, si il y en a un, n’est pas de rechercher du plaisir mais de ne plus souffrir. Pas de voyage psychédélique inoubliable, on veut juste oublier. On ne veut pas ressentir les choses plus puissamment, bien au contraire, on veut s’anesthésier. La came, pour moi, a été un palliatif au suicide. Mais cela ne veut pas dire que tou-te-s celleux qui consomment sont malades, il y en a qui gèrent très bien leur-s consommation-s, il y en a qui ne gèrent pas du tout mais qui ne se définissent pas comme étant « malade », il y en a sûrement qui consomment dans un cadre « récréatif » sans que cela ne traduise un mal-être. Et c’est peut-être, d’ailleurs, une des raisons qui font que telle personne consomme plusieurs fois et arrête comme elle veut et celle qui est accrochée à vitesse grand V. D’où l’importance de ne pas amalgamer toxicomanie et défonce. Personnellement, l’héroïne a comblé un vide abyssal en moi, un vide qui m’aspirait tout entier petit à petit. Elle m’a apporté ce bonheur que je n’arrivais pas à produire naturellement. Mais ceci est mon histoire, mon ressenti et est donc unique, bien qu’il y ait aussi des points communs, des récurrences avec d’autres histoires, d’autres parcours. D’où l’importance de dépasser les généralités pour écouter ce que chacun-e d’entre nous a à dire.

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    Cela fait 13 ans que je suis toxicomane : d’abord héroïnomane pendant un peu plus de 3 ans, je m’injectais de 1 à 3 grammes par jour, puis substitué au Subutex pendant sept ans, toujours en injection, je suis passé sous Méthadone après une rechute voilà trois ans, et je suis depuis complètement stabilisé. Je suis toxicomane mais peu de gens le savent. C’est le premier effet de la toxicophobie. Et pourtant, j’évolue dans un milieu qui se veut « ouvert » ; je fréquente tout plein de gens cool, tolérant-e-s, bienveillant-e-s. Mais pas une fois je n’ai rencontré de toxicomane. Enfin personne qui ne le revendiquait en tout cas. Pas un mot sur les tables de presse et autres infokiosques. Pas de « ciné-débat ». Pas de caisse de soutien. Rien. Quand on parle des discriminations, nous sommes souvent oublié-e-s.
Il n’y a que les fumeurs de beuh et les consommateurs d’alcool qui sont relativement tranquilles (tant qu’iels ne font pas de bruit) car iels ne sont jamais classé-e-s dans la case « toxicos ». Pourtant, dans le monde merveilleux des addictions, il n’y a pas de différenciation alcoolique / toxicomane. Il n’y a que des personnes dépendantes. Par contre, parmi elleux, il y a des héroïnomanes, des cocaïnomanes, des alcooliques, des fumeurs / fumeuses… Ah ben oui, tou-te-s celleux qui fument du tabac sont toxicomanes ! Enfin, en théorie… En pratique, même la science nous divise. Regardez les termes : comment appelle-t-on une personne dépendante à la nicotine ? Un nicotinomane ? Un tabacomane ? Non, un-e fumeur / fumeuse ! Et pourquoi ne parle t-on pas d’alcoolinomane ? Ou d’éthylomane ? Jusque dans le vocabulaire, on différencie les personnes dépendantes et les toxicos-pervers-es. Et ça aussi, c’est de la toxicophobie.

La toxicomanie est trop souvent vue comme une déviance chez des personnes faibles. Et il n’en faut pas plus pour que certains milieux suintent de dédain et de dégoût pour nous, les toxs, celleux qui s’en foutent de la politique, ne pensent qu’à leurs petites doses, qui se vendraient elleux-même et tou-te-s ses potes pour un gramme de came, salissent tout… Ce sont nous qui ramenons les keufs (« les toxicos sont les meilleurs indics »), ce sont nous qui ramenons les dealers (qui eux-mêmes attirent les keufs), ce sont nous qui pourrissons le quartier. Mon Dieu, nous avons trouvé des seringues usagées par terre, alors qu’il y a des enfants ! Virons ces malpropres ! Certain-e-s se déclarent anti-autoritaires ou humaniste ou libertaire mais adoptent avec une rapidité foudroyante les méthodes des keufs. Et ça me dégoûte.

La drogue individualise tout, et surtout les usagers. On ne voit que le / la drogué-e, jamais le système dans lequel iel s’inscrit
. Lorsque des seringues usagées sont ramassées dans un quartier, on crie « haro » sur les camé-e-s et on fait tout pour les chasser. Allez vous piquer ailleurs, bande de drogué-e-s. Et si quelqu’un-e se demande : « Mais pourquoi iels viennent là pour faire ça ? » c’est dans le sens « Mais pourquoi iels vont pas ailleurs ? ». Personne ne se dit : « Et si on allait leur parler, leur demander de jeter leurs seringues vides dans des bouteilles en plastiques ? Et si on essayait de trouver des solutions ? » Personne ne prend contact avec des associations d’aide aux toxicos ou avec un CAARUD [1] par exemple. Non, on exclut, on rejette, on repousse le problème ailleurs.
La vérité, c’est que les toxicos ne sont accepté-e-s que par les toxicos. La médecine nous perçoit comme un « public à risque », des « marginaux », des « cas désespérés ». Le milieu scolaire ne nous voit pas, tout simplement. Les keufs nous chassent pour gonfler leurs stats, pour s’occuper, pour rigoler. La justice nous voit comme des moins-que-rien, irrécupérables. Pour le milieu carcéral nous sommes des détenu-e-s à risque, pour le milieu mortuaire des bon-ne-s client-e-s. Mais personne ne nous voit pour ce que nous sommes.

Comme si les veines thrombosées, les mains gonflées, les crises de manques, les points d’injections infectés, les corps amaigris ne suffisaient pas, il faut que le monde extérieur nous piétine pour se rappeler à quel point, lui, il est bien. Comme ce keuf qui enfile soigneusement ses gants en cuir avant de fouiller mon sac et mes poches, qui me demande : « est-ce que vous avez quelque chose de dangereux ? », que je réponds « non » et qui, lorsqu’il trouve une Stéribox [2] au fond de mon sac, m’attrape par la gorge, me colle contre un mur et, rouge de rage, me hurle au visage : « qu’est-ce t’as voulu faire ? T’as voulu me filer le sida c’est ça ? Je t’ai demandé si t’avais des trucs dangereux et tu m’as dit non ! T’as voulu me baiser hein ? » alors que j’essaye de lui expliquer qu’une seringue non-usagée, avec un capuchon sécurisé, dans une boîte en carton fermée distribuée par l’État n’est PAS UN DANGER. Mais il m’étranglait, j’ai cru qu’il allait me tuer et que tout le monde s’en foutrait car je ne suis qu’un camé. Toxicophobie.

Comme ce juge qui me condamne pour « incitation à consommation d’héroïne sur une mineure de 15 ans » parce qu’une copine voulait absolument essayer la came, elle m’avait juré qu’elle le ferait quoi qu’il arrive, alors j’ai décidé de l’aider pour qu’elle le fasse de manière sécurisée et propre. Mais non, selon la justice, je voulais la rendre accro, pour profiter d’elle, pour devenir son dealer car étant héroïnomane, je suis le mal incarné. Toxicophobie.
Et tous ces potes qui se détourne de moi. Toxicophobie. Et ces vigiles qui me suivent dans les superettes à cause de mon look de teufeur, mon visage blanc émacié, mes yeux vitreux et mes pupilles grandes comme des têtes d’épingles. Toxicophobie. Et ces gens, peut-être vous, qui refusent de me donner une pièce parce que je ne vais pas m’acheter à manger mais de quoi me défoncer, à l’évidence. Toxicophobie. Ces boîtes d’interim qui n’ont jamais rien pour moi parce que c’est flagrant que je suis toxico et qu’aucun patron n’acceptera un type comme moi et risquerait de ne plus faire appel à leur agence. Toxicophobie. Alors oui, j’avoue, oui je suis fatigué, oui j’en ai marre...
J’en ai marre de me cacher, comme d’autres cachent leur cancer pour ne pas être licencié-e-s, comme d’autres cachent leur homosexualité pour ne pas être rejeté-e-s. Alors je le dis :

JE SUIS TOXICO !



Voilà, tout le monde est au courant, c’est trop cool hein ?

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    Et ben non.

Parce que maintenant, on ne me voit qu’au travers de mon parcours de toxico, qu’au travers de la toxicomanie comme si la came définissait toute ma vie. J’ai réussi ceci ? « C’est génial ! Surtout quand on voit d’où tu viens ! ». J’ai échoué à cela ? « C’est pas grave, tu as connu tellement pire... ». Lorsqu’on est toxico, on ne s’appartient plus. Les médecins savent mieux ce qui est bon, ou pas, pour vous. Votre famille, une fois au courant, vous questionne régulièrement sur votre suivi : « Dis moi loulou (j’avais 25 ans, c’est la seule fois que mon père m’a appellé ainsi), t’en es où avec tes piqûres ? » Alors je lui explique de façon détaillée l’évolution de mon traitement de Subutex que j’ai toujours pris en injection : « C’est pas un peu long quand même ? Tu peux pas essayer de diminuer la prochaine fois ? Ou même d’arrêter d’un coup ? ». Ben nan je peux pas. Et même si je le pouvais, c’est pas à toi de me dire comment je dois gérer la posologie de mon traitement ! Est-ce que je viens fourrer mon nez dans ton traitement pour ton diabète ? Est-ce que je te dis : « Tu prends trop de ceci ou pas assez de cela » ? Bien sûr que non ! Mais mon traitement ne m’appartient pas. Et je passe sur celleux qui se font confisquer leurs moyens de paiements, leur téléphones et, parfois, leur liberté. Toxicophobie.
Combien de médecins m’ont forcé à diminuer la posologie, à faire du chantage du genre : « Vous arrêtez les injections ou je ne vous fais plus d’ordonnance. » jusqu’à dire des horreurs du style : « Vous devriez vous injecter de la bière ou du vin, ça serait pareil. » Y’en a même une qui voulait m’obliger à passer au Suboxone [3] mais j’ai refusé. Combien de pharmacien-ne-s ont refusé mon ordonnance sous différents prétextes tels que : « Désolé, on ne fait pas ça ici monsieur ». Combien qui refusent de me délivrer mon traitement parce que je suis en avance alors que j’ai une ordonnance (dite de chevauchement) en règle de mon médecin : « Ah mais si on a un contrôle, on peut se faire fermer ! On n’est pas des dealers monsieur ! » alors QUE TOUT ÇA EST FAUX MERDE ! Aucune pharmacie n’a le droit de refuser une ordonnance ! Une pharmacie ne risque rien si elle accepte un chevauchement d’ordonnance puisque c’est légal ! Tout ça, c’est de la toxicophobie. Et moi là dedans ? Ben je me retrouve en manque alors que j’ai accepté de jouer selon les règles du jeu du système.

Alors pourquoi continuer ?

Aujourd’hui, personne ne se doute qu’un jour, j’ai été toxico. Aujourd’hui, je ne subis plus les contrôles au faciès. Et pourtant, je suis toujours toxicomane. Mais voilà, je vais à la fac, mon traitement de méthadone est stabilisé depuis presque trois ans, j’ai repris du poids, des couleurs, laissé au placard mon look teufeur et arrêté les injections. Et pourtant, je suis toxicomane. Car je subis toujours la honte d’aller toutes les semaines à la pharmacie, le même jour car sinon cela peut poser problème, demander mon « traitement », mot pudique pour désigner ma nouvelle héroïne. Je subis le fait d’aller tous les mois, à la même date, chez la médecin bien que celle qui me suive aujourd’hui soit exemplaire, bienveillant-e comme aucun-e autre médecin. Mais cela veut dire aussi que je ne peux pas partir faire un tour de monde, ou même partir deux mois à l’étranger, sans remplir de la paperasse qui stipule que oui, je suis toxicomane et pas un dealer et que ceci est mon traitement. Et cela vaut pour le moindre déplacement dans la famille car en cas de contrôle de police, je dois présenter mon ordonnance. Mes veines thrombosées le sont toujours et provoquent toujours des questions ; mes points d’injections au creux de mon bras droit forment une cicatrice de plusieurs centimètres qui suit mon artère. Et par dessus tout, je subis chaque phrase merdique dont vous vous êtes tou-te-s, un jour, rendu-e-s coupable de dire et qui fait de nous des personnes pas fiables, monstrueu-x-ses, dégueulasses, infréquentables, pitoyables et faibles.

Ce texte est un coup de gueule, il n’a pas vocation à parler de toutes les pratiques, il n’est pas exhaustif, il n’est pas pédagogique. Il représente juste mon point de vue, à vous d’écouter ceux des autres car puisque « la » drogue n’existe pas, « les » drogué-e-s non plus. Il existe « des » drogues et « des » personnes. Alors pensez-y, informez-vous qu’on puisse tou-te-s en parler. Ne nous laissez pas sur le côté. Ne rigolez pas à un propos toxicophobe. Soyez bienveillant-e si vous pouvez, sinon laissez nous juste vivre en paix.

NB :

[1] Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour les Usagers de Drogues

[2] La Stéribox est un kit destiné à limiter les risques de transmission de pathologies infectieuses chez les usagers de drogues par voie injectable. Il est distribué partout en pharmacie ou dans les distributeurs prévus à cet effet. Il comprend : 2 seringues, 2 coupelles avec tampons et filtre, deux lingettes d’alcool, deux flacons de 5ml d’eau et un préservatif.

[3] La Suboxone est un traitement de substitution qui allie buprénorphine et naloxone, une molécule qui a la bonne idée de foutre la pire crise de manque du monde en cas de prise en injection. Très décriée à sa sortie, il s’avère à l’usage que le taux de naloxone présent ne permet pas d’annuler les effets de la buprénorphine. Encore un beau coup des laboratoires pharmaceutiques sur le dos des patient-e-s.


Source : https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article701

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J'arrive deux ans plus tard mais c'est toujours d'actualité ~MG

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Quel récit ! 

Je suis assez d'accord avec t'es propos mais il y a pas que les usagés de drogues qui sont stigmatiser de la sorte des individus qui commetent des délits bien plus grave au yeux de la société le sont aussi

Et quand t'es au courant de ce manque d'information de la par des grandes chaînes qui ne font en général que relaté des faits survenu justement à propos de ces personnes

Tu te rend compte que les médias contrôle l'opinion publique et que c'est nocif pour la société qui pensent alors d'une mauvaise manière et les choses ne peuvent aller mieux

Tolérance et empathie reste les meilleurs sentiments à adopté face au soit disant devience de la société !

Si il y a bien une chose que PA ma donné c'est d'être plus tolérant mais pas seulement avec les usagés de drogues

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#3 
mikykeupon 
Modérateur à la retraite France
22 novembre 2017 à  18:45
Ce n'est pas mon texte et je suis d'accord avec toi que ça ne concerne pas uniquement les usagers, mais il faut reconnaître que nous subissons une discrimination sournoise, non-formuler directement, encore plus lâche que d'autres discrimination. Mais psycho grâce à tous vos témoignage est en train de changer la donne, donc un grand merci à vous toutes et tous pour oser raconter vos parcours de vie merci-1

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Oui j'avoue Miky mais certain passage mis on fait pensé, je ne vais pas aller jusqu'à rentré dans les détails car le sujet au quel je pensé et très tabou...

J'espère que PA va pouvoir changé l'opinion public mais pourvu que celle de la population général ne soit pas "oh tu sait ce dont des drogués...Les drogues c'est des menteurs et etc...

Mon oncle (flic) avait dit ça a mon pére à l'époque où je consommé de la coke, suffit que là stigmatisation vienne d'une autorité et celle si en deviens encore plus vrai

Je ne comprend pas pourquoi l'état ne prend pas la peine de faire une petite pub sur les addictions et les usagés pour pouvoir bien informé la population, sa serait d'une aide crucial à condition que tous soit bien réel

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Je suis assez partagé, y'a beaucoup de réflexions vrais et intéressantes mais aussi beaucoup d'auto-victimisation, ce qui est jamais très bon.
Déjà tu peux pas te plaindre que tu trouves pas de taf si t'as une tête de camé ça me parait logique, c'est du bon sens, qui a envie de se prendre la tête avec un gars qui a des problèmes avec la drogue alors qu'il y a plein d'autres candidats qui poseront moins de problème ? Pareil si tu rentres dans un magasin avec une dégaine de keupon totalement défoncé c'est logique que tu te fasses suivre par les vigiles, je vois pas ce qu'il y a d'étonnant, ils font leur taf.
Quand t'es "toxico" ça regarde que toi (ou tes proches) mais si ça commence à se voir de l'extérieur déjà c'est qu'il y a un petit soucis non ? Et dans ce cas là la remise en question est peut être nécessaire au lieu de se dire "laissez moi être toxico comme j'en ai envi, arrêtez de m'oppresser".
Puis faut arrêter de chialer dès qu'on nous fait une remarque désobligeante, généralement les gens ne savent même pas de quoi ils parlent quand il s'agit de drogue et de toxicomanie donc faut arrêter de tout prendre au pied de la lettre, surtout à notre époque où presque tout le monde est toxicomane à sa manière. La différence c'est que nous on en est conscient big_smile

Bref pour bien vivre en étant toxico il faut vivre caché, y'a pas de secret fume_une_joint
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Les jugements ne sont pas les bienvenues sur ce forum. Miky
 
Tu as tout compris à l'envers. Réfléchis à tes propos. Boris Vian

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#6 
Capitaine 
Nouveau membre France
22 novembre 2017 à  20:20
Je déteste cette attitude actuelle qui consiste à se poser en victime.
Les toxicomanes sont la dernière minorité épargnée par ce fléau de la victimisation : Pas de manifestations, pas de politique, pas de mouvement, pas de partis : Que du bonheur, et c'est TANT MIEUX.
Nous vivons cachés mais heureux, avec un fort sentiment d'appartenance communautaire, chose que nous perdrions si nous avions des droits.

Après, je suis un petit con prétentieux. Je comprend tout à fait le père ou la mère de famille qui ont des responsabilités, préfèreraient vivre leur consommation dans la légalité , et ne veulent pas de cette étiquette de "drogué", mais à moi, elle me plaît.

Au lycée ma consommation de drogue n'était un secret pour personne, même l'équipe pédagogique : 2 passages à l'infirmerie après avoir été "balancé" par des petits camarades. Je n'ai pas crié à la "toxicophobie ouin ouin ouin", j'ai bougé mon cul et constatant que loin des clichés, mes résultats scolaires étaient en hausse malgré ma consommation constante, les profs passaient l'éponge, ne cherchaient pas à savoir. Pourtant, j'étais cramé à 10000. "Monsieur Capitaine, vous voulez un oreiller? trompette "


Arrivé dans une grosse prépa, j'ai au début caché cette part de ma vie, puis mes résultats étant bons, je n'ai plus fait d'effort pour me cacher des autres étudiants. Je pensais que j'allais me faire cracher dessus mais au contraire beaucoup de réactions positives, parfois maladroites (el famoso : "on s'inquiète pour toi"). Ce qui m'a fait chaud au cœur c'était la curiosité de certains camarades, certains n'ayant jamais touché à une cigarette de leur vie "tu prends quoi?" "ça fait quoi comme effets?" "comment ça marche?" : Je ne pensais pas arriver à intéresser quelqu'un en parlant de neurotransmetteurs et d'enzymes du foie, et pourtant.

Je me suis égaré mais j'aimerais faire passer 2 messages :
Le premier c'est que quand on est entouré de gens curieux et intelligents même non UD, il est tout à fait possible de faire accepter sa toxicomanie.
Le second c'est que si certains ne l'acceptent pas, chargent à nous de leur faire fermer leurs gueules par notre travail, nos résultats, nos bonnes actions. (Ça rageait sévèrement le jour où on a placé trois fumeurs de weed dans le top 5 en maths rasta )
Pas en les traitant de méchants toxicophobes : Ça ne marchera pas.

Je suppose que j'aurai l'air prétentieux, peut être immature, et sans doute que quand on est plus âgé on n'a plus la force de supporter certaines remarques auxquelles on ne fait pas attention quand on est jeune, et peut-être que le regard des "vieux" sur les UD n'est pas le même.
Il n'empêche que je suis convaincu qu'on peut se faire respecter et accepter sans jouer les victimes. drogue-peace
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La maman de Pauline doit aimer lire ce genre de commentaire. Miky
 
Pour equilibrer / Blast

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#7 
mikykeupon 
Modérateur à la retraite France
24 novembre 2017 à  16:38
Je vous trouve un peu vache sur ce coup.
Personnellement ayant énormément consommé et battu je garderai à jamais les stigmates de mes consommations, et cela m'empêche d’accéder à certains emploi que pourtant j'adore, comme l'animation auprès des enfants.

Et en quoi être consommateur de drogues nous rendrait incapable de travailler.

Je me retiens mais je suis outré de lire certains des commentaires qui suivent mon post, surtout içi sur psycho. Il suffit de lire par exemple la discussion sur la codéine pour voir à quel point la stigmatisation des usagers n'est pas un mythe et encore moins mériter. De toute façon aucune discrimination ne devrait être tolérer.

Tant mieux pour vous si vos conso ne se voient pas, mais ce n'est pas le cas de touTEs les usagerEs, loin de là.

Comment voulez-vous que nous réussissons à changer le regards de la société sur les usagers de drogues si vous même êtes dans le jugement ?
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+1 entièrement d'accord avec toi sur ce post - ElS
 
J'avais pas vu leurs réactions :( Perso,Adéquation totale avc ton discours.Lalie
 
Exactement, mais c’est malheureusement ds la nature humaine suf

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Miky si tu as un casier judiciaire tu peux faire effacer ton b2

Je les fait l'année dernière...je peux t'expliquer si tu veux

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#9 
mikykeupon 
Modérateur à la retraite France
24 novembre 2017 à  16:49
Je sais, mais le casier ne changera pas ma gueule punk1
En même temps je ne me plain pas trop car j'ai trouvé du boulot dans un domaine qui me plait, en même temps je n'ai pas trop le choix big_smile

Et puis j'attend une futur audience au tribunal pour possession de 3Gr de cannabis.
D'ailleurs en parlant de discrimination je ne suis pas le seul à le dire, le contrôle au faciès vous connaissez ? Ce n'est pas de la discrimination pour vous ?

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C'est pas tellement la victimisation le problème selon moi. C'est plutôt l'amalgame. On a effectivement un cliché négatif que l'on rencontre souvent à l'encontre des toxicos, mais aussi des alcoolos. Ils sont vus comme des types ou des nanas incapables de gérer leur vie et même voleurs, arnaqueurs, sans parole etc. L'exemple des films cités illustre bien ce point de vue. Mais c'est pareil dans les bouquins (sauf que les bouquins d'Irvine Welsh -dont Trainspotting- tombent moins dans ce cliché, mais bon).   
Le problème c'est que certains toxicos sont effectivement comme ça mais que la majorité, c'est du moins ce que je pense, ne l'est pas. Donc juger TOUS  les toxicos sur le comportement de quelques uns, c'est un peu dommage. Surtout que ces comportements sont souvent -pas toujours- liés à la prohibition, plus qu'à l'usage de substances.
On a aussi le cliché positif selon lequel les toxicos sont plus intelligents, plus sensibles, plus doués artistiquement que les autres -et là, en général- on cite Beaudelaire, et tous les musiciens rocks, ou presque...
Sauf que là aussi, l'amalgame est faux. Tous les toxs sont loin d'être des génies.
A mon avis le discours de vérité se situe quelque part entre ces deux amalgames. Donc ni victimisation, ni glorification du phénomène qui devrait être apprécié quasiment au cas par cas. ce qui est impossible.

Dernière modification par Caïn (24 novembre 2017 à  17:04)

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J'approuve SWB
 
Il y a de tout chez les ud, nuls,génies,lambda comme partout ailleurs Mas

La drogue c'est de la merde, surtout quand t'en as plus.

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#11 
CoachMigui 
Cyber TechnoChamane amateur Suisse
24 novembre 2017 à  17:16
Quelle inspi ce message ! Merci beaucoup à l'auteur, ça aide car c'est un problème réel de notre société et certains en souffrons, à différentes échelles... Il faut libérer la parole comme on dit ! Merci encore smile

Si tu médites et que le diable arrive, fais méditer le diable.
Gurdjieff

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#12 
linec13 
Psycho junior France
26 novembre 2017 à  10:15
Pour une simple histoire de cannabis, j'ai eu le " plaisir" de rencontrer le substitut du procureur, un gros porc dégueulasse et bedonnant, qui me demande pourquoi j'ai fumé ce jour là, de l'herbe qui sent bien fort, en public ( ya des enfants vous comprenez faut pas leur faire respirer ça).
J'explique mon histoire de rupture amoureuse, d'une prescription de benzo que je me refuse à prendre car beaucoup plus néfaste que ma conso de weed naturelle, et là ce connard me dit :
"Jolie comme vous êtes, vous ne devriez pas avoir de mal à trouver un homme qui serait ravi de vous inviter au restaurant et vous payer quelques verres d'alcool".
Quand je lui réponds que l'alcool a gâché ma vie, enfin surtout celle de ma fille dont le père est alcoolo-dépendant, il me dit qu' au moins c'est légal.
Je l'ai balancé à l'addictologue du tribunal, qui m'a confié qu'il avait souvent des réparties de ce genre, surtout avec les demoiselles; comme quoi si on est jolie on devrait picoler et se faire entretenir.
Bref misogyne et toxicophobe, à gerber ....
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T'as rencontré un bon là:( Cet'spèce là,malheureusement n'est pas si rare.La lie

A kiss makes my whole day, anal makes my hole weak

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Superbe récit, c'est un sujet dont il faudrait plus parler en société, tout les UD ont déjà été touchés de près ou de loin par la toxicophobie, il serait temps que ça change, à l'heure où nous évoluons dans une société qui se veut de plus en plus progressiste! Merci pour le partage de ce texte super

Le shit comme insecticide quand j'ai le cafard

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#14 
mikykeupon 
Modérateur à la retraite France
27 novembre 2017 à  21:04
Dans un autre style, mais toujours en rapport aux discrimination un texte de loi est tombé.
Personnellement je serais plus pour l'éducation mais force est de constaté que dans la sphère privée les discrimination se font monnaie courantes, et quand on a le malheur de dire qu'ils font de la discrimination on a souvent droit à des "mais toi t'es trop sensible", "tu cherche toujours à défendre les pires"....

Donc je vous copie-colle le texte de loi, qui pour moi n'est pas applicable mais à au moins le mérite de se faire poser des questions. Maintenant on peut porter plainte lorsque l'on est victime de discrimination dans la sphère privée, reste plus qu'à le prouver.


Provocations, diffamations et injures non publiques à caractère raciste ou discriminatoire : renforcement de la répression



La répression des provocations, diffamations et injures non publiques à caractère raciste, sexiste, homophobe ou handiphobe est renforcée. Tel est l'objet d'un décret publié au Journal officiel du 5 août 2017 modifiant en ce sens le code pénal.

Sont désormais punies de l'amende prévue pour les contraventions de la 5e classe (1 500 € maximum), la provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence, la diffamation non publique et l'injure non publique commises à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison :

    - de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée,
    - de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre,
    - ou de leur handicap.

Outre la peine d'amende, les personnes coupables de ces infractions encourent les peines complémentaires suivantes :

    - travail d'intérêt général pour une durée de 20 à 120 heures ;
    - obligation d'accomplir, éventuellement à leurs frais, un stage de citoyenneté ;
    - interdiction de détenir ou de porter, pour une durée de 3 ans maximum, une arme soumise à autorisation ;
    - confiscation d'une ou de plusieurs armes dont le condamné est propriétaire ou dont il a la libre disposition ;
    - confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l'infraction ou de la chose qui en est le produit.

Les personnes morales coupables de ces infractions encourent une amende d'un montant maximum égal à 5 fois celui prévu pour les personnes physiques et la peine complémentaire de confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l'infraction ou de la chose qui en est le produit.

À noter :

    Est non publique, une provocation, diffamation ou injure prononcée par son auteur à sa victime sans qu'aucune tierce personne soit présente ou devant un cercle limité de personnes partageant les mêmes intérêts (professionnel, personnel,  ...), que la victime soit présente ou non.
    Est publique une provocation, diffamation ou injure pouvant être entendue ou lue par un public étranger à l'auteur des faits à et sa victime.



[small]Sources : https://www.service-public.fr/particuli … tes/A11933
Décret du 3 août 2017 relatif aux provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire[/small]

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#15 
starsuckers 
Nouveau membre France
18 juin 2019 à  00:23
Hello à tou-te-s !
J'arrive un peu tard mais jamais je n'aurais pensé que ce texte aurait autant de succès... Oui du coup j'en suis l'auteur et je suis content qu'il ait parlé à certain-e-s en tout cas.
Je prépare une émission radio sur le thème de la toxicophobie et j'aimerais beaucoup avoir vos témoignages en tout cas, vos impressions et tour simplement vous parler car finalement je suis assez isolé (au sens où je ne connais pas beaucoup de tox ou ex-tox). Donc n'hésitez pas à le contacter par mp ou directement sur mon adresse mail starsuckers56@gmail.com
Prenez soin de vous si vous le pouvez!

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#16 
Kao
ça s'en va et ça revient
09 janvier 2020 à  06:01
Hello, merci beaucoup pour ce texte, merci de l'avoir écrit. On est peu nombreux/ses à parler de la toxicophobie, donc ça fait toujours plaisir de voir qu'on n'est pas seul-e smile

J'ai aussi écrit deux ou trois textes sur ce sujet (enfin, un spécifiquement sur ce sujet, un sur l'articulation - ou le manque d'articulation - entre la lutte contre la toxicophobie et celle contre le psyvalidisme, et un qui aborde aussi ce sujet, mais sous l'angle des usagers/ères d'héroïne dans les œuvres de fiction). Ces trois textes sont sur mon blog, je vous en donne les liens :

- C'est quoi la toxicophobie ?

- Militants contre la psychophobie et auto-support des usagers de drogues, et si on essayait la convergence des luttes ?

- Archétype de l’usager d’héroïne dans les œuvres de fiction… (j'avoue que j'ai un faible pour celui-là, dont je suis assez fière).

Dernière modification par Kao (10 janvier 2020 à  19:52)

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Grande classe
 
beaux textes - psychodi

"La valeur éthique d'une société se mesure à  la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables" (Roland Gori)

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#17 
Mascarpone 
Vieux clacos corse pas coulant France
09 janvier 2020 à  06:41
Salut Kao!

Ravi de te revoir ici wink

Je découvre ton blog où je retrouve ton écriture magnifique.
Je partage, en tous points, ta vision sur la prostitution* notamment, et, il faut le dire, sur bien d'autres choses...

Quant au texte sur le "tox" dans la fiction, tu peux en être fière (bah, des autres aussi de toutes façons wink )

Amicalement

Un vieux crouton.

Spoiler

Dernière modification par Mascarpone (09 janvier 2020 à  06:59)


Qui pète plus haut que son cul, fini par se chier dessus!
Le pire con, c'est le vieux con, car on ne peut rien contre l'expérience!
Ce qui est bien chez les félés, c'est que de temps en temps ils lais

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#18 
janis 
Bénévole PsychoACTIF France
09 janvier 2020 à  08:09
Hello,

J arrive un peu tard aussi mais bravo pour ce texte.
Après il y a un autre point: comment contrer la toxicophobie, j ai parfois l impression qu'elle est partout.

Jeudi, je vais en maraude pour aider les sans abris de ma ville. A chaque fois que je m arrête je discute. Et un d eux m a tenu des propos horribles sur les toxicomanes et je n' ai pas su réagir....après tout je ne vis pas dans la rue, je ne traverse pas ce qu il traverse....

Puis ça s est enchaîné sur le camarade qui était avec moi pour la maraude :"la drogue ça ruine tout, les dégâts psy sont pour toujours".... arghhhh pourtant c'est le mec le plus ouvert que je connaisse...merde alors...

Et dans la même soirées, je suis près d un sans abris et un type probablement drogue (mydriase et posture qui va avec) me demande un sandwich. Ok il est pas sans abri mais il a la dalle, je lui donne. Et j ai pris des remarques...."t'aurais pas dû..."

Bref c'est beaucoup de toxicophobie pour une seule journée....et je vois que je ne suis pas armée pour la contrer...

Bises
Janis

Dernière modification par janis (09 janvier 2020 à  08:10)


J'ai pour me guérir du jugement des autres, toute la distance qui me sépare de moi-même

A. Artaud

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Super texte que j'avais loupé et que je ne trouve pas misérabiliste.

Just say no prohibition !

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#20 
psychodi 
psychocannabinologistologue France
09 janvier 2020 à  13:53

salut Kao

merci pour ce super texte qui illustre bien la difficulté que je cotoie au quotidien ou presque :
- le clivage entre psychiatrie et addictologie
- les représentations qui coincent les soignants (et aussi les soignés, sachant que les uns peuvent être les autres, haha)


il y a des jours étranges
il y a des jours, j'm'étrangle
Surtout...ne pas se biler sur la route...
Psychoactif ? Faut s'abonner là, vite !!

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#21 
Kao
ça s'en va et ça revient
10 janvier 2020 à  20:30
Hello Janis. Pas facile effectivement de lutter contre la toxicophobie qui est tellement intégrée dans notre société.

J'essaye de toujours contrer ces propos et attitudes, en cassant les mythes liés aux drogues (tout comme on lutte contre la culture du viol en cassant les mythes sur le viol) : non, prendre des drogues ne rend pas magiquement cyniques, violent-e-s, voleurs/euses et manipulateurs/trices, non, nous ne sommes pas des êtres en recherche permanente de paradis artificiels parce qu'on refuse de savoir que la vie comporte des souffrances (cette idée de drogué-e-s qui ne connaissent et ne veulent connaître que le plaisir a engendré bien des dégâts, de la multiplication des cures de détox basées sur l'idée qu'il faut qu'on en chie un max histoire de nous apprendre la réalité de la vie qui est pleine de souffrance, au refus de soulager la douleur des UD à l'hôpital. Rappeler que prendre des drogues n'a pas pour seul but de se faire plaisir - même si évidemment, c'est un des buts visés - mais aussi de supporter des vies parfois bien traumatiques ou lourdes de douleurs physiques et psychiques, c'est mettre en évidence l'absurdité de ces façons de faire. Si tu fais souffrir quelqu'un pour avoir "osé" soulager ses souffrances, tu seras moins compris-e par les moralistes que si tu fais souffrir quelqu'un qui vit dans l'extase continue), non, on ne tuerait pas nos parents pour une dose (en général je leur signale que ma mère avec qui je vis est toujours vivante, et que je n'y suis pour rien dans le décès de mon papa).

Mon acharnement à être plus honnête que bien des personnes qui ne consomment pas a aussi porté ses fruits (même si à la base, ce n'était pas le but, je tiens simplement à mes valeurs). Bien des personnes se sont excusées pour avoir d'emblée décidé de ne pas me faire confiance, juste parce que je suis injectrice d'héroïne (par exemple un de mes anciens dealers, à l'époque où je lui achetais de la came à 30 euros le gramme. Un jour, je le paye avec un billet de 50, il me rend un billet de 20. Je me mets un shoot, puis je vais à ma séance chez mon psy, et en sortant, je passe faire des courses. Là je me rends compte qu'il m'a rendu deux billets de 20 au lieu d'un seul. Du coup je repasse chez lui lui rendre son billet, qu'il croyait avoir perdu dans la rue. C'est là qu'il m'a dit qu'il était désolé d'être parti du principe qu'il ne devait pas me faire confiance étant donné que j'injecte. Par la suite, il n'hésitait plus à me laisser seule chez lui, tandis que ses potes lui lançaient des regards à base de "mais t'as pas peur de revenir et qu'elle soit plus là et ta came non plus ?!" Ils ont fini par comprendre, eux aussi, que leurs préjugés n'avaient pas lieu d'exister).
Un ancien voisin que je ne connaissais pas beaucoup a une fois essayé de faire croire à un pote à moi qu'il avait du Skenan et qu'il était près à lui en donner en échange d'un peu de coke. Une fois sa coke obtenue, il lui a dit que ben zut, il avait perdu son Skenan, mais que je devais sûrement l'avoir trouvé, puisque je marchais derrière lui quand il est remonté chez lui... Mon pote frappe à ma vitre, me demande si j'ai trouvé du Skenan, je réponds que non. Par la suite ce voisin a dit à mon pote que j'avais bien trouvé sa boîte de Sken, et que je lui l'avais rendue après en avoir tapé la moitié (il a du se dire que comme ça, il me faisait pas trop passer pour une égoïste). Mon pote a du coup su tout de suite que le gars lui avait menti : si j'avais trouvé cette boîte, je l'aurais rendue au moment où on m'a demandé si je ne l'avais pas trouvée (j'en aurais effectivement peut-être tapé un peu, tant que je ne savais pas à qui elle appartenait et ne pouvais donc pas la rendre), et si je l'avais trouvée après qu'on me le demande, je n'y aurais pas touché et l'aurais rendue aussi pleine que lorsque je l'avais trouvée. Moralité : si tu manques de sens moral, ne présume pas que tou-te-s les autres UD sont comme toi :p

Pour le gars qui parle de drogues qui ruinent tout et causent des dégâts psy, peut-être lui rappeler que 1/ les dégâts psy dont il parle sont souvent présents avant l'entrée en drogues, qui alors servent en partie à apaiser ces souffrances psy 2/ ce ne sont pas les drogues qui ruinent tout, mais les conditions dans lesquelles cette société enferme les UD, avec la répression et les discriminations, la pauvreté, le rejet...

Parler de la toxicophobie et des réalités des drogues et de leurs usages, est à mon avis un des meilleurs moyens pour faire évoluer les gens et la société sur ces questions. Montrer qu'on peut être UD et honnête, en bonne santé, travailler, être engagé-e-s associativement et politiquement (au sens large), sont aussi des moyens de faire évoluer les mentalités. Malheureusement, bien souvent (et ça se comprend, étant donné les risques inhérents), les personnes sont l'usage de drogues ne saute pas aux yeux, cachent leurs consommations ; le problème, c'est que du coup, les gens croient que seul-e-s les UD qu'ils et elles voient existent, et représentent tou-te-s les UD (et loin de moi l'idée qu'être UD et SDF, malade, en souffrance psy et sociale, au RSA... c'est mal et ça contribue à la toxicophobie. Simplement, il faut que les gens sachent que la gamme des UD est bien plus vaste, et que ce ne sont pas les drogues qui foutent les gens à terre, mais plutôt le fait qu'ils et elles sont à terre qui les pousse à consommer de façon risquée pour leur santé et leur bien-être).
L'existence de textes comme ceux partagés dans ce fil contribue à cette prise de conscience de l'existence de la toxicophobie, et à la lutte contre ces préjugés, tout comme l'existence d'ASUD-Journal, de Psychoactif, de la culture UD, de l'auto-support, d'un humour UD, etc.

Malheureusement, souvent on se heurte à des gens campés sur leurs positions, qui nient même l'existence de la toxicophobie, ou trouvent honteux qu'on ose parler de discriminations pour des gens qu'ils et elles considèrent comme des sous-êtres. Avec ce type de gens, je crois qu'il n'y a rien à faire. On peut faire évoluer quelqu'un qui tient des propos racistes ou sexistes par manque de réflexion sur le sujet, par acculturation avec le racisme et le patriarcat systémiques de notre société, mais c'est beaucoup plus compliqué face à des personnes qui ont érigé leur racisme ou leur sexisme en idéologie. C'est pareil avec la toxicophobie.

Dernière modification par Kao (10 janvier 2020 à  20:38)

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Bon texte / Blast

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#22 
Kao
ça s'en va et ça revient
13 janvier 2020 à  17:18
Un autre texte sur le sujet de la toxicophobie, fort intéressant aussi (les références à Jean-Pierre Jacques me semblent assez évidentes) :
Êtes-vous toxicophobe ?
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Ce réquisitoire est excellentissime! à partager sans modération!Mas
 
Woaw! Quelle claque! Merci pour le partage, j’étais passée à côté! (Stelli)

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#23 
Mascarpone 
Vieux clacos corse pas coulant France
14 janvier 2020 à  06:40
Tellement fort que pour ceux qui auraient la rame de cliquer sur le lien, je le copie ici :

Etes-vous toxicophobe ?

   “C’est des délires de camé, ça n’a donc aucune espèce de crédibilité”, “quand on veut se mettre hors du système, on a rien à recevoir de ce système”, “Quand on passe sa vie à taper de la chnouf en boîte de nuit, à un moment faut en payer le prix, c’est normal”, “Les camés, ils vendraient leur mère pour un rail de coke”, “quand quelqu’un se drogue, ça se voit”, “quand on se drogue, on est forcément pas dans son état normal”…

Il existe tellement de poncifs au sujet des usagers de drogues et des toxicomanes… Et en plus d’ être nombreux, ils sont aussi validés médiatiquement et institutionnellement.

L’ ensemble de ces poncifs pourrait porter le nom de toxicophobie. (C’est en tout cas de plus en plus d’ usage, bien que ce terme désigne aussi la peur morbide des poisons)
Ce qui en fait le nid? Des approximations au sujet des drogues elles mêmes, des usagers et de leurs “motivations”, et une inversion entre les causes et les effets des sujets analysés. Ajoutons à cela une pointe d’ intérêts politiques, et tous les ingrédients pour créer une parfaite minorité discriminée légitimement sont réunis.
Tout plaisir a un prix…

Je me souviens très bien de ce que j’ ai ressentit la première fois que j’ ai pris de l’ héro. C’ était fort, c’ était intense, mais ce n’ était pas du plaisir. Non. C’ était du soulagement. D’ un seul coup, plus rien ne pouvait me toucher si je ne l’ avais pas décidé. Et l’ immense sérénité qui m’a envahie s’ apparentait bien plus à une forme d’ apaisement qu’ à une forme de jouissance.

Ca a été comme une révélation, une réponse. Enfin, j’ avais trouvé quelque chose qui atténuait un peu la puissance de ce rat creuvé que j’ avais dans le fond du ventre. Quelque chose qui faisait taire ce mal être constant que je trainais partout avec moi sans savoir d’où il venait ni qu’en foutre. Quelque chose pour reprendre le contrôle sur ma vie en la rendant de nouveau supportable.

Il est commun de considérer que les usagers de stupéfiants et les toxicomanes se droguent “pour le plaisir”. Et comme chacun sait (surtout Dieu d’ailleurs…), tout plaisir a un prix. Pour l’ usager récréatif, c’est la gueule de bois. Pour le toxicomane, ce sont les affres de la dépendance.

Or il suffit simplement d’ écouter les usagers pour entendre que ce n’est pas la quête d’une forme de jouissance qui les motive à consommer, mais bien plus la quête d’une forme de soulagement. ( “se lacher”, “débrancher”, “oublier cette journée à la con”, “se détendre”, “décompresser”, “s’amuser”, “se poser”… sont autant de termes hyper récurrents qui “justifient” qu’ on consomme des substances actives, d’ une bière avec les potes au rail d’ héro ou la pilule d’ exstasy…)

Et d’ainsi faire voler en éclat l’ idée des usagers/toxicos pécheurs-hédonistes, qui ont eu l’outrage de vouloir se rouler dans les plaisirs les plus sophistiqués et défendus de la vie, et qui doivent naturellement donc en payer le prix. Il s’agit en fait bien plus d’une forme d’ automédication, d’une tentative de traiter une douleur -consciente ou non- en la faisant taire ou en la rendant moins puissante, plus légère, avec tout ce que cela traduit d’ espoirs de devenir quelqu’ un de meilleur, de peut être plus performant, plus disponible et plus disposée, moins soucieux et mieux adapté.(Voila qui devrait contenter les convaincus d’ une consommation de stups pour “fuir le système”)

Pourquoi c’est important de considérer cela dans les réponses que nous apportons aux problématiques liées aux drogues?

Car cela met le doigt sur deux choses : La première à rapport à la compréhension de ce qu’est la toxicomanie, et à la pertinence des traitements qu’on lui apporte. Dans la perspective où la douleur est préalable à l’ entrée en toxicomanie, il apparaît alors que le problème ne porte finalement pas tellement sur le ou les produits en eux même, mais sur l’ usager et les “démons”qu’il a cherché à supporté,adapté ou tarir via ses consommations et addictions. La seconde est encore plus essentielle : Elle remet à sa place les causes et les effets, mettant en perspective que les douleurs liées à la misère, aux rapports de domination, aux violences diverses, etc. jouent un rôle décisif AVANT l’entrée en toxicomanie, et qu’ il est donc absolument réducteur de considérer que la déconfiture arrive APRES celle ci. Ainsi est il -une fois encore- pertinent de rappeler aux politiques que lutter contre la misère et les systèmes de domination est encore un des meilleurs moyens de prévention des toxicomanies…

L’ abstinence : la voie unique, le sacro saint, envers, et contre tout.
La première fois que mes parents ont appris que je consommais de l’ héroine, j’ avais juste 17 ans. (Je consommais alors quotidiennement depuis deux ans et des poussières)

Un soir, ma mère et moi sommes allées chercher des pizzas à emporter. Le type qui tenait la caisse nous a accueilliees chaleureusement car il avait reconnu ma mère. “Ha mais c’est vous qui travaillez au [nom du magasin dans lequel travaillait ma mère]! C’est sympa là bas!”
Quelques jours plus tard, ce même type m’ aperçue dans la rue, accompagnée de son exe copine, elle même toxicomane.

Ni une ni deux, il a alors cherché et composé le numéro du magasin dans lequel travaillait ma mère pour la prévenir. “Vous ne me connaissez pas, je vous ai vu avec votre fille un soir au restaurant, il faut absolument que je vous prévienne, votre fille se drogue, elle prend de l’ héroine.”

Quand je suis rentrée chez moi ce soir là, mes parents m’ attendaient dans le salon. J’ ai tout de suite compris qu’il y avait un problème, quelque chose de grave. J’ ai pensé en premier lieu à un truc du genre que mon frère avait eu un accident ou que mon père avait perdu son travail, à tout un tas de trucs en fait, mais pas du tout à moi, étrangement. J’ avais immédiatement intégré qu’il était primordial que je cache ma consommation si je ne voulais pas finir enfermée ou en taule, et je faisais donc extrêmement attention à tout vérouiller.

Mon père a alors pris la parole :
” Salomée, on sait que tu prends de l’ héroine.
_ Heu…?
_ Pas la peine de nier, c’est quelqu’un qui nous l’ a dit, et c’est une source absolument fiable.
_ Ha bon? Et je pourrais savoir laquelle?
_ Non, ça ne te regarde pas. Et puis de toute façon c’est pas le problème.”
S’ en est suivi un détail du plan qui avait était établi en mon absence pour que je sois -immédiatement et pour toujours- “sevrée de ma merde”. Un truc à base d’enfermement en hopital psychiatrique, de main courante déposée pour me dissuader, de portable et carte de retrait spécial ado que je devais lui remettre immédiatement, et d’ autres trucs dans ce genre.
Je voyais mon père me parler comme si j’ étais soudainement devenue non seulement débile, mais en plus dangereuse. Ses mains tremblaient, il appuyait bien toutes ses phrases, cherchant une approbation que ok, c’est bon, j’ avais bien compris, j’ étais pas encore assez stone pour pas capter, j’ allais pas soudainement péter les plombs et sortir un couteau pour le menacer, yeux injectés de sang en prime.
C’ était ainsi.

Etre toxico implique qu’ on ait tous les droits sur vous. Votre vie ne vous appartient plus. Les gens vous la prennent, se l’ échangent, l’ idée même d’intimité n’est plus concevable, l’ éventualité que vous puissiez avoir un truc à dire dans tout ça n’a pas sa place, car c’est bien connu : Les toxicos sont dans le déni, ne pas ressentir le besoin ou l’envie de l’ abstinence est un symptome de leur maladie, et il est de la responsabilité morale de tout à chacun de délivrer le malade de celle ci, avec ou sans son accord. Peu importent vos raisons, peu importe ce qui vous a fait vous attacher à un ou des produits, peu importe que vous ne vous sentiez absolument pas prêt, les autres savent mieux, car n’ ayant plus toute votre tête, vous ne pouvez plus avoir un regard pertinent sur votre santé et sur vous même.

Je n’ ai pas protesté. Je ne me suis pas justifiée. Je n’ ai même pas essayé de mentir. Juste, quand mon père m’a demandé de lui donner les produits que je possédais, j’ ai répondu que justement, j’ en avais pas aujourd’hui, et devant son sourcil dubitatif, je lui ai craché un insolent “Tu veux ptêtr venir chercher dans ma culotte pour être sur” qui l’a découragé.

Quand il a terminé sa tirade, ma mère est entrée en scène, cette fois ci pour le couplet “tu te rends compte comme tu nous fous la honte” et “pourquoi tu nous fais ça?”.
A la fin de cet interminable réunion, tout le monde est allé se coucher. “On part à l’hopital à 8 heures, me fais pas le coup du réveil loupé, de toute façon c’est moi qui viendrai te réveiller” ont été les derniers mots de mon père pour cette soirée.

Mon père ne m’a jamais conduite à l’ hopital le lendemain matin. Quand il est entré dans ma chambre, je n’ étais plus là. Et ni lui ni ma mère n’ont eu de contact avec moi dans les dix prochains mois. (Les retrouvailles physiques ont demandé un an)
Ces mois là, je les ai passés à la rue, dans une situation du genre on peut pas pire. Mineure signalée en fugue, terrorisée par mes parents, par la police, obligée de me cacher et de me méfier de tout le monde -plus encore qu’ à l’ habitude- et donc, toxico par dessus tout.

Une situation du genre on peut pas pire, mais pour moi si. Le sevrage imposé, brutal, violent, le retour à l’ état d’ avant, surtout ça en fait, et l’ enfermement en HP et tout ce qu’il implique, pour moi c’ était pire, absolument pire. Et ça valait, aussi dingue que cela puisse paraître, toutes les autres douleurs du monde.

La sagesse populaire veut que “permettre à une toxicomane de consommer sa drogue, ce n’est pas l’aider”. Car qu’on se le dise : un toxico actif est un toxico qui doit être sevré. Pas d’ alternatives, pas de nuances, sevrage et abstinence sont les seules voies envisageables, concevables et autorisées. Stabilisation et équilibre ne sont même pas effleurés, ne serait ce qu’ en idée.

J’ ai en souvenir cette fille dans ma fac. Ses parents sont tombés sur un petit keps de came qu’ elle avait planqué pour les urgences dans une petite boîte de sa chambre. Ils ne lui ont rien dit le jour même, ont commandé un test sur internet, et quelques jours plus tard, il lui ont fait pisser de force dessus. Elle s’ est révélée positive à la cocaine et l’ héroine. Evidemment, elle a eu le droit au classique confiscatoire (carte de retrait, téléphone etc.), et en prime à une quasi semaine d’ horreur enfermée dans sa chambre par ses parents avant qu’ ils ne la collent en désintox.(c’est que contrairement à ce que beaucoup pensent, les places disponibles se sont pas légion!)
Cette fille pourtant, avait de bons résultats à la fac. Elle voulait devenir prof, ou graphiste “si je me retrouvais par malheur avec un casier[pour infraction à la legislation des stups]d’ici là!” qu’ elle disait.
Son année de fac a donc bien sur été sabrée, et toutes les autres aussi, puisqu’ elle n’a tout bonnement jamais repris ses études. La dernière fois que je l’ai vu, ça remonte à l’ année dernière je crois, c’ était dans la rue : elle est venue me voir, flippée, pour savoir si j’ avais pas un plan came sous le coude…

A l’inverse, je pense à cette maman qui avait appris que son fils se piquait. Passée la colère des premiers jours, elle lui a dit “Ok, je peux tout entendre, vraiment tout, je te promets que je ne vais rien faire, je veux juste savoir, et que tu me parles”
En quelques jours, il a sorti le gros de l’affaire. Surement pas tout, mais une bonne partie.
Sa mère s’est alors renseignée massivement sur un tas de trucs en matière de réduction des risques. C’ était devenu son obsession : réduire les risques.
Et d’ aborder avec son fils, de façon clair et direct, les problèmes d’ hygiène, de filtrage du produit, et de le diriger vers des centres où il pourrait trouver du matos approprié, et même lui proposer de l’ y accompagner.
Cette femme était très connue par les toxicos de ma ville. C’ était un peu la Maman de tout le monde en fait. Elle avait décidé non pas de baisser les bras, mais d’ accompagner son fils, d’ essayer de le protéger le plus possible en somme. A la réflexion, le déséquilibre qu’aurait causé une entreprise de sevrage forcé, que ce soit dans sa famille, sur son travail, sa vie amoureuse, et surtout son moral, lui est apparu mille fois plus dommageable que la situation actuelle. Qui n’ était évidemment pas top, mais sur laquelle il était possible d’ agir sans tout bousiller.
Je ne sais pas vraiment ce qu’ est devenu ce duo particulier. En fait, quelques mois après la découverte du pot aux roses par sa mère, le fils a décidé, d’ un coup, d’ entreprendre les démarches pour passer à la substitution. Il avait déja énormément diminué les shoots au profit de méthodes moins… douloureuses. Et je crois que son entreprise de passage à la substitution a tout simplement fonctionné, puisqu’on a tout simplement plus vraiment eu de ses nouvelles au bout d’un moment. (Et si par malheur il avait perdu la vie, sa mère nous aurait prévenu, c’est pour ainsi dire certain)

Des histoires de ce genre, on en trouve des pelletées chez les toxicos, et même chez les usagers récréatifs qui se font prendre au moment de leurs écarts. (Sans succès au niveau des démarches hospitalières pour eux cela dit, juste un gros foutage de merde dans la vie professionelle, familaile, personnelle, selon les “méthodes” entreprises par les “sauveurs”…)
Elles racontent bien à elles seules l’ absurdité de la sacralisation du sevrage et de l’ abstinence, qui elle même résulte de l’ absurdité de ce qu’on considère comme moteur des consommateurs de drogues : le vice incontrôlé.
Et quand il ne s’agit pas de fuir les ardeurs de ceux qui veulent nous enfermer “pour notre bien”, il s’ agit de fuir celles de ceux qui veulent nous enfermer parce que nous sommes des criminels.

Au moment où j’ écris ces lignes, le simple fait d’ être en vie, dans mon état, avec mon sang qui circule tel qu’il l’est dans mon corps, fait de moi une criminelle passible d’ un an d’emprisonnement et de plusieurs milliers d’ euros d’ amende. S’ ajoutent à cela les dix années d’emprisonnement et les dizaines de milliers d’ euros d’ amende que j’ encoure parce que je possède les produits relatifs à cet état.

C’est là, toujours au dessus de ma tête, prêt à tomber en permanence. Car il n’ y a pas d’ horaires pour perquisitionner et venir arrêter les toxicos. Et quand il s’agit d’infraction à la législation des stupéfiants, on n’a pour ainsi dire plus aucune droit. (C’est en fait l’ exact même régime qui est appliqué à ce problème qu’ à celui du terrorisme…)
Menteurs, voleurs, violents : de la grande caricature à l’ interdiction d’ exister
Sacralisation du sevrage et criminalisation des usagers trouvent une justification en ceci : La drogue, cette entité unique, rendrait voleur, menteur, et violent. En plus d’ un tas d’ autres trucs pas très sympa.

Loin de moi l’ idée de clamer que les usagers de drogues ne mentent jamais. C’est faux. Effectivement, on est souvent amenés à mentir.
Mais finalement, avons nous réellement le droit de dire notre vérité?
Non. Dire la vérité dans notre cas revient à s’ exposer à l’ effondrement brutal et immédiat de la totalité des sphères de nos vies.

Ce n’est pas le mensonge qui est une seconde nature chez les toxcios, c’est la protection.
J’ entends déjà “haha, genre, quand on est capable de consommer des produits dangereux quotidiennement, on s’en fout de se protéger!”
C’est une (énorme) gageure. Etre toxico n’ empèche absolument pas d’ avoir un regard sur soi ou sur sa santé. Qui plus, la dangerosité des drogues tient bien plus au contexte socico-législatif qui les entourent qu’ aux produits en eux même. J’ en veux pour preuve les différences qui existent entre les toxicos qui adoptent une hygiène de vie assez stricte parallèlement à leur consommation, et ceux qui ne le font pas (par manque de moyens, par abandon…), mais aussi entre ceux qui ont subit les ardeurs judiciairo-carcérales et les autres.

Concernant la petite criminalité souvent associée (et certainement parfois d’une façon bien trop systématique) aux consommations de drogues, c’est indéniable, elle existe. Il est probable qu’ une situation de dépendance, et surtout de manque, favorise parfois un passage à l’acte de fait de violence.(En revanche, n’oublions pas qu’un tox en manque, c’est surtout quelqu’un de faible plus qu’autre chose…)
Cela dit, il a été remarqué dans tous les pays qui ont adopté une législation qui décriminalisait les usagers ou qui ont adopté des dispositifs de salles de consommation à moindres risques que la petite criminalité relative aux drogues baissait de façon quasi immédiate et très significative.
Cela s’ explique très simplement par divers facteurs, et en premier celui qui donne aux toxicomanes l’ autorisation d’ exister au moment présent. (et pas uniquement dans un futur où ils seront abstinents)
Moi même j’ ai volé pour ma came, dans les premières années de ma consommation. (Des dealers principalement, pas des grands mères comme le voudrait le stéréotype… D’ailleurs j’ ai jamais connu de toxs qui volaient des sacs à main de grands mères, mais bref.)
J’ ai cessé de le faire du jour au lendemain, une fois que j’ ai pu me faire prescrire de la Méthadone. (Par un médecin qui a décidé de se mettre dans l’ illégalité pour avoir les moyens de travailler correctement)
En fait, c’est simple : à partir du moment où les moyens de gérer mon manque m’ont été donnés, mes impulsivités et coups de panique ont diminués jusqu’à simplement disparaître.
Problème? Aujourd’hui, la Méthadone est normalement délivrée sous condition d’ abstinence démontrée via contrôles d’urine bi- mensuel, ou alors carrément de façon quotidienne. (dans ce cas là il est nécessaire de se rendre en centre tous les jours pour avaler son médicament devant un soignant)
Dans les faits, et bien les usagers qui ne tiennent pas l’ abstinence cessent tout simplement de se présenter à leurs rendez- vous si ils ont “fauté”, et en plus, ils développent une forme de honte qui compromet très souvent leurs chances de re tenter une prise en charge. L’ effet et donc doublement contre- productif : Les usagers ne gardent pas de contact régulier avec un médecin, et en plus, ils sont de plus en plus dans le sentiment d’ être livrés à eux même. (très favorable pour faire un peu n’importe quoi)

Les Invisibles

Le premier effet de la toxicophobie est d’invisibiliser les usagers de stupéfiants.
Et finalement, là où la vindicte populaire croit discriminer et mépriser la catégorie des usagers de drogues (ce qui est donc largement légitimée), elle s’ acharne surtout -et comme d’ habitude- sur la catégorie de ceux qui n’ont pas les moyens matériels de se cacher, de s’entretenir, et de s’intégrer.
Ceux qui sont dans une extrême misère, les étrangers en situation irrégulière, les sans abris, les “accidentés” de la vie et les inadaptés du capitalo- libéralisme.
Et finalement pour ceux là, qu’ils soient usagers ou non de stupéfiants ne changent pas grand chose : dans tous les cas ils perdent.
La majorité des usagers de stups et des toxicos est invisible. Elle ne se dit pas, ne se montre pas, et a très bien intégré la toxicophobie ambiante. Elle n’a le droit à aucune espèce de forme de réunion, de revendication, puisqu’elle n’a tout bonnement pas le droit d’exister.Elle n’a le droit à aucune forme de contradiction et doit supporter le deux poids deux mesures en silence. (C’est criminel de faire tourner les réseaux pour acheter de la drogue, mais pas d’ aller aux putes ou de faire travailler des esclaves pour acheter un smartphone neuf tous les ans… C’est criminel de prendre de la coke pour faire la fête, mais pas de boire de l’alcool… etc.)
Ce qu’il faut combattre : La toxicophobie

Ce n’est pas contre la drogue et les drogués qu’il faut mener une guerre, mais bien contre la toxicophobie. Contre la désinformation et la rétention d’informations, contre la criminalisation et la stigmatisation, contre l’ isolement et la précarité, contre les systèmes de domination qui font penser à certains que leurs douleurs sont illégitimes.
C’est à ce prix, et ce prix seulement, qu’on réduira vraiment de façon significative les “vies brisées par la drogue”.
Reputation de ce post
 
Texte mis dans les morceaux choisis de Psychoactif. (Rick)
 
Amen tout est dit,,,malheureusement t'as bien raison,,,

Qui pète plus haut que son cul, fini par se chier dessus!
Le pire con, c'est le vieux con, car on ne peut rien contre l'expérience!
Ce qui est bien chez les félés, c'est que de temps en temps ils lais

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#24 
prescripteur 
Modérateur
Hier à  11:01

Je me souviens très bien de ce que j’ ai ressentit la première fois que j’ ai pris de l’ héro. C’ était fort, c’ était intense, mais ce n’ était pas du plaisir. Non. C’ était du soulagement. D’ un seul coup, plus rien ne pouvait me toucher si je ne l’ avais pas décidé. Et l’ immense sérénité qui m’a envahie s’ apparentait bien plus à une forme d’ apaisement qu’ à une forme de jouissance.

Ca a été comme une révélation, une réponse. Enfin, j’ avais trouvé quelque chose qui atténuait un peu la puissance de ce rat creuvé que j’ avais dans le fond du ventre. Quelque chose qui faisait taire ce mal être constant que je trainais partout avec moi sans savoir d’où il venait ni qu’en foutre. Quelque chose pour reprendre le contrôle sur ma vie en la rendant de nouveau supportable.

Il est commun de considérer que les usagers de stupéfiants et les toxicomanes se droguent “pour le plaisir”. Et comme chacun sait (surtout Dieu d’ailleurs…), tout plaisir a un prix. Pour l’ usager récréatif, c’est la gueule de bois. Pour le toxicomane, ce sont les affres de la dépendance.

Or il suffit simplement d’ écouter les usagers pour entendre que ce n’est pas la quête d’une forme de jouissance qui les motive à consommer, mais bien plus la quête d’une forme de soulagement. ( “se lacher”, “débrancher”, “oublier cette journée à la con”, “se détendre”, “décompresser”, “s’amuser”, “se poser”… sont autant de termes hyper récurrents qui “justifient” qu’ on consomme des substances actives, d’ une bière avec les potes au rail d’ héro ou la pilule d’ exstasy…)

Et d’ainsi faire voler en éclat l’ idée des usagers/toxicos pécheurs-hédonistes, qui ont eu l’outrage de vouloir se rouler dans les plaisirs les plus sophistiqués et défendus de la vie, et qui doivent naturellement donc en payer le prix. Il s’agit en fait bien plus d’une forme d’ automédication, d’une tentative de traiter une douleur -consciente ou non- en la faisant taire ou en la rendant moins puissante, plus légère, avec tout ce que cela traduit d’ espoirs de devenir quelqu’ un de meilleur, de peut être plus performant, plus disponible et plus disposée, moins soucieux et mieux adapté.(Voila qui devrait contenter les convaincus d’ une consommation de stups pour “fuir le système”)

Il y a quelques années j'avais posé ici la question "pourquoi consomme t on des produits ?" et la réponse avait été "parce que c'est bon".
Pour les professionnels de santé ce qui vient d'etre dit serait une excellente introduction à la "prise en charge" des consommations, car ça l'orienterait ,dans un sens "qu'on sait faire" (prise en charge de la douleur psychique, du deuil etc..) . Le problème est que, quand on interroge les usagers, on a rarement la réponse ci dessus. Bien que, on l'a vu avec la codéine, ce soit quelque chose de courant.

Donc, pour moi je reste très dubitatif sur les "causes" de la consommation (je ne parle pas de toxicomanie) et sur les possibilités pour les professionnels de "traiter ces causes".

Mais j'aimerais avoir vos avis !!!  gnegnegne

Amicalement

Dernière modification par prescripteur (Hier à  11:01)


S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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