Merci pour l'ouverture de ce topic très instructif.
Pour planter le décor, il faut savoir que je suis quelqu'un qui a toujours eu besoin de donner une image "lisse" et positive autour de moi.
Ce n'est pas un problème de honte: je n'ai honte de rien de ce que j'ai pu faire dans ma vie jusqu'ici. Oui, je peux le dire, même en y réfléchissant profondément, je n'ai honte de rien. Mais conscience est pour ainsi dire, nette.
Mais par contre, je me sais entourée de beaucoup de personnes: ignorantes, suffisamment étroites d'esprit pour juger absolument tout ce qui sort des sentiers battus, tout ce qu'ils ne connaissent pas ou très mal.
Des personnes également très promptes à faire des raccourcis odieusement bêtes, des amalgames à tout va.
Et pire encore: qui pensent savoir, et avoir raison. Détenir la science infuse.
J'ai décrit là le beauf con comme un manche par excellence, mais malheureusement, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de réaliser que nous sommes entourés de beaucoup de personnes ayant ce profil.
La "moyenne" des gens se trouve dans cette catégorie.
C'est malheureux, mais c'est ainsi. Et il faut composer avec.
C'est vrai, je n'ai pas une haute opinion de cette fameuse moyenne. Mais la vie m'a prouvé un nombre incalculable de fois que malheureusement, je ne suis pas très éloignée de la réalité.
Je me dois de préciser que je ne prends pas de produits illégaux, mais j'ai un traitement psy lourd, qui comporte plusieurs molécules dites "sensibles", classées comme stupéfiants.
Certes, j'ai mes ordonnances, chaque mois, je suis suivie de près.
Mais j'ai été addict au
Tramadol durant de très longues années, et durant toute la première partie de mon addiction, je me fournissais dans la pharmacie de l'hôpital dans lequel je travaillais.
Certes, je n'ai jamais consommé, même de façon irrégulière, des produits que l'on nomme "drogues", (mais les médicaments que je prends en sont, je ne mevile pas la face), et j'ai fait mes expériences, en essayant quelque fois, bien peu, certes, mais tout de même, la
Cocaïne, la
Kétamine, et
MDMA.
En cela, je m'assimile totalement à une
PUD.
Les gens regardent autant de traviole un
PUD que quelqu'un, comme moi, qui a une ordonnance comprenant de la
Ritaline à très hautes doses, de la
Méthadone à 140mg/jour, du Tranxène, de la
Prégabaline à 450mg/jour.
Je ne me fais aucune illusion sur la question. Et je l'assume pleinement.
Donc pour répondre aux trois questions:
-C'est simple, j'ai la chance de pouvoir côtoyer uniquement les personnes que j'ai DÉCIDÉ de côtoyer.
Mes amies très proches, que je connais depuis des décennies, je n'ai aucun mal à leur en parler.
Elles sont au courant de tout, et l'ont toujours été, car justement, si elles sont si proches de moi, c’est entre autres pour leurs immenses propension d'ouverture d'esprit, de non jugement, leur intelligence, d'ailleurs l'une d'entre elles est psychothérapeute, et la seconde prend le même type de traitements que moi...
Au-delà de ces deux personnes, et de certains membres de ma famille, je n'en parle strictement à personne, par défaut.
Pour que je juge une personne suffisamment
safe pour m'ouvrir à elle sur ce sujet, il me faut du temps, beaucoupde temps (d'observation lol), beaucoup de preuves d'une belle ouverture d'esprit, quelqu'un qui a vécu aussi, qui connaît la vie, ses routes accidentées, ses roces pleins d'asperités qu'il faut escalader, ses forêts denses, sombres, où l'on a tendance à se perdre. Et qui ont parfaitement conscience que la vie est tout sauf un long fleuve tranquille, pour reprendre l'expression.
J'attache beaucoup d'importance à l'intelligence humaine de la personne, à sa capacité d'empathie, aussi, primordiale.
-Concernant les personnes à qui j'en ai parlé: Ces deux amies intimes que j'ai évoquées, ma belle-mère et ma belle-sœur qui sont des personnes formidables, avec une capacité d'empathie immense, et qui elles-mêmes ont vécu des choses, roulé leur bosse, vécu des situations complexes.
Elles ont toujours été là, depuis des décennies également, je n'ai jamais senti l'ombre d'un jugement négatif émanant d'elles.
C'est même l'inverse, elles me valorisent, soulignent les grandes avancées qui se sont opérées dans ma vie ces dernières années, que j'ai moi-même des difficultés à discerner.
Mon mari, cela peut paraître évident mais en lisant ici-même sur PA, je me suis rendue compte, et cela ne m'a pas étonnée, que certain(e)s ne peuvent pas, ou mal s'ouvrir auprès de leur conjoint sur ce sujet.
Ou bien même pire: c'est un sujet de discorde permanent.
Mon homme m'a connue très jeune, à 19 ans, j'en avais 20 lorsque nous nous sommes mis ensemble, et nous avons eu nos deux magnifiques filles lorsque j'avais 22 et 25 ans.
J'ai choisi cet homme, justement pour cette capacité à chercher à comprendre, sont intelligence hors du commun, sa "fibre psy", et qui m'a toujours, toujours soutenue, sans jamais porter l'ombre d'un jugement négatif surbma personne.
Il m'a portée vers le haut, il m'a immensément aidée dans ma reconstruction (après une enfance traumatique, il a fallu que je me reconstruise quasi de A à Z, et j'y suis encore, le chantier n'est pas terminé mdr.

)
Il a toujours été au courant de tout, et en temps réel. Jamais après coup.
Mon médecin traitant est égalementau courantde toute mon histoire, il est excellent, on ne peut plus humain, c'est d'ailleurs lui qui renouvelle mes ordonnances de
Méthadone.
Mon psychiatre aussi, mon addictologue, ainsi que le personnel (génial) de mon
CSAPA. Ça peut paraître évident comme ça, mais pour avoir également lu ici la façon dont se passent les choses dans certains
CSAPA, mieux vaut fermer sa bouche sur un maximum de trucs, dans certains centres et avec beaucoup de médecins, généralistes, psys, addictologues. Malheureusement.
Ça fait déjà pas mal de monde je trouve, pour une personne comme moi, méfiante, toujours sur mes gardes, n'ayant jamais confiance en personne par défaut.
Je me dis chaque jour que je suis extrêmement chanceuse d'avoir ces personnes là dans ma vie.
C'est si précieux. C'est indescriptible.
J'ai beau verrouiller systématiquement tout ce qui est du domaine du personnel lorsque je suis entourée de personnes que je connais peu, ou mal, il faut bien croire que les personnes suscitées ont réussi à faire sauter ces verrous, et je ne le regrette absolument pas.
-J'en arrive donc à la troisième question, "l'après".
Je ne regrette donc rien.
Aucune des personnes à qui j'ai pris le risque de m'ouvrir sur ce sujet ne m'a déçue.
Encore une fois, je m'estime très chanceuse.
Je vais suivre ce post de près, et je suis presque sûre que certains ont lourdement regretté d'avoir fait confiance.
Mais je pense aussi que beaucoup sont dans mon cas, ayant pris le temps de bien cerner à qui ils se confiaient.
Je l'espère de tout coeur.
L'essentialisation dont tu parles me rend malade. Proprement malade.
Et je ne peux pas supporter que l'on en fasse usage.
Encore une fois, ces raccourcis sont absolument insupportables. Odieux.
Ils me mettent dans une telle colère...
Je préfère ne pas y penser, mais l'essentialisation est, je le pense très fort, un peu partout.
Au travail, en famille, et même entre amis...
L'essentialisation est, pour moi, une des expressions de la petitesse d'esprit, qui est, et je suis écœurée de l'écrire, majoritaire.
Majoritaire en regard de l'ouverture d'esprit, de l'empathie, et de tout ce qui fait l'intelligence humaine d'une personne.
Alors je dramatise mais il y a aussi énormément de personnes extrêmement ouvertes, belles, empathiques...
Mais pour ma part, j'attends toujours d'être certaine d'avoir à faire avec ce type de personnes avant d'aborder le sujet.
Et encore, si le sujet arrive sur la table, je ne vais pas initier la chose, j'attends qu'un jour, une conversation nous y mène.
J'espère avoir été exhaustive dans mes réponses, j'ai conscience d'avoir encore une fois été looongue...

Donc un GRAND merci à ceux qui auront le courage de me lire jusqu'au bout!

Et surtout, très belle journée à tous.

Myna
Dernière modification par Mynight (Aujourd'hui à 09:24)