Analyse d'un post stigmatisant

Bonjour,

Aujourd'hui, l'équipe de Psychoactif aimerait vous délivrer une interprétation d'un post qui concerne l'auto-stigmatisation d'une PUD, qui a témoigné sur ce forum il y a quelques années.

Cette interprétation est bien évidemment sujette à des différences subjectives d'opinion, qui sont encouragées. En effet déconstruire la stigmatisation et la verbaliser c'est compliqué, et un effort communautaire là-dessus ne peut, je pense, qu'être utile.

Attention, pavé césar fume_une_joint

Voici le post en question

Je reprends ce que j'ai écrit dans ma présentation ... car  impression d'être seule au monde a être dans mon cas
Du coup j'ai honte  notamment par rapport à  vous tous sur le site et globalement par rapport à  tout le monde

Donc
Pseudo Sixtine.
42 ans.
Diplôme d'ingénieur telecom
Diplome marketing HEC
Job high level flirtant avec les sommets d'une très grosse boite.
4 enfants merveilleux (rien que ça)
Un mari qui est toujours la (oui ça existe)
Et... tout le reste. L'appartement sublime, les 42 paires de Louboutin, le dernier hit-bag, ok j'arrête.
Ah! J'ai oublié de dire,  pour bien enfoncer le couteau dans la plaie de n'avoir aucun petit souci qui pourrait justifier que je suis une merde,  je suis très jolie. Enfin j'étais très jolie maintenant j'ai 42 ans donc on s'en fout je suis vieille donc ça se voit plus, mais j'ai fait des photos et une pub.
J'espère que vous ne prenez pas cette description comme quelque chose pour me vanter ou vous expliquer que  je suis fantastique
Car c'est tout le contraire !!!! je vais vous expliquer que je suis une merde, car j'ai tout pour être heureuse et que ......

.... je suis droguee (coke) jusqu'à  la moelle épinière
Et Alcoolique jusqu'à  mes ongles rouge-noir de Chanel
Je n'ose vous donner mes quantités quotidiennes tellement j'ai honte.  En deux mots : énorme quantité de chaque produit chaque jour.
Enfin vu ma dernière question il faudra peut-être que je vous le dise ...

3 cures de désintoxication dans les poches
Jusqu'à  34 médocs différents à  prendre chaque jour (dont l'épisode 22 baclofene)

Et... toujours pareil
Je me sens seul
Et j'ai honte car pas de drame pour me justifier
Jai de la volonté,  sinon je n'aurais jamais été première de mes promos et je n'arriverais  jamais à  tenir un job comme le mien…
Alors ce n'est pas un manque de volonté.
Alors c'est quoi ?

Et pour  parler de la RDR j'aimerais  savoir si cette consommation quotidienne et très élevée risque de me tuer -  et tant qu'à  faire si oui, dans combien de temps ?

Jamais osé parler sur un forum .......

1) Violence symbolique

Puisqu'elle a réussi socialement, elle croit qu'elle devrait logiquement pouvoir "réussir" à contrôler sa consommation. Comme elle n'y arrive pas, elle ne remet pas en cause le dogme de la volonté (qui est faux dans le cadre de l’addiction), mais elle se remet en cause elle-même. Le système de valeurs qui l'a hissée au sommet se retourne ici contre elle pour l'écraser.

Tout ce que constitue la réussite sociale de Sixtine (diplômes, argent, beauté) se transforme en symbole de torture mentale. Son statut social vient alors se placer comme facteur aggravant de son mal-être ; elle qui a tout réussi et qui a associé l’addiction avec le malheur, les traumatismes et la précarité, ne comprend pas pourquoi sa volonté seule ne suffit pas à contrôler sa consommation.
Elle incarne l'adhésion aux normes du champ dominant : performance, maîtrise de soi, excellence...

Ce que Sixtine fait au travers de son texte, légitimer qu'elle "est une merde" parce qu'elle a réussi dans la société mais se drogue quand même, c'est ce que l'on appelle la violence symbolique. Elle a accepté le discours dominant ("les drogues c'est pas bien et si tu en prends tu es une merde") et se l'applique à elle-même.
Et même plus que se l'appliquer à elle-même, elle transforme une contradiction structurelle ("tu ne peux pas réussir ta vie si tu te drogues") en faute personnelle. C'est cela même qui vient caractériser la violence symbolique dans son texte.

Le principe de volonté qui a régi tous ses concours, entretiens professionnels et globalement sa réussite personnelle échoue dans le cadre de sa dépendance. Cependant, elle ne remet pas en cause le principe mais elle se disqualifie elle-même.

Il serait excessif d'affirmer qu'il s'agit d'un cas de violence symbolique "textbook", un cas "pur". Mais cela dit son discours illustre clairement :

L'intériorisation des normes dominantes (de performance, de maîtrise de soi, de volonté)
La rationalisation de l'idéologie méritocratique ("quand on veut, on peut")

Concrètement, la société loue sa performance sociale, mais condamne ce qui lui permet d'y arriver et de le maintenir. Ce texte montre comment une personne socialement dominante peut être dominée par les mêmes catégories qui ont produit sa réussite.


2) La dichotomie façade versus vie privée

Ici, Sixtine nous parle de son sentiment de solitude, notamment parce qu'elle a l'impression qu'il n'y a personne d'autre dans son cas. Et c'est ici une des conséquence de la stigmatisation des personnes utilisatrices de drogues. Lorsqu'on est stigmatisés, ou que l'on anticipe la stigmatisation, alors l'un des premier reflexes c'est de se cacher pour éviter la stigmatisation.
C'est ce que l'équipe de psychoactif a appelé la "stigmatisation sociale anticipée".

Donc ce que Sixtine ne sait pas, c'est que des gens comme elle, il y en a partout. Des PUD qui ont des jobs "flirtant avec les sommets", ça existe. Sauf qu'ils sont aussi obligés de se cacher, comme elle le fait, et le  coming-out est tout aussi difficile que pour n'importe qui d'autre.

Lorsqu'on est obligés de se cacher, on peut ressentir un sentiment d'imposture ; comme si on mentait sur la personne que nous sommes. Ce sentiment de mentir peut croître et donner lieu à toute l'auto-stigmatisation palpable de ce texte.


3) Etouffement du témoignage ("testimonial smothering")

Le concept de l'étouffement du témoignage est ici central. C'est une forme d'injustice où le locuteur se tait ou s'autocensure car il anticipe que son auditoire ne le croira pas ou le jugera mal - ici, Sixtine a réussi sa vie sociale, elle ne se trouve donc pas légitime à raconter ses souffrances parce qu'elles rentrent en contradiction directe avec ses croyances, et celles de la société.
Sixtine dit : "Jamais osé parler sur un forum", "J'ai honte notamment par rapport à vous tous". Elle s'auto-baillonne parce qu'elle pense que son témoignage n'est pas "recevable". En fait il y a une sorte d'absence de narratif qui est accepté : La société accepte le récit du "drogué malheureux" ou de "l'alcoolique traumatisé". Elle n'a pas de récit pré-approuvé pour la "mère de famille parfaite qui sort d'HEC et est cocaïnomane".
Elle anticipe le rejet ("vous allez croire que je me vante", "je n'ai pas de drame pour me justifier"). Elle pratique donc une auto-censure préventive. Elle a failli ne jamais poster ce message car elle pense occuper une place indue dans l'espace de la souffrance.

4) Mythe de la volonté

Sixtine parle de la volonté, elle nous dit qu'elle en a énormément ! Eh bien oui, sinon, elle n'aurait jamais majoré sa promo et obtenu le travail qu'elle a. Mais malgré sa volonté de fer, elle n'arrive pas à contrôler sa consommation comme elle l'entend, et remet donc cela en question
"Alors ce n'est pas un manque de volonté. Alors c'est quoi ?"

Son récit semble indiquer qu’elle interprète son expérience principalement à travers le prisme de la volonté. C'est aussi une question de contexte, et tant que ce dernier reste le même (4 enfants à gérer, une vie socio-professionnelle visiblement étoffée, les heures de travail etc...) probablement peu de changement est à prévoir. En fait, Sixtine utilise le mauvais outil pour essayer de contrôler son addiction; ce n'est pas la volonté seule ici qui lui permettra de retrouver du pouvoir d'agir dans sa dépendance.

Malheureusement, le processus de stigmatisation des personnes usagères de drogues rend la vision dans sa globalité difficile, et, dépassée par ces sentiments forts d'auto-stigmatisation, Sixtine est empêchée de voir que ce n'est pas le produit en lui-même qui est la cause de sa dépendance, mais plutôt son utilisation.

Il est possible que sa consommation remplisse une fonction de carburant de sa réussite sociale (utiliser la coke pour maintenir ses fonctions (professionnelles, de mère de 4 enfants...)).
Sa volonté est donc intacte, mais elle est entièrement mobilisée pour maintenir le masque social ce qui épuise psychologiquement et rend l'arrêt impossible sans l'effondrement de cette structure. Je pense que Sixtine ne se bat pas contre le produit à proprement parler, mais elle se bat contre la nécessité de tenir le coup.

Et tant que cette fonction n'est pas comprise et acceptée, il semble compliqué de pouvoir agir dessus. C'est en cela qu'il me semble important d'essayer de comprendre les fonctions que peuvent remplir les drogues.

5) La boucle

Pour conclure, il ne faut pas voir ce récit comme une ligne droite mais plutôt comme un "cercle vicieux" qui suit :

-L'injonction : la pression sociale exige la perfection.

-L'outil ; cette consommation sert à tenir cette perfection (c'est la fonction de la coke pour elle)

-La façade : la réussite est maintenue, mais au prix d'une "vie secrète".

-La honte : le décalage créé un sentiment d'imposture et de honte intense - c'est le processus d'auto-stigmatisation.

-Le silence (via la stigmatisation sociale anticipée) : la honte l'empêche de demander de l'aide (montré ici par l'étouffement du témoignage).

-L'isolement : seule face à sa douleur, sa consommation devient le seul refuge. Et la boucle est bouclée.

Ce que Sixtine est venue faire ici, témoigner de son vécu, est probablement la première étape pour essayer de retrouver du pouvoir d'agir. Confronter son vécu et le faire valider par d'autres membres qui connaissent ce qu'elle vie sur le topic qui sont venus témoigner lui offre une aide précieuse que jusqu'alors elle n'avait trouvé nulle part ailleurs. C'est d'ailleurs en ce sens que les forums d'auto-support sont précieux ; parce qu'ils permettent, entre autres, de désinvisibiliser des contextes complexes qui peuvent sembler uniques.
Sixtine n'est pas seule.

Reputation de ce post
 
Belle analyse.
 
Merci pour cette analyse détaillée - Berrique
 
Le système de valeurs qui l'a hissée se retourne contre elle pour l'écraser. PTX
 
tellement éclairant

Hearts of stone they shatter too, on cold floors in their rooms
God, my soul is crying too
With endless tears, it's bruised
Guess I am way too used to being greedily used

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#2 
GuiDuBled homme
Nouveau Psycho France
24 février 2026 à 22:48
Hello,

C'est juste. J'ai également entendu la peur. De tout perdre et l'image que ça aurait. Et pourtant la lassitude. C'est ma dernière chance. En gros fini l'auto stigmatisation même si je la pratique et ne la vois pas. Ya du courage la dedans si on regardes bien 

Assez parlé... mais qu'est ce qu'elle est devenue ? Ou est elle maintenant,

Bien à vous

En ligne

 

#3 
avatar
Pesteux homme
Adhérent Vert-Beuh
Hier à 06:42

Hey les Psychos

Ca m'enjaille de lire ça ici ! On parle de plus en plus de Symbolique sur PsychoActif, et on ose se lancer dans des interprétations. Bravo ! Quelle heureuse synchronicité wink

Symbolisons ensemble notre condition de Personne qui Utilisent des Drogues !

:drinks

Je vous prépare un texte, mais ça va encore être un gros-texte un peu grotesque wink


PsychoActivement


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#4 
marnowi femme
psycho-fan France
Hier à 08:33
Wahou, merci pour cette analyse tellement juste!

En tant que PUD, l'existence de ce forum comme lieu de déconstruction de toutes ces normes et injonctions est juste fondamentale. C'est un lieu où on peut arriver pour poser ses valises, les vider, et avoir la possibilité de changer de regard sur son contenu. Pour, à termes, pouvoir décider en conscience de ce qu'on en fait.

J'ai envie de dire à Sixtine "hey t'es pas toute seule, regarde, on est là, bienvenue!", et aussi d'être plus douce avec elle.

Je me demande comment ça a évolué pour elle.

Merci d'avoir crée et de faire vivre cet espace. C'est vital, au sens propre du terme.

Merci à vous, et bravo à nous, collectivement, de revendiquer ce changement de regard qui redonne du pouvoir d'agir et même de l'agentivité.

Marnowi.

Ca pourrait être encore pire...

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#5 
avatar
psychodi homme
Pour ma santé :5 weed et j'les fume par jour France
Hier à 12:05
merci Agartha pour le partage de cette "analyse de discours" ultra pertinente (c'est plutôt un écrit d'ailleurs, mais bon...Sixtine doit probablement "parler" de cette façon aussi...si tant est qu'elle ait un jour verbalisé à un Autre ce qu'elle a amené sur le forum...)

attention  : petit écart un peu psychologisant à suivre...

comme j'ai une optique plutôt psychologique (liée à ma profession), je perçois dans ce récit surtout une construction d'identité basée sur un narcissisme prégnant et douloureux, alternant entre ce que les psychanalystes ont appelé le Surmoi (l'intransigeance vis à vis de soi, le tribunal intérieur, quoi) qui a l'air plutôt tyrannique mais qui paradoxalement a pu l'amener à obtenir des diplômes, un statut social élevé, etc...ça renvoie un peu à l'injonction que tu évoques Agartha, qui n'est à mon sens pas uniquement social, même si ça y participe, mais aussi éducatif (donc inter personnel, ce qui renvoie peut-être à son environnement familial initial) et "intra personnel" (qui en découle)...et un Moi assez malmené voire détérioré puisqu'elle se rabat au même niveau qu'un excrément (ce qui peut suggérer aussi qu'il y ait eu des traumatismes dans sa vie, peut-être ignorés ou enfouis puisqu'elle estime qu'elle n'a "pas de drame" pour se "justifier"...et quand j'écris traumatisme, c'est pas forcément un truc immense hein...les carences affectives, le désamour parental, ça peut être dramatique)

la violence de cet écrit semble à l'aune de sa propre violence interne, de ses propres conflits intérieurs, avec la nécessité de tenir une façade qui doit s'avérer vraiment coûteuse à la longue...et qui finira probablement par se fissurer, peut-être pour y laisser entrer un peu de lumière, qui sait ?

j'espère pour elle que ce premier jet sur le forum a pu l'amener ensuite à aller mettre en mots mais aussi avec son corps, dans un échange parlé, ce fardeau qu'elle semble porter...
Reputation de ce post
 
Elle n'a "pas de drame" pour se "justifier" ! PTX.
 
très pertinent !

il y a des jours étranges
il y a des jours, j'm'étrangle
Surtout...ne pas se biler sur la route...
Psychoactif ? Faut s'abonner là, vite !!

Hors ligne

 

#6 
avatar
Pesteux homme
Adhérent Vert-Beuh
Aujourd'hui à 06:09

Hey les Psychos !


En fait, je vais essayer de renoncer à mon gros-texte, et de vous fractionner ça pour rester plus possible dans le rythme de la discussion. Mais je ne vous promets rien, parce que bon, enfin, vous commencez à me connaître, je crois wink

Pour moi, il ne faut pas confondre :

- Clinique = pratique du lien social qui produit des effets = ce qu'on fait. C'est un savoir expérientiel. Quelque chose de Réel.

- Interprétation = production théorique à propos des effets du lien social = ce con-pense. Ca n'est pas de la clinique, ce sont des connaissances, des représentations qu'on se fait, des images qu'on se donne, c'est quelque chose d'Imaginaire.



Agartha a écrit

Ce que Sixtine est venue faire ici, témoigner de son vécu, est probablement la première étape pour essayer de retrouver du pouvoir d'agir. Confronter son vécu et le faire valider par d'autres membres qui connaissent ce qu'elle vie sur le topic qui sont venus témoigner lui offre une aide précieuse que jusqu'alors elle n'avait trouvé nulle part ailleurs. C'est d'ailleurs en ce sens que les forums d'auto-support sont précieux ; parce qu'ils permettent, entre autres, de désinvisibiliser des contextes complexes qui peuvent sembler uniques.

Ce que tu dis, ça veut dire que la pratique sociale du forum produit des effets, même quand aucun conseil concret n'est donné. Ca veut dire que les échanges sur le forum produisent des effets psychiques.

Autrement dit, ça veut dire qu'écrire sur PA à des effets cliniques. Au départ je n'y croyais pas du tout. Mais quand l'évidence s'impose, il faut savoir s'y rendre : c'est devenu indubitable pour moi, puisque ma rencontre avec ce forum ça m'a conduit à devenir analyste. Ce qui me place dans une position subjective un peu étrange par rapport à PA. Ca n'en finit pas de me travailler. Si ça me travaille, ça pourrait bien produire quelque chose un jour, et c'est ça que s'essaye de serrer au plus près ces derniers temps. Ce que j'ai envie de faire, c'est de vous parler de comment moi j'attrape le truc, de la façon la plus dynamique possible, c'est-à-dire vraiment pas dynamique, mais un p'tit peu quand même wink

J'aimerai bien réussir à vous raconter, comment je fais avec quelqu'un comme Sixtine, qui me dit des choses comme ça, en vrai, pendant les séances, ou dans la vie avec les gens, pour coller le plus possible au Réel.

Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre, ni si je vais y arriver, mais mon rêve, ça serait d'arriver à vous parler de clinique, et qu'à la longue, à force d'en parler, ça finisse par produire quelques effets. Tout homme peut rêver n'est-ce pas ?

Cliniquement, pour que ça fasse un effet, il faut qu'on arrive à arrimer nos interprétations à un Réel, sinon, elles ne serviront à rien. Et c'est ça que j'aimerais vous faire sentir, au fil du temps, c'est comment on fait pour ne pas dire n'importe quoi quand on interprète ? Je laisse la question en suspend pour le moment, en espérant bien que ça va vous travailler un peu quand même...

Ce qui est vraiment bien dans cette nouvelle démarche de PA, c'est qu'on commente un post d'une personne qui n'est pas là. Ca permet de se lâcher un peu : on peut parler en "il" et en "elle", et commettre toutes maladresses du monde, tous les manques de tact possibles et imaginables, et toutes les autres brutalités subjectives qu'on va nécessairement commettre sans les avoir voulus, et comme ça, ça ne fera de mal à personne. Ca, ça va vraiment permettre de se lâcher sur les interprétations. C'est un peu la même chose que je fais avec mon ennemi dialectique : le discours médical.

Le problème, c'est qu'il ne faut pas perdre le Réel en cours de route. Et ça ne peut pas être celui de Sixtine, puisqu'elle n'est pas là. Donc le Réel en question, c'est le Réel de chacun qui parle ici. Il faut donc que nous gardions ça à l'esprit, que quand on interprète à la 3eme personne, on parle toujours un peu de nous, d'une manière ou d'une autre. Individuellement et collectivement.

Et on a le droit hein ! Je dirais même qu'on est là pour ça. C'est juste qu'il ne faut pas l'oublier, sinon, ce qu'on dit ne produit rien, et ça ne fait aucun effet.

En croyant parler de l'Autre, on parle toujours de soi.

Et donc, c'est ça que je veux vous faire sentir pour ce premier post.

A propos du discours de Sixtine, pour l'instant, je me contenterai seulement de dire que là, on a un excellent exemple de déchéance subjective et de ses effets wink

Avec des marqueurs excréments nets de notre aliénation aux discours médical et scientifique.

Alors, pour le texte en lui-même, je ne vais pas aller beaucoup plus loin pour cette fois-ci. Je voudrai d'abord vous lancer un truc comme ça, un pavé dans la marre, un truc qui vient du discours de Sixtine, pour mettre un peu l'ambiance, et j'espère, stimuler un peu la discussion.

J'ai parlé de "déchéance subjective", et ce sont des mots importants. Pour plein de raison. Entre autres, parce que ça fait pro, parce que c'est du langage de psy.

Prendre ce langage, s'en emparer comme d'une place forte, oser employer ce genre de mots, c'est une conquête symbolique, c'est une bataille qu'il nous faut mener. Comme pour le mot clinique.

Ce sont des mots puissants, qui permettent de parler avec les puissants ! Et de se faire entendre !

N'ayons pas peur de leurs mots, employez, re-approprions-les nous !

Si nous leur laissons le langage, on est foutu ! Servons-nous-en !

Si il y a une chose que j'ai retenue de mon analyse, c'est que la parole, ça ne se donne pas, ça se prend !

J'aurai bien l'occasion de revenir plus tard sur cette expression de "déchéance subjective", et sur tout ce qu'on peut dire avec ces mots. Le truc que je voulais vous dire pour mettre l'ambiance, pour poser un peu quelque chose, et qui tranche nettement avec ce que je viens d'annoncer, tout en restant absolument cohérent, c'est qu'il ne faut pas parler que de ça.

La déchéance, hein, c'est en rapport avec le déchet.

Et il faut oser parler de ce dont il est question mes amis. Aussi effrayant que ça puisse nous à-part-être.

Il faut aussi parler de merde.

Il est de toute première instance que nous, les PUD, nous a-prenions à parler de merde.

Je vous dis ça solennellement, haha big_smile

Ca, c'est vraiment super important pour nous, c'est Pesteux qui vous le dit, et Pesteux, en matière de merde, il s'y connaît.

Je suis un chercheur de merde de première, depuis toujours.

Voilà, c'est lâché !

Même si c'est très emmerdant.

C'est très emmerdant, parce que la plupart du temps, je ne m'en rends absolument pas compte.

Mais vraiment pas, je vous le jure : j'ai très longtemps ignoré que je cherchais la merde. J'étais tout-à-fait, comme on dit, de bonne foie wink

Seulement voilà, on ne me croyait pas...

Personne n'y croyait, parce que tout le monde le voyait bien, que je cherchais la merde...

Tout le monde, sauf moi haha wink

C'est un peu comme un 6e sens, le cherchage de merde...

Quand tu es dedans, tu ne le vois pas. Et quand tu t'en rends compte, c'est souvent trop tard...

Donc, j'ai fini par me sentir un peu Pesteux, m'voyez ?

Mais n'essayez-pas de vous défiler bande de petits chenapans !

Je sais bien que je ne suis pas tout seul dans la merde.

Si il y a une chose qui se lit sur PsychoActif, si il y a une chose de vraiment frappante, de façon massive et incontestable, c'est que la merde est notre signifiant maître.

Collectivement.

Comme je vous disais, c'est plutôt emmerdant comme signifiant maître, c'est plutôt emmerdant de parler de ça.

L'équipe vient de nous faire un texte super pro, et voilà que je viens foutre la merde là au milieu.

Déchéance subjective, forcément, ça fait mieux.

Mais intuitivement, comme ça, j'ai envie de vous dire qu'on ferait mieux de ne pas se cacher derrière notre petit doigt.

J'ai déjà essayé, et heuu... comment vous dire... j'ai eu des problèmes. Des gros wink

On ne veut pas seulement s'adresser aux puissants, on veut aussi s'émanciper nous, juste nous, chacun, individuellement, dans notre rapport aux drogues, dans notre rapport aux autres, dans notre rapport au monde !

On n'a pas seulement un rôle social à jouer sur PA, c'est pas juste pour de rire, c'est pas juste du blabla : pour beaucoup d'entre nous, il y a quelque chose qui se joue ici, un enjeu tout ce qu'il y a de plus Réel !

Il y a des trucs importants pour nous, juste pour nous. La preuve, c'est qu'on peut être affecté par ce qui se passe, par ce qui se dit. Le Réel qui nous est propre est mis en jeu à chaque fois qu'on écrit, et très souvent quand on lit !

Et sans conteste, la merde fait partie des choses qui nous affectent. Sur PA, on peut très facilement s'engueuler à propos de merde.

Si on part de là, on sait qu'on ne part pas d'un truc au hasard : il y a quand même bien un "je ne sais quoi" de Réel, aussi gênant que ça puisse être, qui fait que c'est un signifiant qui revient tout le temps, et qui nous colle au derrière. Ce qui est plutôt logique, si on ne cherche pas trop à con-prendre.

C'est pour ça que, si je me mets en position d'analyste par rapport au forum, si j'essaye d'arrêter de parler tout le temps comme un analysant, et que je tente, quand même, de laisser un peu de place aux Autres, eh bien je crois bien qu'il faut que je vous lance sur ça : sur la merde.

Parce bon, je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve ça bizarre que ce signifiant revienne tout le temps, qu'il se répète comme ça en permanence, sans qu'on le fasse exprès. On dirait qu'on ne connaît que cette métaphore-là, et qu'elle est tout à fait centrale pour nous.

Un peu comme une malédiction...

Un peu comme un mauvais sort...

Vous ne trouvez pas ?

Sixtine: J'ai oublié de dire, pour bien enfoncer le couteau dans la plaie de n'avoir aucun petit souci qui pourrait justifier que je suis une merde, je suis très jolie.

girl_witch


PsychoActivement.

Dernière modification par Pesteux (Aujourd'hui à 06:11)


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