Hello Myozotis 
Merci pour l'article.
Mais j'ai l'impression d'un mal entendu total.
Pour moi, cet article n'attaque pas plus la "RDR institutionnelle" que la "RDR en autosupport". Il vise autant l'une que l'autre.
Pour moi, cet article n'attaque pas du tout la "RDR normative" que nous combattons sur PA.
Au contraire, il la défend, en tirant à boulet rouge sur "la réduction des risques non conditionnelle", qu'il déclare "héritée d'un autre temps".
Ce qu'ils attaquent dans la "RDR normative", c'est bien la "RDR" tout court. Le "normatif", il adorent ça, et ils en redemandent !
La preuve, les "soins" vont devenir obligatoires, et dès lors, cesser d'en être pour devenir des maltraitances.
Myozotis a écrit
il y a un rejet de plus en plus marqué de la RDR "normative" sur la plate forme.
Ca, c'est quelque chose de tout à fait assumé ! Et si tu veux mon avis, c'est pas prêt de changer
Mais ce qu'on défend sur PA, et qu'on appelle "RDR non normative et non prescriptive", c'est plus ou moins ce qui est durement fustigé dans l'article, et qui est abandonné à San Francisco.
Tu l'as compris, l'abstinence va redevenir le seul horizon possible pour qu'une aide aux PUD en détresse soit finançable par les institutions publiques. Et la prise en charge des souffrances psychiques injustement réduite à des "addictions", ben ça va se résumer à un sevrage à marche forcée, si la personne ne veut pas être abandonnée par les soignants.
C'est justement le genre de choses qu'on critique sur PA, et ce sur quoi on se fight avec l'opposition.
Je pense en effet qu'il faut défendre l'existence concrète de la RDR institutionnelle, faute de mieux, malgré les graves manquements qu'elle entretient, les violences quotidiennes auxquelles elle nous expose, et la logique d'exclusion du sujet qui la caractérise.
Mais qu'on ne me demande pas d'épargner ses errances dans les discutions sur le fofo. La RDR est un sport de combat, et tant que l'opposition viendra défendre la RDR normative et la prescription sur ce forum qui ne lui est pas destiné, je serai là pour leur rendre les coups.
Il ne faut pas confondre la détresse des personnes avec les croisades politiques et les provocations des trolls de l'opposition.
Myozotis a écrit
Car moi qui fait de la rdr "normative" en IRL je peux vous assurer que j'essaie de transmettre les mêmes valeurs qui sont défendues sur PA sans peur d'être réprimandée par mes supérieurs ou mes collègues qui valident mon savoir expérientiel.
Mais pourquoi tu dis que tu fais de la "RDR normative" ?!!!
La RDR institutionnelle tend à être normative, mais toutes les personnes qui travaillent dans les institutions ne sont pas des monstres de normativité, loin de là. Il y a des résistants de l'ombre ! Et il y a aussi des résignés, qui rongent leur frein, mais qui n'en pensent pas moins, impuissants devant la déroute humaine et sanitaire qui se joue sous leurs yeux... Je ne leur jette pas la pierre.
Si je puis me permettre, tu choisis très mal tes mots. Je pense que l'expression "RDR normative" ne reflète que ton sentiment de culpabilité, parce que tu t'identifies aux structures institutionnelles pour lesquelles il t'arrive de travailler. A tort selon moi, car tout ce que je sais de ta pratique personnelle me montre à quel point elle n'a rien de normative, très loin de là.
Il faut bien vivre, et si ce sont la RDR et le "prendre soin" qui te font vibrer, t'as pas à te sentir coupable. C'est pas parce que tu dois parfois travailler avec ou dans des institutions structurellement normatives et maltraitantes, que ça fait de toi une vendue, et que ça doit te faire appeler ce que tu fais "RDR normative".
Chacun résiste comme il peut à ce que les institutions lui demandent de faire. Et je sais que c'est ton cas bien plus souvent qu'à ton tour !
Myozotis a écrit
J'ai l'impression d'avoir le cul entre deux chaises et ce n'est pas très confortable comme assise.
Il n'y a aucune raison de te sentir visée dès qu'on critique les institutions de la RDR
Mon conseil de survie :

Amicalement.
рierre a écrit
Donc non, le drogue c’est utile parce qu’il faut pouvoir lui taper dessus quand on en a besoin. Bref fin de la parenthèse un peu hors sujet
Heu oui un peu HS mais ça me va.
рierre a écrit
mais non, l’Etat (français) n’en a pas marre de ses drogues :
Il en a marre de soigner ceux et celles qui en ont besoin, encore plus les usagers de drogues.
рierre a écrit
Un drogué c’est sale, c’est dysfonctionnel et en plus ça a sa part de responsabilité dans le climat d’insécurité (eh ouai, tu crois qu’ils les achètent comment leurs kalash les [pas si] petiots des quartiers Nord (de Marseille ou d’Amiens)).
Conséquences bien connues de la guerre contre la drogue menée par Nixon.
Ce que j'essaie de passer comme message est sur une autre tonalité qui rejoint parfaitement la tienne ceci dit.
Dans mon post je parle, entre autre, du droits des usagers de drogues dans l'accès au soin et ça part de la simple distribution de matériel à la répression de plus en plus assumée envers les usagers de drogues. C'est un rétropédalage extrêmement dangereux face à un contexte plus qu'inquiétant. Après tant d'années de lutte c'est difficile de voir ce qui ne tenais déjà qu'à un fil s'effondrer sous nos yeux.
Historiquement la RDR est une initiative portée par les personnes concernées par la conso. C'est là où l'écho est encore plus violent pour celles et ceux qui y consacrent une partie de leur vie.
Et c'est pour cela que je voudrais faire appel à la mobilisation, mais il faut être nombreux et je reste pessimiste.
Donc ok c'est un bon épouvantail politique (rien de neuf) mais aujourd'hui ça va encore plus loin et ça craint.
A+
рierre a écrit
Pour moi, cet article n'attaque pas plus la "RDR institutionnelle" que la "RDR en autosupport ". Il vise autant l'une que l'autre
Non, honnêtement je n'ai pas l'impression qu'ils ont consciences que l'auto support ait un quelconque impact sur les Puds. Je pense qu'ils s'en foutent un peu ^^. L'auto support est très peu soutenu par l'état, la RDR institutionnelle l'est bien plus. Là c'est une remise en question d'une politique de santé publique durement acquise. C'est pas la répression le problème c'est la pratique de la RDR en France qui l'est. Et si la rdr institutionnelle est en danger l'auto support l'est encore plus.
Ce que San Francisco montre aujourd’hui, c’est qu’un changement est possible sans renier la compassion, ni sombrer dans la répression brutale. La ville propose un modèle équilibré, fondé sur l’exigence, la responsabilité, l’accompagnement intensif et l’accès au soin véritable. La France pourrait s’en inspirer. Car il est temps de conditionner toute politique de réduction des risques à un accès structuré au soin, de ne plus se satisfaire des maraudes consistant à distribuer du matériel stérile, mais profiter de ce contact pour instituer une relation thérapeutique. Il faut augmenter massivement les moyens pour le suivi psychiatrique et psychologique, pour le logement accompagné, la stabilisation physique et mentale, faire de chaque interaction une opportunité de transformation et d’orientation vers l’abstinence. Pour cela, le discours doit changer : «retrouver le chemin de la vie sans les drogues et se reconstruire». Enfin, développons une offre nationale de centres de traitement sur le modèle validé scientifiquement des «Rehab centers» anglo-saxons ainsi que des centres résidentiels ou communautés thérapeutiques inspirés du modèle Minnesota. Conclusion : passer de la gestion de crise au choix du courage
Ce passage est particulièrement insultant et sans l'Etat pas de maraude, pas de distribution de matériel, pas d'analyses de produits.... Le gros problème dans cette histoire c'est que l'on dépend d'eux sur trop de point pour faire perdurer cette pratique.
рierre a écrit
Pour moi, cet article n'attaque pas du tout la "RDR normative" que nous combattons sur PA.
Je vois... Sauf que sur PA on s'abstient de parler du médical alors que selon moi la RDR et l'auto support n'existerait pas sans le médical. L'auto support c'est un contre pouvoir libérateur mais sans les médecins on est bien emmerdés... Je compose avec cette réalité; pas de pouvoir sans contre pouvoir! Et j'aime être des deux côtés parce que c'est de l'intérieur qu'on peut faire avancer les choses. Et heureusement que l'on peut parler des maltraitances médicales encore librement même si de façon anonyme... Bref big up à PA pour ça
Ce que j'essaie de dire c'est que si l'on perd le pouvoir médical on perd aussi notre contre pouvoir. Ce ne sera plus aux "sachants" à qui on aura à faire mais bien a des kisdés et ça sera une toute autre histoire. Le fond de mon propos tient là dessus, l'union fait la force. Et on est trop peu et peut être trop clivés pour mener à bien une action politique comme celle qui a pu se jouer dans les années 90 (médecins, politicien.nes et PUDs militant.es ensemble face à la répression abusive et meurtrière qui se jouait) Si on veut des résultats il va falloir se mobiliser ensemble...
рierre a écrit
La RDR institutionnelle tend à être normative, mais toutes les personnes qui travaillent dans les institutions ne sont pas des monstres de normativité, loin de là. Il y a des résistants de l'ombre ! Et il y a aussi des résignés, qui rongent leur frein, mais qui n'en pensent pas moins, impuissants devant la déroute humaine et sanitaire qui se joue sous leurs yeux... Je ne leur jette pas la pierre.
Important à clarifier. Merci beaucoup pour le reste de ton message. Car oui j'ai l'impression d'être une vendue alors que je fais exactement la même chose dans mes interventions sous couvert de l'ARS. De fait, ça crée une dissonance cognitive. Le tout c'est de pouvoir échanger sur le sujet.
A+
рierre a écrit
Je pense en effet qu'il faut défendre l'existence concrète de la RDR institutionnelle, faute de mieux, malgré les graves manquements qu'elle entretient, les violences quotidiennes auxquelles elle nous expose, et la logique d'exclusion du sujet qui la caractérise.
Heuuuu. La RDR participe à l'évolution de l'accompagnement des PUDS en addictologie. Sans elle oui on passera au sevrage forcé, c'est certains. La RDR institutionnelle c'est ce qui amène de la nuance dans les pratiques professionnelles. En fait, la RDR normative ça n'existe pas ou on la confond de façon hasardeuse avec la prévention.
ça je l'ai précisé sur mon premier post 
Myozotis a écrit
PA est une ressource, un lieu unique en son genre et il doit être préservé. Beaucoup trop de forumers ne lisent pas la charte ou viennent juste troller ce qui rend parfois l'ambiance très tendue. La modération défend une vision qu'il faut respecter. Le clash c'est de la merde, c'est une perte de temps infinie et surtout ça n'aide absolument pas la cause défendue!!!
Je suis une PUD j'ai mon parcours ma vision des choses et heureusement que chacun.e possède un esprit critique. S'adapter est une preuve d'intelligence. Ici il y a des règles qu'il faut respecter pour instaurer un climat de paix plus que nécessaire à la bonne continuité de cette action militante menée depuis plus de 20 ans.
Pour tout ceux où celles qui ont une vision différente de la RDR il est tout à fait possible de la pratiquer ailleurs qu'ici.
C'est un vrai problème on est d'accord.
Myozotis a écrit
Heuuuu. La RDR participe à l'évolution de l'accompagnement des PUDS en addictologie. Sans elle oui on passera au sevrage forcé, c'est certains. La RDR institutionnelle c'est ce qui amène de la nuance dans les pratiques professionnelles. En fait, la RDR normative ça n'existe pas ou on la confond de façon hasardeuse avec la prévention.
Il me semble que tu ne saisis pas bien les concepts de RDR institutionnelle. La grande différence, c'est qui parle de RDR et qui la définit !
Voila ce que je viens d'écrire pour l'aide mémoire sur la RDR dans le chapitre "Fondement de la RDR"
Cette RdR numérique que PA fait, redéfinit la RdR par le bas. Elle représente clairement un changement dans la manière dont on parle et qui parle de réduction des risques. A travers le prisme de l’expérience et une forme d’essais et d’erreurs collectifs, on peut discerner une contre-voix au discours dominant et au contrôle de la notion de réduction des risques par les experts. La RdR passe de ce qui peut être considéré comme un discours descendant et professionnalisé de réduction des risques (modele top-down) à un discours généré par les pairs et dirigé par les PUD (modèle bottom – up).
Les priorités de PA ne sont pas celles de la RdR en santé publique traditionnelle, qui est parfois perçue comme privilégiant des risques plus abstraits par rapport aux menaces immédiates pour la PUD. Notre discours peut être même catégorisé comme une « contre-santé publique" car ils s’écartent de celui des normes de la RdR en santé publique. Dans PA, la réduction des risques va au-delà de la simple prévention des risques : elle est une vision commune des usages de drogues comme étant des pratiques acceptables et vise une utilisation plus efficace et plus sûre d’une ou plusieurs drogues.
PA est un outils d’empowerment social et politique qui proposent un projet de transformation sociale : tout en se revendiquant de la politique de RdR, c'est une arène publique ou le droit de consommer des drogues et de maximiser les bénéfices de la consommation sont revendiqués. PA résistent au jour le jour à la politique de prohibition, ainsi qu’à une partie de l’addictologie qui tend à envisager l’addiction comme une maladie du cerveau, en ouvrant des voies alternatives à la répression et à la médicalisation (même si de plus en plus d’addictologues intègrent aujourd’hui les approches de RdR en particulier parmi les nouvelles générations).
Quand a la RDR institutionnelle, a-t-telle vraiment une vision unique et éclairée de l'usage de drogues ???? Je ne le crois pas, et je démonte tout cela dans ce meme livre. La RDR institutionelle, ce sont avant tout des outils (substitution, don de seringue, don de naloxone, TASP...) créés pour lutter contre les virus VIH, VHC et les OD. C'est déja beaucoup, mais en aucun cas ca fait une vision de l'usage... Dans la RDR institutionnelle, il y a des personnes qui pensent que la RDR doit (j'insiste sur le doit) etre la 1ere marche vers le soin, des personnes qui pensent qu'il faut que les PUD arretent. C'est très loin de nous et de notre positionnement...
Quand à la RDR normative, c'est la RDR qui dit qu'il faut attendre 6 semaines avant de reprendre de la MDMA, qu'il faut arréter la kétamine parce qu'on a des Kpain, sans prendre en compte la personne, ses besoins, ses bénéfices. C'est une négation du sujet, voire une maltraitance ! Par facilité, certaines personnes pratique cette RDR, en répetant comme des perroquets ce qu'ils ont lu sur des brochures et en ne s'adaptant pas à la personne.
Myozotis a écrit
La grande différence, c'est qui parle de RDR et qui la définit !
Salut Pierre,
Je vois.
Ok c'est ça la RDR normative. Je confirme que cela existe bel et bien.
Il s'agirait parfois même du principal objectif caché derrière cette pratique et de fait une démarche qui va à l'encontre des principes fondamentaux, je ne peux le nier.
рierre a écrit
Quand a la RDR institutionnelle, a-t-telle vraiment une vision unique et éclairée de l'usage de drogues ???? Je ne le crois pas, et je démonte tout cela dans ce meme livre. La RDR institutionelle, ce sont avant tout des outils (substitution, don de seringue, don de naloxone, TASP...) créés pour lutter contre les virus VIH, VHC et les OD. C'est déja beaucoup, mais en aucun cas ca fait une vision de l'usage...
C'est là où je ne suis pas sûre de te rejoindre complètement. La RDR institutionnelle ne se résume plus du tout au sanitaire grâce à la période de transition de la séronégativité de la RDR post sida. Les formations mettent en avant le pouvoir d'agir de l'usager, le principe de rétablissement à ne pas confondre avec l'abstinence, l'écoute active et plein d'autres techniques qui sont à l'opposées du discours médical traditionnel. Et surtout, qui tendent à répondre du mieux possible à la DEMANDE de la personne concernée. Supercherie? Je ne sais pas..
J'ai l'impression que ce sont les freins juridiques qui rendent la RDR maltraitante dans certaines structures. Le manque de moyen facteur aggravant de maltraitance dans toutes les institutions du soin. On a parfois à faire face à des professionnels résignés ou encore pire l'embauche volontaire de bons samaritains qui font fuir les usagers parce que la structure ne peut se permettre de faire mieux faute de ... Je reconnais que ce type de dysfonctionnement découle directement de la stigmatisation mais pas que.
La RDR a sortie les Puds des hôpitaux psychiatriques, elle a permis aux usagers d'acquérir des droits essentiels à la reconnaissance de leur citoyenneté. Et ces droits certes insuffisants, ben on s'y accroche comme on peut et je pense que c'est un acquis fragile.
Honnêtement, je ne vois pas comment on peut essayer de faire évoluer la RDR alors que celle ci est tout bonnement entrain de s'effondrer sous nos yeux.
Ce que j'essaie de dire maladroitement certes, c'est qu'au vu de la situation, j'ai une peur légitime que la RDR disparaisse. De fait, cette peur est aussi présente au sujet de la survie de PA.
Les décisions politiques tombent pendant que nous essayons de défendre nos valeurs ce qui est un combat important oui, mais n'oublions pas qu'à côté c'est la guerre dont on sera les premières victimes..
On fait comment pour se faire entendre? Comment se défendre face à un gouvernement fasciste? Qui est ce qui va subventionner les actions militantes?
C'est ces question que je viens soulever avec mon billet de blog rien d'autre.
Myozotis a écrit
on est trop peu et peut être trop clivés pour mener à bien une action politique comme celle qui a pu se jouer dans les années 90 (médecins, politicien.nes et PUDs militant.es ensemble face à la répression abusive et meurtrière qui se jouait) Si on veut des résultats il va falloir se mobiliser ensemble...
Donc même si on est pas d'accord avec les médecins , on ne pourra, je pense, rien faire sans eux.
Merci pour ta réponse Pierre et aussi pour tout ce que tu fais depuis des années.
Mais quels droits, quelle citoyenneté ? c'est un abus de langage de dire cela. La RDR des institutions cohabitent avec la prohibition et elle ne la combat pas, elle cohabite avec le fait de mettre les PUD en prison ! Je ne vois pas ou est la défense de la citoyenneté dans cela.
Myozotis a écrit
La RDR institutionnelle ne se résume plus du tout au sanitaire grâce à la période de transition de la séronégativité de la RDR post sida. Les formations mettent en avant le pouvoir d'agir de l'usager, le principe de rétablissement à ne pas confondre avec l'abstinence, l'écoute active et plein d'autres techniques qui sont à l'opposées du discours médical traditionnel. Et surtout, qui tendent à répondre du mieux possible à la DEMANDE de la personne concernée. Supercherie? Je ne sais pas..
Excuse moi, mais c'est du blabla institutionelle que je connais tres bien pour faire aussi partie d'une institution. Ce que tu cites, c'est des outils, ca ne fait absolument pas une pensée. La pensée de la RDR institutionnelle est toujours resté coincée dans le VIH ! Elle n'a pas évolué un pet depuis. Et d'ailleurs on le voit tres bien quand la RDR est attaquée : les seuls truc qu'on ressort ont 30 ans, et c'est la lutte contre le VIH...
Myozotis a écrit
Donc même si on est pas d'accord avec les médecins , on ne pourra, je pense, rien faire sans eux.
Mais bien sur que si ! C'est ce type de discours qui les rend ultradominant et qui permet à leur discours médical de nous écraser ! L'émancipation des PUD se fera loin des médecins. La médecine est la pour faire rentrer les déviances dans le droit chemin (si ca vous tente, je vous donnerais les références de Conrad qui explique cela). Comme pour l'hystérie ou la masturbation dans les années 1800 ou l'homosexualité il n'y pas pas longtemps. Ils ne sont certainement pas nos aliers. Au mieux, ils nous considèrent comme des malades qu'il faut soigner. Mais ils ne comprennent rien aux savoirs expérientiels, ou à la stigmatisation... D'ailleurs, ils sont de l'autre coté de la stigmatisation, c'est bien eux qui stigmatisent les drogués. Pour le comprendre, il faut revenir à la définition de la stigmatisation : c'est un processus social de domination des PUD par une caste de dominants que sont les addictologues, les policiers, les juges, les politiques... pour faire respecter une norme sociale qui est l'abstinence de produits illicites. La stigmatisation est donc appliquée par les dominants pour nous faire rentrer dans le rang ! (je peux aussi vous donner les références de Link et Phelan, 2001, sur la définition de la stigmatisation)
Et pour continuer, moi les médecins qui disent qu'ils ne stigmatisent pas les PUD, ca me fait flipper. Parce que ca veut dire qu'ils n'ont pas fait de travail sur la stigmatisation, et que ce sont eux qui stigmatisent le plus !
Bonne soirée
Pierre
рierre a écrit
voici la suite de la discussion. C'est important pour moi, parce que j'ai une critique acerbe de la RDR institutionnelle qui ne répond plus au besoin des PUD. D'ailleurs, pour ceux qui lisent l'anglais, vous pouvez lire mon article pour le HarmReductionJournal, sur la RDR institutionnelle, et qui demande un nouveau modele de RDR "For a renewd harm reduction model"
Salut,
Je te remercie infiniment pour cet échange que je trouve hyper constructif!
Quand je parle de citoyenneté, effectivement, je me rattache à une histoire. Celle de personnes qu'on a laissé mourir dans le silence trop longtemps parce qu'il s'agissait de "drogués irresponsables", des délinquants en puissance. Etre citoyen.ne pour moi c'est des devoirs mais aussi des droits. L'accès à la substitution, la distribution de seringue, peuvent paraître dérisoire ajd mais oui la RDR a apporté de la dignité là où il se passait un massacre sanitaire. Si ce n'est pas une reconnaissance de la citoyenneté d'individus je vois pas trop ce que c'est alors....
рierre a écrit
Excuse moi, mais c'est du blabla institutionelle que je connais tres bien pour faire aussi partie d'une institution. Ce que tu cites, c'est des outils, ca ne fait absolument pas une pensée. La pensée de la RDR institutionnelle est toujours resté coincée dans le VIH ! Elle n'a pas évolué un pet depuis. Et d'ailleurs on le voit tres bien quand la RDR est attaquée : les seuls truc qu'on ressort ont 30 ans, et c'est la lutte contre le VIH..
Et c'est sur ce sujet, où je pense que tu as infiniment plus d'expérience que moi, que j'ai besoin de comprendre pourquoi tu es si affirmatif sur la question?
De mon expérience, la RDR devenue institutionnelle a complétement démolie le paradigme de l'abstinence comme projet d'accompagnement. Les caaruds et les csapas sont fréquentés par des personnes dans le besoin (pour la plupart) avec une demande. Les drogués heureux on les voit pas trop dans les institutions...Et je conçois qu'ils ne puissent pas l'être, tellement ils ne sont pas entendus Quand tu parles de prison, je ne comprends pas très bien comment tu la définis. La pathologisation de l'addiction en est une c'est sur. Mais moi, je ne connais que la prison du prescripteur...
рierre a écrit
Mais bien sur que si ! C'est ce type de discours qui les rend ultradominant et qui permet à leur discours médical de nous écraser ! L'émancipation des PUD se fera loin des médecins. La médecine est la pour faire rentrer les déviances dans le droit chemin (si ca vous tente, je vous donnerais les références de Conrad qui explique cela). Comme pour l'hystérie ou la masturbation dans les années 1800 ou l'homosexualité il n'y pas pas longtemps. Ils ne sont certainement pas nos aliers. Au mieux, ils nous considèrent comme des malades qu'il faut soigner. Mais ils ne comprennent rien aux savoirs expérientiels, ou à la stigmatisation... D'ailleurs, ils sont de l'autre coté de la stigmatisation, c'est bien eux qui stigmatisent les drogués. Pour le comprendre, il faut revenir à la définition de la stigmatisation : c'est un processus social de domination des PUD par une caste de dominants que sont les addictologues, les policiers, les juges, les politiques... pour faire respecter une norme sociale qui est l'abstinence de produits illicites. La stigmatisation est donc appliquée par les dominants pour nous faire rentrer dans le rang ! (je peux aussi vous donner les références de Link et Phelan, 2001, sur la définition de la stigmatisation)
C'est là où je suis sûrement bien plus défaitiste que toi, dans le sens où, je ne vois pas comment se dissocier du médical alors qu'on est trop peu et qu'on a malheureusement pas le poids du statut... C'est vraiment purement factuel (bien qu'horrible on est d'accord là dessus) et de fait je ne vois pas comment on peut rendre un si beau projet réalisable sans se confronter à la réalité du terrain et du climat politique actuel. J'ai lu votre article (par ailleurs excellent) et ce que j'ai retenue, juste en terme de stratégie, c'est que le fait que tu sois chef de service d'un CSAPA pourrait permettre de développer cette initiative hors forum ?
Ma question réside tout simplement là. Quels moyens avons nous?
Pierre, je connais que trop bien les maltraitances institutionnelles et je te rejoins à cent pour cent sur la richesse milles fois plus précieuse et aidante du savoir expérientiel par rapport au discours médical qui est complétement à côté de notre réalité. Je suis pas hyper bien vue dans mon milieu tant je mets ces principes fondamentaux en avance. C'est pour ça que je suis sur PA :).
Je m'engage dans la révolution mais il faut un plan!!!
Bien à toi
Myoz
Tu parles du dispositif TREND/SINTES de l'OFDT? Si c'est le cas je te rejoins à 100%.
ça fait longtemps que je me pose beaucoup de question à ce sujet... Perso je trouve que ça pue
Yo les Psychos !
Mon précèdent texte a été conçu en même temps que celui-ci, et en constitue l'introduction. Il symbolise à merveille le propos que je tiens aujourd'hui. Je ne saurais que trop recommander de le lire avant, et même de prendre le temps de lire l'ensemble du fil de discussion où il a été posté : "Les produits tuent de deux façons" (cliquez pour lire !).
Amis stressés de la compréhension, détendez-vous ! Le Pesteux, ça ne se comprend pas, ça s'entend ! Ca se lit comme une poésie dialectique. *L'essentiel*, c'est pas ce qu'on comprend, c'est comment ça sonne ! Et à quoi ça rime ! Si vous ne comprenez pas complètement tout, c'est bon signe !
Quand on a compris, on est prisonnier de notre pensée actuelle : on ne peut plus rien inventer de nouveau ! Laissons le "tout compris" au discours médical ! Pour que quelque chose de nouveau puisse advenir, il faut passer par ce moment fugitif où soudainement, la pensée dé-faille, où on est sonné, et où on ne comprend plus rien.
Il ne s'agit pas de comprendre quelque chose, mais de se laisser travailler par des questions fondamentales. L'important n'est pas d'être d'accord ou pas d'accord, l'important, c'est ce que ça évoque, et ce que ça inspire. Tout ce que j'en espère, c'est qu'avec le temps, j'en recevrai quelques échos...
A l'attention des quelques proches qui ont écouté ce que j'avais appelé mon séminaire, vous trouverez ici de nombreuses résonances et autres références croisées, qui bien sûr, ne doivent absolument rien au hasard.
J'ai bien conscience qu'en plus d'être long, je viens de vous écrire un truc plutôt dense, qui demande un certain travail de lecture. Mais j'ai l'impression que je tiens un truc important. Peut-être seulement pour moi ? Est-ce que quelqu'un m'entends ?
Quelques considérations stratégiques *essentielles* pour une révolution de la RDR...
.. et autres développements autour de cette notion de "discours médical" que j'essaye d'élaborer au fil de mes textes...
Myozotis a écrit
C'est là où je suis sûrement bien plus défaitiste que toi, dans le sens où, je ne vois pas comment se dissocier du médical alors qu'on est trop peu et qu'on a malheureusement pas le poids du statut...
Merci pour tes commentaires Myoz. J'avais laissé ce sujet en plan, un peu par lâcheté je l'avoue : tant de choses à dire, et si peu de temps pour dissiper l'impression de profond malentendu qui se dégageait de cet échange...
Depuis, on en a beaucoup reparlé tous les deux, et ça m'a bien mis au travail : je me sens toujours plus inspiré par le sujet. Myoz, si tu permets, je vais reprendre certaines de tes questions pour articuler mon texte, car je crois que pas mal de gens peuvent se les poser aussi : ça me fait un bon support narratif.
Ce champi vert qui a fait remonter la discussion en page d'accueil, ça m'a donné envie d'y revenir. Un commentaire faisant l'éloge de mon sens du "juste milieu", haha
Je ne sais pas vraiment comment il faut que je prenne ça
En tout cas, ça tombe bien, ça me donne l'occasion de saluer la sortie du livre de Pierre avec ce texte !
Ce que j'exprimais dans mon précèdent post sur ce fil, à l'attention de Myoz et de tous les travailleurs de la RDR, avec ou sans statut officiel, c'était simplement que notre véritable légitimité n'est pas dans les étiquettes que nous devons porter pour trouver notre place dans les structures (sociales, professionnelles, institutionnelles, familiales, psychiques, etc.).
Certes, qu'on le veuille ou non, on est bien obligés d'accepter une étiquette pour interagir avec les autres, mais je pense qu'il faut se méfier de notre tendance à trop nous y identifier. On n'est pas obligés de rester enfermés dans la case à laquelle l'étiquette nous assigne ! On n'est pas obligés d'y croire, même si c'est pas si facile que ça de s'en émanciper. Pour moi, c'est là que réside notre pouvoir d'agir, dans cet écart entre notre personne et ses "étiquettes".
Ca n'invitait en rien au compromis ou au "juste milieu" avec le discours médical, au contraire, c'était plutôt un appel à s'en affranchir radicalement, en dépit des apparences et des statuts qui nous désignent une place bien définie dans l'organisation du travail et la hiérarchie sociale. S'émanciper du discours médical, c'est d'abord un travail sur soi et son rapport aux autres : c'est un travail de l'Intime.
Pour moi, ça n'est pas le statut qui fait le discours médical, c'est justement ... le discours ! C'est-à-dire la logique à laquelle l'approche médicale nous assujettit, et le lien de domination qu'elle institue.
Notre aliénation collective au discours médical, ça n'est pas seulement une question de hiérarchie et d'organisation du travail, même si ça compte, c'est avant tout qu'on y est habitués, qu'on y croit, et qu'on a du mal à concevoir notre vie et notre travail en dehors de ses préceptes : c'est une logique largement intériorisée, qui fait partie intégrante de notre rapport au monde moderne.
Pour le dire autrement, l'habit ne fait pas le moine : ça n'est pas la blouse blanche qui fait le médecin, mais son discours et sa logique de travail. Avec ou sans la blouse, avec ou sans masque, ça ne change rien. Et je le redis, il n'y a pas que les soignants qui sont prisonniers du discours médical, les PUD sont les premières à y croire. Vous allez me dire, waouh, il est vachement fort ce "discours médical" ! Et je vais vous répondre, non, c'est juste nous qui sommes vachement cons haha ! "con-pris" 
"Con-pris", c'est pas juste pour vous faire entendre que le discours médical nous prend pour des cons, c'est aussi pour vous faire entendre qu'on est "pris", pris-onniers de quelque chose, d'une dialectique, d'un discours ! C'est si rassurant d'être compris ! Ahhh c'que ça fait du bien ! De se sentir compris par l'Autre. D'être "pris avec soi" ou de "prendre avec soi", d'incorporer, ou d'être incorporé, de s'inscrire tous dans l'Unité d'Un discours. Ne former plus qu'Un, c'est le fantasme absolu n'est-ce pas ? On en r'demande ! Mais il faut se demander à quel "prix" ?
Parce que quand on part de cette image de l'Unité pour élaborer notre dialectique et pour parler et pourparler, c'est-à-dire pour monter sur la scène du monde symbolique, on ne peut plus rien exprimer de notre altérité, on étouffe ! C'est ça que tentait d'exprimer Freud avec son Oedipe, c'est pas être amoureux de sa maman ou de son papa, et toutes ces conne-ries très mal vulgarisées ! (mais c'est vrai que c'est plutôt complexe^^) Ce qu'on peut en retenir, de façon très ramassée, c'est que c'est l'Un ou l'Autre, jamais les deux.
La rencontre, l'entrée dans le symbolique, c'est la *re-connaissance* de cette limite, de cette faille, de cet abîme, de cet l'écart irréductible entre les deux ! Ca n'a rien à voir avec un interdit, sauf à l'entendre symboliquement, comme un "inter dit", avec un espace, une faille, un vide où la voix résonne, entre les deux : c'est justement l'écart dont je vous parle ! Le symbolique, c'est ce qui sonne et qui résonne, ça n'a rien à voir avec le raisonnement qui peut se comprendre.
Le mé-pris fondamental du discours médical s'articule autour d'une mé-connaissance, d'une mé-prise : à proprement parler, il se trompe de "prise", il n'attrape pas le problème comme il faudrait, il le prend mal, il tombe à coté. D'ailleurs sa mé-chanceté s'explique de la même manière. Ca ne s'entend pas facilement, mais le "chanceté", c'est la même racine que dans le mot dé-chéance, comme le verbe "choir", tomber. Et ça, la dé-chéance symbolique, c'est quelque chose que les PUD co-naîssent bien, n'est-ce pas ? Autrement dit, en matière de vie psychique ou de rapport au produit, le discours médical tombe toujours à côté du sujet 
Le sujet, c'est celui qui vous parle ! Faut quand même bien supposer que c'est un sujet qui vous parle, non ? Faut quand même bien supposer un sujet pour interpréter un discours, non ? Ou alors quoi, un discours sans sujet ? Eh ben ouais, vous l'avez reconnu : le discours médical, c'est le discours sans sujet. C'est le discours d'un objet : l'organisme. C'est-à-dire, le corps en tant qu'il ne parle pas. C'est bien pour cela que par nature même, le discours médical reste structurellement sourd à la dimension symbolique de la demande qui lui est adressée.
Quand je dis que le discours médical est le discours de l'organisme, et qu'il n'y a pas de discours sans sujet, je veux dire que le discours médical, c'est un sujet qui parle de son objet, l'organisme, en croyant que l'objet parle de lui-même. C'est-à-dire que quand un sujet est pris dans le discours médical, il ne se rend pas compte le moins du monde qu'il parle de lui-même : il croit parler de l'Autre. Le discours médical objective le sujet, c'est ça son objectif, comme avec un appareil photo : la fenêtre de son fantasme, la grille de lecture à travers laquelle il interprète le monde et s'en donne une image. Et encore une fois, ça ne concerne par que les médecins. C'est pour cela qu'on peut dire que nous sommes assujettis au discours médical, en entendant le "a" comme un "a" privatif. On est privés, dépossédés de quelque chose, prolétarisés. Bref, l'éternelle arnaque symbolique du discours sans sujet...
Pour moi, s'affranchir du discours médical en matière de drogues, ça n'est pas arrêter de se former aux connaissances médicales si ça nous intéresse, ça n'est pas arrêter d'être médecin, psychologue, addicto, infirmier, ou autres travailleurs du soin si c'est ça qui nous passionne. Ca n'est pas mettre un frein à sa carrière professionnelle. Ca n'est pas se lancer dans la guerre d'une profession contre une autre, en s'attaquant sur les titres et les statuts. Bien sûr, ça peut m'arriver de lancer des sarcasmes à la tête des "médecins" ou des "psychiatres" pour illustrer un propos, pour lui donner corps, parce que ça parle, parce que sa soulage, parce que ça défoule ! Mais au fond, évidemment, c'est une logique de travail que je vise, bien plus qu'une personne ou qu'un statut social.
C'est avant tout changer notre manière de travailler et notre conception de la RDR. Un statut n'a jamais fait une pratique : c'est l'inverse ! Le statut, c'est ce qui reconnaît une pratique et qui lui donne droit, ça n'est pas ce qui la fonde ! Le statut, ça vient toujours dans un second temps logique, dans "l'après coup" d'une pratique.
Encore faut-il être capable de rendre compte de "ce qui marche" dans une pratique, c'est à dire de "ce qui ne va pas" de soi. Et ça, c'est quand même paradoxal, que "ce qui marche", ça se fonde sur "ce qui ne va pas", non ? Mais on ne parle pas du "ce qui ne va pas" de la pratique, ni du "ce qui ne va pas" de l'Autre, on parle bien du "ce qui ne va pas" de soi. Ce qui n'est pas du tout la même chose, n'est-ce pas ?
Pour donner naissance à un statut pertinent, il faut déjà parvenir à lire ce qu'une pratique a de singulier, il faut déjà pouvoir parler du Réel qui lui est propre, il faut déjà être capable de dire sur quoi elle se fonde ! Sinon, on va créer un statut qui étouffe une pratique alors qu'on voudrait la libérer, on va créer un statut qui écrase, qui rend la pratique impossible, faute d'avoir su prendre conscience du "déjà-là" subversif dans notre travail. C'est ça la "censure", le "refoulement" dont les psychanalystes parlent tout le temps. Ca n'est pas quelque chose qu'on oublie, c'est pas du "déni", c'est quelque chose de "dejà-là", dont on parle, mais dont on ne saisit pas l'importance centrale et tout à fait déterminante pour nous. C'est à dire qu'on en parle sans en tirer la moindre conséquence logique : ce qu'on dit ne produit aucun effet. En général, c'est parce que c'est très emmerdant 
J'ai l'impression que c'est un peu ça qui s'est produit avec l'institutionnalisation de la RDR. La RDR a tellement désiré la reconnaissance symbolique du discours médical, qu'elle a fini par adopter sa grammaire et par s'exprimer dans son langage. Mais dans ce langage, il est impossible d'exprimer ce que la RDR a de subversif. A trop vouloir con-vaincre, la RDR a fini par se con-fondre avec le discours médical, c'est à dire à se "fondre avec", si bien qu'elle en est envahie au point de ne plus oser ni savoir comment lui dire "STOP, ça nous n'en voulons pas !".
Pour moi, "se dissocier du médical", c'est avant tout un changement de discours, c'est à dire, je le re-répète, un changement de logique fondamentale.
Le fond de mon propos tient là dedans, l'union fait la force. Et on est trop peu et peut être trop clivés
Pour moi, la révolution, ça n'est pas seulement prendre le pouvoir pour imposer un statut ou une loi, c'est avant tout fonder une pratique. Pour moi, prendre le pouvoir sans changer sa logique, ça conduit seulement au changement d'un maître pour un autre : on n'est pas plus avancés. Ca donne des révolutions comme celles des planètes autour du Roi-Soleil, un mouvement inertiel qui déploie une énergie colossale, mais qui finit toujours par revenir au même point, faute de parvenir à se libérer de la force d'attraction de son centre de gravité.
Pour moi, il faut se demander sérieusement : autour de quoi la RDR tourne-t-elle en rond ?
Et ma réponse personnelle c'est : autour de la figure tutélaire du Prescripteur.
Hem... Hem...
J'en profite pour saluer le modérateur qui a accompagné PA pendant des années, et lui dédier ce texte qui exprime assez bien, je l'espère, les raisons profondes de mon différend politique et clinique avec lui. Ca ne sont ni les statuts ni les étiquettes ni les préjugés : ce sont les fondements même de nos approches qui sont irréconciliables.
Dans ce texte que j'estime fondateur, et dont la pertinence dialectique et clinique me parait encore sous-exploitée, Plotch donne l'amorce de ce qu'il en est de la Prescription (cliquez pour lire !)
J'appelle tous les travailleurs de la RDR à le suivre et à s'en inspirer : chacun peut réinventer sa propre pratique, en renonçant à la Prescription pour laisser de la place à l'Autre !!!
A mon avis, le problème numéro 1, ça n'est pas que les acteurs de la RDR sont trop peu nombreux, c'est surtout que leur conception de l'utilisation de drogues est trop peu politisée.
Quand je dis "trop peu politisée", je veux dire que pour moi, nous ne sommes pas "trop clivés", mais plutôt "mal clivés". C'est l'axe central que j'essaye de mettre en relief dans ce texte : nous sommes clivés autour d'un axe sanitaire plutôt qu'autour d'un axe politique.
Ce que j'apprécie beaucoup dans le virage "contre-sanitaire" de PsychoACTIF, c'est le déplacement du clivage auquel il donne lieu.
J'en donne ici ma lecture personnelle, qui n'engage en rien l'association ni les membres de l'équipe, j'espère même que ça les surprendra sur certains aspects ! Est-ce que j'utilise le "nous" à mauvais escient ?
PsychoActif est une association à visée politique et révolutionnaire : nous voulons changer radicalement le monde de la RDR !
"Radical", ça ne veut pas dire "extrémiste", ça fait référence à la racine, à la cause, à la source de nos emmerdes. C'est ça que nous cherchons et que nous voulons changer !
Pour moi, il ne s'agit pas de la politique des partis et des familles de chacun...
Et encore moins de la politique politicienne, celle des étiquettes, et des éléments de langage...
Mais il ne s'agit pas non plus de la politique de l'Union, de la comme-Union, et du tous ensemble.
Pour moi, on ne fait pas de politique en se rassemblant n'importe comment et avec n'importe qui !
Au contraire ! La politique, c'est l'altérité ! C'est l'Un ou l'Autre ! C'est pas les deux !
Pour moi, la politique, c'est toujours l'expression d'une division, c'est assumer les conflits d'intérêt et de désir au sein d'un groupe social.
La politique, c'est quand on tranche ! C'est quand on trace une limite entre l'Un de l'unité et l'Autre de l'altérité !
C'est quand on en arrive à un point de désaccord irréductible, qu'on en prend acte, et qu'on peut en répondre !
La politique, pour moi, c'est l'art de tracer une ligne de fracture !
Et c'est révolutionnaire quand ça tente de répondre au besoin urgent d'une nouvelle division !
Il s'agit donc de trouver une nouvelle faille dialectique dans le discours dominant comme les hackers en trouvent dans les codes informatiques !
Pour moi, ça ne veut pas dire qu'il y a un coté qui a tort et un autre qui a raison. La vérité n'est pas d'un coté ou de l'autre d'une ligne de rupture, la vérité d'une rupture est dans le tranchant de sa logique, dans la justesse de son tracé, dans l'écart entre les deux bords, dans l'espace qu'elle permet d'ouvrir pour rendre l'air plus respirable !
Ce qui est libérateur, c'est qu'une fois qu'une limite est bien tracée, bien tranchante, bien mise en relief, chacun peut s'y référer pour se positionner et se faire entendre ! La vérité est dans la faille logique que la division permet de symboliser !
Pour moi, la ligne politique qui consiste à défendre l'existence des "drogués heureux" doit être dépassée ! Nous devons répondre au besoin urgent d'une nouvelle division pour que l'histoire de la RDR puisse continuer !
Elle est héritée du journal ASUD qui voulait répondre au "il n'y a pas de drogués heureux" d'Olivenstein.
Bien sûr que OUI il y en a ! Et il fallait le dire, et il faut continuer à le répéter !
Oui, je revendique d'être un drogué heureux !
Mais de mon point de vue, en faire notre slogan n'a pas eu que de bonnes propriétés. De trop nombreux PUD en sont venus à articuler leurs idées autour de cette frontière "drogués heureux" Vs "drogués malheureux", qui n'a jamais été pertinente en tant que clivage politique.
Cette "question du bonheur" ouvre une faille dialectique régulièrement exploitée par l'opposition sur le forum : miser la souffrance humaine contre les drogués heureux, pour construire des drogués malades.
"Consommer des drogues n'est pas une pathologie ... mais ça peut le devenir" nous dit-on. "Où est la limite ?" nous demande-t-on, sans douter un seul instant de son existence, ni jamais en interroger la consistance, ou s'étonner de son insistance... "Comme toute étude, elle n'a rien d'une vérité définitive" nous rassure-t-on, mais ça vaut "mieux qu'une absence totale de connaissance" conclut-on, avant de nous balancer du "trouble de l'usage" à la figure.
Et insidieusement, sans qu'on s'en rende vraiment compte, la "question du bonheur" se transforme en "question de santé", et la dimension de l'Intime se trouve évacuée en cours de route.
Politiquement, ça laisse un boulevard à l'opposition, pour rassembler autour de la bannière des "drogués malades" toutes celles et ceux qui ne se reconnaîtraient pas derrière celle des "droguézeureux", et pour les guider sur les chemins du discours médical, qui conduisent tous à fixer des limites et à prescrire des comportements d'usage. Le discours médical est shooté au con-troll
Avec l'efficacité clinique qu'on connaît...
Cette limite entre le normal et le pathologique, c'est devenu une ligne de front, qui alimente une querelle stérile entre des "drogués modèles" et des "drogués malades".
Et même avec la revendication des bénéfices de nos consos, on reste accrochés à cette ligne de front, sans en changer le tracé. Et pourquoi ? Parce que symboliquement, le signifiant "balance bénéfice/risque" appartient au discours médical, et qu'en s'exprimant dans le langage de l'ennemi, on fini toujours par adopter sa logique. L'image de la balance nous vend de la nuance, mais finalement on a vite fait de glisser vers un résultat binaire. On voulait s'émanciper, et on se retrouve à trancher du coté où ça penche : soit vous êtes du coté du bénéfice (normal), soit vous êtes du coté du risque (pathologique).
Pour moi, cette ligne de front suit une faille qui ne suffit pas à symboliser la violence fondamentale que les PUD subissent !
Perso, je suis très sensible à ce cri du coeur, tiré d'un autre fil de discussion :
J'ai eu des périodes où il m'était impossible de prendre avec du recul ce que je lisais ici, notamment sur l'aspect bénéfique des consommations. Quand toi tu brûles de l'intérieur que tu réalises à quel point tu as pu te faire du mal, ben les gens qui disent que eux gèrent et que tout va bien, t'as comme envie de les claquer. C'est pourtant la force de cet endroit et la raison pour laquelle je suis revenue
Que dire à celles et ceux qui n'arrivent pas à se sentir heureux dans leurs consos, et qui constituent la drogue en cause de leur souffrance ?
Que dire à celles et ceux qui pensent qu'ils sont malades parce qu'ils sont en détresse ?
Que dire à celles et ceux que le discours médical a dépossédés de leur Intimité, à un tel degré qu'ils n'ont plus que le signifiant "maladie" pour en parler ?
Que dire à celles et ceux pour qui la notion de maladie est devenue le dernier rempart contre le sentiment de culpabilité de ne pas toujours maîtriser leur conso ?
Si on insiste trop sur le "tout va bien" pour l'Un, est-ce qu'on ne risque pas de renvoyer une fin de non-recevoir au "ce qui ne va pas" pour l'Autre ? Est-ce qu'on ne risque pas, en fin de compte, de le renvoyer au discours médical ? Est-ce qu'on ne risque pas de reproduire sa logique ? J'invite chacun à se laisser travailler par cette épineuse question...
Pour moi, camper dans cette vieille tranchée des droguézeureux nous réduit à l'impuissance politique et clinique !
Puisque dès que quelque chose se passe mal, dès qu'une souffrance apparaît dans notre rapport au produit, on est immédiatement rattrapés par la voiture-balai du discours médical, qui considère que toute souffrance psychique est une maladie du cerveau, donc qu'elle lui appartient. En gros, nous on a les drogués heureux, et eux, ils font main basse sur les malheureux. Nous c'est pour de rire, eux c'est pour de sérieux.
Donc, si une PUD va mal, on est priés d'être responsables et l'envoyer se faire discours-médicaliser pour son bien. Et en parlant son langage, s'il vous plaît ! Ce qui ne veut pas dire qu'ils vont la prendre au sérieux hein ! Oulala, surtout pas, faut surtout jamais prendre au sérieux une personne dans le déni ! T'es fou Pesteux !!! C'est la personne qui devra être sérieuse... Enfin... Obéir quoi... Pour le discours médical, "prendre au sérieux", ça veut dire "obéir" en fait. On fait quoi, on laisse nos camarades les plus tourmentés et les plus en galère se démerder avec le discours médical ?
C'est là un point central pour moi : le monopole du discours médical sur la souffrance humaine. Tu souffres donc tu m'appartiens disait Louis Pasteur... Pour moi, pas moyen d'émanciper la RDR et l'auto-support sans contester ce pilier fondamental. Donc pour moi, pas de RDR sans une bonne dose d'antipsychiatrie.
Les plus "progressistes" veulent bien admettre l'existence des drogués heureux, mais si quelque chose va mal, c'est qu'on est malade et qu'il faut se faire soigner. Qu'on parle de maladie biologique ou psychologique, ça revient au même, il s'agit toujours de s'en remettre à un savoir extérieur à la personne qui se constitue en malade. Dites-moi ce qu'il faut faire docteur !
Je pense que cette approche médicale de notre rapport aux drogues a montré ses limites, et qu'il est temps de se débarrasser de sa tutelle intellectuelle, morale, conceptuelle et méthodologique.
Léo Ferré a écrit
Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l'appellerons "bonheur"...
Comme disais l'Autre, le bonheur, c'est d'le chercher ! Pour moi, le véritable enjeu de la RDR, c'est pas de savoir si on est heureux ou pas. Et pis sérieux, drogués ou non, y a vraiment tant de monde que ça qui croit vraiment à ce mythe des "gens heureux" ? Est-ce qu'il faut vraiment trente ans d'analyse pour piger que, quand même, c'est un peu plus compliqué que ça ? Je suis sûr que non !
Pierre a écrit
La grande différence, c'est qui parle de RDR et qui la définit !
Hell yeahhhh !
A mes yeux, en disant cela, Pierre fait un pas en avant décisif : il nous propose une nouvelle lecture des contradictions fondamentales qui divisent les PUD qui, à mon avis, est encore bien plus porteuse d'émancipation politique que la proclamation de l'existence des drogués heureux à elle toute seule. Son discours procède à un déplacement du clivage politique qui me semble révolutionnaire, au plus haut sens du terme. Oui, je ne taris pas d'éloges là-dessus, et non non, j'en fais pas trop.
L'enjeu, c'est de savoir qui définit ce que c'est que la RDR.
Qui est légitime à en parler ?
Si je puis exprimer ça de façon un peu provocatrice : mais bordel, c'est eux ou c'est nous ?!
Définir le travail, c'est la clef des révolutions. Je pense que c'est une question *essentielle*. Elle repositionne la RDR dans le champ politique, en déplaçant l'objet de la dispute vers la question du pouvoir et de la légitimité clinique, ce qui amorce un rapport de force autour de la question du savoir.
Ce qui me semble profondément émancipateur, et ce qui me rappelle la démarche analytique, c'est de faire reposer notre division sur un renversement épistémologique, c'est-à-dire sur une contestation des fondements et des méthodes d'élaboration des connaissances.
C'est ce que j'appelle la question du "lieu du savoir", et son corollaire, celle de son "non-lieu".
Où se trouve le savoir déterminant pour l'émancipation des PUD ? Où est-il situé dans ce monde ?
Vers quel horizon doit-on tourner notre regard et nos actions pour travailler avec ce savoir ?
Par "déterminant", je veux dire : le savoir qui manque pour que quelque chose change dans une trajectoire de vie. Il ne s'agit pas de dire que ça serait le seul savoir au monde qui serait digne d'intérêt, mais seulement de repérer celui qui est décisif pour infléchir une trajectoire. Le savoir qui compte vraiment pour nous quoi ! La vérité qui gît dans la faille dont je parlais tout à l'heure !
Pour rester dans le contexte de la RDR, où se trouve le savoir déterminant dont les PUD se sentent dépossédées ? Où se trouve "le truc qui manque" pour devenir un "drogué heureux" et arrêter de se faire du mal, physiquement et psychiquement ? Où se trouve le savoir qui permet de "s'accorder le droit d'être des gens bien" ? C'est ce savoir là qu'on veut ! Il est bien quelque part, non ?
Est-ce qu'il se trouve dans le *Réel* vécu par chacun ?
Ou bien est-ce qu'il se trouve dans les *connaissances* scientifiques et médicales ?
Pour se représenter les choses, on peut vraiment se demander, physiquement parlant, d'un point de vue purement objectif et matériel, est-ce que le savoir déterminant se trouve dans le soignant ou dans la PUD ?
C'est l'Un ou l'Autre. De la réponse à cette question dépendra l'orientation de nos pratiques. Ce sont deux lieux du savoir très différents. Et ce sont des savoirs de consistances tout à fait hétérogènes : il n'y a pas de "juste milieu", mais plutôt une "juste division" entre ces deux savoirs.
Quand on tisse un lien avec une personne qui souffre dans sa consommation, à qui suppose-t-on le savoir déterminant ? A l'accompagnant ou bien à la personne ? Est-ce que c'est les connaissances de l'accompagnant qui doivent être transmises, d'une manière ou d'une autre, pour changer la donne dans la vie de la personne ? Ou bien est-ce que c'est le savoir expérientiel de la personne elle-même qui demande à s'élaborer, pour que quelque chose de nouveau puisse advenir dans son existence ?
Voilà autour de quoi nous devrions nous diviser et articuler notre contestation selon moi !
Voilà une ligne de fracture qui donne une assise clinique à nos revendications politiques !
Parce que ça les appuie sur un Réel ! Et ce Réel, c'est le savoir expérientiel des personnes.
C'est un Réel qui n'apparaît que lorsqu'on renonce à la prescription !
Quand on prescrit, on met nos connaissances (médicales ou non d'ailleurs) à la place de ce Réel, et il reste masqué, invisible, comme écrasé en dessous, comme étouffé. On ne sait même plus où il est, il ne reste plus qu'une émotion... sans cause... Une colère... sans objet...
Si on prescrit, on pré-scripte : tout est déjà écrit d'avance, et on ne laisse aucune place à l'Autre. On ne peut plus accueillir l'inconnu, la surprise, l'étonnement, la nouveauté, l'inédit... Donc rien ne peut plus changer... Et pourtant, c'est ce qu'on veut, la nouveauté, non ? Pour nous, et pour l'Autre aussi, non ? Il y a bien des choses qui finissent par passer... A condition de ne pas méconnaître que la nouveauté, la surprise, la curiosité, ça ne peut pas se passer comme on passe un ballon, ou comme on passe un coup de fil. On ne saisit pas très bien comment ça se passe. On dirait que ça se passe un peu comme on refile une maladie, en étant proches. Ca se passe un peu comme la Peste. On n'est jamais sûr de rien hein ! Mais on sait qu'on veut quelque chose qui space ! Quelque chose qui sonne ! Quelque chose d'inédit ! On veut que quelque chose change ! C'est ça qu'on veut !
Eh ben le prix de la nouveauté, c'est de prendre le risque de laisser l'Autre prendre un risque...
Sans "lutter contre" !
Pour moi, être révolutionnaire, ça n'est pas inventer une utopie "from scratch" qui ne peut exister que dans un imaginaire hors sol. Ca n'est pas non plus être sur la défensive en permanence, et toujours "lutter contre" quelque chose. Ne nous condamnons pas à être éternellement des gens du NON !
Pour moi, être révolutionnaire, c'est savoir lire le subversif qui est "déjà-là" dans le Réel, et auquel on peut dire OUI ! Pour l'approfondir, l'étendre et le généraliser ! Pour aller plus loin, et voir où ça nous mène !
Pour moi, être révolutionnaire, c'est savoir se demander : à quoi est-ce qu'on dit OUI dans le "déjà-là" subversif de la RDR ?
Et dans ce que dit Pierre sur ce fil, ainsi que dans ce qu'il raconte avec Plotch dans leur podcast Substance (cliquez pour écouter la partie 1, puis 2, puis 3), je retrouve cet élan : on arrête de se défendre, on ne se limite pas à "lutter contre" les violences symboliques du discours médical, on passe à l'offensive, on avance, et on déplace la ligne de front pour proposer une autre logique ! Une logique d'émancipation du discours médical !
C'est à dire que de "Drogués modèles" Vs "Drogués malades", on passe à "Savoir expérientiel" Vs "Connaissances médicales" !
Oui, j'oppose les deux !!!
Car ce ne sont pas des savoirs complémentaires, ce sont deux registres tout à fait dissonants.
Ce sont deux grilles de lecture qui conduisent à des pratiques à l'opposé les unes des autres.
Et c'est bien pour ça que cette ligne de fracture est la plus pertinente qu'on ait trouvée jusqu'ici !
Les "connaissances médicales" se situent dans un registre qui est très peu opérant pour le mieux-être des PUD qui vivent leur consommation comme problématique. Je ne dis pas que ça n'apporte rien du tout, mais dès qu'on sort du thème de la dépendance physique avérée ou des accidents de consommation, les connaissances médicales sont à la ramasse, et n'ont plus rien d'autre à dire que d'accuser notre manque de lucidité et/ou de volonté, et de nous énumérer les risques somatiques que nous prenons si nous continuons comme ça. Pour cette raison, c'est très fréquent qu'en pratique, les connaissances médicales censées nous aider soient directement nuisibles, car par nature même, elles ne peuvent que se constituer en "une fin de non-recevoir" au savoir expérientiel des personnes.
Et pourtant, ce savoir médical si peu opérant sur notre rapport aux drogues prétend s'imposer à nous jusque dans l'Intimité de nos consos. C'est ça que je critique âprement, et que je nomme le "discours médical" : c'est cette extension de la logique des "connaissances médicales" au-delà de leur registre de pertinence, dans un infini débordement qui a des effets de domination sociale, avec des conséquences cliniques tout à fait désastreuses.
La force de la domination institutionnelle du discours médical en matière de drogue ne découle que de la valeur symbolique qu'on lui accorde collectivement, en tant que savoir sur "ce qui ne va pas" dans l'Intimité de notre propre rapport aux drogues. Et pour moi, c'est d'abord ça que nous devons changer : nous devons décoloniser nos imaginaires du discours médical qui les a envahis ! Je crois pouvoir dire aujourd'hui que ça aura été l'enjeu de mon analyse.
Pour moi, le "lieu" où on peut trouver un savoir déterminant sur notre rapport aux drogues, c'est le Réel propre à chacun, c'est à dire ce que chacun a de plus Intime, et j'oppose un "non-lieu" aux connaissances médicales en matière d'Intimité.
Un "non-lieu ", ça veut dire que les lois de la logique médicale et scientifique ne s'appliquent pas.
En matière d'Intimité, la logique médicale est nulle et non avenue, parce que l'Intimité, ça ne marche pas comme ça, tout simplement.
Que ça nous plaise ou non.
Il y a un Réel qui entre en jeu dans l'Intimité, un Réel qui échappe à notre maîtrise et à notre compréhension, et qui fait obstacle à notre volonté.
C'est un Réel du corps, qui reste irréductible : l'Intimité ne peut pas se réduire à la santé et à la compréhension de l'organisme.
Chaque PUD qui a un jour vécu sa conso comme problématique peut s'en apercevoir.
Ca ne se commande pas.
Ce "non-lieu" que j'oppose aux connaissances médicales en matière d'Intimité, ça n'est pas seulement un désir politique, ça c'est pas seulement un rêve de liberté qui s'appuie sur les droits de l'homme et sur la liberté de disposer de son corps comme on peut (et non pas comme on veut^^). Ca n'est pas seulement du rêve et de l'idéologie.
C'est avant tout un constat clinique !
C'est une évidence si énorme qu'il me semble urgent d'exiger sa prise en compte politique !
Je n'ai rien inventé. Ca fait depuis les années 90 que les fondateurs de la RDR proclament haut et fort que la consommation de drogues fait partie de l'Intimité. Mais presque personne n'en tire la moindre conséquence clinique ! Comment est-ce que c'est possible ?!!!
Tout se passe comme si personne n'y croyait vraiment, comme si la question de l'Intimité était ravalée à un genre de caprice politique, à une cerise sur le gâteau qui peut toujours attendre plus tard, plus tard, toujours plus tard, alors que c'est un pilier clinique fondamental pour appréhender notre rapport aux drogues ! Symbole fort, et désespérant pour moi : ASUD a même fini par devenir une association de malades, alors que c'est eux-mêmes qui m'ont appris à penser à la consommation de drogues comme une question relevant de l'Intimité !
Donc oui, j'ose opposer "Savoir expérientiel" et "Connaissances médicales" ! Quel scandale ! Oui messieurs dames !!
A ceux qui me diront que je suis anti-médecins, je répondrai qu'ils se trompent, et que c'est l'inverse !
Ca n'est pas les PUD qui sont anti-médecins, ce sont les médecins qui sont anti-PUD !
Ce ne sont pas les PUD qui nient les connaissances médicales, ce sont les connaissances médicales qui nient le savoir des PUD. Individuellement et collectivement !
Sur PsychoActif, personne ne dit que les connaissances médicales sont sans valeurs.
Personne ne dit qu'il ne faut pas en tenir compte, surtout quand elles sont solidement étayées scientifiquement (ce qui est loin d'être aussi fréquent qu'on veut bien le croire).
Nous disons simplement qu'en matière de RDR, elles ont déjà donné à peu près tout ce qu'elles pouvaient donner, et qu'en fin de compte, ça n'est pas ça qui est déterminant dans nos trajectoires de vie !!!
Nous disons simplement que nous ne comptons plus sur le discours médical pour changer la donne en matière de RDR.
Nous disons simplement que nous refusons l'ingérence du discours médical dans nos Intimités, car elle est politiquement inacceptable et cliniquement inepte.
Car enfin, il suffit d'un peu d'expérience de soi et des autres, pour constater qu'il ne suffit pas de recevoir des conseils médicaux, même les plus pertinents du monde, pour réussir à les mettre en pratique. C'est parfois nécessaire, mais rarement suffisant, et ça peut même devenir contre-productif ! Il ne suffit pas d'être bien informés sur la RDR pour parvenir à prendre soin de soi. Il ne suffit pas de "comprendre" quelque chose pour parvenir à changer son comportement.
Il y a un Réel propre à chacun qui fait obstacle à tous ces fantasmes de maîtrise, et c'est à partir de ce Réel que nous pourrons construire la RDR de demain ! C'est ça l'Intimité, et je propose de parler "d'Intimité PsychoActive" pour bien faire entendre combien notre rapport aux produits en fait partie (et aussi de "Jouissance PsychoActive", mais j'en vois déjà qui rougissent là-bas au fond^^).
même si on est pas d'accord avec les médecins , on ne pourra, je pense, rien faire sans eux.
Je vois ce que tu veux dire, et dans un certain sens, je partage ton constat désenchanté.
Mais je pense que ça ne fait que confirmer la nécessité d'une révolution dans le monde de la RDR.
Si tu me permets un parallèle, cette objection, c'est un peu comme quand les salariés d'une usine qui va être délocalisée disent : "on ne pourra rien faire sans les actionnaires". C'est pas faux
Mais c'est justement là le problème : ceux qui font le travail n'ont aucun pouvoir sur ce qu'ils produisent, où ils le produisent, avec qui ils le produisent, avec quels outils ils le produisent, comment ils le produisent, pourquoi ils le produisent, etc. C'est la définition même de la prolétarisation, c'est-à-dire la séparation des travailleurs, entre eux, vis-à-vis de leur travail, et vis-à-vis de son produit.
Pour en revenir à ce qui nous concerne sur PA, c'est un peu la même logique de dépossession : si nous devons en passer par les médecins, si nous devons quémander leur soutien, si nous n'osons pas contester leur autorité symbolique de peur de voir s'éteindre la RDR, si nous devons suivre leurs consignes pour ne pas être éjectés, c'est bien la preuve qu'ils nous dominent dans tous les compartiments du jeu !!
- Ce sont eux qui détiennent le pouvoir financier.
- Ce sont eux qui détiennent le pouvoir symbolique.
- Ce sont eux qui détiennent le pouvoir psychoactif.
- Ce sont eux qui détiennent le pouvoir financier !
Côté institutionnel, sans le soutien des médecins, pas de subventions pour les structures, ni pour les outils de RDR. Tout est conditionné à leur bon vouloir et leur approbation. A tel point que l'écrasante majorité du monde de la RDR contemporain se trouve incapable ne serait-ce que d'imaginer une demande de budget ou de reconnaissance d'utilité publique qui ne soit pas étayée par des arguments médicaux : on sait d'avance que ça ne passera pas. Pour obtenir des financements publics, l'auto-support doit d'abord montrer patte blanche à la médecine et obtenir sa bénédiction.
Coté personnel, les médecins bénéficient globalement de hauts revenus et d'une grande stabilité sociale, là où les acteurs de la pair-aidance et l'auto-support vivent dans le bénévolat ou la précarité. Le déséquilibre est absolu, c'est David contre Goliath.
- Ce sont eux qui détiennent le pouvoir symbolique !
Ce sont eux qui ont le pouvoir de décider des méthodes de travail de la RDR, de définir ses visées, de déterminer ses limites, et de fixer ses priorités.
Ca veut dire qu'ils contrôlent absolument tout ce qui peut, ce qui doit, et ce qui ne doit pas être fait, ainsi que tout ce qui peut, ce qui doit, et ce qui ne doit pas être dit à propos de tout travail de RDR.
C'est eux qui choisissent. Si tu veux dire un truc pas médical ni scientifique, faut le dire en douce, pas trop fort, en cachette... Avec l'impression de braver un interdit... Et faire attention à qui tu parles...
Essayez, c'est le turbo kiff, vous n'allez plus pouvoir vous en passer
Les fondateurs historiques de la RDR ont réussi à leur arracher quelques concessions, mais elles ne nous ont été lâchées que pour mieux faire passer la pilule, et à la condition expresse de ne rien toucher à l'autorité médicale.
En dernière analyse, c'est aux médecins qu'est reconnue toute légitimité à trancher les désaccords. Très concrètement, c'est eux qui conçoivent, qui valident et qui inspirent les formations proposées aux pairs-aidant et aux patients-experts pour travailler dans les institutions, seuls moyens d'avoir un statut pour pouvoir être salarié. Si on n'est pas d'accord avec eux et qu'on le dit trop fort, pas de diplôme, pas de taf, pas de salaire, pas de reconnaissance.
Remarquez bien que ce pouvoir de trancher les désaccords concernant les drogues et la vie psychique ne se limite pas au périmètre des institutions de la RDR : sa domination symbolique impensée va bien au delà, et s'étend jusqu'au parlement et aux ministères.
Pourtant, il n'existe aucune loi, aucun statut, ni aucune règle écrite qui oblige les députés à suivre l'avis des médecins, n'est-ce pas ? Les droits de l'homme et la liberté de disposer de son corps, ça devrait aussi faire partie du débat, non ? Ca devrait être opposable à la prohibition, non ? Pourtant, on a tous bien conscience qu'un texte officiel sur les drogues ne peut s'écrire que dans la grammaire du discours médical, sans quoi il restera lettre morte, ou fera scandale sans être pris au sérieux.
On ne peut que constater que les pouvoirs exécutifs et législatifs sont intégralement à la botte du discours médical, alors même qu'il n'existe aucune règle constitutionnelle ni aucune tradition qui l'y oblige, et alors qu'il y a sûrement plein de PUD qui sont députés ou ministres. Est-ce que chacun se rend bien compte de ce que cela signifie ? Est-ce qu'on prend vraiment la mesure de la force dialectique de ce discours médical ?
- Ce sont eux qui détiennent le pouvoir psychoactif !
Quand je vous parlais du Roi-Soleil tout à l'heure, c'était par pour rien : en matière d'Intimité psychoactive, les médecins détiennent le pouvoir absolu de droit scientifique.
Ce sont eux qui détiennent le droit exclusif de définir les produits dont les PUD ont besoin, c'est à dire d'édicter des indications et des contre-indications. Ils peuvent, au gré de leur rapport au monde, et sans même nous consulter (c'est nous qui les consultons), décider d'interdire tel produit, ou de vivement recommander tel autre (proscrire et prescrire). Ils peuvent même décider de sevrer quelqu'un de force, ou de lui administrer un psychotrope contre son gré.
Ce sont eux qui détiennent le droit exclusif de donner accès aux produits dont les PUD ont besoin. Si on n'est pas d'accord avec eux, pas d'accès Métha, Sub, Ritaline, Benzo, etc.
Et tout ça, ça nous emmerde un p'tit peu quand même, nan ? C'est pas un peu abusé tout ce pouvoir sur nos Intimités ?
On attend quoi en vrai ? On attend quoi d'eux ? Pourquoi on est si obséquieux avec eux ? On veut une médaille ?
Je veux dire, dans notre vie quotidienne bon, ils nous tiennent par les ... donc on peut pas trop la ramener. Mais ici, chez nous, sur PA, pourquoi on est tous aussi gentil avec eux symboliquement ?
Tant que nous nierons la valeur de notre propre savoir et que nous n'oserons pas revendiquer nos trouvailles cliniques, nous resterons pieds et poings liés, condamnés à mendier la reconnaissance symbolique de l'ordre médical, et à quémander des subventions pour les malheureux et les malades.
Et encore, si jamais on nous accorde le droit de continuer à faire de la RDR...
Quémander sans cesse, invoquer la maladie pour qu'on nous laisse tranquille ou pour qu'on daigne s'occuper de nous, arrondir les angles, et vivre dans l'angoisse permanente que tout pourrait s'arrêter du jour au lendemain, on a l'habitude hein
C'est devenu une seconde nature chez l'écrasante majorité des personnes qui utilisent des drogues. C'est tellement la norme qu'on y pense même plus, et qu'on peine à imaginer autre chose.
je ne vois pas comment on peut rendre un si beau projet réalisable sans se confronter à la réalité du terrain et du climat politique actuel.
C'est le propre de la condition minoritaire. Ca ne se fera pas du jour au lendemain...
Mais si nous ne nous révoltons pas, si nous restons assujettis au discours médical dans notre approche de la RDR, ça ne se fera jamais.
Il est temps d'oser regarder cette vérité cynique en face : nous ne devons nos succès personnels dans la RDR qu'aux échecs cliniques du discours médical !
Si la RDR existe, si elle est nécessaire, et si elle en est arrivée à ce qu'elle est aujourd'hui, c'est parce que nous nous y prenons beaucoup mieux que lui !!
Ouais, c'est prétentieux, mais quand nous n'assumons pas cette prétention, nous oublions que chacun de nous est détenteur d'un savoir précieux, que les médecins n'ont pas, et qu'ils n'auront jamais !!!
Pourquoi croyez-vous qu'ils s'y prennent si mal ? C'est pas par manque de connaissances, ils en savent bien plus que nous côté universitaire ! Ca n'est pas non plus parce qu'ils sont cons ou qu'ils s'en foutent ! Enfin, pas tous quand même...
Comment pourrions-nous avancer et remporter des victoires politiques et cliniques, si nous ne savons pas nous appuyer sur ce savoir que les médecins n'ont pas ? Si nous n'osons jamais miser sur notre atout-maître ?! Si nous n'en avons même pas conscience ?! Si nous ne savons pas assumer notre altérité radicale avec le discours médical ? Si nous avons peur de marcher sur les plate-bandes de l'addicto et de la psychiatrie qui ne comprennent rien à nos gueules ?!
Osons regarder en face cette vérité paradoxale, qui veut que ça soit, en quelque sorte, la source de nos emmerdes qui soit aussi notre savoir le plus précieux, sur lequel nous pouvons nous appuyer pour fonder nos pratiques en tant que seules cliniques du Réel de la consommation de drogues, et dans lequel nous pouvons trouver notre légitimité.
Ce savoir expérientiel sur les drogues, ont l'a tous désiré, qu'on le sache le reconnaître ou non 
Et il nous a parfois coûté, extrèèèèèmement cher.
Alors maintenant, si on en tirait les bénéfices ? Tous les bénéfices ! Y compris la clinique !
Osons revendiquer notre savoir expérientiel en tant que savoir *essentiel* qui fonde notre Intimité et nos pratiques !
C'est-à-dire, sans manquer d'entendre toute la richesse du terme *essentiel* : à la fois comme un savoir premier, mais aussi comme un savoir incontournable, un savoir qui constitue notre essence, aussi bien que notre carburant, sans jamais oublier de rendre justice à sa dimension énigmatique, pour qu'il reste un savoir fluide, volatil, et hautement inflammable !
Osons revendiquer nos pratiques comme des trouvailles cliniques !
Osons revendiquer la RDR en tant que clinique de l'Intimité PsychoActive !
Osons revendiquer notre Intimité PsychoActive comme un droit inaliénable !
I-na-lien-able ! Ca ne se négocie pas !
Osons imaginer, concevoir et pratiquer la RDR sans tutelle médicale !
Ils ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux !!!
We shall attack !!!
PsychoActivement
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Dernière modification par Pesteux (23 février 2026 à 19:26)
Pesteux a écrit
Plotch donne l'amorce
Merci pour la dédicace, que je ne suis pas sur de mériter
Rhaaaa trop bien!!! Trop content que tu te laches en nous livrant tes pensées en la matiere, en allant dans le detail, le précis, elles sont super intéressantes.
Je prends le temps de revenir en pouvant commenter pour échanger autour de ce post absolument rafraichissant. Mais je voulais deja te partager le fait que j'étais passé et tombé sur cette perle déposée au coeur des forums. Vraiment, un plaisir, j'en suis très excité hihi j'ai hate
A tres vite 


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Dernière modification par Pesteux (24 février 2026 à 14:48)
Pesteux a écrit
Osons imaginer, concevoir et pratiquer la RDR sans tutelle médicale !
Cette perche m'a notamment accrochée car rejoignant une pensée que j'ai déjà depuis un moment: construire la "clinique" de notre RdR, ou élaborer et formaliser notre épistémè RdR, collectivement.
c-à-d. à partir du travail accomplit et en cours en la matière sur les forums, analyser, penser, réfléchir, réunir, organiser nos outils de pensée et d'action, ceux que nous mobilisons vers nous-mêmes ou d'autres personnes participantes pour concevoir et se concevoir dans une dynamique de RdR
on connait les diagnostics médicaux. il existe aussi dans le même genre des diagnostics de soins infirmiers, qui mobilisent les concepts au centre de l'activité de soin infirmier (en gros, de l'ordre du "retentissement" de la "maladie médicale" chez la personne. avec donc une tutelle médicale importante, mais qui par certains aspects s'intéresse plus à l'expérience subjective de la personne concernée). Hé bien dans cette idée mais en s'émancipant du cadre médical/sanitaire, pourquoi ne pas essayer de formaliser/formuler notre "clinique" RdR? on pourrait imaginer que la construction de cet outil nous permettrait a minima de formaliser notre approche, la documenter, la développer....
Bon ca fait un peu idée merdique quand je me relis, je manque je crois dans l'instant de mots pour bien exprimer mon idée. Mais je reviendrai là-dessus plus tard, quand j'aurai réussi à formaliser quelque chose.
Pesteux a écrit
tu comptes reposter ton texte une fois edité ailleurs (genre blog ou autre) afin de ne pas pourrir trop la discussion ici et de pouvoir l'identifier/le retrouver/le mettre en valeur plus facilement? je pense que ce serait bien.... j'espere que toi aussi
Plotchiplocth a écrit
Cette perche m'a notamment accrochée (...)
Bon alors déjà, si ça t'a perché, c'est bon signe 
Plotchiplocth a écrit
Bon ca fait un peu idée merdique (...)
Eh bien c'est parfait ! C'est très approprié.
Parce qu'on est bien dans la merde, quand même...
Pour moi, la déchéance symbolique, c'est le problème central des PUD...
...sur le plan symbolique, comme l'expression l'indique ! Ca ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas avoir de maladie, comme tous le monde hein
Mais bon, là on parle du symbolique, auquel on suppose quand même quelques effets... en douce hein ?! Faut pas que les agents du discours médical nous entendent
La déchéance symbolique, ça veut dire se constituer en tant que déchet.
Comme la dernière des merde quoi !
Pour moi, la déchéance symbolique, c'est l'a-cause de tout.
Et j'affirme que ça devrait l'être pour tout psychanalyste qui se respecte.
Car la déchéance symbolique, cela cause de tout.
C'est la subjectivité du monde con-temps-pour-rien. Enfin, d'habitude on parle d'époque comptant-pour-reine. L'Arène, à c'qui parait, elle lui édictait pas mal de choses au Roi-Soleil.... Enfin bon, moi j'y étais pas hein !
C'est-à-dire que cette histoire de déchéance symbolique, ça ne concerne pas que les PUD. Pour des raisons sociologiques, presque toutes les personnes avec qui je travaille (maximum 10 en même temps, enfin... j'espère que j'arriverai à dire non avant de franchir cette limite^^, j'y suis bientôt) sont des PUD qui ont entendu parler de moi par le bouche à oreille. Un discours vraiment Pesteux, ça se passe comme çà. Mais en vrai, mon travail ne se limite pas aux PUD, justement parce que les PUD n'ont rien, sur le plan psychique, qui les différencierait d'une autre personne. En dehors du Réel qui leur est propre, évidement.
C'est normal d'utiliser des drogues ! Et même quand on en souffre, et même quand on en meurt, ça reste normal... Ce qui ne veut pas dire que c'est pas grave de souffrir ! Du point de vue de ma clinique psychique, l'addiction, ça n'existe pas. C'est juste un signifiant pour moi. Ce qui ne veut pas dire que c'est insignifiant. Au contraire, ça veut dire que c'est quelque chose que l'Autre m'adresse ! Comme une lettre rien que pour moi. C'est un texte à déchiffrer. Une énigme propre à chacun.
Pour moi, ce qui existe, c'est la diction. C'est pour ça que quand une personne vient me parler de ses "addictions", il faut quand même bien que je prenne ce qu'elle me dit au sérieux. La personne me parle d'un truc important pour elle, d'un Réel qui lui est propre, c'est évident ! Mais ça n'est pas un Réel froid comme le Réel scientifique ou mathématique, c'est un Réel brûlant ! Ca, ça existe ! Et même qu'on est assis dessus, c'est pour ça qu'on ne le voit pas
Quand t'es vraiment encombré par ton Intimité, le Réel, tu vas le vivre comme une hémorroïde ! Le monde entier devient un cactus, il est impossible de s'asseoir, t'as jamais de répit XD Mais j'ai pas besoin de "croire" à l'addiction ou à quoi que ce soi d'Autre pour le prendre au sérieux : au contraire, quand on croit, on comprend, et on n'entend plus rien... Prendre au sérieux, ça n'a rien avoir avec croire ou ne pas croire. Eh non, c'est pas une faute d'orthographe pour avoir. Com-prendre, c'est à voir...
Si t'as déjà compris, t'as plus envie d'écouter, tu ne cherches plus qu'à confirmer ou infirmer ce que tu as déjà compris. Tu es pris par ce que tu as com-pris. Comme l'amoureux éperdu qui est perdu. Si t'as déjà compris, il n'y a plus rien à trouver, plus rien à dé-couvrir. Et moi, émoi, haismoi, dé-couvrir, c'est ce que j'aime le plus au monde : trouver des formules magiques qui font a-paraître ce qui était re-couvert par la con-préhension ! Mais des formules qui sont dans le discours de l'Autre, pas dans le mien ! Sinon, c'est moi qui parle à la place de l'Autre, c'est moi qui prends toute la place ! Comme maintenant, où je suis en position d'analysant, en position de celui qui parle sans bien savoir ce qu'il dit, ni à qui il le dit, et qui le dé-couvrira après, avec l'écho, avec la coupure, avec ce qui résonnera dans le silence après que j'ai parlé !
Aujourd'hui, c'est moi qui fais l'Autre. Car il y a de l'Autre en moi. C'est pas vraiment surprenant, quand on y pense... C'est quand même bien les Autres qui nous font, et qui nous défont, non ? Qu'est-ce qu'il nous raconte ce Pesteux ? Il est sérieux là ?
Mais ouiiii ! Un discours est séri-eux, quand ce qu'il dit fait série. Mais bon, encore faut-il quelqu'un pour l'entendre la série... Elle dit quelque chose la série, il y a un sujet de la série, toujours ! Mais c'est pas une série qui se regarde comme une image, comme un film, comme une série télé. Non, c'est une série qui se déchiffre. C'est ça le symbolique ! Et c'est toujours adressé à quelqu'Un, ou à quelques Uns, qu'on le sache ou non. C'est série-eux !
Un jour, une personne que j'apprécie beaucoup m'a dit que j'étais un "chaman sans potion". Whaaaaaa c'te compliment ! J'étais super fier. Tellement fier que je te le raconte
C'est exactement ce que je veux être. Comme d'habitude, mes meilleures formules magiques viennent toujours de l'Autre, quel qu'il soit. Si un jour, par malheur, on statufie la psychanalyse, et que j'ai plus le droit de me dire psychanalyste sans obéir à je sais pas qui, eh ben je dirais ça : "chaman sans potion" ! Ou alors... Il y a un petit bonhomme qui m'a dit un jour qu'il m'aimait bien parce que j'étais un "spécialiste en rien", c'est pas mal non plus, mais ça fiche un peu plus la trouille je trouve : faut assumer haha
N'empêche, que ça soit un gosse qui m'ait dit, comme ça, qui m'ait révélé, ce que c'était vraiment qu'un psychanalyste, je trouve ça beau. Ca m'a soufflé. Il m'a soufflé un truc le p'tiot ! Faut pas prendre les enfants pour des cons
Alors, ensuite, moi qui m'adresse à toi là, et aux Autres, j'ai une question à vous poser.
Parce que bon, si je suis si fier d'être "shaman sans potion" et "spécialiste en rien", ça veut quand même dire que je proclame haut et fort que je n'ai pas ce qu'il vous faut, que je n'en sais pas plus que vous, et que je ne con-prends rien. J'en fais même un principe de travail et ma fierté professionnelle : les personnes qui viennent me parler le savent bien
Et donc, ma question, c'est : comment est-ce qu'on peut aimer Un "être pareil" ?
Le drame des PUD, sur la scène symbolique, c'est que leur déchéance leur est confirmée par le discours médical. C'est-à-dire qu'on peut croire que la cause de notre déchéance, c'est quelque chose qui se co-prend, qui se "prend avec" soi, la préhension, l'idée qu'on pourrait tenir entre nos mains, quelque chose qui s'appréhende, c'est satisfaisant pour l'esprit, ça donne l'impression de quelque chose d'objectif, on croit ce con-voi : on peut croire que la cause de tout, ca se con-prend, c'est ce con-prend ! On peut croire que c'est le produit !
Et ça n'est pas le discours médical qui va nous dire le con-traire 
Parce qu'on est quand même un peu ses vaches à lait 
Le discours médical nourrit le Symptôme, c'est-à-dire, notre rapport au monde dans ce qu'il a de plus emmerdant, notre jouissance dans ce qu'elle a de plus ruineuse : c'est une boucle infernale. Une véritable mal-édiction ! Suffit de savoir bien le dire 
Parce qu'en fait, c'est turbo jouissif le Symptôme, quand on arrive à l'a-ttraper, quand on arrive à en dire quelque chose qui claque ! Paf dans ta gueule le symptôme ! Là je suis en plein dedans, tel le coq qui chante jamais aussi bien que les pieds dans la merde ! J'arrive même à travailler avec !
Et si on était vraiment vache jusqu'au bout, pour voir où ça nous mène ?
Tu connais Milk It de Nirvana ? Ca parle exactement de ça : de déchéance symbolique !
Ca dit assez bien le rapport symbolique que nous entretenons avec le discours médical.
Il avait tout con-pris Kurt, c'est con, il en est mort...
Donc une idée merdique, c'est un très bon point de départ. Tu ne pouvais pas trouver mieux 
Continue ! Laisse-toi travailler par ton idée, et reviens m'en donner des nouvelles dès que tu peux !
Je te laisse t'avancer encore un peu avant de te répondre quelque chose d'un peu con-sistant
Mais ce que j'essaye de te faire sentir là maintenant tout de suite, c'est que l'important pour moi, c'est pas comprendre le discours médical, c'est de le symbol-lisez.
Ca n'a rien à voir !
Il s'agit de lire ! Pas de comprendre... Il ne s'agit pas de prendre, faut juste trouver quelque chose a-prendre ! Avec un "a" privatif
Parce que l'Intimité c'est privé...
On symbolise d'abord, on comprend bien après, c'est toujours comme ça !
La con-préhension vient toujours dans un second temps logique. On ne sait pas combien de temps, ça n'a rien à voir avec la chrono-logique. Déchiffrer n'est pas dénombrer, n'est ce pas ?
En tout cas, bien souvent, c'est au moment de con-clure, quand on se rend à ce temps logique du défi-nitif, que le défi est fini, et que s'exprime le mieux la con-ne-rie. Et ça, ça ne fait pas rire du tout, alors surtout, gardons en-nous
On fait une pause et on continue tout bientôt !
Plotchiplocth a écrit
tu comptes reposter ton texte une fois édité ailleurs (genre blog ou autre) afin de ne pas pourrir trop la discussion ici et de pouvoir l'identifier/le retrouver/le mettre en valeur plus facilement? je pense que ce serait bien.... j'espere que toi aussi
Oh, le mettre en valeur ?! A ce point là ? Je dois dire que je n'avais pas pensé à ça. D'habitude, quand je fais un truc pas trop mal, et que ça vous plait, vous le mettez en morceau choisi. Tu veux faire autrement ? Il y a un truc que j'ai pas-con pris ?
En tout cas, quand j'écris un texte un peu travaillé, je garde toujours bien précieusement le brouillon avec les balises et tout, en cas de bug du fofo : donc oui, c'est possible !
Le truc, c'est que ce texte est quand même bien lié avec le précédent, et même avec les précédents, et qu'il y aurait une perte à le sortir de son con-texte. Tu me diras peut-être que l'Un n'empêche pas l'Autre...Mais tu ferais chier, parce que si ça rime à quelque chose, ça contre-dit mon texte haha 
PsychoActivement !
Nirvana - Milk It
https://www.youtube-nocookie.com/embed/XBOE2CC0YYY?&feature=oembed
Dernière modification par Pesteux (24 février 2026 à 16:15)
Plotchiplocth a écrit
tu comptes reposter ton texte une fois edité ailleurs (genre blog ou autre) afin de ne pas pourrir trop la discussion ici et de pouvoir l'identifier/le retrouver/le mettre en valeur plus facilement? je pense que ce serait bien....
Hey !
Pas de soucis mais je garde une copie ^^. C'est comme vous le sentez, cet échange est absolument le bienvenu ici mais si il peut être un peu plus mis en valeur dans une autre catégorie n'hésitez pas
.
Belle journée
https://www.youtube-nocookie.com/embed/SUY4jwJ9XHM?si=XkgreaYGr4KNSXLB&feature=oembed
Bon, c'est bien comme ça, je m'arrête la-dessus.
Myozotis a écrit
Pour moi, ce que tu viens de poster c'est, tout simplement, un texte fondateur.
Je pense que c'est pas le texte qui est fondateur, c'est le con-texte
De toute façon, même si je le copie ailleurs, ça restera sur ton blog, évidemment ! Car comme on disait, même si tu ne l'as pas directement écrit avec moi, c'est quand même largement le fruit de nos échanges sur toutes ses questions. La contre-addiction et le malentendu, c'est toujours très inspirant
Donc tu n'y es pas pour rien si je raconte tout ça, loin de là ! D'ailleurs, c'est bien pour ça que j'ai choisi de venir le dire ici, et pas ailleurs
Alors j'en profite pour te remercier publiquement, parce que c'était bien l'éclate à écrire, et que je sens que ça va m'apprendre plein de trucs sur moi d'avoir osé écrire ça. Je veux croire qu'il sera vraiment Pesteux celui-là ! 
PsychoActivement !
Plotchiplocth a écrit
Cette perche m'a notamment accrochée car rejoignant une pensée que j'ai déjà depuis un moment: construire la "clinique" de notre RdR, ou élaborer et formaliser notre épistémè RdR, collectivement.
c-à-d. à partir du travail accomplit et en cours en la matière sur les forums, analyser, penser, réfléchir, réunir, organiser nos outils de pensée et d'action, ceux que nous mobilisons vers nous-mêmes ou d'autres personnes participantes pour concevoir et se concevoir dans une dynamique de RdR
on connait les diagnostics médicaux. il existe aussi dans le même genre des diagnostics de soins infirmiers, qui mobilisent les concepts au centre de l'activité de soin infirmier (en gros, de l'ordre du "retentissement" de la "maladie médicale" chez la personne. avec donc une tutelle médicale importante, mais qui par certains aspects s'intéresse plus à l'expérience subjective de la personne concernée). Hé bien dans cette idée mais en s'émancipant du cadre médical/sanitaire, pourquoi ne pas essayer de formaliser/formuler notre "clinique" RdR? on pourrait imaginer que la construction de cet outil nous permettrait a minima de formaliser notre approche, la documenter, la développer....
J'y pense beaucoup beau coup ces derniers jours
Il y a beau coup à jouer, les en-Je-Eux sont énormes !
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Dernière modification par Pesteux (26 février 2026 à 17:33)
Plotchiplocth a écrit
Cette perche m'a notamment accrochée car rejoignant une pensée que j'ai déjà depuis un moment: construire la "clinique" de notre RdR, ou élaborer et formaliser notre épistémè RdR, collectivement.
c-à-d. à partir du travail accomplit et en cours en la matière sur les forums, analyser, penser, réfléchir, réunir, organiser nos outils de pensée et d'action, ceux que nous mobilisons vers nous-mêmes ou d'autres personnes participantes pour concevoir et se concevoir dans une dynamique de RdR
on connait les diagnostics médicaux. il existe aussi dans le même genre des diagnostics de soins infirmiers, qui mobilisent les concepts au centre de l'activité de soin infirmier (en gros, de l'ordre du "retentissement" de la "maladie médicale" chez la personne. avec donc une tutelle médicale importante, mais qui par certains aspects s'intéresse plus à l'expérience subjective de la personne concernée). Hé bien dans cette idée mais en s'émancipant du cadre médical/sanitaire, pourquoi ne pas essayer de formaliser/formuler notre "clinique" RdR? on pourrait imaginer que la construction de cet outil nous permettrait a minima de formaliser notre approche, la documenter, la développer....
Yo Plotch !
Il faut absolument qu'on fasse un truc 
J'ai quelques idées qui pourraient t'intéresser, même si c'est encore un peu en vrac.
Je t'en donne seulement la ligne directrice : mon épistémé en tant que telle ne servirait à rien pour PA.
Ca ne peut que vous étouffer, et moi, ça ne peut que me limiter dans mon élaboration personnelle.
En quoi est-ce que ce genre de texte peut être utile à PA ? J'en sais rien. Ce que j'espère surtout, c'est que ça peut vous inspirer des bonnes questions, faire bouger un peu votre approche pour la rendre la plus clinique possible, pour attirer votre attention sur ce noeud entre clinique et politique, pour vous stimulez à aller voir plus loin dans le symbolique et la non-prescription, etc... Toutes choses que PA n'a pas attendues sur moi pour entreprendre ! Il faut continuer... Sans vous encombrer à vouloir intégrer une épistémé qui n'est pas vraiment la vôtre .
Mais j'espère bien qu'il y a quelque chose qui vous parle, je fais ce pari. Mais c'est plus pour attirer votre attention et vous mettre au travail en vous faisant cogiter, que pour vous "transmettre" mon épistémè analytique.
Je fais le pari que ce texte parle, entre autre, de quelque chose, d'un obstacle dont PA fait l'expérience depuis des années, et qui a produit un savoir expérientiel, dont l'élaboration pourrait produire beaucoup de pouvoir d'agir. C'est tout à fait en rapport avec ton texte.
Mais ce savoir, c'est vous qui l'avez, ça n'est pas moi qui peux vous l'expliquer.
N'oublie pas que la RDR, je n'y connais pas grand-chose, c'est PA qui me l'enseigne.
Par définition, la psychanalyse est un lien social à deux, qui permet à l'analysant d'élaborer son savoir expérientiel, pour produire un plus de pouvoir d'agir.
Par définition, PA est un lien social à tout plein, qui produit un savoir pairjectif, pour produire un plus de pouvoir d'agir. (bon ok, la def est sans doute à revoir, mais c'est pour te faire sentir un truc)
Donc, tout devrait nous conduire à penser qu'il est impossible de lier les deux.
Mais l'analyse, le fait de symboliser son savoir expérientiel, c'est justement ce qui permet de faire mentir les "définitions " et "l'une fois pour toutes " pour produire un plus de pouvoir d'agir.
Autrement dit, l'impossible, ça peut se produire !
Ce qui ne veut pas dire que tout est possible, ni que quand on veut on peut.
Mon analyste a essayé toute sa vie de nouer politique et clinique, à travers les institutions psychanalytiques.
Il a échoué, et en ressort écœuré, tant de la politique que de la psychanalyse institutionnelle.
Je viens de lui annoncer que je reprenais son travail, que je prenais acte de son échec, et que je vais tenter d'échouer mieux.
Si nous prenons en compte que le travail de l'équipe sur PA, ça produit également un savoir expérientiel, nous pouvons tenter de nouer analyse, politique, et clinique de la RDR.
L'idée, ça serait d'aider PA à élaborer son propre truc, sa propre clinique et sa propre épistémé, à partir du savoir expérientiel qui lui est propre. C'est ce qu'on fait dans le lien à deux de la psychanalyse, mais là, il faudrait le faire collectivement.
Ca n'existe pas : nous devons l'inventer.
On essaye ?
Je pense qu'il faut qu'on s'appelle pour en parler de vive voix, ça serait beaucoup plus simple.
Par rapport à la dédicace que tu ne penses pas mériter, tu es trop modeste. Ou simplement pas assez conscient de l'originalité et de la valeur de ce que tu as écrit.
On n'écrit pas un texte comme ça sans en savoir quelque chose. Il me semble évident que dans ce texte, tu symbolises quelque chose du savoir expérientiel qui t'est propre. Sans doute que tu as été aidé par des discutions avec tes camarades, qui ont dû te faire entendre que ce que tu racontais, ben c'était loin loin d'être con. Mais c'est toi qui as élaboré ça, à partir d'un savoir qui se ressent du fond des tripes. Je suis prêt à parier un grosse liasse là-dessus. T'as pas inventé ça à partir de rien !
Il faut bien que PA se rende compte, qu'en analyse, l'analyste n'a AUCUN conseil à donner, ni matériel de RDR à fournir, c'est 100% symbolique. Comment on fait pour être non prescriptif quand on veut transmettre un savoir pairjectif ? Tu es beaucoup plus qualifié que moi pour en parler : c'est TON savoir expérientiel. Je ne peux pas en parler à ta place.
Ce que je sais faire de mieux, c'est mettre en valeur le savoir expérientiel des personnes, leur faire entendre que quand elles parlent, elles en disent plus long que ce qu'elles pensent, et qu'on peut s'appuyer sur ce "plus" pour l'élaborer, et produire un "plus" de pouvoir d'agir. Ca n'est pas l'analyste qui explique et commente ce "plus", comme je fais dans un texte de réponse, ce "plus", il est dans ce que dis l'analysant !
Jamais ne serai là où j'en suis aujourd'hui, si je ne m'étais pas appuyé sur ce que tu as écrit.
En tout cas, si on se parlait de vive voix, ça serait plus vivant et moins intimidant que de se prendre tout un texte comme le mien sur le coin de la tête. Et ça nous prendrait moins de temps
PsychoActivement.
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Cub3000 a écrit
Donc je vois bien les écueils de la RdR "sanitaire", mais je pense qu'il va falloir se serrer les coudes, entre PUD et pros attachés aux notions d'autosupport, optimisation des consos, transmission des savoir en vue d'une autonomie maximale dans les usages, y compris au sein de structures plutôt institutionnelles...même là il y a évidemment des pros qui partagent cette approche, et à mon avis l'heure est mal choisie pour les braquer par un soupçon systématique de volonté de contrôle des parcours/corps/usages des PUD...
En fait, je suis assez d'accord, si tu permets que je m'auto-cite :
Pour moi, ça n'est pas le statut qui fait le discours médical, c'est justement ... le discours ! C'est-à-dire la logique à laquelle l'approche médicale nous assujettit, et le lien de domination qu'elle institue.
Notre aliénation collective au discours médical, ça n'est pas seulement une question de hiérarchie et d'organisation du travail, même si ça compte, c'est avant tout qu'on y est habitués, qu'on y croit, et qu'on a du mal à concevoir notre vie et notre travail en dehors de ses préceptes : c'est une logique largement intériorisée, qui fait partie intégrante de notre rapport au monde moderne.
Pour le dire autrement, l'habit ne fait pas le moine : ça n'est pas la blouse blanche qui fait le médecin, mais son discours et sa logique de travail. Avec ou sans la blouse, avec ou sans masque, ça ne change rien. Et je le redis, il n'y a pas que les soignants qui sont prisonniers du discours médical, les PUD sont les premières à y croire. Vous allez me dire, waouh, il est vachement fort ce "discours médical" ! Et je vais vous répondre, non, c'est juste nous qui sommes vachement cons haha ! "con-pris" 
"Con-pris", c'est pas juste pour vous faire entendre que le discours médical nous prend pour des cons, c'est aussi pour vous faire entendre qu'on est "pris", pris-onniers de quelque chose, d'une dialectique, d'un discours ! C'est si rassurant d'être compris ! Ahhh c'que ça fait du bien ! De se sentir compris par l'Autre. D'être "pris avec soi" ou de "prendre avec soi", d'incorporer, ou d'être incorporé, de s'inscrire tous dans l'Unité d'Un discours. Ne former plus qu'Un, c'est le fantasme absolu n'est-ce pas ? On en r'demande ! Mais il faut se demander à quel "prix" ?
Par exemple, un histoire récente de PUD qui veut arrêter l'alcool : il fait une analyse avec moi, et voit un addiccto en parallèle. J'ai changé deux ou trois trucs et simplifié l'histoire.
L'addiccto prescrit 8 Valium par jour à cette personne qui n'a aucune tolérance aux Benzos. La personne suit la prescription "religieusement", bien qu'elle me témoigne que c'est beaucoup trop fort pour elle, et qu'elle s'endort au volant.
Pourquoi t'essayes pas d'en prendre un peu moins ? Bah j'suis pas médecin, et je veux lui montrer que j'ai vraiment envie d'arrêter : c'est elle qui sait ce qu'il faut faire !
La personne cherche une reconnaissance en tant que malade, ça n'est pas sa faute si il boit, et pour l'obtenir, pour se sentir légitime et sincère à cette place symbolique du malade, il doit donner à l'addicto une authentique reconnaissance en tant que sachant, ce qui le conduit à prendre son Valium pour des raison 100% symboliques, au mépris total de l'effet psychotrope recherché.
Le discours médical, c'est cette croyance qui empêche la personne de se réapproprier le produit et d'adapter son dosage à ce qu'elle ressent.
Ici, rien ne nous dit que l'addicto insiste lourdement pour qu'il prenne absolument 8 Valium et pas un de moins. Ce qui ressort, c'est que le désir de se laver de la culpabilité de boire à travers l'identification à la figure du malade conduit cette personne à s'aliéner à ce qu'elle pense que le médecin veut obtenir d'elle.
Ici, ça se terminera par un accident, et une voiture à la casse, heureusement sans blessé.
Pas besoin d’être en guerre contre l'addicto pour que ça change ! C'est plutôt à une décolonisation de nos imaginaires du discours médical que j'appelle.
PsychoActivement.