Hello,
Merci pour ton retour d'expérience, c'est vraiment intéressant d'avoir différents points de vue.
Au niveau de l'accroche, il faut vraiment différencier le manque psychologique, le fait de vouloir reconso car l'intensité des effets a marqué positivement l'esprit, de l'idée la plus vague, à l'obsession permanente, jour et nuit, y compris dans les rêves (j'ai vécu cela avec le
crack, mais pas avec l'
héro dont le manque psy est quand même moins violent je trouve), et le manque physique.
Le manque physique, tu es malade comme un chien, avec des angoisses et une tristesse massive, des douleurs (hyperalgies), aucune énergie (se lever de son lit peut sembler insurmontable), la pensée dans la glu, et tous les autres symptômes du manque (grelotter tout en transpirant, nez qui coule, diarrhées, insomnie, cauchemars, etc), des jours et des jours, avec un temps qui s'égraine sans fin, minute après minute.
Les symptômes physiques, je trouve, c'est pas que tu as spécialement envie d'en reprendre, c'est plutôt que tu veux à tout prix soulager ta souffrance, peu importe avec quoi. Tu sais bien que le soulagement sera ponctuel, qu'après, la souffrance va recommencer, peut-être même en pire. Mais quand la souffrance est trop importante, les conséquences de ce que tu vas faire pour te soulager n'ont plus d'importance. Tu ne peux pas planifier, anticiper, réfléchir, tu es uniquement dans l'instant, car ce que tu ressens t'empêche d'être ailleurs, donc de penser. Tu veux juste que la souffrance s'arrête, c'est ton problème numéro 1. Après cela, tu réfléchiras à ce qu'il faut réfléchir d'autre, l'intensité de ce que tu vis court-circuite complètement ta pensée.
Pas mal de gens témoignent qu'ils préfèreraient se tirer une balle plutôt que d'affronter cette souffrance une nouvelle fois dans leur vie, ça te donne une petite idée du traumatisme de cette expérience. La
came, ça vient se loger dans les récepteurs morphinique dans ta cervelle, et au bout d'un moment, ton corps ne produit plus naturellement d'endomorphines, car il a la
morphine en continu que tu lui fournis. Le problème est que quand tu arrêtes, les récepteurs se retrouvent sans rien, et comme ton corps n'en produit plus (pendant un temps), tu peux ressentir la pire des sensations possibles car tu n'as plus la substance dans ton corps qui te permet de te sentir bien. En plus les récepteurs ont perdu toute leur sensibilité, et donc le peu d'endorphine qui arrive n'est pas du tout suffisante pour les stimuler, et donc, c'est affreux.
Sauf que tant qu'on consomme, on est tellement bien qu'on ne se préoccupe pas non plus de ce qui peut arriver (et on ne s'en rend pas non plus compte si on en a pas fait l'expérience !), on est dans l'instant, et on ne réfléchit pas forcément à la suite. Et quand ça t'arrive dessus, pour ma part, j'ai vraiment cru que j'étais en train de mourir tellement j'allais mal et ça m'a traumatisé. Et comme dit plus haut, à ce moment, tu ne penses pas non plus à la suite, tu veux juste trouver un moyen de te soulager. La conso d'opiacé réduit ma pensée à un présent perpétuel, de plaisir ou de souffrance...
Bien sûr, la dépendance physique n'arrive pas en consommant quelques fois, ça s'installe progressivement, et il y a des degrés, ce n'est pas la même chose d'avoir consommé quelques jours, 1 semaine, 1 mois ou 5 ans.
Et encore, moi, je n'ai connu que des manques suite à des conso d'1 ou plusieurs semaines de pure, je n'ose même pas imaginer dans quel état peut te conduire une dépendance de plusieurs années... C'est aussi pour cela que certains addictologues considèrent que pour les consommations au long court, la prise de
TSO à vie est la recommandation principale, si le corps est vraiment trop habitué, descendre les doses sera extrêmement difficile physiquement car cela va provoquer une souffrance éventuellement insupportable qui peut durer très longtemps si le corps n'arrive plus à produire lui-même ses endorphines. On parle même parfois de symptômes prolongés de
sevrage car ils peuvent durer des mois voire des années, c'est difficile d'imaginer tenir en allant mal si longtemps.
Et si s'ajoute à cela un manque psychologique car du fait de sa personnalité, l'effet du produit a marqué l'esprit qui veut donc y revenir, devenir abstinent devient vraiment une montagne gigantesque à gravir.
Je t'encourage donc vraiment à être extrêmement prudent pour éviter la dépendance physique aux
opiacés car cela peut vraiment te marquer et être vraiment traumatisant.
Par ailleurs, j'ai exactement le même sentiment que toi concernant le fait d'avoir "gâché sa journée". Je trouve aussi que la
came me rend totalement passif. Je ne fais plus rien de mes journées, je ne vais plus au sport, je ne travaille plus, je ne parle plus à personne, je ne construits plus rien, juste je kiffe la sensation. Et ça ne me convient pas car j'abandonne plein de choses qui me font aller mieux (le sport, les rencontres, le travail, etc), les choses qui me permettent de me sentir vivant, de me sentir moi au naturel, pas juste un corps vidé sans âme mais emplit de vagues de plaisir.
Il me reste juste 50mg de blanche, et après du
Tramadol pour passer le cap du
sevrage, le reste a été envoyé à un copain. J'ai vraiment peur de cet arrêt mais il faudra bien en passer par là. En tout cas, après cela, j'espère bien tourner la page. Pour moi, cette conso a bien plus de négatif que de positif quand je fais la balance entre les deux...
C'est bien trop cher payé ce plaisir cotonneux, cette joie, cet apaisement artificiel, sans lien avec une véritable réalisation, rencontre ou résolution des problèmes de ma vie ! L'effet s'estompe et les problèmes sont toujours là, et du fait des conso, je n'ai rien fait pour avancer, pour aller mieux, alors qu'aujourd'hui je sais ce qui me permet de me sentir bien, d'abord bêtement une bonne hygiène de vie. Rien que plus boire, bien dormir, bien manger, pas de stimulant, du sport, et c'est le jour et la nuit. L'énergie et la joie reviennent, je pense mieux, je ressens plus ce qui se passe autour de moi, ce qu'expriment les gens, je suis plus avenant, etc.
Le problème est de toujours revenir à ces vieilles solutions qui ne marchaient déjà pas à l'époque et qui ne marchent toujours pas, à cause de ce souvenir intense de la 1ère fois que je cherche sans cesse à retrouver, sans jamais y arriver. Peut-être parce que ce fut une conso trop jeune ? Cette sensation de la 1ère fois qui m'a tant marqué, alors qu'elle a plus de 20 ans, explique en partie pourquoi je remets sans cesse une pièce dans la machine, avec la pensée magique que peut-être ça sera comme cette 1ère fois, cette fois-ci ?
Eh bien scoop, évidemment que non, ça ne sera plus jamais comme la 1ère fois puisque mon cerveau ne sera plus jamais le même.
Ca c'est la partie dépendance psychologique, et là dessus, tout le monde est différent, mais si tu prends de la
came un jour et que l'intensité des sensations marque ton cerveau, il n'oubliera pas, et ça sera le ciment d'un "revient y". Tu couples cela avec des symptômes physiques de
sevrage, et tu commences à comprendre pourquoi il peut être si difficile de sortir des
opiacés, même si on peut aujourd'hui bien gérer les symptômes physiques avec les
TSO.
PS. D'écrire tout cela m'a fait réfléchir, et les 50mg ont rejoint l'enveloppe pour le copain. Je ne veux pas garder ça, le consommer et que la suite soit pire à gérer que ce que je vais devoir gérer maintenant. Il me reste 10
Tramadol 100mg LP que je vais tâcher de bien gérer pour diminuer doucement et limiter le manque, et dimanche ça devrait être bon, courage, quelques jours durs et je tourne la page et ça sera vraiment pour le mieux ! Merci pour tes messages Benzotrip, te répondre me force à poser les choses, à dérouler ma pensée le plus clairement possible et ça me fait du bien. Et si mon partage sert aussi de support à la pensée d'autres personnes, j'en suis très content !
Dernière modification par silae (Hier à 02:02)