Cathinones

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Les cathinones de synthèse ont fait leur apparition dans la « drogosphère » au début des années 2000 et constituent aujourd’hui l’une des familles de stupéfiant les plus consommées en Europe et en Amérique du Nord. Jonglant avec la légalité de leurs structures chimiques, chimistes et sites internet de Reserach Chemicals ont inondé le marché de ces substances diverses et variées et aux risques encore inconnus. Le Rapport 2013 de l’ONU sur les stupéfiants[1] fait état de l’explosion de la consommation des ces drogues de synthèse ; aux USA, les « bath salts » sont les drogues les plus consommées chez les 15-24 ans après le cannabis.


Présentation et chimie

La molécule de cathinone
Structure générale des cathinones de synthèse, avec R1, R2, R3, R4 défini dans le texte

La cathinone, de son vrai nom la benzoylethenamine, est un alcaloïde monoamine que l’on retrouve dans le Catha edulis (alias la feuille de Khat), une plante qui pousse principalement en Afrique de l’Est. Chimiquement, sa structure moléculaire s’apparente à celle de l’éphédrine, de la cathine ainsi qu’à celle des amphétamines. L’appellation « cathinones synthétiques » regroupe l’ensemble des dérivés de phénylalkylamines, et sont souvent qualifiés de « BK-amphétamines » en raison de sa fraction béta-cétone. Parmi ses nombreux dérivés, on peut citer la butylone, la méthylone, l’éthylone, la méthédrone, la MDPV, la 3-MMC, la 4-MEC ainsi que des dizaines d’autres, mais le plus populaire d’entre eux est la méphédrone (4-MMC).

Les dérivées de la cathinone peuvent être produites par substitution de l'atome d'hydrogène à quatre endroits de la molécule de cathinone.

  • R1 = hydrogène, ou un groupement alkyle (ethyle, methyle...), alkoxy alkylenedioxy, haloalkyl, halide.
  • R2 = hydrogène ou n'importe quel groupe alkyle.
  • R3 = hydrogène, n'importe quel groupe alkyle, ou incorporation dans une structure cyclique.
  • R4 = hydrogène ou n'importe quel groupe alkyle, ou incorporation dans une structure cyclique.

Les analogues de la pyrovalérone, des cathinones particulières

molécule de PV en 2D, avec en rouge les différences par rapport aux autres cathinones

En 1967, une série de composés cétoniques N-pyrrolidino est breveté. Le composé principal de cette série est le 1-(méthyl)-2 -(pyrrolidinyl)-pentanone, plus populairement connue sous le nom de pyrovalérone. Ses synonymes sont Centroton, Thymergix, valérophénone, O-2371, et bien sûr PV.

La Pyrovalérone (et par extension ses dérivés) est apparentée structurellement aux cathinones, et peut donc être considéré comme une cathinone substituée.

Il existe deux caractéristiques essentielles des pyrovalerones qui les distinguent des dérivés primaires de cathinone; 1) une amine tertiaire (et non une amine primaire ou secondaire), qui est incorporé dans un anneau à cinq chaînons, un noyau pyrrolidine (4 carbone et un azote) hétérocyclique. Et 2) une structure de cinq carbone (offrant une structure de pentiophenone par opposition à un propiophenone).

En 1969, l'analogue méthylènedioxyphényle de la pyrovalérone, bien connu de nos jours par son abréviation MDPV, est breveté par une société pharmaceutique Boehringer Ingelheim. Le MDPV n'a jamais été commercialisé et est resté un stimulant obscur jusqu'à récemment, ou il est devenu un research chemical populaire.

En résumé, le PV, ainsi que de nombreux analogues de celui-ci, sont connus pour être des ligands pour les transporteurs à monoamine, avec une préférence pour le NET (Noradrénaline transporter) et le DAT (Dopamine transporter), et pour la plupart, une interaction négligeable avec le SERT (sérotonine transporter) (sauf la naphyrone). En règle générale, les composés de cette classe peuvent être présumés comme des puissants stimulants du SNC et cardiovasculaires.

Quelques exemples

Composant R1 R2 R3 R4
Cathinone H H H H (hydrogène)
Methcathinone H H H Méthyle (— CH3)
Ethcathinone H H H Ethyl (-C2H5)
Pentedrone H Ethyle (-C2H5) H Méthyle (— CH3)
Méphédrone (4-MMC) 4-Methyle H H methyle (— CH3)
3-MMC 3-Methyle H H Méthyle (— CH3)
Buphédrone H Methyle H Méthyle (— CH3)
NEB H Methyle H Ethyle (-C2H5)
Benzedrone 4-Methyle H H Benzyle
4-MEC 4-Methyle H H Ethyle (-C2H5)
Methylone 3,4-methylenedioxy H H Methyle (— CH3)
Ethylone 3,4-methylenedioxy H H Ethyle (-C2H5)
Methedrone 4-methoxy H H Methyle (— CH3)
3-FMC 3-Fluor H H Methyle (— CH3)
4-FMC (Flephedrone) 4-Fluor H H Methyle (— CH3)
3,4-DMMC 3,4-dimethyl H H Methyle (— CH3)
Butylone 3,4-methylenedioxy Methyle (— CH3) H Methyle (— CH3)
Analogues de la pyrovalérone
MDPV 3,4-methylenedioxy Ethyle (-C2H5) pyrrolidinyl
Naphyrone (O-2482) β-naphthyl au lieu du phenyle Ethyle (-C2H5) pyrrolidinyl


Histoire

La méphédrone a été synthétisé pour la première fois en 1929 par Saem de Burnaga Sanchez sous le nom de « toluyl-alpha-monomethylaminoethylcétone » dont les travaux ont été publiés dans le Bulletin de la Société Chimique de France. C’est en 2003 que cette substance a été « revisitée » par un chimiste « clandestin » usant du pseudonyme « Kinetic » qui publia sur le site internet The Hive la première description des effets de la méphédrone. Il décrira entre autres « cette incroyable sensation de bien-être que je n’ai pu retrouver dans aucune des drogues si ce n’est ma bien aimée ecstasy (MDMA) ».

C’est ensuite en Israel que va s’écrire une nouvelle page de l’histoire des cathinones synthétiques. En effet, dès 2004, un dérivé de la cathinones se vend légalement dans le pays sous le nom de hagigat. Décrétée illégale au bout de deux ans, ce dérivé a vu sa structure moléculaire modifiée, puis a été de nouveau commercialisé par la société israélienne Neorganics sous le nom de Neodoves Pills. En juillet 2008, le gouvernement israélien rend illégal l’ensemble des dérivés de la cathinone, mais ces stimulants vont pourtant connaitre leurs heures de gloire, cette fois-ci en Europe et aux Etats-Unis.

Entre 2007 et 2010, la méphédrone est vendue légalement sur les sites internet de RC, le plus souvent sous l’appellation « sel de bain (bath salts) » ou « engrais (plant food) », jusqu’à être interdite au Royaume-Uni, un pays à la pointe en matière de Designer Drugs et où la méphédrone aurait été mise en cause dans le décès de plusieurs adolescents. A partir de là, des dizaines d’autres dérivés de la cathinones ont été synthétisés et commercialisés, certains avec plus de succès que d’autres comme la méthylone, la butylone et la MDPV.

Aujourd’hui, la plupart des autorités sanitaires des pays occidentaux ont opté pour un système d’interdiction ne concernant plus uniquement une substance en particulier, mais l’ensemble de ses substituants réels et futurs, quitte à fâcher l’industrie pharmaceutique qui voit d’un mauvais œil cette mise à l’index de ces molécules dont l’intérêt clinique potentiel se retrouve dès lors difficilement exploitable. Néanmoins, l’interdiction est difficile à faire respecter en raison de la grande diversité de ces nouvelles drogues et du manque d’outils de diagnostic fiables et rapides pour les identifier et distinguer - selon la législation propre à chaque pays - celles qui sont légales de celles qui ne le sont plus.

« je n'ai pas commandé depuis l'interdiction et la dernière cathi que je kiffais était la pentedrone, synthétisé par un labo U.S elle avait une odeur de fraise en arriére plan qui me plaisait bien. la pentylone en tant que stim fonctionnel pour tous les jours me plaisait encore + ! Et le MDPV pour remplir une mission coûte que coûte, pour sortir d'un état comateux enfin c aussi le MDPV qui a fait le plus de ravages autour de moi il y a 3 ans ! M'enfin...Fallait juste pas compter dessus tous les jours, une semaine de conso c'était déjà pas mal, et 3 traits par jours suffisait pour ma part. »
-(Source, shovsori, Psychoactif)

La législation en France

Seul la cathinone, la methcathinone, l'amfepramone et la pyrovalérone, sont sous contrôle international.

Mais en France la plupart des cathinones de synthèse sont interdites depuis l’Arrêté du 27 juillet 2012[2] . Cet arrêté étend l’interdiction à « toute molécule dérivée de la cathinone, ses sels et ses stéréoisomères, avec :

  • un substituant alkyl, phényl, alkoxy, alkylenedioxy, haloalkyl, halogéné sur le cycle phényl ;
  • un substituant alkyl en position 3 ;
  • un substituant alkyl ou dialkyl ou cyclique sur l'azote, à l'exception du bupropion ;
  • Toute structure dérivée du 2-amino-1-one propane par substitution en position 1 avec tout système monocyclique ou polycyclique, ainsi que ses sels et ses stéréoisomères. »

Cela signifie que la quasi-totalité des cathinones synthétiques sont de facto interdites à la vente, à la détention et à l’usage sur le territoire national français. Ce type de législation a également été adopté aux Royaume-Unis, quelques mois après l’interdiction de la seule méphédrone (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle aucun site de RC basé au U.K. ne vend de cathinones synthétique depuis 2010) ainsi que par la Belgique en avril 2013.

Effets désirés et indésirables

Comme les phénéthylamines, en l'absence de substitution sur l'anneau phényl , les cathinones se comportent comme stimulant du système nerveux central (SNC), mais toujours avec une puissance inférieure à la phenethylamine analogique correspondante. Le plus faible puissance est causée par le groupe β-kéto, qui créer une molécule moins capable de traverser la barrière hémato-encéphalique.


Dans leur ensemble, les cathinones de synthèse ont pour effets principaux une énergie accrue, l’empathie, l’envie d’aller vers les autres et de communiquer, un sentiment de puissance intellectuelle et physique, ainsi qu’une augmentation de la libido. Selon la substance en particulier, les effets sont plus ou moins similaires à ceux de la cocaïne, l'amphétamine ou de la MDMA.


Pour ce qui concerne les effets indésirables, les usagers font état de symptômes cardiaques, psychiatriques et neurologique.


« Depuis que je n'arrive plus à trouver de méphédrone je me suis lancé le défi de goûter toutes les cathinones au cas où je trouverais des effets similaires. Voici un 1er résumé de mes recherches. Même s'il en manque encore dans ma liste, je trouve intéressant de partager ça avec vous. Mon mode de conso est l'IV. A chaque fois j'ai d'abord fait un test avec moins de 0,1 g ensuite mes shoots étaient de 0,2. J'ai consommé à chaque fois au minimum 1g (sauf pour la fléphédrone), jusqu'à 5 g pour la 3mmc en une soirée (souvent la nuit entière).

-La BUPHEDRONE (1-Phenyl-2-methylaminobutan-1-one), la dernière que j'ai testé: légère montée lors de l'injection, insomnie, coupe-faim, légère euphorie. Descente tranquille.

-Le BUTYLONE (bk-MBDB):pas de montée, insomnie,légère euphorie, envie de reconsommer un peu plus prononcée.

-La PENTEDRONE (α-méthylamino-valérophénone):grosse montée lors de l'injection, le produit brûle un peu les veines,suée et mains moites,le cœur s'emballe et on ressent une grande excitation. Produit très stimulant, qui rend nerveux voire irritable. La descente est plus difficile.

-La FLEPHEDRONE (4 FMC) : pas d'effets ressentis.

-La méthylone (3,4-methylenedioxy-N-methylcathinone): flash lors de l'injection. envie de s'exprimer, sentiment d'euphorie, descente gérable.

-La 3mmc (3 méthylmethcathinone): flash lors de l'injection. Empathogène et entactogène. Envie de reconsommer très présente, fort craving. Excitation sexuelle. Descente difficile (à priori c'est propre à l'injection).

-La 4MEC (4 méthylethcathinone):flash plus intense lors de l'injection. Mêmes effets que la 3mmc en plus soft. Je dirais que la 4mec rend un peu plus speed que la 3mmc. La descente est aussi difficile.

Résultat des courses je retiens un top 3 dans ces essais: La 3 mmc, la 4mec et la méthylone. Un point commun à toutes ces cathinones: l'accélération des battements du cœur et l'action coupe-faim.

»
-(Source, Niglo, Psychoactif)
      • Pour plus de précisions quant aux effets de ces drogues, se rendre sur les pages spécifiques aux différentes cathinones de synthèse.

Modes et contextes de consommation

Toutes les cathinones de synthèse ont vocation à être consommées par voie nasale (sniff) et orale (drop, « para », dilué dans un verre). Elles peuvent aussi être injectables. D’autres témoignages rendent compte d’effets désirés par voie rectale (plug).

      • Pour plus de précisions quant aux modes et aux contextes de consommation, se rendre sur les pages spécifiques aux différentes cathinones de synthèse.

Effets sur le long-terme

La recherche scientifique sur les dangers potentiels de ces substances n’en est qu’à ses balbutiements. Cependant, les similitudes cliniques de ces nouvelles drogues avec les amphétamines et la MDMA donnent à penser que les effets secondaires sur le moyen/long-terme sont du même acabit que ces deux drogues déjà bien connues. Plus d’études et de travaux de recherche sont nécessaires pour en comprendre les mécanismes d’actions, leurs toxicocinétiques et toxicodynamiques, leurs métabolismes dans l’organisme, leurs effets cliniques et psychologiques ainsi que leurs potentiels de dépendance.

Le problème des cathinones de synthèse utilisé comme produit de coupe des drogues dites « traditionnelles »

En raison de leur accessibilité (en quelques clics sur internet), de leurs prix modérés par rapport aux autres drogues stimulantes (environ 20 euros pour un gramme en moyenne) ainsi que de leurs effets proches de ceux du MDMA ou des (meth)amphétamine(s), on constate une explosion de l’usage de ces drogues pour « couper » (diluer) des drogues plus traditionnelles comme la MDMA (principalement avec de la méthylone, alias bk-MDMA) et la cocaïne (souvent avec de la MDPV). Une cathinone de synthèse peut servir à couper la MDMA avec un potentiel de risque tenant en l’association de deux substances psychotropes distinctes. Les cathinones de synthèse peuvent aussi être vendues comme étant de la MDMA. C’est par exemple le cas avec la méthylone dont les effets sont très proches de ceux de l’ecstasy mais qui mettent deux fois plus de temps à se faire sentir, ce qui peut pousser l’usager à « redoser » trop tôt et risquer une montée dangereuse.


Références

Liens