Extrait d’une vie volée

Catégorie : Tranche de vie
02 août 2026 à 21:01

#abus de pouvoir #Flic
Lorsque j’ai écrit Une vie volée, je pensais avoir raconté l’essentiel de mon histoire.
J’avais parlé de la drogue, de mes errances, de mes chutes, de mes combats et de mes renaissances. Mais en refermant ce livre, je savais qu’il manquait quelque chose.

Une partie de ma vie était restée enfermée dans le silence.
Je n’avais pas oublié ces histoires.
Je les avais volontairement laissées de côté.
À l’époque, je voulais protéger certaines personnes. censored
Malgré tout ce qu’elles m’avaient fait vivre, je continuais à porter leur silence. Je pensais que certaines vérités n’avaient peut-être pas besoin d’être racontées.
Avec les années, j’ai compris que ce silence ne protégeait pas les victimes.
Il protégeait ceux qui avaient fait du mal.
Alors j’ai décidé de reprendre la plume.
Non pas pour régler des comptes.
Non pas pour provoquer.
Mais parce qu’il arrive un moment où raconter la vérité devient une nécessité.
Les Silences d’une vie volée n’est pas une suite de Une vie volée.
C’est l’autre moitié de mon histoire.
Celle que je n’avais jamais eu la force d’écrire.
Ces pages parlent de violence, d’emprise, de peur, de honte, de dépendance et de survie.
Si elles existent aujourd’hui, c’est parce que je refuse que ces silences m’accompagnent jusqu’à la fin de ma vie.


La voiture des gendarmescensored

J’avais dix-sept ans.
À cette époque, je passais beaucoup de temps à Bruxelles. Je traînais autour de la Grand-Place, de la gare du Nord et dans tous ces endroits où l’on trouvait facilement de l’héroïne. Les journées se ressemblaient. Je marchais sans vraiment savoir où j’allais. Je cherchais ma prochaine consommation, ou simplement une façon de faire passer le temps.
Il était déjà tard.
Les rues commençaient à se vider. Les vitrines s’éteignaient une à une et l’air devenait plus frais.
Soudain, une Golf de gendarmerie s’est arrêtée à ma hauteur.
Quatre gendarmes étaient à l’intérieur.
L’un d’eux est descendu et m’a demandé ma carte d’identité.
Je la lui ai donnée.
Il l’a regardée quelques secondes avant de relever les yeux vers moi.
— Vous habitez à Woluwe-Saint-Pierre ?
J’ai répondu oui.
— Qu’est-ce que vous faites ici à une heure pareille ? Vous êtes mineure. Il n’y a bientôt plus de métro ni de bus.
J’ai haussé les épaules.
Je leur ai répondu que je me promenais et que j’avais le droit d’être là.
Ils ont échangé quelques regards.
Puis l’un d’eux m’a dit :
— Montez. On va vous raccompagner chez vous.
Je n’ai pas hésité.
Pourquoi aurais-je eu peur ?
Ils étaient gendarmes.
Depuis qu’on est enfant, on nous apprend qu’un uniforme est là pour protéger.
Je suis montée à l’arrière de la voiture.
Pendant le trajet, personne ne parlait beaucoup.
Je regardais les rues défiler derrière la vitre.
Je pensais simplement que j’allais rentrer chez moi.
Lorsque nous sommes arrivés près du parc de Tervuren, une deuxième Golf de gendarmerie est arrivée.
Deux autres gendarmes en sont descendus.
Ils étaient maintenant six.
Je ne comprenais pas pourquoi.
L’un d’eux m’a demandé de sortir.
Je les ai suivis.
Nous avons marché jusqu’à un endroit plus isolé, dans le parc de la Woluwe.
Il faisait sombre.
Il n’y avait presque personne.
Puis tout a changé.
Les mains ont commencé à se poser sur moi.
On me touchait.
On me pelotait.
Je leur répétais que je ne voulais pas.
Je leur demandais d’arrêter.
J’étais jeune.
J’étais sous l’effet de l’héroïne.
J’étais seule face à six hommes en uniforme.
Je ne savais pas comment me défendre.
Je ne savais même pas si j’en avais le droit.
Le temps semblait ne plus avancer.
Je voulais seulement que cela s’arrête.
Puis, comme si rien ne s’était passé, ils m’ont fait remonter dans la voiture.
Ils m’ont déposée devant chez moi.
Avant que je descende, l’un d’eux s’est retourné vers moi.
Il m’a dit :
— Ça reste entre nous.
Ils savaient que j’avais de l’héroïne sur moi.
Ils ne me l’ont pas prise.
Ils m’ont laissé repartir avec.
Le message était clair.
Si je me taisais, je n’aurais pas de problème.
Je pourrais rentrer chez moi.
Je pourrais consommer le lendemain.
Je n’ai rien dit.
À personne.
Ni à ma famille.
Ni à un médecin.
Ni à la police.
J’ai gardé ce souvenir enfermé pendant des décennies.
Le silence me semblait moins dangereux que l’idée de ne pas être crue.
Aujourd’hui encore, je revois cette voiture s’arrêter devant moi.
Je revois ces uniformes.
Et je repense à la confiance avec laquelle j’ai ouvert cette portière.
Je croyais monter dans une voiture qui allait me protéger.
Je ne savais pas que j’allais y laisser une part de mon innocence.
Ce soir-là, ce n’est pas seulement mon silence qui est né.
C’est aussi ma méfiance envers ceux qui étaient censés me protéger.
Ils portaient un uniforme.
Moi, je portais encore ma confiance.girl_cray2

Thalie (avec 80 mg de Ritaline dans la tronche)bravo

Commentaires
Salut,

Je n'ai pas les mots, à part de la rage !

Contre ceux qui croivent que tout leur est permis, contre les pires êtres de la terre qui se cachent derrière leurs uniformes pour commettre les pires actes...

Et j'ai bien peur, parfois, que la rhétorique des brebis galeuses ne tient pas, que quand on donne le monopole de la violence à des êtres infects on ne peut que voir de l'abus et de la violence...et c'est ce monde, ses lois à géométrie variable, qui crée ces situations, sauf que c'est nous qu'on se les prends en plein gueule !

Force à toi qui a du faire face à tout ça et les années qui ont suivi, le courage de raconter, de mettre noir sur blanc rend parfois les choses plus réelles, fais ressortir ces souvenirs qu'on avait bien enfui à l'intérieur de nous mêmes..
Mais même si on essaie de mettre à coté, de n'y pas penser voire d'oublier ça fera toujours partie de nous mêmes... Eux ils ne se rendent même pas compte

Quand on est jeune, une jeune femme et on consomme on ne mérite pas le mépris de ces vers, mais on s'en prend plein la gueule parce que les oppressions se croisent et s'additionnent pour se multiplier
Notre parole est silenciée par des poids que ce n'est pas nous à porter

Les gens qui n'ont jamais subi des prévarications, des violences de la part des uniformes ne rendent pas compte, croient c'est idéologique, mais malheureusement c'est le vécu qui fait en sorte qu'on ne peut pas être sereines et tranquilles

Bref, encore du courage et je te souhaite de te nourrir de la force que t'as eu pendant ces années pour résister et de nous raconter


#2
Thalie
Nouveau membre France
Hier à 00:30

cependant a écrit

Salut,

Je n'ai pas les mots, à part de la rage !

Contre ceux qui croivent que tout leur est permis, contre les pires êtres de la terre qui se cachent derrière leurs uniformes pour commettre les pires actes...

Et j'ai bien peur, parfois, que la rhétorique des brebis galeuses ne tient pas, que quand on donne le monopole de la violence à des êtres infects on ne peut que voir de l'abus et de la violence...et c'est ce monde, ses lois à géométrie variable, qui crée ces situations, sauf que c'est nous qu'on se les prends en plein gueule !

Force à toi qui a du faire face à tout ça et les années qui ont suivi, le courage de raconter, de mettre noir sur blanc rend parfois les choses plus réelles, fais ressortir ces souvenirs qu'on avait bien enfui à l'intérieur de nous mêmes..
Mais même si on essaie de mettre à coté, de n'y pas penser voire d'oublier ça fera toujours partie de nous mêmes... Eux ils ne se rendent même pas compte

Quand on est jeune, une jeune femme et on consomme on ne mérite pas le mépris de ces vers, mais on s'en prend plein la gueule parce que les oppressions se croisent et s'additionnent pour se multiplier
Notre parole est silenciée par des poids que ce n'est pas nous à porter

Les gens qui n'ont jamais subi des prévarications, des violences de la part des uniformes ne rendent pas compte, croient c'est idéologique, mais malheureusement c'est le vécu qui fait en sorte qu'on ne peut pas être sereines et tranquilles

Bref, encore du courage et je te souhaite de te nourrir de la force que t'as eu pendant ces années pour résister et de nous raconter

Merci pour ton message. ❤️

Il m’a beaucoup touchée, parce que j’ai senti que tu ne cherchais pas à minimiser ce que j’ai vécu ni à me dire d’oublier. Tu as compris que le plus difficile n’a pas été seulement ce qui s’est passé cette nuit-là, mais le silence qui a suivi pendant toutes ces années.

Écrire cette histoire n’a pas été facile. J’ai longtemps hésité avant de mettre ces mots sur le papier. Aujourd’hui, je le fais parce que je ne veux plus que ce soit la honte ou la peur qui racontent mon histoire à ma place.

Merci pour ton soutien, ta colère et tes mots. Ils comptent beaucoup pour moi.
Thalie


#3
Karlaa
Nouveau membre France
Aujourd'hui à 01:52
Bonjour Thalie, les maux en mots à jamais restent là, qu’ils libèrent ton esprit.
Le courage a fait son œuvre.
Ta parole est sacrée comme l’existence.
Merci

Ça me fait penser à ce commissaire dégueulasse qui m’avait sauté dessus pour me baiser … j’avais réussi à m’enfuir de sa voiture. Suite au week-end précédent où j’étais en cellule de dégrisement dans son commissariat, il avait téléphoné chez mes parents pour m’inviter au resto, Et à savoir pourquoi j’y suis allée…j’avais 18ans, j’me defonçais bcp et j’aimais l’adrénaline. L’histoire s’est bien finie pour moi heureusement. Mais j’étais vraiment choqué qu’un flic se permette ça! Abus de pouvoir en qq sorte.

Force à toi et continues d’écrire j’aurai plaisir à te lire

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