





cependant a écrit
Coucou,
Dans l'épisode que tu as raconté les tso existaient ?
Re cependant
C’était dans les années 1990. En Belgique, la méthadone existait déjà, mais son accès était soumis à un suivi très strict. Moi, j’étais complètement en marge de la société. Je squattais, je dormais à droite et à gauche, sans aucune stabilité. Dans ces conditions, il m’était tout simplement impossible d’y avoir accès.
Je survivais comme je pouvais. Je revendais de l’héroïne et les allers-retours en Hollande faisaient partie de mon quotidien. Là-bas, je revenais souvent avec une bonne quantité de marchandise. J’avais l’impression d’être tranquille pour quelques jours, mais cela ne durait jamais. Très vite, je me faisais voler, manipuler, arnaquer. J’étais extrêmement vulnérable, naïve, incapable de poser des limites. Entourée presque exclusivement d’hommes, j’ai souvent eu le sentiment que beaucoup profitaient de moi. Au bout du compte, c’était toujours moi qui me retrouvais sans rien, en manque.
À cette époque, chaque matin commençait de la même manière. Je me réveillais déjà en manque. À peine avais-je calmé ce manque que, trois heures plus tard, il revenait déjà. Il fallait recommencer à consommer. Je m’injectais, je sniffais, puis je repartais aussitôt à la recherche de la prochaine dose. Toute ma vie était organisée autour de ça . Je ne vivais pas, je survivais, incapable de penser au lendemain.
Dans ce milieu, je ne me suis jamais liée d’amitié avec d’autres femmes. La jalousie, la méfiance, les rivalités et la dureté de ce monde rendaient toute relation presque impossible. Je n’étais entourée que d’hommes, et cela m’a rendue encore plus vulnérable.
Ce n’est qu’il y a 9 ans que j’ai commencé un traitement régulier à la méthadone. À partir de ce moment-là, j’ai arrêté complètement l’héroïne. On m’avait expliqué que, sous méthadone, si je reprenais de l’héroïne, je ne retrouverais plus les effets que je recherchais. Cette idée est restée ancrée en moi.
Je vais être complètement honnête. Si je pouvais reprendre de l’héroïne, une partie de moi ne dirait probablement pas non. maintenant je vis bien et pour moi je pourrais me permettre de temps en temps de prendre en récréatif mon compagnon, par contre n’y croit pas un instant, il n’aime pas que je sois sur psycho actif, mais moi ça me fait énormément de bien…Certaines envies ne disparaissent jamais totalement.
Aujourd’hui, je ne connais plus personne dans ce milieu. Je prends 100 mg de méthadone par jour et, il m’arrive de prendre 4 à 5 fois la dose. Et même là, presque rien, à peine quelques fourmillements. Mon corps est devenu extrêmement tolérant aux opioïdes. ..
Thalie a écrit
j’ai souvent eu le sentiment que beaucoup profitaient de moi. Au bout du compte, c’était toujours moi qui me retrouvais sans rien, en manque.
Merci pour le partage de ces moments
Moi je trouve que j'ai remarqué de patterns bien genrés dans les consos
Perso, je me suis toujours retrouvée plutôt à gérer pour éviter le manque, à anticiper, quitte à ne pas être complètement défoncée mais je préférais me laisser une trace pour le lendemain plutôt que de tout finir...
Et en effet à un moment j'étais avec quelqu'un qui en profitait, finalement il savait que j'arrivais à garder toujours un truc de coté et il me faisait du chantage émotionnel pour ne pas le laisser en plan (quitte à me laisser en plan aussi !)
Bref compliqué je trouve de ne pas gérer que pour soi, surtout quand on a des façons différentes de la faire ! Et quand des relations abusives s'en mêlent, ça m'a bien abîmée...
Après j'avoue, je n'ai pas passé si longtemps en étant dépendante et sans traitement (j'ai consommé des opiacés de façon occasionnelle pendant dix/quinze ans, puis il y a eu un an où j'ai consommé de plus en plus régulièrement jusqu'à consommer tous les jours pour ne pas être en manque, mais déjà à ce moment je cherchais des solutions pour ne pas être en manque –heureusement qu'à l'époque il y avait moins d'attention sur la prescription de tramadol– et là j'ai décidé de demander une prescription ; moi je vivais en camion, au RSA, mais je bougeais beaucoup, c'est pour cela que j'avais insisté jusqu'à avoir du Dicodin qu'à ce moment là n'était pas sous ordo sécurisée, ce qui me laissait plus de marge de manoeuvre).
Mais tout ça ce n'était pas de la gestion en mode je suis la reine du pétrole, plutôt je flippais à mort d'être vraiment en chien, je mettais tout en place pour ne pas ressentir des effets hardcore, je m'aidais aussi avec les médocs que je pouvais récupérer (j'ai fait les poubelles devant les pharmacies à un moment, les containers de médocs à la dechette...).
Car ça m'était arrivé malgré tout https://www.psychoactif.org/blogs/Foutu … html#b6429
Mais le fait de ne pas vivre le manque comme une fatalité, comme une punition divine, c'était aussi grâce aux réflexions sur PA, au fait qu'on pouvait envisager les choses autrement que par le biais de la culpabisation et la volonté de ne pas me faire écraser par les stéréotypes sur le "tox" voué à la déchéance.
Grâce à tout ça, malgré les galères, les conditions de vie précaires, j'ai pu garder la tête haute, assumer les choix de défonce...et tout cela n'aurait pas été possible sans psychoactif :)
Sinon quoi dire, les abus de domination de genre sont une réalité dans toutes les couches de la société mais dans des situations de précarité, je trouve qu'ils peuvent être encore plus execerbés...on en paye double, voire triple, quand les oppressions se croisent 
Je suis contente pour toi si aujourd'hui tu as trouvé une stabilité qui te fait du bien...

LOxyCestLaVie a écrit
Quelle histoire !
La seule chose que je peux dire, c'est qu'une personne qui n'a jamais connu un manque, ne pourra jamais savoir ce que ça fait. Pour ça que certaines personnes renne ça à la legere.
En tout cas, je ne sais pas trop quoi te dire à part du dégout pour ses 3 personnes. Le raciste c'est tellement moche
Effectivement. Quelqu'un qui ne connaît rien au manque, qui ne l'a pas vécu, dans son corps et dans sa tête, ne peut, par essence, pas comprendre ce Mal.
Je touche dix fois du bois (je suis superstitieuse:lol:), je n'ai connu que le début du manque, et encore, il ne s'agissait que du manque de Tramadol.
Il s'agit d’un opioïde de synthèse, mais d’un opioïde tout de même.
Et je pense qu'au vu des doses que je prenais quotidiennement depuis un bon bout de temps déjà, à cette époque, je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi (quoique je n'ai pas d'ennemis, enfin je crois!:witch:)
Bref, personne ne devrait avoir à vivre cet enfer sur Terre.
Et cette agression. Atroce. Insupportable. Innommable.
Encore une fois, comme je te l'ai écrit dans mon "champignon vert"
