Hospitalisation, sevrage, la cure n’est pas une sinécure / Les Blogs de PsychoACTIF
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Hospitalisation, sevrage, la cure n’est pas une sinécure 



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Un tour des services addicto, de France et de Navarre.
Ce n’est pas un guide, mais un retour subjectif d’expérience, certains reconnaîtront, et ne seront pas du même avis. D’autres seront intéressés parce qu’ils y vont.

Introduction


Je ne sais par laquelle commencer…
Par le plus simple, le sevrage seul.

Hôpital Georges Pompidou, AP/HP, Boulogne 2006

J’étais beaucoup plus jeune, je prenais de l’héro, puis de la méthadone, et je voulais me sevrer.

Le docteur m’a dit que c’était inutile, inefficace, voire dangereux (après).
     Mais, têtu, comme les Bretons, et surtout les substitués depuis peu, on croit que l’on va supprimer l’addiction par le sevrage, et qu’il faut diminuer la métha. J’ai insisté, alors je suis allé à l’hôpital, à Boulogne.

Quelques lits réservés à l’ étage, chambre seul et beau cadre. De toute façon je suis là pour en baver!

Pour les cachets, catapressan et un autre, je ne sais plus. Quand j’en ai fait part à un docteur après, il a dit «à l’ancienne, à la dure», je ne savais pas. A sec, c’est pire. Et il me dit que c’est à peu près pareil! Bon, il faut savoir qu’au fur et à mesure des sevrages (et des consos, et du temps), le manque est de plus en plus fort, et de moins en moins supportable.

On m’a fait sortir au bout de 6 jours. Quatre jours avant l’hospitalisation, j’avais troqué la méthadone (de toute façon à 20mg dose max pour l’hospitalisation, j’étais en manque tout le temps) pour la poudre, car le sevrage est moins difficile et plus court.

Le tercian qu’ils ont mis en si besoin, je m’en serait bien passé. Je ne supporte pas.

Tous les jours ma femme venait me voir, ils avaient compris qu’ils pouvaient lui faire confiance, elle venait dans mon lit, trempé, et mon corps à vif ressentait tout x 1000. On faisait l’amour, pendant une seconde! Mais c’était sympa de sa part de faire 2h de transports pour me voir, et me faire l’amour, ça fait du bien, des endorphines…
C’est là que je me suis dit «c’est la femme de ma vie». Mouais.

Mais, il n’y avait rien de prévu pour la suite. Mon Dr Voukassovitch est parti en retraite, et je n’étais plus suivi!
J’avoue que je n’ai pas été très motivé, enfin si, par l’idée de pouvoir consommer sans être dépendant. Et retrouver les effets de la lune de miel...doux rêve.
Je suis allé directement de l’hosto à chez mon dealer. En taxi en plus, pas une minute à perdre, pour retrouver mes vingt ans!

Décevant. Normal, dose et effet, pareil qu’avant.

Je fais 24h de pause, et là j’y vais au speed-ball. C’est fort, mais c’est pas plus fort qu’avant. On peut faire une OD sans se sentir plus défoncé que ça.

Avec la méthadone, si je prends de la H, ça ne me fait rien du tout, récepteurs bloqués, par contre on me dit que cela est dangereux de cumuler.

En même temps on donne souvent 20 mg aux patients, pour qu’ils ne fassent pas d’OD à cause de leur tolérance qui a baissé.

Je parle pour moi, et pour différents docteurs, on ne se refait pas une virginité. C’est le principe de la virginité, on en a qu'une!

Bref, raté pour retrouver les effets d’antan.
Quant à la liberté de consommer sans être accroché… j’étais en manque dès le lendemain.

Je ne m’y attendais pas, j’avais rien. Je me souviens, je voulais boire un calva au bar, à 6h du matin, pour réchauffer mes os. Ma femme ne comprenait pas... Quand on (je) est en syndrome de sevrage, c’est comme avoir les os glacés, la peau qui a chaud et transpire, avec les poils hérissés. Froid dedans et chaud dehors, puis froid avec la sueur qui refroidit...

De ce sevrage, il y a un bail, je ne me rappelle que mon épouse et les impatiences dues au tercian. Les douleurs du manque devaient être dures à vivre (je parlerai du sujet dans un billet spécial queman), mais, il se trouve que je ne m’en souviens pas bien. Car le cerveau fait le tri, il oublie la douleur, d’ailleurs on la minimise, après coup. Ce qu’on oublie pas, c’est le soulagement du manque, ou du craving.
C’est pour cela aussi qu’on déconseille le sevrage et le yoyo, plus on a de cycles, manque/soulagement, plus cela s’imprime dans la tête.

J’ai fini par aller au Cmp. C’est un centre pour la psychiatrie et la santé mentale (et l’addiction), il y en a dans chaque ville. Cela peut-être une solution pour ceux qui veulent éviter le csapa pour des raisons diverses. Le trait d’union, à Boulogne, c’était 2 heures de trajet, le Cmp, littéralement la porte à côté. Mais j’ai connu moult Csapa et Caarud, aussi.

La structure du Trait d’union propose des séjours en pavillon thérapeutique, j’y suis allé. J’en parlerai, tout comme d’une demie douzaine d’endroits où je suis allé me soigner.

C’était l’introduction, bientôt, les différents centres et hostos, de Sevran à Barcelone, en passant par les Pyrénées.

Comme on dit ici au pays basque, millesker, adio!

Catégorie : Tranche de vie - 24 mai 2019 à  13:11

#cure #héroïne #Hôpital #opiacés



Commentaires
#1 Posté par : Mascarpone 25 mai 2019 à  06:00

ismael77 a écrit

On faisait l’amour, pendant une seconde! Mais c’était sympa de sa part de faire 2h de transports pour me voir, et me faire l’amour, ça fait du bien, des endorphines…

lol Le flash back! C'est du vécu!En même temps, même si ça n'est pas trés utile dans les faits, ça permet bien de se rappeler que tout ça n'est qu'une question de putain de chimie organique...Si seulement c'était si facile de se le répéter comme un mantra quand on est dans cet état et de se persuader qu'au bout d'un moment ça va passer...Mais en keum, chaque dixième de seconde dure une heure et quelques jours paraissent une éternité, surtout quand on ne peut pas fermer l'oeil!Quant à la description du froid dans les os, super bien vu, c'est exactement ça!

Je crois que quand on ne l'a pas vécu, il est totalement impossible de pouvoir s'imaginer ce qu'est le manque d'opiacé. Je ne connais aucune douleur ni aucun mal être qui soit aussi pernicieux (car, même quand on souffre le martyr, soit c'est trop aigu pour qu'on ait le temps de réfléchir, soit il existe, au minimum, des médocs qui assomment et permettent de dormir quelques heures pour souffler, soit le cerveau sait qu'il n'y a rien d'autre à faire que supporter et prendre son mal en patience comme on dit vulgairement...) Mais, là, le hic (énorme hic, qui fait toute la différence) c'est que le cerveau sait parfaitement que toutes ces douleurs et ce mal être pourraient disparaitre comme par magie en 1 minute chrono si on lui donnait la panacée pour TOUTES ces douleurs : Un opiacé big_smile et que cette panacée existe réellement et n'est pas qu'un fantasme délirant. Et cerise sur le gâteau, non seulement le cerveau sait que les douleurs s'envoleraient, mais qu'en plus, il aurait du plaisir! Je ne connais aucune autre douleur ou maladie qui puisse confronter à ça (à part, sans doute, bien sûr, une autre addiction big_smile ).


ismael77 a écrit

Je suis allé directement de l’hosto à chez mon dealer. En taxi en plus, pas une minute à perdre, pour retrouver mes vingt ans!

Quant à la liberté de consommer sans être accroché… j’étais en manque dès le lendemain.

lol Du vécu aussi...Combien sommes nous à avoir vécu et revécu ce genre de mésaventures...

Par contre, perso, je dois dire que j'en revenais moins désapointé que toi...Dire que j'ai pu retrouver un jour les sensations de ma 1ere prise d'opiacé, de mon tout 1er sniff ou de mon 1er shoot certes, je n'irais pas jusque là, (surtout ma 1ere montée de codéine, 1er opi de ma vie, ou, pire, mon 1er sniff d'héro blanche arrivée direct live de Thaïlande fin 70...Le shoot,lui, ne m'a jamais vraiment enchanté car j'y voyais un côté "auto mutilation" et quelquechose de morbide, quand l'héro, pour moi, était tout le contraire (paix, joie, bonheur, félicité)... Mais, sans doute grâce au fait que j'ai toujours réussi à ne pas trop exploser ma tolérance, un bon sniff ou un bon shoot me procurait toujours le bien être que j'en attendais, à fortiori après un "sevrage" où j'en avais chié durant des jours.

Et pour le keum dès le lendemain...Bah, wé, évidemment! hmmpasdebollol

Ma déduction de tout ça après des années de vécu : Avec les opiacés, on croit toujours que le plus dur est le sevrage physique (dur, dans le sens douloureux, insupportable), et, pour ma part, surtout en vieillissant, c'est vrai. MAIS, si le physique est dur, c'est 99% à cause du mental qui s'en mêle, comme je disais plus haut, car si on avait un moyen de déconnecter le cerveau pendant quelques jours, toutes ces douleurs, à mon avis, seraient bien plus tolérables...Il faudrait "oublier" qu'un remède miracle et instantané existe, mais ça, c'est du fantasme lol et puis, après, pour ceux qui veulent vraiment se sevrer, le plus long et le plus difficile ne fait que commencer : La lutte contre le craving et la reconstruction d'une nouvelle vie et d'un nouveau mode de fonctionnement...

Amicalement


Posté par : Mascarpone | 25 mai 2019 à  06:00

 
#2 Posté par : ismael77 25 mai 2019 à  08:08

a écrit

.Bah, wé, évidemment!

Tu m'as spoilé mon prochain billet sur le queman, je ris, tu dis ce que je pense avec les mêmes mots!
Bah je vais essayer d'en trouver d'autres, mais purée quand je te lis ça me donne des frissons spatio temporels
même pour l'automutilation, en fait tout


Posté par : ismael77 | 25 mai 2019 à  08:08

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