[ Je réédite un extrait de truc publié dans un lointain billet... J'étais en décrochage métha quand j'ai écris ça ; maintenant que je suis repassé sous T.S.O
Bupré et que j'ai définitivement stoppé le
valium (bientôt le 3ème mois, malgré la pression je tiens) - je perçois ce texte sous un jour nouveau... ]
[...]
Tout est inversé. C'est le fruit qui est dans le ver.
Réveil préconscient, mes yeux sont déjà ouverts. Mais le sommeil me ré-entraîne dans ses virtualités. L’atmosphère du rêve suivant m’échappe. Changement radical des alentours. Nouvelle mise en abîme, entre une et deux secondes...
Je suis condamné par une cour indiscernable que je ne pourrais décrire, sans édulcorer… Nous sommes plusieurs dans ce cas. Je ne reconnais aucun visage autour de moi. Ce lieu est un mouvement qui n’est pas descriptible et je n’en ai guère envie. Ce que je sais et ressens c’est que ma sentence est un isolement d'un type particulier : je suis solidement maintenu dans une camisole de métal, fixée au sol. Je ne peux plus bouger ne serait-ce qu’une épaule. Mais le pire n’est pas mon corps muré dans cette implacable immobilité, le pire est cet homme qui se tient à mes côtés. Cet homme est celui qui a été désigné par "la cour" pour m’assister, me parler, veiller sur moi. Je ne saurais décrire ce que nous disons, je sais juste que je ne suis pas seul dans ce cas, nombre de personnes condamnées sont également dans cette situation, également surveillées par ce qu’on pourrait nommer "aides psy". Oui, je me souviens avoir conscience que ce genre de supplice est limité dans le temps, mais cette condamnation étant reconnue comme particulièrement éprouvante, des instances juridiques sont désignées pour nous aider, nous parler, éviter que l’on craque. C’est un effroi sans nom. J’hurle de douleur j’en suis sûr, j’entends un type à droite crier : "ça y est… il s’écroule" mais je sais que l’intensité de ma peine augmente dès que cet homme désigné pour m’aider a fini ses heures, doit rentrer chez lui. Quitte son poste. Retrouve son foyer. Son autre vie. Il me dit : "Allez… tenez-bon, courage, à demain". Il s’en va. Il fait noir partout. Je souffre seul parmi ceux qui souffrent seuls. Et la nuit sera longue. Temps mort.
Mars 2019Le supplice c'était le cold-turkey, le veilleur c'était ma voix intérieure. Le prisonnier... une tête brûlée, et un choix dangereux. Et la cour... la culpabilité.
Ne jamais stopper un T.S.O brutalement.