L'overdose de Bandol où le début de la stigmatisation de l'héroïnomane / Les Blogs de PsychoACTIF
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L'overdose de Bandol où le début de la stigmatisation de l'héroïnomane 



L'affaire de l'overdose de Bandol
Le lundi 25 Aout 1969 une jeune fille de 17 ans Martine, est trouvée morte vers 22h dans les toilettes du Casino Bandol(dans la en cote d'Azur) qui diffusait ce soir là une séance de cinéma : "Shalako" avec Brigite Bardo.
Un article Paris-Presse raconte : "3 gouttes de sang sur l'avant bras, le médecin comprit immédiatement : la jeune fille en blue jean et jersey noir, que des témoins ont tentés de réanimer au bouche à bouche, était une héroïnomane. Elle était une "beatnik" et squattait avec des jeunes sur un terrain vague derrière le casino.
Le soir même une vingtaine de jeune vont être embarqué par la police. À  l'aube l'un d'eux "Roger" 18 ans avoue : "Je l'ai tuée, je ne voulais pas je le jure. Martine voulait que je lui fasse une nouvelle piqure d'héro (...) Nous sommes montés aux toilettes. J'ai fait la piqure. Elle s'est affalée. Alors j'ai pris peur et je me suis enfui."
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   L'affaire fait la Une des journeaux, Paris Match titre : "Paris attention ! Le fléau arrive chez vous..." Le Parisien "La drogue a tué Martine (17 ans)" Le Nouvel Observateur écrit :"C'est la grande peur" dans un numéro spécial drogue paru 10 jours après l'accident. Le dossier commence ainsi :"30 000 adeptes, une dizaine d'affaires en quelques jours, des morts tous très jeunes : la France découvre ses drogués. L'été 69 restera pour beaucoup celui d'un réveil brutal"
Stanley Cohen, un sociologue en criminologie inventera l'expression de véritable "panique morale"
La grande couverture médiatique s'explique par le fait que : la mère, les policiers, les jeunes ainsi que le Maire de Bandol ont tous étés disposés à témoigner, offrant du contenu de "premier choix" à la presse.
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   Comme remarque Vincent Benso dans :"Le paysage médiatique des drogues à la fin des années 60" cette overdose n'est pas la première de l'été 1969, elle succède à une longue liste d'overdose qui furent toutes passées sous silence, car concernées des garçons. En effet une overdose touchant une fille est plus prompte à susciter l'émotion raconte-t-il. La médiatisation relativement forte des overdoses féminines semblent perdurer, la presse continue à rendre plus facilement compte des overdoses de filles que des overdoses de garçon.
Jean-Jacques Yvorel, auteur et chercheur en droit décrit la figure de la "morphinée" la "Junkie", une créature multi-médiatique représenté des siècles durant, tantôt muse tantôt personnage désabusé.
Personnage centrale de livre comme "L'accro" ou "Les salauds devront payer"
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Sociologiquement, la morphinomanie va d'abord toucher les élites qui elles seules ont accès aux dernières innovations de la science médicale, puis, elle va se «démocratiser» et nous trouverons des morphinomanes dans toutes les catégories sociales avec cependant des phénomène de sur et de sous représentation. Les classes populaires rurales sont fortement sous-représentées et les professions médicales fortement surreprésentées. On peut dresser le profil du morphinomane modale : c'est un homme dans la force de l'âge.
Essayistes et écrivains soutiennent avec persistance la thèse d'une intoxication principalement féminine. «Les morphinomanes appartiennent en général au sexe féminin. Il y a peu de morphinomane mâle, parce que l'homme se défend mieux, travaille et fume.», lit-on, par exemple, dans le Figaro du 1 er juin 1886. Elle occupe la première place dans les romans de Jules Cleretie, (Noris, mœurs du jour), de Marcel Mallat de Bassilan (La comtesse morphine) ou de Jean-Louis Dubut de Laforest (Morphine, roman contemporain). On la rencontre aussi dans une littérature plus savante soit comme personnage principal comme, par exemple, chez Catulle Mendès (Méphistophéla) soit comme figure secondaire comme chez Alphonse Daudet, Jules Bois, Péladan. La fumeuse d'opium d Albert Matignon est tout aussi sensuelle et sulfureuse que sa Morphinée (Le vampire de l'opium, 1911)
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Le cinéma aussi ne cesse de la mettre en scène, depuis Panique à Needle Parc (1971) le film de Jerry Schotzberg où Helen (Kitty Winn) est initiée à l'héroïne par Bobby (Al Pacino) jusqu'à Requiem for a dream (2001) de Darren Aronofsky, adapté du roman éponyme de Hubert Selby où Marianne (Marion dans la VO) jouée par Jennifer Connelly finit par se prostituer pour payer ses doses. Également le personnage de Mia Wallace dans Pulp Fiction (1994) ou l'adaptation de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée (1981) par Uli Edel. Plus récemment le personnage de la Junkie s'est illustrée dans le personnage de Jane, dans la série Breaking Bad, qui décédera brutalement d'une overdose d'héroïne.


   Cette affaire prend place dans un contexte social et économique particulier, pendant les Trentes Glorieuses l'État et le Patronat impose la norme du citoyen non consommateur disposé à travailler assidûment. En cette période de plein emploi la consommation de drogue entrave cette utopie capitaliste. Dans cette société productiviste hyper compétitive le consommateur est marginalisé il est mis au banc car il ne peut se consacrer entièrement à son activité.
La drogue fut désignée comme nouveaux "fléau social" menaçant la jeunesse, l'expression était à la mode chez les parlementaires du régime gaulliste si soucieux des bonnes mœurs de leurs concitoyens. Avec le mouvement de Mai 68 le pays vient de traverser une vague de contestation sans précédent, l'affaire succède une période de remise en cause radicale de la société de consommation.

Ce type d'affaire est une nouveauté, avant 1965 la France semble n'être que très peu touchée par la consommation de drogue. Les Trentes Glorieuses ayant tenues les français un peu à l'écart de la drogue (contrairement à d'autres pays). La pluspart des articles de presse relatifs au sujet concernent les arrestations liées à la French Connection.
La recrudescence de consommation de drogue concernait jusque là uniquement le cannabis et le LSD. La drogue existait bien avant les années 70 mais se concentrait dans les milieux artistiques, les milieux populaires étant plutôt concernés par les addictions à l'alcool ou aux médicaments.
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En France, à cette époque particulièrement, les médias influencent fortement les politiques et les soubresauts de l'opinion publique peuvent fortement diriger les politiciens, c'est l'opinion qui dicte les politiciens. Cette contestation va mener à la révision de la loi sur l'usage des stupéfiants le premier Décembre 1970 (loi n°070-1320)
Cette loi toujours en vigueur crée un arsenal juridique pénalisant l'usage sans disctinction entre les produits, l'intensité d'usage ou le caractère public ou privé de celui ci. Cette loi introduit également une alternative thérapeutique à la sanction pénale : l'injonction thérapeutique. Cette loi crée néanmoins une ambiguïté sur le statut de l'usager de drogue puisqu'elle le catégorise à la fois comme un délinquant (pénalisation du simple usage) et comme un malade (création d'un dispositif de prise en charge) brouillant un peu plus la frontière entre consommateur et délinquants.
Le constat est impitoyable : la loi de 1970 sera un véritable fiasco. La riposte répressive face à cette consommation n’aura que peu d’effet sur le nombre de consommateurs et les chiffres ne cesseront d'empirer.


    En conclusion tout le le monde  s'accorde pour dire que cette affaire marque le début de la diabolisation de l'héroïne dans l'opinion publique, il y a eu un avant et un après Bandol. Cet épiphénomène qu'est cette overdose laissera des traces indélébiles dans la tête des français, dans la façon dont la société stigmatisera les dépendants et les drogues dures de manière général.

Catégorie : Tranche de vie - 20 octobre 2020 à  19:55

Reputation de ce commentaire
 
très intéressant
 
Merci pour cette tranche d'histoire - Johan
 
Merci ! - Oax'
 
Tout part de là !
 
Merci pour le partage :)
 
Merci pour la contribution
 
Super article!



Commentaires
#1 Posté par : Bkk2012 22 octobre 2020 à  22:27
Super intéressant les année 70 c,'est la que la répression des drogues a vraiment commencé si j'ai bien compris ?
Mais avant  les année 70 en france les gens consommaient des drogues dur aussi dans les grandes villes pourquoi la répression est venue si tard au final tu as une idée ?
Encore à cause des journaleux ?

Posté par : Bkk2012 | 22 octobre 2020 à  22:27

 
#2 Posté par : Stelli 22 octobre 2020 à  23:49
https://journals.openedition.org/crimin … 96?lang=en
Ça vient de ça? Parce que certains passages c’est vraiment du mot pour mot...
Reputation de ce commentaire
 
Sûrement mais c'est cool . Il y a rien à vendre sur PA

Posté par : Stelli | 22 octobre 2020 à  23:49

 
#3 Posté par : Marco 68 23 octobre 2020 à  02:02
Ciao,  qui se rappelle d'un film années 50 avec frank Sinatra qui joue un musicien accro à l'héroïne et où il y as une scène dans la quelle il s'injecte de la dope ?

Posté par : Marco 68 | 23 octobre 2020 à  02:02

 
#4 Posté par : Mammon Tobin 23 octobre 2020 à  06:34

Stelli a écrit

https://journals.openedition.org/criminocorpus/3696?lang=en
Ça vient de ça? Parce que certains passages c’est vraiment du mot pour mot...

Bien vu, bizarrement juste après avoir lu ce post ici, genre le lendemain, l'internet me proposait la lecture d'un autre article sur "l’Affaire de l'overdose de Bandol, 1969"

Je me suis donc dit "ah, le moteur de recherches commence à connaitre mes préférences ^^" puis naïvement "c'est surement l'auteur qui l'a posté sur PA du coup, où alors y'avait la source mais je suis passé à côté"

Pour la ptite histoire, c'était ce qui s'était passé il y a fort, fort longtemps, sur le lointain, et désormais hors-service, forum Psykopost;
notre bien aimé (et regretté sad ) Gilac/Jimmy Kempfer avait posté un de ses articles sur la kétamine, avec quelques bonus/extended scenes par rapport à la version publiée dans SWAPS & le journal d'ASUD...

... et s'était fait accuser de plagiat par un autre forumeur rasta

Depuis je suis prudent dans ce genre de situations
Mais c'est clair qu'à moins que Junon & Jean-Jacques Yvorel ne fassent qu'un, ça aurait été plus correct de citer ses sources hmm

MT


Posté par : Mammon Tobin | 23 octobre 2020 à  06:34

 
#5 Posté par : Junon 23 octobre 2020 à  08:41

Stelli a écrit

https://journals.openedition.org/criminocorpus/3696?lang=en
Ça vient de ça? Parce que certains passages c’est vraiment du mot pour mot...

j'ai cité une quinzaine de source différentes pour construire ce récit effectivement (je ne vois pas le problème je fais une synthèse pas une thèse académique)
ce n'est pas un texte inventé c'est une tranche d'histoire je ne comprend pas vraiment vos accusations

Mammon Tobin a écrit

Mais c'est clair qu'à moins que Junon & Jean-Jacques Yvorel ne fassent qu'un, ça aurait été plus correct de citer ses sources hmm

MT

je cite littéralement ce monsieur dans le texte quel mauvaise foi..
j'ai carrément du retirer certaines citations tellement le récit était cité


Posté par : Junon | 23 octobre 2020 à  08:41

 
#6 Posté par : pierre 23 octobre 2020 à  09:46
Bonjour Merci pour cet article.

Effectivement ca aurait pu etre bien de mettre entre guillemet les phrases que tu as repris mot pour mot dans cet article cité par Stelli  https://journals.openedition.org/crimin … 96?lang=en

Mais c'est un détail et ton travail nous fait redécouvrir la fameuse OD de Bandol.

J'ajouterais que  la politique des drogues est une politique des faits divers. On le voit avec ces articles de l'OD de Bandol qui va déclencher la loi de 70, mais c'est comme cela que la politique des drogues va se construire durant les années 80,90. Avec a chaque fait divers, une touche supplémentaire de repression...

Posté par : pierre | 23 octobre 2020 à  09:46

 
#7 Posté par : Agartha 24 octobre 2020 à  04:22
Merci pour le partage Junon !

Oui effectivement osef que ça soit des c/c d'articles, il a cité presque toutes les sources je vois pas le problème non plus mdr

C'est pas comme s'il avait dit "voici un texte que j'ai écrit à propos de cette histoire" ^-^' dès le début de la lecture j'ai pas eu besoin qu'il dise que c'était pas écrit par lui pour comprendre que c'était des partages d'articles déjà existants

fin bref osef, en tout cas merci d'avoir pris le temps de reconstruire cette histoire (SANS GUILLEMETS, BEN BRAVO VRO' mad )


Sinon, clairement d'accord avec pierrot, la politique répressive des drogues c'est carrément une politique de faits divers, avec toujours la bonne touche de fear mongering qui va bien.

Mais en fait c'est encore la racine de beaucoup de médias, susciter l'émotion plutôt que le factuel. Après, je me dit qu'à l'époque y'avait encore moins de connaissances disponible quant aux drogues et leurs utilisations, d'où, peut-être, cette idée renforcée "d'impuissance face aux drogues"?

Posté par : Agartha | 24 octobre 2020 à  04:22

 
#8 Posté par : Junon 26 octobre 2020 à  21:27

Agartha a écrit

Sinon, clairement d'accord avec pierrot, la politique répressive des drogues c'est carrément une politique de faits divers, avec toujours la bonne touche de fear mongering qui va bien.

Mais en fait c'est encore la racine de beaucoup de médias, susciter l'émotion plutôt que le factuel. Après, je me dit qu'à l'époque y'avait encore moins de connaissances disponible quant aux drogues et leurs utilisations, d'où, peut-être, cette idée renforcée "d'impuissance face aux drogues"?

Clairement, même encore à notre époque les médias font tout, notre Darmanin nationale est accro à Twitter, sa stratégie médiatique consiste à tweeter plusieurs fois par jour pour sur-réagir à tout va.

Et pour la méconnaissance du sujet c'était une excuse valable il y a 50ans, plus maintenant, aujourd'hui avec les bilans annuels internationaux qui nous placent systématiquement en dernier dans les politiques sanitaire sur la drogue. ce n'est plus possible de trouver des excuses. Les chiffres montrent qu'on fonce dans le mur et nos politiques persévèrent dans l'erreur, dernièrement avec l'amende de 200 euros, jme coupe un doigt si un seul toxicomane a stoppé sa consommation à cause d'une amende. Combien de temps nos politiques continuerons leur politique répressive en dépit de toutes les études leur prouvent le contraire.. c'est surréaliste


Posté par : Junon | 26 octobre 2020 à  21:27

 
#9 Posté par : Acid Test 26 octobre 2020 à  22:07

Marco 68 a écrit

Ciao,  qui se rappelle d'un film années 50 avec frank Sinatra qui joue un musicien accro à l'héroïne et où il y as une scène dans la quelle il s'injecte de la dope ?

L'homme au bras d'or / The man with a golden arm !

Si Jim Morrison avait été retrouvé dans les chiottes de cette boite de nuit parisienne , le Rock N Roll Circus ,  mort d'une overdose  d'heroine en Juillet 1971 , ça aurait aussi fait les gros titres ...

http://blog-des-auteurs-libres.over-blo … rison.html

http://unesecondeetleternite.blogspot.c … rison.html

https://www.elle.fr/People/La-vie-des-p … son-137188


Posté par : Acid Test | 26 octobre 2020 à  22:07

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