Je n’ai pas “progressé” vers l’IV. J’y suis allé directement.
C’est quelque chose que je relis aujourd’hui avec un mélange d’étonnement et d’inconfort, parce que ce choix ne s’est jamais formulé clairement dans ma tête. Il s’est imposé, presque naturellement, sans débat intérieur digne de ce nom.
Il y a plusieurs hypothèses que je peux poser a posteriori, sans être certain qu’aucune soit la bonne.
La première, c’est peut-être la satisfaction très concrète de mettre à profit quelque chose que je savais faire. J’avais appris les gestes, compris la technique, intégré les règles. Il y avait une forme de logique froide : “puisque je sais faire, autant aller au bout”. Comme si la compétence appelait son usage, indépendamment du sens ou des conséquences.
Il y a aussi l’illusion thérapeutique. L’idée, fausse mais rassurante sur le moment, que je me “soignais”. Que je corrigeais un état interne, que je régulais quelque chose qui déraillait. Une auto-prescription bancale, mais portée par une conviction suffisamment forte pour anesthésier le doute.
Il y avait le plaisir instantané, brut, sans détour. Un plaisir gratuit, immédiat, sans négociation avec le monde. Pas besoin de séduire, pas besoin de manger, pas besoin d’attendre. Zéro médiation. Juste l’effet, là, maintenant. Une réponse chimique simple à un malaise complexe.
Et puis il y a un aspect plus trivial, presque mesquin : la radinerie. Moins de produit, pas de nez à martyriser, pas de complications de ce côté-là. Une rationalisation économique appliquée à quelque chose d’irrationnel par essence.
Au fond, aucune de ces explications ne me satisfait vraiment. Elles cohabitent, se contredisent parfois, et laissent un vide au centre. Je n’ai pas de réponse claire sur pourquoi cette voie plutôt qu’une autre. Seulement le constat que c’est allé vite. Très vite.
Ça a été court, mais intense. Et avec le recul, je me demande si ce n’était pas aussi une manière de m’attaquer directement au corps, sans détour, comme si une part de moi cherchait à s’autodétruire physiquement, ou au moins à tester jusqu’où ça pouvait aller.
Je n’écris pas ça pour justifier, ni pour glorifier. Juste pour poser les faits, et reconnaître cette zone d’ombre : parfois, on choisit une ROA sans vraiment la choisir. Et comprendre après coup est bien plus difficile que de passer à l’acte.