Les produits tuent de deux façons

Catégorie : Opinion
27 janvier 2026 à 19:41

La première est évidente, presque pédagogique.
La toxicité du produit. La violence du geste. Les organes qui fatiguent, le cerveau qui déraille, le cœur qui s’emballe ou qui lâche. Les risques connus, documentés, répétés mille fois. Les overdoses, les bad trips, les accidents.
Celle-là, on la connaît. Elle est écrite sur les notices, dans les rapports médicaux, dans les statistiques.
La seconde est plus sournoise.
Elle ne se voit pas dans les analyses sanguines.
Elle s’appelle la culpabilité.
Et l’autostigmatisation.
Consommer, ce n’est pas seulement prendre un risque biologique. C’est aussi accepter de devenir, aux yeux des autres et très vite à ses propres yeux, quelqu’un de moins légitime. Moins crédible. Moins digne de soin.
On apprend vite à baisser la voix en pharmacie. À choisir ses mots. À anticiper le regard de travers. À sentir la méfiance dans certains services de soins, la distance polie, parfois le soupçon.
On n’est plus un patient. On devient un problème.
Et cette seconde mort-là est lente.
Elle ronge.
Elle isole.
Elle pousse à se taire, à éviter, à retarder les soins, à faire semblant que tout va bien.
Je l’ai vu de très près avec mon frère.
Un bad violent. LSD et cocaïne. Une crise psychotique aiguë.
Il était resté “collé là-haut”. Plus vraiment dans le réel. Persuadé que son corps n’était plus le sien. Il a failli s’arracher les yeux avec ses doigts. Littéralement.
Ce n’était pas une métaphore. C’était une urgence vitale.
Le système de santé n’a pas voulu l’hospitaliser.
Trop flou. Trop compliqué. Pas assez “propre”.
On a temporisé. On a relativisé. On a renvoyé.
Alors j’ai fait 2 600 kilomètres aller-retour pour aller le chercher moi-même.
Je l’ai ramené. Je l’ai contenu. Je l’ai “gavé” de neuroleptiques pour qu’il ne se mutile pas, pour qu’il n’essaie pas de poignarder quelqu’un, pour qu’il redescende enfin de ce plateau délirant où il était coincé.
Ce jour-là, j’ai compris quelque chose de très simple :
la drogue n’avait pas failli le tuer seule.
Le regard porté sur lui avait fait le reste.
Quand on consomme, on apprend vite que la frontière entre “soigner” et “juger” est parfois mince. Que certains dispositifs sont calibrés pour des cases bien nettes, pas pour des trajectoires chaotiques. Que l’on attend de l’usager qu’il soit coopératif, raisonnable, repentant presque.
Sinon, il devient encombrant.
Alors oui, la consommation tue.
Elle tue par la chimie.
Mais elle tue aussi par ce qu’elle fait porter à ceux qui consomment : la honte, le silence, l’idée qu’ils l’ont “cherché”, qu’ils méritent un peu ce qui leur arrive.
Et pourtant, je le dis sans ironie excessive : le système de santé fait ce qu’il peut.
Avec ses moyens. Ses protocoles. Ses peurs juridiques. Ses lits qui manquent. Ses soignants épuisés.
Ce billet n’est pas un procès.
C’est un constat un peu amer, un peu fatigué.
La drogue abîme les corps.
Mais le regard social, quand il se durcit, finit souvent le travail.
Et au milieu de tout ça, on bricole.
On fait des kilomètres.
On improvise des prises en charge bancales.
On tient comme on peut.
Finalement, ce n’est peut-être pas très différent du reste :
un système imparfait, des humains débordés, et des situations trop complexes pour rentrer dans les cases.
Rien de très glorieux.
Rien de très héroïque.
Juste la vie, avec ses angles morts. Et la société qui nous observe.
Et parfois, il faut bien le reconnaître,
ça fait déjà beaucoup.

Commentaires
Salut Colblanctoxico,

Je suis bien d'accord avec toi sur une chose: la stigmatisation (et son pendant l'auto-stigmatisation) tue, et bien plus que les produits eux-mêmes. Elle enferme dans des croyances fausses (je ne suis qu'une pauvre petite chose faible face à l'addiction et je dois m'en remettre à une force supérieure pour me "sortir de" "LA" drogue, moi qui suis "tombé" dedans). Elle empêche de se représenter correctement les choses et donc d'avancer, de traverser ce qu'on a à traverser en pouvant exercer son pouvoir d'agir. Et accessoirement elle retarde voire empêche l'accès aux soins.

Ces jours-ci je vais bien, je sors d'une grosse période de re-consommation et de perte de contrôle que tu as peut-être suivi (j'en parle sur mon blog), et je suis sûre que c'est aussi parce que je me suis autorisé à vivre cette période et en la suivant de près de manière très lucide, que j'ai réussi à mettre en place des choses qui m'ont aidée. J'ai été au bout du truc.

Aujourd'hui je n'ai aucun doute sur le fait que je re-consommerai, entre autres de la cocaine, et que je ré-essaierai de me l'injecter à l'occasion. Mes ces jours-ci, je n'en n'ai juste pas envie. Et ça je le dois à moi-même et à mon pouvoir d'agir. Et c'est un sentiment incroyable de ressentir ça.

On a besoin de plus de récits positifs, juste pour pouvoir se représenter que c'est possible.

Bon courage à toi,

Marnowi.
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Exactement !
 
Et cela fait du bien de te lire (meumeuh)


#2
Cub3000
Plantigrade psychonaute 
28 janvier 2026 à 23:54
Et il n'y a guère de doute que la drogue ferait beaucoup moins de dégâts somatiques sans le fardeau de la stigmatisation.


On a besoin de plus de récits positifs, juste pour pouvoir se représenter que c'est possible.


Salut,
Je ne maîtrise pas encore correctement la fonction "citer" avec mon smartphone..
Quand Marnowi écrit qu'on à besoin de récits et expériences positives, pour pouvoir se représenter que c'est possible, je suis exactement d'accord avec toi.., mais c'est tellement impensable ds l'inconscient collectif..
Comprendre, intégrer, partager cette façon de penser est un long cheminement,aux antipodes de la bien penssence,de la morale.,
L'idée de la petite chose fragile tombée ds l'addition est encore et toujours encrée..

A bientôt,au plaisir d'échanger..
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L'espoir se voit en petites choses.


Au début, quand j’ouvrais ce forum, je ne voyais surtout que de la dépendance, de la souffrance, et beaucoup d’appels à l’aide. C’était parfois lourd, difficile à lire, mais nécessaire : il fallait que ça sorte.

Avec le temps, mon regard a changé.


Aujourd’hui, j’y vois aussi des chemins de guérison ou d'acceptation.
Pas une guérison unique, pas un modèle à suivre, mais des trajectoires diverses. Certaines passent par l’abstinence, d’autres par un meilleur contrôle de la consommation, plus réfléchi, plus apaisé. Et je tiens à insister là-dessus : l’abstinence n’est pas le seul moyen à long terme. Pour certains, c’est la bonne voie. Pour d’autres, une consommation mieux maîtrisée permet aussi de retrouver de l’équilibre et de la dignité.
Il y a ici des choses qui donnent du baume au cœur. Des petites victoires, parfois discrètes, mais immenses pour celles et ceux qui les vivent. Des limites posées, des rechutes regardées en face sans s’auto-flageller, des moments partagés, de l’entraide sincère. Juste des gens qui se parlent, sans masque.

Et surtout, je crois qu’il n’y a rien à gagner à se juger négativement soi-même. La société s’en charge déjà très bien pour nous. Se rajouter de la honte, de la culpabilité ou du mépris intérieur ne fait que renforcer ce qui nous enferme. Ici, ce qui compte, c’est d’avancer, même lentement, même imparfaitement, mais avec un peu plus de bienveillance envers soi.

Tout n’est pas réglé, loin de là. Mais voir ces évolutions, ces prises de conscience, ces pas en avant — même fragiles — change profondément le regard. Et rappelle qu’avant les usages, il y a surtout des personnes.
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Réussir à changer de regard, c'est indispensable pour avancer!


Salut.,
Tu parles de chemin de guérison.,
pour ma part, je ne me considère pas comme malade..
Avant de connaître PA,je me considérais comme toxicomane.
Toxicomane oui,mais pas comme les autres., J'ai une vie totalement banale,travaille,ai de bonnes relations avec mon entourage, jamais de problème avec la justice., ordinaire..
Je voyais les PUD à travers le regard de notre bonne société,et me voyais avec ma moitié comme l'exception qui confirme la règle..
C'est bête..
Il y à quasi un an Aujourd'hui, j'ai découvert cette communauté,qui m'est totalement indispensable..
Et là j'ai vu qu'il y avait plein d'autres PUD comme moi..
Tout comme Mr tout le monde, juste avec un petit truc en plus..
Ont est pas des monstres comme le veulent le faire croire ceux qui ne savent pas..
Ont à tous besoin de quelque chose sa vie..
Et que l'acceptation enlève un énorme poid, je me suis fait une raison.
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Je ne me considère pas comme malade... PTX.


#7
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
31 janvier 2026 à 18:17
Salut col,

Je viens de lire ton premier post et je trouve que c'est ; une violence symbolique caractérisée. Je suis désolée pour ton frère, les accidents arrivent, c'est une réalité. Mais, ce qui me vient en te lisant, c'est surtout TA souffrance par rapport à TON histoire.

Plus besoin de mettre des gants car je pense que nous sommes beaucoup à avoir repérés tes incohérences et surtout la teneur parfois macabre de tes récits. Je tiens à dire, par ailleurs (ce que j'ai déjà écrit sur PA) ; Que les pots de fleurs qui tombent des balcons tuent plus que la drogue, la route, le sport, la chute bête et l'accident stupide, les problèmes de santé classiques, sont une réalité qui, il me semble, encombre bien plus les urgences que les ODs en France?

Colblanctoxico a écrit

C’est aussi accepter de devenir, aux yeux des autres et très vite à ses propres yeux, quelqu’un de moins légitime. Moins crédible. Moins digne de soin.

Et si tu peux virer le "ON", je pense que ça nous soulagerait d'un poids que Nous n'avons pas à porter à ta place. Moi, ce que je lis, c'est que tu hais La Drogue et les univers où elle est consommée. Les PUDs aussi ? Non, là ça serait plus de la compassion apparemment.. .

Je crois qu'il y'a suffisamment de témoignages ici qui démontent ta logique culpabilisante au sujet du soin, de notre "vulnérabilité", peut-être aussi, de notre inconscience collective ?  ...

Il y'a une ambivalence énorme dans tes différents posts, et JE trouve que ça commence à poser question sur tes intentions et sur la posture que tu prends sur le forum. Je le dis entant que membre active et en toute bienveillance, cela m'appartient et je souhaite rester dans un échange serein avec toi.

Pour finir,

Colblanctoxico a écrit

Alors oui, la consommation tue.
Elle tue par la chimie.
Mais elle tue aussi par ce qu’elle fait porter à ceux qui consomment : la honte, le silence, l’idée qu’ils l’ont “cherché”, qu’ils méritent un peu ce qui leur arrive.
....

Ce billet n’est pas un procès.
C’est un constat un peu amer, un peu fatigué.
La drogue abîme les corps.
Mais le regard social, quand il se durcit, finit souvent le travail.

Donc la stigmatisation, au final, n'aurait pas un si grand impact que ça si on se penche un peu sur ce que tu écris...

Colblanctoxico a écrit

pourtant, je le dis sans ironie excessive : le système de santé fait ce qu’il peut.
Avec ses moyens. Ses protocoles. Ses peurs juridiques. Ses lits qui manquent. Ses soignants épuisés.

Hmm, hmm.. la faute à qui alors ?

À méditer.

Prends soin de toi.


Devons nous forcément pointer un coupable ?


Colblanctoxico a écrit

Arrête avec tes posts full ChatGPT omg!! C’est illisible!!!

Merci pour ton retour.
Je vais répondre.

Si prendre le temps de laisser déborder sa poésie, sa complexité d’esprit, sans sacrifier le fond au chaos qui dégueule de ma tête,
si prendre le temps de se relire, de peser les mots, d’essayer de frapper juste,
si faire attention à la tournure, au rythme, à ce que ça dit vraiment,

alors oui, j’imagine que ça peut être perçu comme “forcément du ChatGPT”, et que cela peut devenir suspect.

Dans ce cas, je tire surtout mon chapeau à l’époque : écrire autre chose qu’un message jeté à la va-vite, ou quelque chose qui vient comme ça ( ce que je ne dénigre pas par ailleurs) semble désormais relever de la triche technologique.

Sincèrement : je travaille dans une entreprise qui m’a poussé dans la consommation, et qui utilise des moteurs d’IA à tout va, pour tout et n’importe quoi.
Qu’est-ce que j’aurais à gagner à tricher sur un forum gratuit d’entraide autour des usagers ?

Ici, je ne vends rien. Je ne gagne rien.
J’essaie juste de mettre des mots sur des choses complexes, parfois douloureuses, parfois confuses, comme beaucoup d’entre nous. Et que je vis encore.

Si le style ne te parle pas, tu peux passer ton chemin.

Mais réduire une parole travaillée à “c’est forcément de l’IA” dit peut-être plus sur notre rapport collectif à la nuance que sur la manière dont j’écris.

Sans animosité.
Col.


#10
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
31 janvier 2026 à 22:09

Myozotis a écrit

Hmm, hmm.. la faute à qui alors ?

C'est une question rhétorique :).


#11
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
01 février 2026 à 11:44
Bon.. ça me travaille cette histoire. Je ne veux pas entrer dans des accusations foireuses sans avoir pu échanger publiquement avec toi. Encore une fois, ce que tu racontes au sujet de ton frère est terrible et ça pourrait grandement expliquer ce pourquoi tu as cette vision douloureuse des consommations. Il y'a de quoi être ultra traumatisé et personne n'est là pour minimiser ta souffrance.

Néanmoins, l'emploi du "ON" dans ton récit a poussé plusieurs forumers à venir donner leur avis sur la question. L'incompréhension vient peut-être de là, je ne sais pas.

Moi, ce qui me tracasse dans ce que tu écris d'une manière générale, c'est plutôt l'angoisse que certains de tes textes peuvent procurer. Perso, ça me fait poser mille questions au point où j'en viens à te bousculer pour comprendre ce qu'il se passe pour toi. Je constate que tu te remets en question ici mais j'ai comme l'impression qu'il y a qqch qui ne passe pas par rapport à ce que tu as vécu et ce que tu vis encore ajd.

Col, ce que je veux te dire c'est que la colère est légitime mais elle peut faire peur aux autres. Je pense que je suis très bien placée pour comprendre ce phénomène ^^. Tu traverses énormément de choses en ce moment et cette vague d'émotions contradictoires est tellement grosse que j'ai l'impression de me la prendre en pleine figure à chaque fois que je te lis. Tu es légitime dans ta démarche et j'espère que ta participation actuelle sur PA ne vient pas renforcer cette colère bruyante que tu sembles avoir en toi.

Ça m'est arrivé, c'est pour cette raison que je l'évoque. J'ai eu des périodes où il m'était impossible de prendre avec du recul ce que je lisais ici, notamment sur l'aspect bénéfique des consommations. Quand toi tu brûles de l'intérieur que tu réalises à quel point tu as pu te faire du mal, ben les gens qui disent que eux gèrent et que tout va bien, t'as comme envie de les claquer. C'est pourtant la force de cet endroit et la raison pour laquelle je suis revenue depuis juin.

J'ai l'impression qu'en s'inscrivant ici, qu'il faut se préparer à se prendre une grosse tarte dans la figure. Arrêter de se penser responsable de nos galères et surtout apprendre à avoir un regard bienveillant sur soi pour pouvoir partager collectivement et s'entraider.
Sans ça, c'est la confrontation permanente et on y perd des plumes. À qui ça fait le plus de mal? (Encore une question rhétorique ^^)

Bref. Mea culpa et encore une fois, au plaisir d'échanger avec toi.

Bon dimanche.

À +


Salut,

Je prends le temps d’écrire parce que je vois bien que ce billet a remué des choses. Chez vous, et chez moi aussi. Et si je laisse planer des malentendus, je ferai exactement ce que je reproche parfois au silence et aux non-dits.

Je veux commencer par dire une chose clairement (et je m’excuse si je l’ai mal formulée avant) : je n’ai jamais pensé ni voulu dire que la seule issue possible était la guérison ou l’abstinence. Vraiment. Si certains l’ont ressenti comme ça, c’est une erreur de ma part. Je sais trop bien qu’il n’existe pas un seul chemin. Je vois ici des gens qui vont mieux avec l’abstinence, d’autres avec une conso mieux maîtrisée, d’autres encore avec des allers-retours. Et aucune de ces trajectoires n’est plus “pure” qu’une autre.

Si je suis ici, c’est parce que ce forum m’a sauvé la vie (je pèse mes mots). Quand je me suis inscrit, j’étais dans un état que je ne souhaite à personne. Écrire ici, lire vos récits, me reconnaître dans certains, m’opposer à d’autres, ça a été un exutoire. Concrètement, ça m’a permis de réduire ma consommation jusqu’à aujourd’hui à zéro.
Mais je ne me raconte pas d’histoire. Je ne me dis pas “c’est fini pour toujours”. Je sais qu’il y aura peut-être une reconsommation. Et paradoxalement, le fait de ne pas me mentir là-dessus m’aide à tenir aujourd’hui, sans pression héroïque, sans serment impossible.

En ce moment, la vérité, c’est que je tiens à coups de benzos (pas par plaisir, pas par fierté, juste pour traverser). Pour tenir debout. Pour dormir. Pour ne pas exploser. Ce n’est pas un modèle, ce n’est pas un conseil, ce n’est même pas quelque chose que je revendique. C’est juste là où j’en suis, maintenant.

Concernant mon frère, j’ai besoin de le redire aussi (parce que c’est important) : son histoire est la sienne, et elle ne doit surtout pas devenir une généralité. Ce que j’ai vécu avec lui m’a profondément marqué, traumatisé même, et évidemment ça teinte ma manière d’écrire. Mais ce n’est pas une vérité universelle sur les usages, ni sur les PUD. Si j’ai utilisé ce “on” qui englobe trop, alors oui, c’est une maladresse. Et je l’entends.

Je ne hais pas la drogue. Je ne hais pas les gens qui consomment. Si c’était le cas, je ne serais pas ici. Je suis ici parce que je me reconnais dans cette communauté. Des gens ordinaires, avec un truc en plus (parfois lourd à porter). Accepter ça m’a déjà retiré un poids énorme.

J’entends aussi ce qui a été dit sur l’angoisse que mes textes peuvent provoquer. Je le comprends. Je traverse en ce moment quelque chose de très dense, avec beaucoup de colère, de tristesse, de lucidité aussi. L’écriture m’aide à ne pas imploser, mais je sais qu’elle peut parfois déborder. Je n’ai pas envie que ce lieu devienne un endroit où je déverse quelque chose de trop violent pour les autres. Je vais essayer d’y être attentif.

Je ne cherche pas un coupable. Je ne cherche pas à imposer un récit. J’essaie de comprendre ce qui m’est arrivé, ce qui m’arrive encore, et comment avancer sans me détester davantage. Et si je reste ici malgré les frottements, c’est parce que je crois profondément à cet endroit. À la pluralité des vécus. À la confrontation quand elle reste humaine. À l’entraide imparfaite.

Je ne viens pas donner des leçons. Je viens parler, parfois maladroitement, parfois trop fort, de ce que je traverse.
Je préfère les échanges rugueux mais honnêtes au silence poli.

Merci à celles et ceux qui m’ont bousculé sans me casser.
C.


Myozotis a écrit

Salut col,

Je viens de lire ton premier post et je trouve que c'est ; une violence symbolique caractérisée. Je suis désolée pour ton frère, les accidents arrivent, c'est une réalité. Mais, ce qui me vient en te lisant, c'est surtout TA souffrance par rapport à TON histoire.

Plus besoin de mettre des gants car je pense que nous sommes beaucoup à avoir repérés tes incohérences et surtout la teneur parfois macabre de tes récits. Je tiens à dire, par ailleurs (ce que j'ai déjà écrit sur PA) ; Que les pots de fleurs qui tombent des balcons tuent plus que la drogue, la route, le sport, la chute bête et l'accident stupide, les problèmes de santé classiques, sont une réalité qui, il me semble, encombre bien plus les urgences que les ODs en France?

Colblanctoxico a écrit

C’est aussi accepter de devenir, aux yeux des autres et très vite à ses propres yeux, quelqu’un de moins légitime. Moins crédible. Moins digne de soin.

Et si tu peux virer le "ON", je pense que ça nous soulagerait d'un poids que Nous n'avons pas à porter à ta place. Moi, ce que je lis, c'est que tu hais La Drogue et les univers où elle est consommée. Les PUDs aussi ? Non, là ça serait plus de la compassion apparemment.. .

Je crois qu'il y'a suffisamment de témoignages ici qui démontent ta logique culpabilisante au sujet du soin, de notre "vulnérabilité", peut-être aussi, de notre inconscience collective ?  ...

Il y'a une ambivalence énorme dans tes différents posts, et JE trouve que ça commence à poser question sur tes intentions et sur la posture que tu prends sur le forum. Je le dis entant que membre active et en toute bienveillance, cela m'appartient et je souhaite rester dans un échange serein avec toi.

Pour finir,

Colblanctoxico a écrit

Alors oui, la consommation tue.
Elle tue par la chimie.
Mais elle tue aussi par ce qu’elle fait porter à ceux qui consomment : la honte, le silence, l’idée qu’ils l’ont “cherché”, qu’ils méritent un peu ce qui leur arrive.
....

Ce billet n’est pas un procès.
C’est un constat un peu amer, un peu fatigué.
La drogue abîme les corps.
Mais le regard social, quand il se durcit, finit souvent le travail.

Donc la stigmatisation, au final, n'aurait pas un si grand impact que ça si on se penche un peu sur ce que tu écris...

Colblanctoxico a écrit

pourtant, je le dis sans ironie excessive : le système de santé fait ce qu’il peut.
Avec ses moyens. Ses protocoles. Ses peurs juridiques. Ses lits qui manquent. Ses soignants épuisés.

Hmm, hmm.. la faute à qui alors ?

À méditer.

Prends soin de toi.

Chère Myozotis, j'ai pris du temps a l'écrire ce satané message.
Je vais répondre de manière très claire, et très tranchée.
Ce que j’écris n’est absolument pas de la stigmatisation envers les usagers de drogue. J’en fais partie. J’en ferai partie toute ma vie. Je parle depuis l’intérieur, pas depuis un surplomb moral, pas depuis un rejet, pas depuis une haine de “la drogue” ou des milieux où elle est consommée.
Je ne dis nulle part que consommer de la drogue est une maladie. Utiliser des drogues n’est pas une pathologie. Et si, à un moment, mes mots ont pu laisser entendre cela, je m’en excuse sincèrement. Ce n’était ni mon intention ni ma pensée. En revanche, ne plus être capable de voir que sa consommation devient problématique (qu’elle déborde, qu’elle écrase, qu’elle anesthésie tout) peut le devenir. Et c’est là toute la nuance de mon propos.
Quand je parle de “guérison”, je ne parle pas uniquement d’un arrêt, ni d’un retour à un état idéalisé ou “normal”. Je parle aussi de compréhension (de soi, de ses usages, de ses mécanismes, de ses failles, de ses limites). Comprendre fait partie du soin. Comprendre fait partie du chemin. Et ça n’implique ni abstinence forcée, ni jugement.
Je ne prône pas l’abstinence. Je ne hiérarchise pas les drogues. Je ne fais aucune distinction entre “bonnes” et “mauvaises” substances. Je ne fais pas non plus de distinction entre les dépendances (alcool, médicaments, drogues illégales, comportements). La mécanique est la même (perdre la main, perdre le sens, perdre la capacité à se regarder en face).
Concernant le “on”. Ce “on” ne vise pas “les PUDs”. Il me vise moi aussi. Il inclut. Il ne projette pas. Il ne cherche pas à faire porter un poids collectif à qui que ce soit. Si ça a été perçu autrement, j’en prends acte, mais l’intention n’était pas là.
Les incohérences que tu pointes existent, oui. Elles ne sont ni stratégiques ni manipulatoires. Elles sont le fait d’un homme paumé qui essaie tant bien que mal de garder le cap malgré une accumulation de difficultés (familiales, médicales, psychiques). Ce n’est pas une posture. Ce n’est pas un discours construit pour convaincre. C’est brut. Parfois trop. Parfois maladroit. Parfois franchement sombre.
Je ne hais ni la drogue, ni les usagers, ni les espaces où elle circule. Si j’écris parfois de façon macabre, c’est parce que je vais mal à certains moments. Parce que cet espace m’a servi d’exutoire. Et peut-être que ce n’était pas toujours une bonne idée. Peut-être que je n’ai pas su doser. Peut-être que j’ai débordé. Je l’entends.
Mais dire que je développe une logique culpabilisante ou que je minimise l’impact de la stigmatisation, là non. Justement, tout mon propos parle de ça (de la honte, du silence, du regard social qui finit le travail). Si mes mots ont parfois été maladroits, l’intention, elle, n’a jamais changé.
Je ne nie pas la complexité du système de santé. Je ne désigne pas un coupable unique. Je constate (fatigue, pénurie, protocoles, peur juridique). Ce n’est ni une attaque, ni une excuse globale. Juste un constat amer, comme je l’ai écrit.
Je suis peut-être trop sombre. Pas assez porteur d’espoir. Et pourtant, de l’espoir, j’en ai. Et j’en ai eu ici. Réellement.
Aujourd’hui, j’ai été nommé enseignant remplaçant dans une université. J’ai porté une robe universitaire devant des centaines d’autres professeurs. Je sais très bien que je n’en serais pas là sans ce forum, sans les échanges, sans les lectures, sans les claques aussi parfois.
Si ma place ici pose question, je l’entends. Si certains de mes textes ont heurté, je l’entends aussi. Mais ne me prête pas une intention de stigmatisation ou de mépris envers les PUDs. C’est précisément l’inverse.
Je prends soin de moi. J’essaie, en tout cas. Et merci malgré tout pour la franchise (même quand elle pique).

Peut-être aussi que ce forum n’est tout simplement pas l’endroit le plus juste pour une personne comme moi, et que je vais devoir réfléchir sérieusement à d’autres espaces, ou d’autres façons, pour continuer à déposer ce que j’ai à porter, et quitter ce lieu.


#14
Avalerion
insomnyak sof kan j'dor 
05 février 2026 à 16:44
Un peu déçu de voir que rien n'est dit sur le système prohibitionniste et répressif. J'ai l'impression que tu ne vois pas le lien qui lie les personnes qui meurent suites à une ou des conso et la stigmatisation/auto-stigmatisation. Ce lien c'est le système prohibitionniste et répressif qui existe actuellement en france.

La Drogue ne tue pas simplement car elle est drogue, mais parce qu'elle est interdite. Son interdiction permet une chose, c'est que le marché de la drogue soit monopolisé par des groupes sans aucune réglementation sur la qualité et les prix. Donc on se retrouve à acheter des produits non contrôlés avec des taux de pureté aléatoire à des prix absurdes au vu du prix de production.
Il est, maintenant, possible de faire tester ses substances, ce qui est une bonne chose, cependant c'est encore une fois la charge du PUD. C'est l'un des seuls (si ce n'est le seul) cas ou la charge du contrôle du produits et donné aux consommateur·ices. Quand tu achètes n'importe quoi d'autre, il y a des réglementation pour tenter d'éviter justement des qualités pourrie et des prix excessifs.

On en vient au 2ème point la stigmatisation et l'auto-stigmatisation. Elle aussi découle du système prohibitionniste et répressif. Ce système fait des PUD, fait de nous, des criminelles, avec tout l'attirail de représentations négatives qui va avec.
Mais en plus de ça il y a tout un imaginaire qui se construit autour de la drogue spécifiquement. Il se base (en partie) sur des faits divers tous plus morbides les uns que les autres. En présentant les drogues comme quelque choses de fondamentalement dangereux les médias présentent les PUD comme des personnes fondamentales dangereuses. Ainsi ça permet de légitimer les politiques répressives. Un autre effet, est que les gens se mettent à adopter ces croyances y compris les usager·eres (indépendamment de notre volonté) et donc s'auto-stigmatises et prend au passage le lot de souffrance que ça apporte (dépression, anxiété, faible estime de soi, sentiment de non légitimité à se soigner...)

Si jamais tu souhaites creuser le sujet :

https://globalcommissionondrugs.org/gcd … cy-reform/

https://globalcommissionondrugs.org/gcd … ohibition/

https://globalcommissionondrugs.org/gcd … -on-drugs/

https://www.ofdt.fr/publication/2019/dr … sagers-696
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Sa fait du bien de lire ça., clair et net.

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