J’ai compris que j’étais en train de mourir
Je ne l’ai pas compris d’un coup.
Je n’ai pas eu un déclic héroïque.
Je n’ai pas “touché le fond” comme on l’imagine.
Je me suis juste reconnu.
Encore.
Et encore.
En lisant.
Je lisais des articles de
réduction des risques, des messages, des témoignages.
Et à chaque fois, j’avais cette sensation désagréable :
ce n’est pas une histoire, c’est la mienne.
Les mêmes usages.
Les mêmes raisonnements bancals.
Les mêmes phrases pour se rassurer :
“je gère”, “c’est temporaire”, “j’arrête quand je veux”.
À un moment, j’ai arrêté de lire par curiosité.
Je lisais pour savoir combien de temps il me restait.
Parce que ce que je voyais, noir sur blanc, c’était une trajectoire.
Et cette trajectoire, je l’avais déjà prise.
Elle ne menait pas à une rédemption.
Elle menait à une fin.
Pas une fin romantique.
Pas une fin spectaculaire.
Une fin idiote.
Un soir banal.
Un mélange de trop.
Un corps qui lâche pendant que tout le monde croit que “ça va”.
Le mot “toxicomanie” m’a été dit.
Pas doucement.
Pas enrobé.
Dit comme un constat.
Ça m’a fait mal.
J’ai eu honte.
J’ai eu envie de me défendre.
Et puis j’ai compris que c’était vrai.
Je n’étais pas en train de traverser une mauvaise période.
J’étais en train de m’autodétruire.
Ce qui m’a sauvé, ce n’est pas la morale.
Ce n’est pas la peur.
Ce sont des gens.
Des professionnels de santé qui ont vu clair quand moi je ne voyais plus rien.
Qui m’ont parlé sans me juger, mais sans me mentir.
Qui ont tenu un cadre quand je partais en vrille.
Qui ont accepté de m’accompagner même quand je n’étais pas aimable, même quand je résistais.
Je leur dois la vie. Littéralement.
Aujourd’hui, je vais mieux.
Pas “guéri”.
Pas “propre”.
Mais vivant.
Conscient.
En chemin.
Je sais maintenant que j’aurais pu mourir.
Et pas “un jour”.
Bientôt.
Si j’écris ça, ce n’est pas pour donner des leçons.
C’est pour dire que moi aussi, je me suis menti longtemps.
Et que moi aussi, je me suis cru différent.
Si tu lis ces lignes et que quelque chose te serre un peu le ventre,
si tu te reconnais, même partiellement :
tu peux m’écrire.
Je te répondrai.
Je t’écouterai.
Je ne suis ni médecin, ni modèle.
Juste quelqu’un qui est passé tout près de la fin
et qui sait à quel point on peut se sentir seul à cet endroit-là.
Je te tends la main.