Ma mort était sous mes yeux

Catégorie : Tranche de vie
16 janvier 2026 à 12:39

#cocaïne #espoirt #mort #Od
J’ai compris que j’étais en train de mourir

Je ne l’ai pas compris d’un coup.
Je n’ai pas eu un déclic héroïque.
Je n’ai pas “touché le fond” comme on l’imagine.

Je me suis juste reconnu.
Encore.
Et encore.

En lisant.

Je lisais des articles de réduction des risques, des messages, des témoignages.
Et à chaque fois, j’avais cette sensation désagréable :
ce n’est pas une histoire, c’est la mienne.

Les mêmes usages.
Les mêmes raisonnements bancals.
Les mêmes phrases pour se rassurer :
“je gère”, “c’est temporaire”, “j’arrête quand je veux”.

À un moment, j’ai arrêté de lire par curiosité.
Je lisais pour savoir combien de temps il me restait.

Parce que ce que je voyais, noir sur blanc, c’était une trajectoire.
Et cette trajectoire, je l’avais déjà prise.
Elle ne menait pas à une rédemption.
Elle menait à une fin.

Pas une fin romantique.
Pas une fin spectaculaire.
Une fin idiote.
Un soir banal.
Un mélange de trop.
Un corps qui lâche pendant que tout le monde croit que “ça va”.

Le mot “toxicomanie” m’a été dit.
Pas doucement.
Pas enrobé.
Dit comme un constat.

Ça m’a fait mal.
J’ai eu honte.
J’ai eu envie de me défendre.
Et puis j’ai compris que c’était vrai.

Je n’étais pas en train de traverser une mauvaise période.
J’étais en train de m’autodétruire.

Ce qui m’a sauvé, ce n’est pas la morale.
Ce n’est pas la peur.
Ce sont des gens.

Des professionnels de santé qui ont vu clair quand moi je ne voyais plus rien.
Qui m’ont parlé sans me juger, mais sans me mentir.
Qui ont tenu un cadre quand je partais en vrille.
Qui ont accepté de m’accompagner même quand je n’étais pas aimable, même quand je résistais.

Je leur dois la vie. Littéralement.

Aujourd’hui, je vais mieux.
Pas “guéri”.
Pas “propre”.
Mais vivant.
Conscient.
En chemin.

Je sais maintenant que j’aurais pu mourir.
Et pas “un jour”.
Bientôt.

Si j’écris ça, ce n’est pas pour donner des leçons.
C’est pour dire que moi aussi, je me suis menti longtemps.
Et que moi aussi, je me suis cru différent.

Si tu lis ces lignes et que quelque chose te serre un peu le ventre,
si tu te reconnais, même partiellement :

tu peux m’écrire.
Je te répondrai.
Je t’écouterai.

Je ne suis ni médecin, ni modèle.
Juste quelqu’un qui est passé tout près de la fin
et qui sait à quel point on peut se sentir seul à cet endroit-là.

Je te tends la main.

Commentaires
#1
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
16 janvier 2026 à 13:38
Ton message arrive à un moment de ma vie où je suis dans le même constat. Je viens de perdre un ami dans les conditions que tu cites. Au funérarium, une de ses filles qui a 9 ans a témoigné pour rendre hommage à son papa. Tous teufeur.ses que nous sommes, nous qui clamons sans cesse "Même pas peur !" avons failli nous évanouir collectivement face à tant de gâchis. Tant de souffrance...

Je n'ai même pas prévenu ma mère de peur de recevoir une remarque stigmatisante du style "il aurait du se faire aider, comme toi tu l'as fait"et en rentrant de la cérémonie, je me suis effondrée dans les bras de ma belle mère en prononçant ces mots "Moi aussi j'aurais pu mourir comme ça".

Je ne juge pas l'addiction et je rejoins le combat de PA.Mon pote est mort seul dans sa chambre et c'est ça qui est grave. Merci infiniment pour tes écrits qui sont certes durs, mais nécessaire.

La lutte continue pour que nous soyons reconnus dans nos choix et dans nos droits entant que citoyen.nes utilisateurs.trices de drogues. Juste pour ne plus mourir dans le silence.

Prends soin de toi ♡


Merci pour ton message. Vraiment.
On parle souvent de dispositifs, de programmes, de politiques publiques, de “parcours de soins”.
Mais ceux qui prennent tout, en pleine face, ce sont toujours les mêmes :
le dépendant et sa famille.
Le dépendant d’abord.
Parce que quoi qu’on en dise, quoi qu’on théorise, l’addiction se vit dans la chair.
Dans la honte.
Dans la solitude.
Dans la lucidité intermittente.
Et dans cette fatigue d’exister quand chaque jour est un combat contre soi-même.
Et la famille ensuite.
Celle qui marche sur des œufs.
Celle qui se tait pour éviter de stigmatiser.
Celle qui porte la peur, la colère, l’impuissance — souvent en silence.
La société, elle, adore les cases.
Quand tu es “fou” et addict, tu n’entres nulle part.
Pas assez psychiatrique pour la psy.
Trop instable pour l’addicto.
Toujours “pas le bon moment”, “pas le bon cadre”, “pas le bon profil”.
C’est un scandale qu’on demande une lettre de motivation pour entrer en cure quand tu n’as déjà plus la force de tenir debout.
Un scandale qu’on déplace le problème au lieu de le prendre en face.
Un scandale qu’on parle d’accompagnement mais qu’on laisse des gens mourir seuls dans une chambre.
Et oui, c’est toujours plus simple de détourner le regard.
De dire “ils auraient dû se faire aider”.
De moraliser après coup.
De compatir quand il est trop tard.

Ton ami est mort seul.
Et c’est ça, le vrai échec collectif.

Merci d’avoir écrit.
Merci de dire que toi aussi, tu aurais pu mourir comme ça.
Merci de rappeler que derrière les slogans, les débats et les postures, il y a des corps, des familles, des enfants, et des vies brisées.

Prends soin de toi.
Vraiment.
Et merci de ne pas laisser le silence gagner


#3
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
16 janvier 2026 à 23:20

Colblanctoxico a écrit

Pas assez psychiatrique pour la psy.
Trop instable pour l’addicto.
Toujours “pas le bon moment”, “pas le bon cadre”, “pas le bon profil”.
C’est un scandale qu’on demande une lettre de motivation pour entrer en cure quand tu n’as déjà plus la force de tenir debout.
Un scandale qu’on déplace le problème au lieu de le prendre en face.
Un scandale qu’on parle d’accompagnement mais qu’on laisse des gens mourir seuls dans une chambre.

Tu as décris qqch qui me tourmente actuellement. Je l'ai vécu, je me suis battue, j'ai été virée de cure, shootée aux neuroleptiques, balancée d'un service à l'autre car , comme tu le dis, ils ne savent pas accompagner dans la globalité.

Tu es sevrée et tu vas mal ?  Cela veut donc dire que tu es folle.

Ça fait beaucoup hein?

Donc merci à toi pour cet échange qui me fait du bien en cette période de ma vie.

Colblanctoxico a écrit

Et merci de ne pas laisser le silence gagner

On lâche rien !

Je dépose un morceau qui me paraît dans le thème. À bientôt.

https://on.soundcloud.com/WKZ6hSvNbZc2UyKFNG

Reputation de ce commentaire
 
J'adore le morceau !


Juste pour préciser quelque chose, parce que c’est important pour moi de ne pas créer de malentendu.

Je n’ai jamais été hospitalisé.
Je n’ai pas fait de cure.
Je me suis sevré seul. Pas du tout par bravoure lol.
Mais parce que, comme beaucoup, je ne rentrais nulle part.

Et même sans avoir connu l’hôpital de l’intérieur, il suffit d’observer pour voir le décalage immense entre ce que vivent les personnes dépendantes… et la manière dont la société pense les prendre en charge.

Par moments, j’ai vraiment l’impression que la société entière est dans un K-hole :
une réalité parallèle où l’on croit que dire “arrête”, “soigne-toi”, “fais une cure” règle quoi que ce soit.
Une dissociation collective, confortable, loin du terrain.

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai dit à un médecin que la coke était devenue un problème.

Cabinet vieux, figé dans le temps.
Boiseries sombres, diplômes jaunis, odeur de désinfectant.
Une ambiance propre, froide, hors-sol.

J’ai parlé calmement.
Pas de mise en scène.
Juste les faits : je perdais le contrôle, ça me faisait peur, je n’y arrivais plus seul.

Il a écouté.
Puis il a répondu, simplement :
“Bah… arrêtez.”

Pas de question.
Pas de curiosité.
Pas d’exploration.
25€.

Je me suis senti con.
Comme si j’avais dérangé pour rien.
Comme si le problème, c’était d’en parler.

Je suis ressorti avec une certitude glaciale :
dans ce cabinet, ce que je vivais n’existait pas.
Et si c’était “si simple”, alors c’est moi qui étais défaillant.

Ce jour-là, j’ai compris qu’admettre une dépendance ne suffit pas.
Encore faut-il tomber sur quelqu’un prêt à regarder plus loin que le mot.

La vérité, c’est que la dépendance ne disparaît pas parce que l’usage s’arrête.
Et que la souffrance ne devient pas “psychiatrique” par magie dès qu’on est sevré.

Ce décalage-là, tant qu’on ne l’a pas goûté, tant qu’on ne l’a pas traversé dans son propre corps, il reste abstrait.
Théorique.
Et souvent violent sans même s’en rendre compte.

Alors oui, il y a encore énormément à faire.
Mais je vois aussi des lignes qui bougent.
Des soignants qui comprennent.
Des approches plus fines, plus humaines, moins binaires.

Ce sont encore des exceptions.
Mais les exceptions finissent parfois par dessiner la norme.

On lâche rien.
Pas parce qu’on est des héros.
Mais parce qu’on sait ce que ça coûte, le silence.

À bientôt.


#5
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
18 janvier 2026 à 02:59
Hey !

Merci pour ces précisions qui font que j'ai un tout petit peu de mal à te suivre là ^^.

Colblanctoxico a écrit

Je me suis sevré seul.

Tu peux pas écrire ça sur le même billet où tu sors l'exact contraire ;

Colblanctoxico a écrit

Ce qui m’a sauvé, ce n’est pas la morale.
Ce n’est pas la peur.
Ce sont des gens.

Des professionnels de santé qui ont vu clair quand moi je ne voyais plus rien.
Qui m’ont parlé sans me juger, mais sans me mentir.
Qui ont tenu un cadre quand je partais en vrille.
Qui ont accepté de m’accompagner même quand je n’étais pas aimable, même quand je résistais.

Je leur dois la vie. Littéralement.

C'est un tout petit peu dissonant pour moi. Pas de cure, pas d'hospi mais un accompagnement quand même alors?

À titre personnel, je ne dirais jamais que je dois ma vie à des soignants (par rapport à ma dépendance), car c'est absolument faux et ça leur donne un peu trop de valeur  face à mon pouvoir d'agir, qui lui, en est gavé de valeurs !!!

J'ai l'impression que tu flirtes avec le double discours, de fait, je ne comprends pas tout à ta démarche.


Colblanctoxico a écrit

Ce décalage-là, tant qu’on ne l’a pas goûté, tant qu’on ne l’a pas traversé dans son propre corps, il reste abstrait.

On est d'accord... mais ;

Colblanctoxico a écrit

Et même sans avoir connu l’hôpital de l’intérieur, il suffit d’observer pour voir le décalage immense entre ce que vivent les personnes dépendantes… et la manière dont la société pense les prendre en charge.

Comment tu le sais alors ? Tu ne l'as pas vécu dans ta chair, on peut se mettre d'accord sur le fait que ce n'est qu'une représentation que tu te fais sur ce milieu finalement ?

Je suis extrêmement consciente de la puissance des mots et, pour ma part, je les emploie tant bien que mal, à bon escient. Pour MOI, ton message n'est pas très clair, tu valorises à fond les soignants et en parallèle tu dis que tu t'en es sorti seul car tu n'as trouvé ta place nulle part ?

Déjà, je ne pense pas, au vu de ton parcours pro, que tu sois dépendant, comme beaucoup d'entre nous le sommes, de l'hôpital public. N'y vois aucun jugement, c'est juste un fait qui vient tordre le cou à ton discours enjoué.

Colblanctoxico a écrit

Alors oui, il y a encore énormément à faire.
Mais je vois aussi des lignes qui bougent.
Des soignants qui comprennent.
Des approches plus fines, plus humaines, moins binaires.

Où?

Je dis pas le contraire mais sur quoi t'appuies tu finalement ? Tu sais sur PA on parle de notre vécu, de nos savoirs... On est sur un forum d'auto-support en fait. Passer un message uniquement par le partage.

Merci d'éclairer ma petite lanterne afin que l'échange soit plus fluide  wink.

À bientôt !


#6
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
18 janvier 2026 à 03:46
Je tiens à profiter de mon actuelle descente, pour fouiner un peu dans cette conversation. J'ai livré ici qqch d'extrêmement personnel, dans un moment de tristesse infinie et je tiens à ce que mon témoignage n'entre pas dans une dynamique de "Je vous explique". Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive, j'ai été confrontée à la mort très jeune et je sais que mes choix de vie et mes fréquentations m'amènent  à devoir traverser ce genre d'épreuves, peut-être, plus souvent que la moyenne. Ou c'est simplement lié au fait que je suis très entourée wink.

Colblanctoxico a écrit

Si j’écris ça, ce n’est pas pour donner des leçons.
C’est pour dire que moi aussi, je me suis menti longtemps.
Et que moi aussi, je me suis cru différent.

Et tu penses qu'il y'a beaucoup de gens ici qui sont dans un total déni ?  C'est subtil ta façon de l'amener, au point où on ne sait pas vraiment sur quel pied danser.

Colblanctoxico a écrit

Je lisais des articles de réduction des risques, des messages, des témoignages.
Et à chaque fois, j’avais cette sensation désagréable :
ce n’est pas une histoire, c’est la mienne.

Les mêmes usages.
Les mêmes raisonnements bancals.
Les mêmes phrases pour se rassurer :
“je gère”, “c’est temporaire”, “j’arrête quand je veux”.

À un moment, j’ai arrêté de lire par curiosité.
Je lisais pour savoir combien de temps il me restait.

Est-ce que tu comprends mon doute là ? Je ne participerai jamais à des messages invitant à la prise de conscience, et je pense que les gens ne viennent pas ici pour lire qu'elles se mentent à elles même. Être membre d'un forum de RDR c'est  la preuve Ultime qu'on est au clair avec ses consommations, non?

Le déni, je le connais au point où j'ai arrêté de faire de la RDR pendant 4 ans parce que le reflet était trop violent, le déni je l'ai porté jusqu'à ma première dose de méthadone et c'est à ce moment que j'ai pu reprendre du service. Ce ne sont pas "les soignants" qui m'ont sauvée, c'est ma pratique qui m'a appris à vivre le plus sereinement possible avec mes addictions.

C'est avec mes pairs que je me soigne et c'est pour ça que je fréquente PA.

Moi aussi, je préfère dissiper le malentendu directement ^^.

Bien à toi.


Hola,

J'ai été chef d'agrès chez les sapeurs pompiers pendant plusieurs années.
Je suis intervenu auprès de dizaine d'HO, ou des centaines d'appels a l'aide qui finissent aux Urgences adultes sur un brancard et qui repartent le lendemain avec une boite de diazepam et un coup de pied au c*l parce qu'il n'y avait pas de place.
Un de mes souvenirs les plus marquants, c'est detre intervenu 31 fois chez la même personne. Même bilan, même diagnostic, même orientation : Urgences Adultes.
Effectivement le terme seul est mal choisi. Je n'ai jamais été hospitalisé, ni en psy, ni en addicto. Mais je suis suivi par un psychiatre et un addictologue, qui m'ont bien evidemment aidé à arreter.
Le déni n'a jamais été total, pour moi le déni, ca a été plutôt dans ma demarche de réduction, du "je gère", du "juste un dernier"

J'espère avoir été un peu plus clair
Bien a toi


#8
Myozotis
☆ PsychoPote ☆ 
18 janvier 2026 à 13:57
OK je comprends mieux !!! Merci beaucoup !

Bon c'est vrai que là tu parles des urgences et c'est une catastrophe ce qu'il se passe en ce moment en terme de moyens.

Le malentendu est levé sur ce sujet wink.

Bien à toi!


Très belle formulation :

"Une dissociation collective, confortable, loin du terrain."
Reputation de ce commentaire
 
Toujours facile de sortir des grandes théories sur les addictions depuis un labo

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