D'abord, ça ressemble à un shoot "normal". La prépa, la piqûre, et le filet de sang qui remonte dans la solution, indiquant que je suis bien dans la veine. Ca fait un joli précipité. C'est la partie la plus technique, il faut réussi à dé-serrer le garot sans faire bouger l'aiguille. Puis petite tirette pour vérifier que je suis toujours dedans, et j'appuie sur le piston.
Le goût explose dans ma bouche, mes oreilles bourdonnent, et une vague de chaleur envahit mon corps, de bas en haut.
Et c'est là que, dans certaines conditions, ça devient bizarre.
Ca commence souvent par des bruits: il y a "quelque chose" autour de moi. Ca farfouille, ca bruisse, ça se déplace.
Et puis rapidement je les sens sous mes vêtements. D'ailleurs je vois mes vêtements bouger et former des bosses. Ca grimpe sur moi.
Plus la dose est forte, plus je perçois ces choses.
Ca concerne la vue, l'ouïe et le toucher.
Il y a comme des bestioles un peu partout autour de moi.
Avec le temps je leur ai même donné un nom, c'est mes "gremlins".
Ca peut aller loin, genre carrément des bruits de chutes d'objets, et après je pourrais jurer que des choses ont changé de place. Parfois je les entends aussi "communiquer", avec des bruits qui ressemblent à certains bruits "extra-terrestres" qu'on peut entendre dans des séries ou films de science-fiction.
Mais je ne les vois réellement jamais, sauf si dose très forte (genre 0.2g), où là je peux en partie les voir.
Sinon, je ne perçois que des mouvements, en vision périphérique, et le temps que je tourne la tête, il n'y a plus rien.
Ca ne date pas d'hier. C'est arrivé il y a plus de 10 ans, après une dose trop forte de c en
IV.
Au début, cette présence était clairement humaine, je voyais des ombres et j'entendais des chuchotements.
De là, c'est comme si une bataille s'était engagée entre la psychose et la raison: c'était IMPOSSIBLE qu'il y ait d'autres humains dans mon appartement.
Alors ces "choses" ont rapetissé, jusque la taille de "bestioles".
Je me rappelle que je le vivais hyper mal à l'époque. J'étais complètement flippée, mais je n'arrivais pas à arrêter. J'ai quand même fini à courir pieds nus dans la rue parce que les bestioles en avaient après moi et m'attaquaient...
Plus de 10 ans plus tard, cette psychose pharmaco-induite, de son nom savant, est revenue peu à peu avec la reprise de la conso et l'augmentation des doses.
Mais je suis beaucoup plus calme aujourd'hui et je ne le vis pas du tout pareil.
Le plus bizarre de cette bizarrerie, c'est sûrement même que cet effet est passé dans la catégorie "effet attendu voire recherché". Ca fait partie du trip quoi...
Je me colle contre un mur et j'écoute, je perçois, je sens, j'attends que ça vienne... puis que ça passe.
Au bout de vingt à trente minutes selon la dose, les choses redeviennent normal.
C'est quelque chose dont je n'ai parlé à quasi personne.
Ben oui, en parler c'est quand même prendre le risque de passer pour une folle furieuse, pardon pour la psychophobie.
Il y a une grosse semaine j'ai quand même osé en parler à mon conjoint. Qui a eu l'ai plus curieux qu'atterré.
Je lui ai expliqué que chaque shoot devenait une espèce de quête, pour en avoir le coeur net, parce que ça semble tellement réel...
"Ben filme toi!" qu'il m'a dit.
Pas bête, j'y avais pas pensé.
Vendredi je l'ai fait.
Ca donne 20 minutes de rien filmés alors que pour moi ça bougeait de partout.
Bon, en vrai je m'y attendais hein, mais j'avais quasi une petite déception.
Quoi, mes shoots ne me permettaient pas de me connecter avec des forces invisibles?! Lol.
Je me demande à quel point cette "quête" a joué dans mes récentes pertes de contrôle avec l'
IV, à force de vouloir "vérifier" le fond de cette histoire. Ca m'a fait augmenter les risques aussi, parce que cet effet est dose-dépendant, et que j'ai eu tendance à augmenter les doses pour avoir des effets de plus en plus nets.
Je dois aujourd'hui tirer un trait dessus pour l'instant, parce que je n'arrive pas à gérer cette pratique, à la "dompter" de manière à faire en sorte qu'elle soit occasionnelle. En tous cas avec la c, et c'est le seul produit que j'injecte à ce jour (je ne désespère pas de retomber sur de l'
héro.... Un jour peut-être).
Hier soir, c'était à nouveau big discussion après ma 2e perte de contrôle en quelques mois. Et une fois tout mis sur la table, le constat était sans appel: l'
IV, c'est fini pour le moment.
Il me reste le souvenir de ces drôles de trips, et un nouveau chemin à ré-inventer pour faire la paix avec mes consommations.
Marnowi