psychose pharmaco-induite

Catégorie : Carnet de bord
Aujourd'hui à 09:23

#cocaïne #dessin #IV #psychose
D'abord, ça ressemble à un shoot "normal". La prépa, la piqûre, et le filet de sang qui remonte dans la solution, indiquant que je suis bien dans la veine. Ca fait un joli précipité. C'est la partie la plus technique, il faut réussi à dé-serrer le garot sans faire bouger l'aiguille. Puis petite tirette pour vérifier que je suis toujours dedans, et j'appuie sur le piston.

Le goût explose dans ma bouche, mes oreilles bourdonnent, et une vague de chaleur envahit mon corps, de bas en haut.

Et c'est là que, dans certaines conditions, ça devient bizarre.

Ca commence souvent par des bruits: il y a "quelque chose" autour de moi. Ca farfouille, ca bruisse, ça se déplace.
Et puis rapidement je les sens sous mes vêtements. D'ailleurs je vois mes vêtements bouger et former des bosses. Ca grimpe sur moi.
Plus la dose est forte, plus je perçois ces choses.
Ca concerne la vue, l'ouïe et le toucher.
Il y a comme des bestioles un peu partout autour de moi.
Avec le temps je leur ai même donné un nom, c'est mes "gremlins".
Ca peut aller loin, genre carrément des bruits de chutes d'objets, et après je pourrais jurer que des choses ont changé de place. Parfois je les entends aussi "communiquer", avec des bruits qui ressemblent à certains bruits "extra-terrestres" qu'on peut entendre dans des séries ou films de science-fiction.
Mais je ne les vois réellement jamais, sauf si dose très forte (genre 0.2g), où là je peux en partie les voir.
Sinon, je ne perçois que des mouvements, en vision périphérique, et le temps que je tourne la tête, il n'y a plus rien.

Ca ne date pas d'hier. C'est arrivé il y a plus de 10 ans, après une dose trop forte de c en IV.
Au début, cette présence était clairement humaine, je voyais des ombres et j'entendais des chuchotements.
De là, c'est comme si une bataille s'était engagée entre la psychose et la raison: c'était IMPOSSIBLE qu'il y ait d'autres humains dans mon appartement.
Alors ces "choses" ont rapetissé, jusque la taille de "bestioles".
Je me rappelle que je le vivais hyper mal à l'époque. J'étais complètement flippée, mais je n'arrivais pas à arrêter. J'ai quand même fini à courir pieds nus dans la rue parce que les bestioles en avaient après moi et m'attaquaient...

Plus de 10 ans plus tard, cette psychose pharmaco-induite, de son nom savant, est revenue peu à peu avec la reprise de la conso et l'augmentation des doses.
Mais je suis beaucoup plus calme aujourd'hui et je ne le vis pas du tout pareil.
Le plus bizarre de cette bizarrerie, c'est sûrement même que cet effet est passé dans la catégorie "effet attendu voire recherché". Ca fait partie du trip quoi...
Je me colle contre un mur et j'écoute, je perçois, je sens, j'attends que ça vienne... puis que ça passe.
Au bout de vingt à trente minutes selon la dose, les choses redeviennent normal.

C'est quelque chose dont je n'ai parlé à quasi personne.
Ben oui, en parler c'est quand même prendre le risque de passer pour une folle furieuse, pardon pour la psychophobie.

Il y a une grosse semaine j'ai quand même osé en parler à mon conjoint. Qui a eu l'ai plus curieux qu'atterré.
Je lui ai expliqué que chaque shoot devenait une espèce de quête, pour en avoir le coeur net, parce que ça semble tellement réel...
"Ben filme toi!" qu'il m'a dit.
Pas bête, j'y avais pas pensé.
Vendredi je l'ai fait.
Ca donne 20 minutes de rien filmés alors que pour moi ça bougeait de partout.
Bon, en vrai je m'y attendais hein, mais j'avais quasi une petite déception.
Quoi, mes shoots ne me permettaient pas de me connecter avec des forces invisibles?! Lol.

Je me demande à quel point cette "quête" a joué dans mes récentes pertes de contrôle avec l'IV, à force de vouloir "vérifier" le fond de cette histoire. Ca m'a fait augmenter les risques aussi, parce que cet effet est dose-dépendant, et que j'ai eu tendance à augmenter les doses pour avoir des effets de plus en plus nets.

Je dois aujourd'hui tirer un trait dessus pour l'instant, parce que je n'arrive pas à gérer cette pratique, à la "dompter" de manière à faire en sorte qu'elle soit occasionnelle. En tous cas avec la c, et c'est le seul produit que j'injecte à ce jour (je ne désespère pas de retomber sur de l'héro.... Un jour peut-être).

Hier soir, c'était à nouveau big discussion après ma 2e perte de contrôle en quelques mois. Et une fois tout mis sur la table, le constat était sans appel: l'IV, c'est fini pour le moment.

Il me reste le souvenir de ces drôles de trips, et un nouveau chemin à ré-inventer pour faire la paix avec mes consommations.

Marnowi

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Commentaires
#1
Mathi
Nouveau membre France
Aujourd'hui à 11:00
Bonjour !

Bien après avoir décroché de l'héro en intra avec l'aide de la méthadone, je restais accroché à la seringue mais d'une force...  Le temps que mon cerveau dissocie tout ça et compartimente le tout.
(une fois sous métha et l'héro hors de ma vie, ne souhaitais pas en faire une pratique contrôlée occasionnelle sinon jamais j'aurais décroché et ne serais pas en train d'écrire aujourd’hui). Mais c'était un rituel de sang, de plaisir, de douleur auquel j'avais accordé trop d'importance. Cette certitude que seul l'intra pouvait m'emporter là où je le souhaitais. C'est très prenant.

Dans mon cas cela s'est fait petit à petit, je prenais mon flacon de métha le matin et dans la foulée (au début) j'injectais de l'eau stérile. Plus je m'étais d'espace entre la prise de la métha le matin et le rituel de l'intra, moins j'en avais besoin jusqu'au jour où ce besoin a disparu. Me piquait plusieurs fois par jour même si ce n'était que de de l'eau mais le rituel du matin était sacré car il était lié à la métha et plus à l'héro mais c'est celui là qui m'a permis de décrocher. Le temps de dissocier le tout. Ce jour là, la métha est devenu mon traitement, la seringue hors de ma vie et les drogues dures aussi.

N'ai pas les mains gonflés ni les pieds mais le système veineux et artériel bien abîmé et c'est irréversible. J'étais très jeune et ne croyait pas les anciens qui disaient que c'est bien plus tard , en vieillissant que ça te met une claque au visage (varices, hémophilie, vascularisation fatiguée et tout le tralala). Par exemple, ce n'est rien en soi les varices, mais à 35 ans en avoir sur les jambes les mains, ça fait drôle. Savoir que d'autres ont de belles veines apparentes vigoureuses et bien épaisses là où moi je n'ai plus rien qui apparaît, ça fait bizarre. En sachant que ton médecin t'assure qu'il n'y arien à faire car les veines et tout... (ce dont je doute ! a mon avis c'est une question de couverture santé et de moyens) car y a des traitements de pointes en la matière. Puis surtout, faut s'y faire avec une hygiène du corps saine, genre bien mangé, bien dormir, faire du sport, travailler le souffle et le cardio.


Bref, aucune honte à avoir, ni jugement... Et dans mon cas, j'ai failli briser plus de 10 ans d'abstinence à plusieurs reprise à cause de la seringue. Mais je m'accroche.
Je trouve ton témoignage hyper accrocheur et très prenant. Et espère juste que tu vas bien.


#2
Blow
Nouveau membre 
Aujourd'hui à 14:35
Bonjour Marnowi. Deja merci de parvenir à partager ton ressenti avec les lecteurs.
Je trouve extraordinaire l façon dont toi et ton conjoint ont pu trouver cette piste du film. qui te permet de voir qu'en effet ces créatures ne sont pas visible et /ou que par toi.
Tu écris

Quoi, mes shoots ne me permettaient pas de me connecter avec des forces invisibles?! Lol.

Peut être qu ils te permettent de te connecter a des forces invisibles qui t appartiennent. C'est énorme l aou tu en es.
Je ne sais pas si tu as déjà évoqué il y a dix ans  à un pro, peut être ces moments s' étaient estompés avec l' arrêt de la c?

Ton récit tellement intime et poignant  me rappelle un livre de Bret iston ellis, lunar park,  où il est question aussi pour l'écrivain  passionne de produits psychoactifs (cocaïne en tête) ,de peluches qui s éveillent et bougent la maison de place . C'est terrifiant.
J'ai aussi vécu a plusieurs reprises  des moments de psychose induite /canna quand j'étais jeune adulte, ce n'est pas très agréable à vivre..
pour toi le lien perception-- compulsion - action paraît central dans ton usage  peut être en thérapie ça peut se tenter si tu cherches le sens, sinon la décision de stopper avec les moyens qui marchent ça ira.
Et tu vas retrouver les plaisirs simples.
Ces créatures, finalement si elles apparaissent que qd tu fais des cessions, tu sais quelles sont térrées ,la au fond, cajoles les, tu les recouvres de l'amour autour, de la nature et de l'air, de sommeil et de tendresse, ou de sport .
Si elles viennent en d' autres occas je consulterai, ya aucuns soucis a demander de l'aide. Car du coup c'est des symptômes psychiatriques dont , tu souffres, et tu as besoin de soin.
Je ne veux pas faire la psy a deux balles non plus .
Bisou
Ps j'aime beaucoup tes dessins

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