Généralités sur le sevrage / PsychoACTIF

Généralités sur le sevrage

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Bonjour, à PA nous devons parfois (et même assez souvent) répondre à des avis péremptoires sur le sevrage susceptibles de troubler les forumers. certaines personnes sont capables de "prouesses" (avec beaucoup de douleurs et parfois peu d'efficacité à long terme) mais il est important de rappeler que chez l'immense majorité des usagers le sevrage n'est indolore et efficace qu'en suivant des pratiques communes. PA a donc fait un texte sur ce sujet qu'il vous propose ,afin qu'il soit complété et corrigé avant finalisation. Amicalement


Quelques éléments sur le sevrage

Introduction

Certains forumers viennent sur PA pour se vanter d'un sevrage brutal (ou "sec") de divers produits ou annoncer qu'ils vont le tenter, et qu'aucun avis ou conseil ne pourra les en détourner..
Même si le rapport aux produits est toujours personnel et que certains consommateurs sont capables de "prouesses" en la matière, ces prouesses sont aussi rares que l'aptitude à courir un marathon ou à faire un trail de géant.
Il est donc important pour PA de rappeler l'expérience "ordinaire" sur ce point sensible. Nous espérons que ce texte pourra aider les candidats au sevrage.

Il faut aussi noter que le sevrage, historiquement défini comme l'alpha et l'omega de la prise  en charge de l'addiction ne devrait être vu que comme l'une des possibilités de l'évolution des consommations, notamment avec le contrôle permettant le retour à une zone de confort.

1) Le sevrage, élément d'une trajectoire de consommations.

Le sevrage ne peut pas être étudié sans référence à la trajectoire de consommation de l'usager (et plus généralement à sa trajectoire de vie). Il est parfois le mode de sortie définitif de la consommation et parfois un simple événement de la trajectoire entre deux rechutes. Et parfois le sevrage n'est pas du tout à l'ordre du jour !!!

Le chiffre de 3% par an a été avancé comme le pourcentage des consommateurs qui sortent définitivement de la consommation par sevrage. Beaucoup d'articles montrent qu'il n'y a pas de fortes variations de ce chiffre selon les différentes méthodes de prise en charge (méthadone, cure de sevrage ou même absence de prise en charge spécifique). Il est donc recommandé de ne pas chercher systématiquement un sevrage immédiat chez une personne prise en charge pour une consommation problématique mais de tenter de discerner si c'est "le bon moment" (qui ne concerne donc qu'environ 3% des consommateurs à un moment donné !!). Et bien entendu, il est essentiel que le consommateur soit le seul à décider !!!

En attendant cet (éventuel) moment propice, ou pas, il faut insister sur  l'interêt de la Réduction des Risques (RdR)  qui fait une différence notable dans la mortalité et les difficultés médicales mais aussi personnelles, sociales et familiales.
Notamment les Traitements de Substitution aux Opiacés divisent par 2 la mortalité des usagers d'opiacés et sont associés à des progrès notables dans la vie personnelle, sociale, familiale et professionnelle.

De façon générale la RdR permet d'éviter de nombreux risques sanitaires (VIH, Hépatite, carence en vitamine B1 etc..) mais, aussi et c'est important,  permet souvent de transformer une consommation problématique en usage moins problématique, voire parfois en usage simple. La sortie de consommation n'est donc pas nécessairement un sevrage mais peut être un retour à une consommation non problématique (ou zone de confort).
Pour l'alcool c'était encore récemment totalement nié par les professionnels ("l'abstinence totale ou rien") mais à présent la notion de Retour de la consommation à une zone de confort,  comme objectif, est admise, notamment avec l'aide de certains médicaments.

http://www.annecoppel.fr/histoire-natur … n-risques/
https://sencanada.ca/content/sen/commit … cier-f.htm
https://carnets2psycho.net/dico/sens-de … toire.html

2) Le contrôle sur la consommation.

De nombreuses statistiques montrent que les consommateurs dépendants ne constituent qu'une fraction des expérimentateurs. De 50% pour le tabac à 10% environ pour la cocaine.

http://www.info-drogue.com/questions-/- … rogue.html
http://www.int.univ-amu.fr/IMG/pdf/cnrs … il2012.pdf

Encore ces statistiques reposent elles sur le rapport de la consommation actuelle à la consommation passée mais peu de ces études montrent le pourcentage de consommateurs actuels qui contrôlent leur consommation, c'est à dire qui se cantonnent à un usage simple, intermittent  ou qui peuvent arrêter "quand ils le veulent". Pour l'alcool cela représente environ 90% des consommateurs. ce contrôle de la consommation peut d'ailleurs, pour tous les produits, succéder à une période de consommation non contrôlée.

A l'inverse une petite minorité ne parvient pas à contrôler sa consommation. "Dès que j'ai bu un premier verre, je ne peux plus m'arrêter".
Dans cette population le sevrage absolu est considéré par la plupart des professionnels de santé comme obligatoire et c'est souvent un objectif partagé par les consommateurs. On est toujours dans le contrôle de la consommation mais chez ces personnes le contrôle passe (presque) nécessairement par le sevrage.

Il est évident que les modalités du sevrage, quand il est décidé, sont différentes. Chez les personnes qui sont "en contrôle", un sevrage progressif ne pose en général pas de problème et, de ce fait, est souvent relativement indolore.

Mais chez les personnes qui ne parviennent pas à contrôler leur consommation, ce sevrage progressif est souvent décrit comme "impossible"(de fait il est irrégulier, douloureux et souvent interrompu)  et ceux qui veulent arrêter (souvent sous la pression de la famille ou de la société) tendent à chercher des alternatives. Certains tentent alors un sevrage brutal (avec des risques sanitaires parfois important, un ressenti très douloureux et un fort risque de reprise), et parfois se tournent vers le sevrage sous anesthésie générale (UROD).
Ou ils attendent du sevrage hospitalier un effet "magique" qu'il n'a pas toujours. Même si le sevrage est réussi au cours de l'hospitalisation, le risque de reprise à la sortie est élevé.

Plusieurs solutions existent néanmoins. A commencer par le sevrage progressif bien préparé et encadré, en hospitalisation ou non, suivi d'une prise en charge attentive pour éviter les reprises. L'apprentissage de techniques de prévention de la reprise (Souvent relevant des TCC : Thérapies Comportementales et Cognitives) pendant l'hospitalisation, ou même avant, est nécessaire.

Mais je pense surtout que l'acquisition d'un contrôle accru sur la consommation avant tout essai de sevrage est à privilégier chaque fois que c'est possible.C'est l'une des fonctions majeures de la RdR !!! Cela ne signifie pas forcément une consommation sans risque ni problème. Même une consommation problématique  peut, dans une certaine mesure, être contrôlée (timing, limites etc...) plutôt que totalement subie. Cela encourage l'usager et peut évoluer vers un contrôle de plus en plus efficace. C’est un apprentissage « gagnant ».

http://www.int.univ-amu.fr/IMG/pdf/cnrs … il2012.pdf


3) Consommation et modèles linéaires et non linéaires.

Le modèle le plus souvent invoqué pour décrire la trajectoire de consommation est linéaire -> initiation, installation de la dépendance, consommation régulière, sevrage et consolidation du sevrage ou retour à une consommation non problématique. Notamment quand l'usager recherche un sevrage, on considère qu'il est peu ou prou au bout de sa période de consommation.

Mais assez récemment des chercheurs ont montré que la trajectoire de consommation est plus souvent non linéaire voire chaotique. Comme pour la méteo,  de petites variations dans l'état mental  et dans son environnement font se succéder, de façon imprévisible, des pulsions de consommation contrôlée et incontrôlée, de sevrage et de non consommation etc..

nb= ce caractère "chaotique" de la trajectoire de vie existe dans tous les domaines et chez tout un chacun et il n'est pas spécifique aux consommations de psychotropes.

Bien entendu les pulsions peuvent se traduire, ou non, dans le comportement, en fonction de la volonté du consommateur. Mais les pulsions sont bien présentes et le consommateur a peu de prise sur elles.
Les intervenants et familiers les interprètent alors de façon "linéaire" comme des guérisons , des "rechutes", des tentatives d'autodestruction etc.. alors qu'ils ne sont souvent que des variations dans la trajectoire de vie. Et ce malentendu est à la source de nombreux conflits.

https://www.sciencedaily.com/releases/2 … 080829.htm

La prise en compte de cette variabilité chaotique pourrait donc mener à une prise en charge plus efficace et moins stigmatisante et à mieux profiter des opportunités.

Notamment Jim Bright identifie plusieurs aspects limitant le caractère chaotique (dans le domaine professionnel)

http://www.thecdi.net/write/AC2015/Pres … 15.key.pdf


Changer de façon dynamique et continue

Programmer mais ne pas s'en tenir aveuglément aux programmes.

L'opportunisme stratégique

Être ouvert à toutes les possibilités

Eviter d'être coincé dans des raisonnement étroits et fixés

Prendre du recul et observer le problème de façon plus large.

Souvent l'évolution peut paraître chaotique sur des périodes courtes mais être plus prévisible et maîtrisable sur des temps plus longs.
Il faut donc se garder de sur-interpréter le quotidien. Cette mise en garde peut sembler théorique mais en pratique on constate, et notamment sur PA, de nombreux parcours chaotiques comportant des "sevrages" douloureux et inutiles, décidés dans l'urgence. Une décision de sevrage est une décision "lourde" et, dans l'idéal, ne devrait pas être prise dans l'urgence.

4) Les effets propres des médicaments et produits , le syndrome de sevrage.

Plusieurs classes de médicaments et produits induisent une tolérance et une dépendance physique.
https://pharmacomedicale.org/pharmacolo … dependance

Ces deux propriétés modifient l'évolution du rapport du consommateur aux produits, notamment par un syndrome de sevrage qui interdit l'arrêt brutal de ces médicaments. Toutefois l'exemple des patients traités au long cours par des opiacés (et dont la douleur est guérie) ou celui des GI au Vietnam de retour chez eux montre que le syndrome de sevrage peut être maîtrisé sans difficulté, à la seule condition de prendre le temps nécessaire !!

Trois sevrages brutaux doivent absolument être évités car présentant un risque mortel ->Alcool (Delirium Tremens) , Benzodiazepines (et apparentés, GHB, Lyrica) et Barbituriques, notamment avec un gros risque de convulsions.
Le sevrage sec des opiacés est très douloureux dans la plupart des cas et peut entraîner un risque de décès chez des personnes fragiles.
Le sevrage sec des anti-dépresseurs entraîne souvent des effets secondaires prolongés (nervosité, brain zaps)
Le sevrage sec du cannabis et du tabac entraîne de la nervosité, insomnie;
Le sevrage sec du café entraîne des céphalées
La cocaine, les stimulants, sont réputés ne pas entrainer  de sevrage physique mais mais en cas de consommation continue un syndrome de sevrage existe bien (insomnies, dépression, anxiété, irritabilité....).
Ils peuvent surtout susciter un craving intense. Mais ce sont des produits généralement consommés de façon non continue, ce qui limite le risque du sevrage.

Nous renvoyons le lecteur aux divers articles sur chaque sevrage, qui ne manquent pas sur Internet !!! En voici quelques uns.
Alcool     https://aide-alcool.be/consommation-pro … ue-arreter

BZD        https://benzo.org.uk/freman/contents.htm

Opiacés    http://www.health.gov.on.ca/fr/news/bul … 0522_2.pdf

AD         http://www.antidepressantwithdrawal.inf … cueil.html

Tabac      https://www.stop-tabac.ch/fr/la-gestion … de-sevrage

Cannabis   https://www.stop-cannabis.ch/la-consomm … du-sevrage

Café       https://fr.wikihow.com/arr%C3%AAter-la-caf%C3%A9ine

Cocaine    https://www.praxis-suchtmedizin.ch/fosu … de-cocaine

Amphets    https://www.cochrane.org/fr/CD003021/tr … phetamines
                   https://www.psychoactif.org/forum/t313- … mines.html
Enfin un très bon article sur les sevrages mais en anglais

https://psychonautwiki.org/w/index.php? … awal&?

5) Le sevrage physique, un élément parmi d'autre de la sortie de consommation.

Beaucoup d'articles médicaux se concentrent uniquement sur le sevrage physique et semblent signifier que lorsque la drogue a été "exorcisée" les problèmes disparaissent immédiatement. La réalité est évidemment toute autre. Le sevrage est un événement d'une trajectoire de vie qui donnait une place importante au produit. D'autre part, le produit avait des effets positifs, ou ressentis comme tels, pour le consommateur.
Il ne se limite donc pas à une simple "détoxication". Le sevrage mobilise  toutes ces problématiques lors de l'arrêt de la consommation et dans ses suites immédiates et, même lorsque le sevrage physique est réussi, persiste parfois sous une forme décrite comme le PAWS, syndrome prolongé de sevrage (qui est l'une des causes de la récidive).

https://www.psychoactif.org/psychowiki/ … de_sevrage

Malheureusement ce syndrome est peu connu et des réponses scientifiques à des questions pertinentes comme "Y a t il une relation entre le type de sevrage (plus progressif ou plus brutal) et le risque de PAWS ou de récidive ??" ne sont pas, à ma connaissance disponibles. C'est important car il arrive que le sevrage physique se révèle en fait la partie la plus "facile" du sevrage global.

Une discussion ancienne, ainsi que de nombreux témoignages, laissent penser que les sevrages à répétition, secs ou non,  deviennent de plus en plus difficiles quand ils sont répétés. Il est donc important de ne pas dépenser en vain une energie perdue pour rien.

https://www.psychoactif.org/forum/t1359 … vrage.html

Par ailleurs la brutalité d'un sevrage, et sa souffrance associée, peuvent durablement décourager les tentatives de sevrage ou même, et surtout,  de contrôle sur la consommation.
L'argument, parfois avancé, que la souffrance du sevrage décourage la récidive n'est généralement pas confirmé par les faits.

Conclusion

Il existe généralement une grande confusion sur la dépendance, l’addiction, la consommation et le sevrage. Ainsi l’OMS définit la dépendance (remplaçant pour elle le mot addiction) comme

La 10eRévision de la Classification statistique internationale (CIM-10) des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM-10) définit le syndrome de dépendance comme un ensemble de phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques dans lesquels l’utilisation d’une substance psychoactive spécifique ou d’une catégorie de substances entraîne un désinvestissement progressif des autres activités.
La caractéristique essentielle du syndrome de dépendance consiste en un désir (souvent puissant, parfois compulsif) de boire de l’alcool, de fumer du tabac ou de prendre une autre substance psychoactive (y compris un médicament prescrit)
Mais elle ajoute immédiatement
Le contexte psychopharmacologique utilise les concepts de dépendance ou de dépendance physique de manière encore plus restreinte; en effet, ils concernent uniquement l’apparition de symptômes de sevrage d’une substance psychoactive.

http://www.who.int/substance_abuse/term … ition1/fr/
Le même terme de dépendance s’applique donc aussi bien à la situation d’un patient douloureux ayant pris de la Morphine pendant quelques mois et devant donc faire un sevrage progressif (mais le plus souvent sans problème) si la douleur a disparu qu’à un consommateur d’héroine capable de se sevrer temporairement à tout moment mais ne supportant pas au long cours la vie sans héroine. Et à bien d’autres situations, chacune étant un « monde en soi ».
L’utilisation d’un terme unique décrivant des situations très différentes, et notamment concernant le sevrage, est donc source de confusion et d enfermement dans des concepts théoriques très éloignés de la réalité.
Il est  important de ne pas se servir de ces termes de façon « descriptive »  mais de donner sa pleine mesure à l’individualité fondamentale de chaque situation , chez chaque personne.
C’est la condition indispensable de tout  discours sur le sevrage.
Reputation de ce post
 
J'adhère!!(Daane-El)
 
Il devrait être épinglé ce topic! / ILE
 
Parce que ce topic mériterait plus de champis verts ! Yog
 
parce que ce document est vraiment complet
 
Bravo, bravo, bravo !

S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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janis 
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Merci prescripteur pour ce texte et ses liens, qui permettent de mieux saisir la notion de sevrage dans toutes ses subtilités, notamment par rapport aux risques et aux limites suivant les substances consommées. C 'est extrêmement pédagogique.

J'apprécie particulièrement la mise en relief des notions de consommations contrôlées (et non plus contrôlantes) par rapport à l'abstention totale. Mais après comme tu l'écris tout dépend des sujets, de la puissance de leurs pulsions etc.

Bonne journée
Janis

J'ai pour me guérir du jugement des autres, toute la distance qui me sépare de moi-même

A. Artaud

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Merci Janis. 
A tous,
N'hésitez pas à proposer des idées et précisions sur ce sujet que vous auriez aimé trouver dans le texte.
Nous les rajouterons si elles vont dans l'esprit de PA.
Amicalement

S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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Mister No 
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l'abstention

Lapsus révélateur. big_smile
C'est bien qu'émerge un peu plus la notion de consommation contrôlée ou controlante. merci-1
Ensuite, pour l'OMS, je trouve qu'il est nécessaire d'apporter une nuance entre dépendance et addiction ; cela peut "décrire" deux comportements distincts.
La dépendance est un effet secondaire peu grave de certains traitements dont les TSO par exemple ou en dehors d'un traitement, il est possible d'être dépendant et de bien le vivre même si dans un contexte de prohibition, c'est pas évident.
Faire la nuance, c'est reconnaitre que l'héro peut être prescrite mais aussi le triptyque fondamental /contexte/individu/produit car la santé passe par le respect de l'individu.

Dernière modification par Mister No (14 septembre 2018 à  11:57)


Just say no prohibition !

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janis 
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Mister No a écrit

l'abstention

Lapsus révélateur. big_smile
C'est bien qu'émerge un peu plus la notion de consommation contrôlée ou controlante. merci-1
Ensuite, pour l'OMS, je trouve qu'il est nécessaire d'apporter une nuance entre dépendance et addiction ; cela décrit deux comportements distincts.
La dépendance est un effet secondaire peu grave de certains traitements dont les TSO par exemple.
Faire la nuance, c'est reconnaitre aussi le triptyque individu/contexte/produit.

mince!!! l'abstinence pardon!!!!


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A. Artaud

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psychodi 
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bonjour à toutes et tous

merci prescripteur pour ce condensé d'informations que je m'en vais relayer de ce pas auprès de certains collègues (notamment médecins)

spécial merci pour la notion de linéarité/non linéarité dans les trajectoires de consommations, notion que j'avais plus ou moins appréhendée empiriquement dans ma pratique clinique quotidienne (mais sans appui documentaire...même en anglais) et que j'avais bien du mal à faire entendre aux "certains collègues" sus cités...

amicalement

il y a des jours étranges
il y a des jours, j'm'étrangle
Surtout...ne pas se biler sur la route...
Psychoactif ? Faut s'abonner là, vite !!

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pierre
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Oui nous avions parlé de faire une distinction entre dépendance et addiction. Il faut le faire. L’addiction étant une dépendance problématique ou pathologique.

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Pour l'abstention vs abstinence, c'était en effet une erreur de ma part mais peut etre aussi un "lapsus révélateur".

abstention = fait de s'abstenir   Eviter volontairement de, se garder de faire quelque chose.

L'abstinence est un renoncement volontaire et durable à la satisfaction d'un appétit ou d'une envie. Dans la plupart des cas, le terme désigne l'abstention de rapports sexuels, d'alcool, de tabac voire d'un type de nourriture ou d'une pratique addictive.

J'hésite à le garder quand même, car l'abstinence est bien une abstention . Qu'en pensez vous ?

Pierre, sur le fond je suis d'accord avec toi. La dépendance devrait etre le fait de ne pas pouvoir arreter un produit sans syndrome de sevrage (sens limité de l'OMS) et le terme addiction remplacer celui de  dépendance dans son sens élargi.
Mais notre vision des choses n'est pas partagée par l'OMS par exemple pour qui la dépendance est un synonyme d'addiction qui doit être préféré.
Personnellement je préfère insister sur l'absence de signification unique et consensuelle de ce terme qui ne devrait donc plus être utilisé, sans préciser dans quel sens on l'entend.
Donc je pense que les définitions officielles devraient etre changées pour bien faire la différence entre ces 2 notions différentes. Mais ajouter une interprétation personnelle, non reconnue, à mon avis ne peut qu'accroitre encore la confusion. Mais on peut si tu veux exposer nos deux définitions en expliquant que ce n'est pas officiel mais que cela nous parait indispensable et que nous militons pour ça.

Amicalement


S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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Anonyme1756
Invité
Au-delà de la dépendance au sens strict et de l'addiction, il y a également l'usage problématique auquel les prinicipes de la RdR peuvent s'appliquer; le terme sevrage quant à lui n'y est pas approprié puisqu'il s'agirait plutôt de changer les pratiques de consommation mais une partie de la problématique est partagée (ne serait-ce que celle relative au contrôle).

J'ai bien compris qu'il s'agit d'un article relatif au sevrage pris sous la perspective portée par la RdR, et non pas sur la RdR etc., du coup je ne sais pas très bien pourquoi j'ai envie de préciser cela, sinon le sentiment que ce n'est pas totalement étranger au sujet malgré tout, puisque finalement on part de l'idée de sevrage pour envisager une prise en charge qui ne se limite pas à cet unique objectif ou plutôt qui lui substitue l'objectif plus réaliste et universel de contrôle.

A part cela, excellent article.

NB: il y a deux renvois (liens) vers le même document du CNRS, c'est peut-être intentionnel, mais au cas où ce ne le serait pas je le mentionne.

EDIT: je viens de voir le nouveau post de prescripteur sur l'auto-contrôle...
 

Daane-El 
Ad astra per aspera
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Personnellement Je reconnais mes déviances sur le sujet

J'ai pompé le texte et je commence à l'apprendre par coeur

J'essaierais du mieux que je pourrais lorsque je parlerais de ce sujet de coller le plus possible à l'esprit de ce texte

Car ayant toujours été seul dans mes aventures je n'ai pas spécialement été attentif à certaines choses notamment la génétique et dans la famille effectivement c'est spécial il n'y a pas que moi qui présente des spécificités que l'on ne croisent pas partout.

Et comme toujours ayant été seul j'ai été victime de mes certitudes et peut être me suis-je fais choper par l'arrogance ou la prétention (ce sont mes démons principaux) Mais j'y travaille sérieusement.

J'adore ce texte (et ce à plus d'un titre) merci!!

Daane-El

"Seuls les poissons morts suivent le courant" , proverbe autrichien.

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Lilas24 
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C'est très intéressant mais c'est vrais que les mots que nous utilisons ont plusieurs acceptions comme la dépendance, l'accoutumance, l'addiction et le sevrage.

Je ne suis ni médecin ni psychologue et de mon expérience je vois deux situations distinctes:

- une longue addiction de 10 ans au codoliprane que j'ai détourné de son usage et pris en quantités industrielles pour gérer une anxiété de plus en plus grande. Le terme addiction me parait approprié à ce mesusage durable et massif. Je suis réceptive aux opiacés qui me procurent de belles sensations. Mais c'est surtout parce que l'effet anxiolytique/sommeil marchait sur moi que j'ai été dépendante si longtemps.

Un jour, mes attentes vis à vis de la codéine se sont effondrées et je n'ai plus eu envie de mettre ma vie en jeu pour me sentir bien la nuit (je ne la prenais que la nuit). J'ai commencé un sevrage dégressif et le terme sevrage est bien adapté. La lenteur du processus débuté seul puis terminé en CSAPA m'a permis de me détacher par lambeaux de l'emprise de la codéine, d'en faire réduire l'envie jusqu'à ce qu'elle rende gorge.

Je dis peut être des bêtises mais j'ai cette impression d'avoir été aux commandes pour l'envie, tandis qu'un partie de mon cerveau (la part inaccessible, animale, inconsciente...je ne sais pas) a hurlé à la mort et faisant ce qu'il pouvait pour me dire qu'il voulait sa codéine, c'est à dire en me faisant tourner en bourrique sur le plan physique.

Addiction et sevrage sont je trouve des mots bien pesés pour la dépendance générée par le détournement massif d'un médicament (je ne connais que ça) et la manière de lâcher prise et d'abandonner l'envie.

- Une dépendance au valium que je prends depuis 9 mois à 10mg le soir. J'ai commencé 2 jours après la fin de mon sevrage dégressif de la codéine. L'addicto a voulu m'aider car j'ai physiquement explosé en terme de tension physique et d'insomnie. S'il ne m'a pas fait dormir, le valium a apaisé, puis fait disparaitre le manque physique. Je n'ai jamais rien ressenti en le prenant, je n'ai jamais eu envie d'en prendre plus.

Je suis pourtant accoutumé au valium car ça fait 9 mois que j'en prends mais je n'utilise par le mot addiction car pour moi c'est une simple conséquence d'un usage thérapeutique d'un médoc qui a été utile mais dont je me fiche royalement maintenant qu'il l'est moins car l'emprise physique de la codéine a enfin lâché prise.

J'ai commencé à réduire le valium en passant de 10mg à 7. Je pourrais parler d'un sevrage mais le mot me semble inapproprié. Oui, il y a des manifestations physiques (7 jours d'insomnie, une grande nervosité depuis 15 jours mais comme elle est positive, je me contente de saouler tout le monde gentiment), mais non, je n'ai pas de peur ni d'envie.

Je ne sais pas si ce que j'écris a du sens. C'est encore un peu confus pour moi même mais je vois bien une énorme différence entre décrocher d'un produit psychoactif qu'on adore et se désacoutumer d'un autre qu'on a pris parce qu'on en avait temporairement besoin sans déborder ni éprouver d'appétit.

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similana 
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Moi je suis pas venu sur le forum pour me vanter de mon sevrage à sec, mais j'en ai parlé à l'époque dans un post ad hoc. Les rares fois où j'interviens, je suis attentif à préciser que je n'ai aucune position à ce sujet, je n'encourage ni ne décourage la démarche.

Se sevrer d'une substance ne signifie pas forcément abstinence totale, ou jugement de ses pairs. Moi j'étais à la métha depuis des années, je ne faisais plus d'extra. J'ai subi je ne sais combien de sevrages depuis mes débuts en 1989, j'ai librement décidé du dernier en 2012. J'ai arrêté le substitut, je n'aurais pas arrêté l'héro si j'avais bénéficié du programme de conso sur ordonnance.  Quand on me demande pourquoi je me suis infligé l'option à sec, je réponds que je n'aurais eu ni la force ni le courage pour réussir la version dégressive sur la durée. J'ai un rapport modifié à la douleur, ceci explique peut-être cela.

Les benzo, j'ai ni envie ni besoin de m'en sevrer. Idem pour mes autres amis, qu'il soient en poudre, en pilules ou en comprimés, ou autres. Je me sens bien ainsi, et suis satisfait de mon choix. Je sais pas gérer l'héro et ses dérivés, j'en suis à 0,3-0,4 g depuis mon sevrage.

Tu as raison en parlant de l'énergie qui décline à mesure que les années passent. Je ne me suis pas tatoué " Never again my lady Héroïne" sur mon épaule, si je devais à y retourner un jour, ça sera jusqu'à mes derniers. Si c'était à refaire...la vie est bien faite, on n'est jamais amené à revivre le passé. Il va de soit que j'écris cela pour inciter personne à rien du tout. Si nous UD ne donnons pas une information aussi complète que possible, qui le fera ?

Ton texte est excellent. Moi je trouve qu'ajouter une phrase quelque chose dans le genre que finalement chacun fait comme il veut serait très bien. Tu donnes un mode d'emploi efficace et qui a fait ses preuves. Certains ont parfois besoin de se planter pour mieux réussir ensuite. J'ai vu des gens se sentir condamnés à un TSO à vie, et je pense que l'espoir qu'un jour je sais pas quoi, ça fait du bien et c'est pas cher. Espoir n'est pas forcément adéquat, enfin tu vois ce que je veux dire.





Autre chose : j'écris un truc sur les diverses addictions, pour mon association. J'ai consulté le site de l'OMS, et j'ai l'impression que même pour eux, les termes dépendance, addiction, accoutumance, ne sont pas définis clairement. J'en ai parlé avec des professionnels, eux aussi utilisent aléatoirement l'un ou l'autre. Dans le doute, je continue à dire tox, toxicophile quand je suis en société. Y a-t-il une référence officielle à ce sujet ?


Les ténèbres n'existent pas. Nous errons dans le noir car aveuglés par trop de lumière !

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Autre chose : j'écris un truc sur les diverses addictions, pour mon association. J'ai consulté le site de l'OMS, et j'ai l'impression que même pour eux, les termes dépendance, addiction, accoutumance, ne sont pas définis clairement. J'en ai parlé avec des professionnels, eux aussi utilisent aléatoirement l'un ou l'autre. Dans le doute, je continue à dire tox, toxicophile quand je suis en société. Y a-t-il une référence officielle à ce sujet ?

Oui, l'OMS !!!  C'est pourquoi je pense qu'il ne faut plus utiliser ces termes si on veut par là inclure "automatiquement" des éléments de diagnostic, de pronostic, de prise en charge etc..
Pour tout ça il faut définir au cas par cas quelle est la situation dans tous ses détails essentiels.

Moi je trouve qu'ajouter une phrase quelque chose dans le genre que finalement chacun fait comme il veut serait très bien. Tu donnes un mode d'emploi efficace et qui a fait ses preuves. Certains ont parfois besoin de se planter pour mieux réussir ensuite. J'ai vu des gens se sentir condamnés à un TSO à vie, et je pense que l'espoir qu'un jour je sais pas quoi, ça fait du bien et c'est pas cher. Espoir n'est pas forcément adéquat, enfin tu vois ce que je veux dire.

Je n'ai pas eu l'impression de vouloir empêcher quiconque de faire comme il veut. Mais il me parait important de susciter chez chacun une reflexion bien informée avant d'entreprendre cette démarche souvent douloureuse et parfois mortelle.
Pour les TSO bien sûr ils ne sont pas forcément "à vie". Mais la multiplication par 8 de la mortalité dans les mois qui suivent un sevrage de TSO doit faire reflechir et impose des précautions ad hoc.

http://www.infos-psychotropes.fr/pdf/bmjTSO.pdf


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similana 
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prescripteur a écrit

Je n'ai pas eu l'impression de vouloir empêcher quiconque de faire comme il veut. Mais il me parait important de susciter chez chacun une reflexion bien informée avant d'entreprendre cette démarche souvent douloureuse et parfois mortelle.
Pour les TSO bien sûr ils ne sont pas forcément "à vie". Mais la multiplication par 8 de la mortalité dans les mois qui suivent un sevrage de TSO doit faire reflechir et impose des précautions ad hoc.

-C'est exact, tu ne donnes pas cette impression. C'est moi et certaines expériences avec les humains de l'autre côté du guichet de distribution qui me fait manquer d'objectivité.

-Mon premier centre de détox, 1994-1996, tolérance zéro pour toute chimie, y compris le paracétamol. 12 décès par surdose en 18 mois. Ma seconde détox en 2012, 1 décès. Mais aussi des chantages avec les TSO (non, privé de week-end prolongé, et toc! M'en fous, j'me casse quand même! Ben je parie que je vous verrai demain, puisque je refuse de vous donner votre métha pour le w-end. J'ai vu plusieurs fois ce genre de trucs) Ce qui fait remonter mes premières haines d'enfant

Je ne suis pas prescripteur, et de ce fait j'ai une vision moins globale que la tienne. Le monde est bien fait hein, toi tu l'es, ça équilibre l'ensemble.big_smile






J'utilise le terme tox pour mon usage privé, ou en présence d'initiés. Mais je m'abstiens dès qu'il dessert la cause. Usager j'aime pas trop, ça rime avec usagé...

J'aimerais demander,à toi ou à Pierre, si vous pouviez faire un post avec vos définitions à vous, les piliers de PA, sur addiction, dépendance, accoutumance, et aussi accro. Pour moi ça reste ardu à distinguer les différences, si en plus y'a diagnostique dans l'équation,

Pas pour mon papier, pour ma gouverne. Et celle des autres m'est avis

Et chapeau encore pour ton texte


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Mister No 
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Addiction et sevrage sont je trouve des mots bien pesés pour la dépendance générée par le détournement massif d'un médicament (je ne connais que ça)

Le détournement massif d'un médicament montre un souci d'addiction, pas de dépendance.
En revanche, être dépendant d'un traitement TSO ou contre la douleur ne provoque pas l'addiction et heureusement car nous serions nombreux à déraper avec les traitements.
L'addiction liée à un traitement est rare même si une personne a déjà eu des soucis d'addiction.
Par exemple, de la morphine pour la douleur au long cours pour une personne ayant eu des soucis d'addiction n'entraine que très rarement de dépendance iatrogène, c'est étudié et quantifié sur l'homme depuis des lustres.
Ce n'est pas la morphine et ses propriétés biochimiques qui "décident", c'est surtout le contexte lié à l’individu.
Si je prends de la morphine tous les jours dans le but de rendre la douleur supportable, peu de chance que je dérape.
Si je prends de la morphine tous les jours pour m'évader, je risque fort de ne pas maitriser ma conso, d'être dépendant bien entendu, mais plus ennuyeux subir une addiction où je ne maitrise pas la prise du produit.
Les mots sont importants pour comprendre ce qui nous arrive. Il me parait fondamental de distinguer addiction et dépendance.


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J'aimerais demander,à toi ou à Pierre, si vous pouviez faire un post avec vos définitions à vous, les piliers de PA, sur addiction, dépendance, accoutumance, et aussi accro. Pour moi ça reste ardu à distinguer les différences, si en plus y'a diagnostique dans l'équation,

Ce serait en effet intéressant mais ça n'aurait de sens que si l'on cherche un consensus large. Qu'en penses tu, Pierre ??

Pour info les definitions de l'OMS sont ici

http://apps.who.int/iris/bitstream/hand … sequence=1

je mets addiction et dependance (en images car ça ne peut pas etre copié en texte). Il est clair que, contrairement à ce qui est avancé le terme de dependance est tout sauf précis.
Personnellement je pense qu'addiction serait plus indiqué pour décrire une consommation problématique que l'usager voudrait arreter mais sans succès (ou du moins avec beaucoup de difficultés). (nb)= addiction vient d'un mot latin signifiant l'esclavage pour dettes).

La dépendance, à mon avis,  devrait etre limitée à son sens etroit soit l'impossibilité d'arreter sans syndrome de sevrage ou toute autre souffrance. Il est évident que nous sommes tous dépendants notamment de notre entourage (famille, copains, voiture, maison etc.. ) et donc dépendance serait utilisé dans sons sens "ordinaire", reconnu d'ailleurs par l'OMS (voir ci dessous).

Je propose donc la classification suivante

usage simple = usage sans complication importante sanitaire ou personnelle. C'est  l'usage de l'alcool pour 90% des consommateurs et d'autres produits pour une fraction importante.

(nb= les complications judiciaires sont souvent arbitraires et ne tiennent pas compte des complications ci dessus et devraient donc etre mises à part dans la définition).

usage problématique =
la consommation entraine diverses complications sanitaires et personnelles. 2 catégories peuvent etre distinguées.

1) l'usager reconnait les complications mais ne cherche pas à arrêter. C'est plutot l'entourage qui dit que l'usager devrait arreter. Je propose de laisser le terme d'usage problématique.Mais évidemment c'est une catégorie fourre tout qui comprend des sévérités différentes et qui doit donc etre détaillée.

2) l'usager veut arreter mais éprouve de grandes difficultés à le faire (au dela du simple syndrome de sevrage physique). Je pense que le terme d'addiction est approprié.

la dépendance devrait etre définie comme la difficulté à arreter une consommation ou une pratique et ne pas préjuger d'une "simple" dépendance physique ou morale ou d'une addiction.
L'avantage est qu'ici la dépendance correspond à sa définition "grand public", par exemple la dépendance aux soins (EHPAD= Etablissements d'Hospitalisation pour personnes âgées dépendantes). Pour ces dernières le problème est la dépendance aux soins mais les soins sont une solution pas un problème. Idem pour la dépendance aux antalgiques dans les douleurs chroniques. Il ya donc de nombreux cas où être dépendant n'est pas un problème mais une solution !!!

La tolérance est le besoin d'augmenter les doses du produit (ou de la pratique) . Elle peut etre physique ou morale. Mais par exemple le besoin d'augmenter continuellement les doses de Méthadone est virtuellement absent , elle n'est donc pas inéluctable.



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similana 
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Mister No a écrit

Le détournement massif d'un médicament montre un souci d'addiction, pas de dépendance.

Merci No, c'est un bon début de piste. J'ai du dexméthylphénidate sur ordonnance pour mon TDAH. Ce médicament n'engendre pas, ou que faiblement, de dépendance. Je ne suis donc pas dépendant à cette molécule, mais paradoxalement j'y suis addict puisque j'ai réussi à me faire prescrire 2,5 x la dose journalière recommandée, et que je la sniffe.


Par contre je peux m'en passer facilement passé le deuxième jour, quand y'a plus...




Consensus large cela va de soi. Je le prendrai comme l'avis de membres du forum, pas  comme une prise de position de PA.

De mon côté, je vais poser la même question au GREA et à un membre du GEA, puis posterai leur réponse à réception.


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Mister No 
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Le souci avec l'anglais, c'est qu'il peut y avoir une altération lors de la traduction, déjà qu'entre francophones nous réfléchissons sur le sens de mots courants, si on rajoute une tentative de transposition, on va se retrouver à générer de l'imprécision.

si vous pouviez faire un post avec vos définitions à vous

Je crois que si l'on étudie les deux manières distinctes de définir un mot dans le dictionnaire, nous allons trouver des bases communes qui apportent de la netteté et de la précision. (Si vous lisez la déf d'un mot sur le Larousse ou le Robert, vous comprendrez deux manières de définir le mot)

addiction, dépendance, accoutumance, et aussi accro

Pour moi, c'est simple :

L'addiction décrit un comportement pathologique où l'individu est piégé et ne peut gérer sa conso qui devient "controlante". L'individu dans ce cas là a le sentiment d'être accro, confronté à une forme de piège. Accro a un sens négatif et définit un jugement et pas un fait biologique tel que la dépendance. C'est juste être pendu à un crochet.
La dépendance peut être la conséquence d'un traitement ; j'ai longuement pris de la morphine, je n'ai jamais dérapé dans le dosage, les moments de prise et tiré grand bénéfice de cette dépendance, comme c'est le cas pour l'immense majorité des personnes qui prennent des TSO ou d'autres traitements qui rendent dépendants.
La dépendance peut aussi exprimer une consommation sans que celle-ci soit ne jugée problématique à la fois de l'intérieur ou de l'extérieur.
La prescription d'héro montre la frontière pour définir ces mots. En passant d'addict à dépendant, de consommation controlante à controlée dans ces programmes, les individus retrouvent leurs forces vitales pour faire court.

mais paradoxalement j'y suis addict puisque j'ai réussi à me faire prescrire 2,5 x la dose journalière recommandée, et que je la sniffe.


Par contre je peux m'en passer facilement passé le deuxième jour, quand y'a plus...

Bah écoute, j'ai un peu arrangé sur mon parcours car la morphine, j'en ai sniffé, pris en parachute lors de mes TTT sur la douleur, mais ça m'a pas empéché de me sevrer finger in the noze quand mes douleurs sont devenues gérables sans opi de fond. Je n'étais pourtant pas addict et choisissait les moment où je me faisais des "extras" disons que j'en prenais davantage pour le plaisir tout simplement. Je n'ai jamais eu de souci de chevauchement et j'ai pu garder longtemps quelques centaines de mg ayant réussi à me sevrer avant d'être confronté à un manque de dispo ou la nécessité d’ordonnances supplémentaires pour continuer sur du dégressif.
Cela montre que l'on peut être usager dépendant et pas addict, dans un cadre récré mais aussi dans un cadre théra quand les deux cadres se superposent pour un consommateur de substances.
Je ne pense pas que tu sois addict, sinon, tu aurais des soucis de chevauchement récurrents, tu ne serais pas dans un cadre de conso confortable et que tu vis bien.
L’augmentation des doses est aussi lié à un phénomène de tolérance également pas forcément à une sur-enchère au plaisir, il faut pouvoir faire le tri, mais si tu es stabilisé à un dosage prescrit par un seul et même médecin, à toi de voir si tu contrôles ta conso y compris hors cadre théra même si la situation peut se confondre.
C'est le comportement, le contexte qui éclairent les nuances entre dépendance et addiction et les enjeux pour l'individu.
Perso, j'ai arrêté le sniff quand j'ai compris que c'était les excipients qui pouvaient poser le plus de souci dans mon cas, pas la morphine.
Je crois que pour la ritaline, c'est pareil, on ne gagne pas grand chose en biodispo. P
ar contre, certains excipients dans les poumons, en particulier le dioxyde de titane peuvent être un motif de reconsidérer ton mode de conso, y compris en extra et ce peut être avec l'aval de ton prescripteur qui a peut être de la marge si tu évites le sniff et si c'est envisageable de transposer mon expérience avec la morphine et mon prescripteur bien entendu.

Ce médicament n'engendre pas, ou que faiblement, de dépendance. Je ne suis donc pas dépendant à cette molécule

Prends l'exemple du CBD.

Il ne rend pas addict.
Il ne rend pas dépendant.

Toutefois, si le CBD atténue des symptomes tels que l'anxiété ou agit favorablement sur le sommeil, une sorte de dépendance avec des effets ressemblant au sevrage du cannabis peuvent à mon avis se produire, c'est ce que l'on appelle un effet rebond je crois avec une brusque augmentation des symptomes ayant entrainé la prise de la molécule.

Pareil pour les antidépresseurs qui ne rendent pas addict mais qui nécessitent tout de même un protocole de sevrage.
Cette nuance s'exprime ici aussi tout comme avec certains neuroleptiques où on ne constate aucun détournement d'usage ou l'exception qui confirme la règle.

Si tu les médecins prenaient en charge ton TDAH avec du cannabis, ces nuances seraient utiles aussi. Déjà que le cannabis vous classe dans un sous groupe à part. fume_une_joint
Un bien pour un mal ?
Un ratio de 1:1, ça provoque pas ou pas trop de perturbation cognitives engendrées par le THC quand il n'est pas bridé par le CBD et pas besoin de souffrir de THAH pour s'en rendre compte...

Science/Homme: Le cannabis a réduit les symptômes du TDAH lors d’une petite étude clinique

Dans une petite étude contrôlée par placebo avec 30 adultes atteints de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité), un extrait de cannabis (Sativex) a réduit leurs symptômes. Les participants ont été assignés au hasard pour recevoir soit du cannabis, soit un placebo. Les résultats ont été publiés par des chercheurs du King's College London et d'autres institutions scientifiques du Royaume-Uni.

Le cannabis a été associé à une amélioration significative de l'hyperactivité / impulsivité et de l'inhibition d'une mesure cognitive, ainsi qu’une tendance à améliorer l'inattention et la labilité émotionnelle. Les chercheurs ont écrit que "les adultes atteints de TDAH peuvent représenter un sous-groupe de personnes qui subissent une réduction des symptômes et des troubles cognitifs après l'utilisation de cannabinoïdes".

Cooper RE, Williams E, Seegobin S, Tye C, Kuntsi J, Asherson P. Cannabinoids in attention-deficit/hyperactivity disorder: A randomised-controlled trial. EUR Neuropsychopharmacol. 30 Mai 2017.in press]

https://www.cannabis-med.org/index.php? … Rechercher

Dernière modification par Mister No (27 septembre 2018 à  10:19)


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L'addiction décrit un comportement pathologique où l'individu est piégé et ne peut gérer sa conso qui devient "controlante". L'individu dans ce cas là a le sentiment d'être accro, confronté à une forme de piège. Accro a un sens négatif et définit un jugement et pas un fait biologique tel que la dépendance. C'est juste être pendu à un crochet.
La dépendance peut être la conséquence d'un traitement ; j'ai longuement pris de la morphine, je n'ai jamais dérapé dans le dosage, les moments de prise et tiré grand bénéfice de cette dépendance, comme c'est le cas pour l'immense majorité des personnes qui prennent des TSO ou d'autres traitements qui rendent dépendants.
La dépendance peut aussi exprimer une consommation sans que celle-ci soit ne jugée problématique à la fois de l'intérieur ou de l'extérieur.

Je pense qu'on est d'accord,  avec une façon différente de l'exprimer (pour le contenu des définitions pas pour les entrées).
Si j'ai utilisé l'anglais c'est parce qu'à ma connaissance les définitions de l'OMS que j'ai citées n'existent qu'en anglais.

De mon côté, je vais poser la même question au GREA et à un membre du GEA, puis posterai leur réponse à réception.

Oui !!!!!

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Mister No 
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Si j'ai utilisé l'anglais c'est parce qu'à ma connaissance les définitions de l'OMS que j'ai citées n'existent qu'en anglais.

Et c'est un problème pour la sémantique dans la sphère technique.
Pour contourner ce problème, les démocrates espagnols ont utilisé la constitution américaine pour écrire celle d'après Franco. Elle était déjà transposée en espagnol, rédigée en double, car c'est une langue officielle aux états unis.

Si j'ai utilisé l'anglais c'est parce qu'à ma connaissance les définitions de l'OMS que j'ai citées n'existent qu'en anglais.

OMS ?
WTF ? drogue-peace

Bonne journée !  fume_une_joint

Dernière modification par Mister No (27 septembre 2018 à  11:00)


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Tu me demande WHO (ou WHAT) is OMS ? et bien c'est WHO (World Health Organisation) ou OMS Organisation Mondiale de la Santé, organisme spécialisé de l'ONU.
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pierre
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Oui une définition notamment sur dépendance et addiction. Il ne faut pas confondre les deux, c’est ce que nous avons actée au Université d’ete et je les ai déjà défini dans cette discussion.

Elle seront dans le wiki sur le sevrage.

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pierre
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Il faut rappeler qu’un traitement de substitution n’est en aucun cas un traitement qui va soigner l’addiction. Et selon la conférence de consensus de 2004, l’arret Des TSO n’est pas un objectif therapeutique !

Ici le dépendance est bénéfique et son arrêt n’est pas considéré  comme therapeutique.
La dépendance à un produit permet de stabiliser son addiction !

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Lilas24 
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Ce débat est passionnant et ce que tu as dit Pierre sur le TSO m'interpelle. Quand j'ai été en CSAPA j'avais largement commencé un sevrage dégressif de la codéine et je l'ai continué avec l'addicto, notamment parce que je ne voulais pas de TSO sans réellement savoir pourquoi à vrai dire. L'idée de switcher d'un claquement de doigt de 10 ans de dépendance à la codéine à un cachou salvateur ne me paraissait pas me convenir. Je pensais qu'en retirant cachet par cachet et en souffrant vers la fin, j'allais me détacher, finir par haïr la codéine et avoir une peur bleu de recommencer cette épreuve.

Maintenant, ce que tu écris sur la fonction du TSO me fait me poser la question de ce que je vis en ce moment, c'est à dire la persistance de quelques uns des troubles physiques que j'ai connu vers la fin de mon sevrage, alors que d'autres ont disparu entre 1 et 3 mois après la fin.

Il me reste une tension physique provoquant une tension douloureuse dans les bras et à gauche une oppression autour du coeur ainsi que des douleurs intercostales, tandis qu'au niveau du sternum j'ai l'impression qu'il va exploser. Je connais cette sensation car quand j'étais étudiante, c'était le stress salvateur que je ressentais avant de passer un examen, sauf que là c'est permanent. Pour la tension nerveuse c'est une exacerbation de ma nature assez nerveuse, le parle vite, fort, je saoule tout le monde mais de façon joyeuse, sauf que parfois c'est au point de m'en donner le vertige. La conséquence de tout cela c'est l'insomnie.

J'ai pris 10mg de valium en arrêtant totalement la codéine fin décembre 2017 ce qui a aplanit un peu ces troubles qui ont persisté puis régressé jusqu'à disparaitre en juillet. Fin août, j'ai voulu baisser le valium contre l'avis de mon addicto qui estimait que ce n'était pas encore le bon moment. Je suis quand même passée de 10 à 7 et après 6 jours liés à un manque léger, tension, nervosité, insomnie ont régressé mais ont brutalement stagné, me ramenant 4 mois en arrière. Je suis restée 6 semaines comme ça.

Après une expérience démente avec un cocktail qui m'a fait déconnecter du réel pendant quelques minutes à cause du plaisir énorme qui ressemblait pile à celui de la piqure de morphine qu'on m'a fait une fois à l'hôpital (sans les hallucinations), j'ai compris qu'un truc clochait vraiment car si je bois très rarement , un spritz de 12cl ne m'avais jamais mis dans un état pareil.

Alors voilà, l'addicto m'a un peu disputée en m'expliquant que le valium servait à calmer ma tension physique et rien d'autre si ce n'est également légèrement assoupir mes récepteur opiacés. Pour elle j'ai encore besoin d'apaiser cette tension tant que mon cerveau n'aura pas retrouvé ses marques et je suis donc revenue à 10mg de valium.

Depuis tout va bien, je n'ai plus de tension physique ou nerveuse et plus d'insomnie. Perso, je me fous du valium, je ne ressens rien en le prenant, il ne me fait pas dormir d'un claquement de doigt et je me réveille le matin en pleine forme, contrairement à mes années codéine.

Je me demande donc si dans un sevrage dégressif il y aussi une phase plus ou moins longue de persistance durable (et pas ponctuelle comme on l'évoque dans le PAWS) de certaines manifestations, qu'on pourrait finalement relier à ce que tu écris sur le TSO qui n'est pas là pour soigner l'addiction. Manifestement, mon addiction n'a pas non plus été soignée par le sevrage dégressif et le valium ne sert que de cataplasme.

Je me demande donc, faut-il  attendre que la chimie du cerveau se remettre d'aplomb pour finalement sortir de cette addiction ?

Je trouve l'expérience déroutante car il s'avère que je n'éprouve pas de craving. Chez moi, tout est physique et cette tension sans valium c'est très difficile à vivre comme une sensation d'être une centrale électrique.

Je me pose des tonnes de questions sur cette expérience.

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Ici le dépendance est bénéfique et son arrêt n’est pas considéré  comme therapeutique.
La dépendance à un produit permet de stabiliser son addiction !

Merci, Pierre

J'ai complété mon dernier post avec les notions que je vais répéter ci dessous (car elles ont du passer inaperçues) sur la dépendance.

Dans son  sens "commun", par exemple pour EHPAD (Etablissement d'Hospitalisation pour personne Agée Dépendante) la Dépendance indique la nécessité d'une action, d'un produit, d'un aliment etc.. pour avoir une vie meilleure (voire même rester en vie).
Il est donc évident que le problème est d'etre dépendant, certes, mais que les soins dont on est dépendant sont une solution et pas un problème (ce sont une réponse au problème). Il en est de même pour la dépendance aux antalgiques chez le patient douloureux chronique, ainsi que pour de nombreuses thérapeutiques de maladie chronique (diabète, hypertension, dépression etc..).
Les témoignages sur PA après la mise sous ordonnance de la codeine ont montré que la codéine était pour beaucoup d'usagers une solution plus qu'un problème. Et le même principe s'applique probablement à beaucoup d'autres consommations.

Je pense donc que la dépendance est généralement une solution plus qu'un problème. Et si l'usager trouve un jour une meilleure solution, il lui est généralement facile de suivre cette dernière, avec parfois des précautions et un délai pour quitter le traitement ou la pratique antérieure.


Au contraire  l'addiction  constitue un problème plus qu'une solution pour l'usager lui même et la définition de l'addiction est qu'il n'arrive pas à quitter la pratique ou le produit sans aide. Il va alors avoir besoin de soins addictologiques.(qui peuvent déboucher sur une consommation mieux contrôlée (TSO par exemple), ou parfois un sevrage).

Il existe un état intermédiaire qui est celui où les avis divergent sur "l'utilité" de la dépendance. L'entourage (ou la justice/police)  pense qu'elle est plus un problème qu'une solution, alors que l'usager pense le contraire.
Cet "entourage" (au sens large) va alors tenter d'imposer à l'usager sa vision des choses mais être dans la quasi totalité des cas inefficace, et parfois même cela va  aggraver la situation de l'usager (prison, exclusion etc..).
Est ce à dire que l'entourage ne peut rien ? Si, il peut discuter avec l'usager, pointer les problèmes et admettre les bénéfices. Et l'usager pourra , de son plein gré, changer sa manière de voir et de consommer.
L'entretien motivationnel est une technique professionnelle qui va dans ce sens.

C'est pourquoi il est à mon avis très important de distinguer l'addiction de la dépendance.

Certes la position de l'OMS est institutionnellement forte mais le fait que l'OMS dans son propre lexique reconnaisse au terme de dépendance 3 significations différentes plaide pour une clarification.

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Anonyme1756
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La dépendance (physique) peut aussi être un effet indésirable d'une addiction et disparaître d'elle-même dès qu'on passe de consommation abusive à un usage contrôlé ou à l'abstinence. Donc un phénomène contingent et temporaire (du moins auquel on peut mettre un terme assez rapidement sans devoir longtemps affronter souffrance et perte de bénéfice insupportables par la suite) qu'il ne sera intéressant d'entretenir que pendant la période initiale de sevrage. Je pense évidemment à l'alcool. Enfin à l'alcoolisme chronique qui bien que chronique n'est pas inguérissable. Je pense qu'on pourrait dire la même chose du tabagisme.

Je précise cela car le concept de dépendance m'a été bien utile a posteriori pour admettre la vérité de ma relation à l'alcool. Et qu'avec l'alcool il n'existe aucune solution RdR pour la maintenir durablement à ma connaissance.

Difficile de trouver une unique définition qui s'applique bien à tous les produits PA.
 

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Et qu'avec l'alcool il n'existe aucune solution RdR pour la maintenir durablement à ma connaissance.

Depuis plusieurs années et avec l'aide de certains medicaments (selincro, revia) il est admis qu'on peut proposer autre chose que l'arret complet de la conso d'alcool. Pour une consommation réduite voire non problématique. C'est bien la RdR. Après la réalité de l'efficacité dépend de beaucoup de paramètres !!!

Même l'ANPAA s'y met.

https://www.rvh-synergie.org/images/sto … lasers.pdf

CONCLUSION
Il convient d’insister sur le seul message validé par l’OMS en 1995, lors de la conférence
ministérielle qui se tint à Paris. Ce message est « Less is better »... : boire moins c’est mieux.
Bien sûr, cette formulation convient difficilement à ceux qui ont besoin de chiffres
pour eux-mêmes ou pour communiquer un message aux autres. Pourtant la prévention et
l’alcoologie en général s’accommodent mal du seul esprit de géométrie. Il faut y ajouter
l’esprit de finesse d’une approche qualitative. Notons bien que  c’est la consommation d’alcool
elle-même  qui  diminue  l’intérêt  des  informations  (recommandations,  avertissements)  et  des engagements  vis-à-vis  des  autres  et  de  soi-même.
C’est  la  conséquence  à  la  fois  de  l’effet désinhibiteur (oubli des « bonnes résolutions ») et du pouvoir addictif (perte de contrôle) de  l’alcool.  Certains  repères  de  consommation  maximale  (2  et  3  verres  quotidiens respectivement pour les femmes et pour les hommes) peuvent certes être donnés, si on précise  qu’il  ne  s’agit  pas  de  doses  éliminant  tout  danger, si  on  admet  que  certains  ne pourront  pas  s’y  tenir  et  que  la  sûreté  pour  eux  sera  de  ne  pas  commencer  la consommation,  soit  en  toutes  occasions  (s’ils  sont  dépendants),  soit  en  certaines circonstances (lorsque leur résistance aux effets de l’alcool est faible)

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La dépendance (physique) peut aussi être un effet indésirable d'une addiction et disparaître d'elle-même dès qu'on passe de consommation abusive à un usage contrôlé ou à l'abstinence. Donc un phénomène contingent et temporaire (du moins auquel on peut mettre un terme assez rapidement sans devoir longtemps affronter souffrance et perte de bénéfice insupportables par la suite) qu'il ne sera intéressant d'entretenir que pendant la période initiale de sevrage

Je ne prétend pas que la dépendance est toujours une solution. Mais qu'elle l'est souvent. Par exemple dans le cas que tu évoques "et qu'on peut quitter sans souffrance"  je pense que la personne trouve un bénéfice (psychologique, social, gustatif...) dans l'alcool qui explique en grande partie  sa dépendance. Mais à partir d'un certain moment ce bénéfice devient de plus en plus faible et une autre solution devient nécessaire. Et si cette autre solution peut etre trouvée sans souffrance c'est qu'il n'y avait pas vraiment une addiction.
Dans ma définition l'addiction est bien aussi une dépendance mais avec en plus une poursuite de la consommation, malgré le désir d'arrêter.

On pourrait donc, c'est une idée,  parler de dépendance sans addiction et dépendance avec addiction, en reconnaissant que ce sont deux pôles opposés et qu'il existe des formes intermédiaires.

Amicalement


S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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similana 
Psycho junior
Suisse
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Inscrit le 08 Sep 2014
395 messages

Merci No et merci Prescripteur,

Faut que je relise la totalité du post plusieurs fois pour bien intégrer tout ça tant c'est traité en profondeur. Effectivement on partage la même vision, mais on l'exprime pas avec les mêmes mots.


De moi à moi, je me tape le cul parterre d'être tox, dépendant, addict ou accro. Ce ne sont que des étiquettes parmi d'autres. Mais dans mes activités liées à la RDR, je suis amené à m'exprimer en présence de toutes sortes de gens, et ça n'a de sens que si je le fais dans les termes adéquats.

Dans les années 90 on disait que la drogue était l'origine de tous mes maux, aujourd'hui on dit que c'est la solution que j'ai trouvée à tous mes maux. On parle de nouvelle approche, de changement de politique, d'une meilleure compréhension de la problématique, de l'expérience accumulée ces vingt dernières années. Et c'est très bien. Mais ce qui se résume à un ou deux paragraphes dans des rapports de commissions machin ou de révision de la politique des quatre piliers, c'est vingt ans de nos vies. Le concept de pair aidant est représentatif de notre importance pour faire avancer le schmilblick...


Je posterai les réponses du GREA (JF Savary, je lui ai demandé s'il pouvait préciser s'il s'exprimait à titre personnel ou au nom du GREA), et du GEA. D'ici là je m'engage à faire un effort avec mon vocabulaire, parole de tox !



Et oué t'as raison avec les excipients MrNO, mais j'aime ça. Quod me nutrit me destruit


Les ténèbres n'existent pas. Nous errons dans le noir car aveuglés par trop de lumière !

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prescripteur 
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10061 messages
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De moi à moi, je me tape le cul parterre d'être tox, dépendant, addict ou accro. Ce ne sont que des étiquettes parmi d'autres. Mais dans mes activités liées à la RDR, je suis amené à m'exprimer en présence de toutes sortes de gens, et ça n'a de sens que si je le fais dans les termes adéquats.

Je ne suis pas non plus un inconditionnel de la "bonne définition". D'ailleurs j'appelle à décrire les situations dans toute leur complexité et pas de vouloir tout résumer par un seul mot.
Mais le problème est que beaucoup d'institutions et de personnes utilisent un mot comme s'il résumait à lui tout seul la complexité des situations. C'est pourquoi je pense qu'il est important que ces mots décrivent au moins l'essentiel. Pour la dépendance en toxicomanie l'OMS reconnait qu'il existe au moins 3 définitions différentes, sans parler des définitions "grand public" , par exemple  la dépendance aux soins des personnes âgées. Donc, sans vouloir tout révolutionner, je pense qu'il faut distinguer la situation où l'usager a simplement besoin d'un peu de temps pour arrêter une consommation (la dépendance) et celle où l'usager éprouve les plus grandes difficultés à arreter une consommation, même s'il veut arreter (l'addiction).
Regrouper ces deux situations dans un même terme de "dépendance" ne rend service à personne.
Amicalement


S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. Devise Shadok (et stoicienne)

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