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Dernière modification par Agartha (14 août 2025 à 12:52)
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Dernière modification par Agartha (25 septembre 2025 à 14:26)
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.Dernière modification par CathEther (15 avril 2024 à 17:39)
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CathEther a écrit
Salut !
Ayant été contrainte de retourner vivre chez mère pendant quelques années pour reprendre mes études, elle est évidemment au courant, le reste de ma famille sait vaguement, uniquement pour la méthadone. J'ai dû produire un mémoire pour valider mon master avec un enseignant chercheur avec qui je m'entend très bien mais malgré tout je me sens contrainte de ne rien dire car pour le moment mon travail n'avait rien à voir avec l'usage de drogues. Il m'a récemment contacté pour parler d'une poursuite d'étude vers un doctorat, je souhaite le faire mais dans un domaine qui touche autant à l'informatique (mon domaine d'étude) qu'aux drogues. Je suis actuellement en sevrage de métha et vu que j'allais pas hyper bien je lui ai dis que j'étais malade et qu'il me fallait un peu de temps pour prendre ma décision, impossible de juste lui dire que j'aime les opiacés entre autre (et que mon sevrage n'est pas un abandon des opiacés donc la non repentance en rajoute une couche) et que je souhaite donc aborder ce genre de sujets dans ma future thèse. Je crains parfois les réactions de retournements brutaux où le regard de l'interlocuteur change en un instant et cette appréhension est d'autant plus forte que j'apprécie ce chercheur et souhaite travailler avec lui.
Sinon, mes amis sont tous au courant et l'acceptent bien. Dans le milieu médical j'ai aussi eu quelques déconvenues fort désagréables à me faire traiter de "manipulatrice" parce que je n'avais pas tout dit de ma vie pour finir par m'exclure du CSAPA du fait de ma réponse "virulante".
Ether.
Salut,
Je tiens juste à dire, que même si ça peut être soulageant, il ne doit y avoir aucune pression à faire coming-out PUD, car comme tu le dit les répercussions peuvent être douloureuses. Et perso je considère que parfois j'ai de l'énergie à mettre ailleurs que dans la défense anti stigmatisation !!
Pour ta thèse donc aucune obligation d'en parler, surtout avant d'avoir obtenu ce que tu veux !! Après tu verras...on ne dit pas tout à tout le monde et on gagne pas forcément à être des martyres de la cause...
Bref, je voulais juste te réconforter dans tes choix et pallier au voile de culpabilité que je peux entendre de tes mots !
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cependant a écrit
CathEther a écrit
Salut !
Ayant été contrainte de retourner vivre chez mère pendant quelques années pour reprendre mes études, elle est évidemment au courant, le reste de ma famille sait vaguement, uniquement pour la méthadone. J'ai dû produire un mémoire pour valider mon master avec un enseignant chercheur avec qui je m'entend très bien mais malgré tout je me sens contrainte de ne rien dire car pour le moment mon travail n'avait rien à voir avec l'usage de drogues. Il m'a récemment contacté pour parler d'une poursuite d'étude vers un doctorat, je souhaite le faire mais dans un domaine qui touche autant à l'informatique (mon domaine d'étude) qu'aux drogues. Je suis actuellement en sevrage de métha et vu que j'allais pas hyper bien je lui ai dis que j'étais malade et qu'il me fallait un peu de temps pour prendre ma décision, impossible de juste lui dire que j'aime les opiacés entre autre (et que mon sevrage n'est pas un abandon des opiacés donc la non repentance en rajoute une couche) et que je souhaite donc aborder ce genre de sujets dans ma future thèse. Je crains parfois les réactions de retournements brutaux où le regard de l'interlocuteur change en un instant et cette appréhension est d'autant plus forte que j'apprécie ce chercheur et souhaite travailler avec lui.
Sinon, mes amis sont tous au courant et l'acceptent bien. Dans le milieu médical j'ai aussi eu quelques déconvenues fort désagréables à me faire traiter de "manipulatrice" parce que je n'avais pas tout dit de ma vie pour finir par m'exclure du CSAPA du fait de ma réponse "virulante".
Ether.Salut,
Je tiens juste à dire, que même si ça peut être soulageant, il ne doit y avoir aucune pression à faire coming-out PUD, car comme tu le dit les répercussions peuvent être douloureuses. Et perso je considère que parfois j'ai de l'énergie à mettre ailleurs que dans la défense anti stigmatisation !!
Pour ta thèse donc aucune obligation d'en parler, surtout avant d'avoir obtenu ce que tu veux !! Après tu verras...on ne dit pas tout à tout le monde et on gagne pas forcément à être des martyres de la cause...
Bref, je voulais juste te réconforter dans tes choix et pallier au voile de culpabilité que je peux entendre de tes mots !
Merci c'est très gentil 
Mais t'inquiète je ne culpabilise pas, la seule chose qui me dérange c'est que l'informatique étant un domaine de recherche souvent purement technique, j'ai peur que le fait d'aborder un sujet de recherche "mixte" ne soulève des questionnements, mais bon, je vais sûrement pas l'aborder directement pour me faire mon nid, petit à petit.
De toute façon j'ai déjà abordé ce sujet avec plotchiplotch qui m'a été d'une grande aide et je suis sûre que ça va passer !
Ether.
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pierre a écrit
J'aimerais lancer un appel à témoignage sur ce phénomène qui est du à la stigmatisation des PUD.
Quels sont vos stratégies pour mener cette double vie ? Comment ca vous affecte ?
Cet appel à témoignage me touche particulièrement, ce sont des questions que je me pose moi-même régulièrement depuis ces derniers mois. Je vais répondre sur plusieurs points :
Dans le monde du travail, j'ai décidé de "masquer", de "cacher", de ne pas en parler, tout simplement. Donc pas grand chose à dire sur cette sphère, je n'y suis pas moi-même de toute façon, j'y joue un rôle, je remplis juste mon travail et je m'en vais.
Dans ma famille, ma grande soeur de 3 ans mon aînée est au courant de toutes mes conso ponctuelles/occasionnelles (LSD/ecstasy/kétamine/space cake/amphétamine/2CB) et nous en discutons par moments (même qu'elle m'a avoué avoir testé le LSD et les space cake avant moi et m'a demandé de lui fournir un taz un jour pour tester, curieuse situation). Ma soeur a cependant réussi à me dissuader de faire mon coming out de PUD à ma mère, un soir où j'étais sous MDMA, mes parents étant déjà sur-protecteurs et assez infantilisants avec moi au naturel, la petite dernière de 23 ans, ils auraient paniqué et m'auraient arrachée de mon appartement, pourtant ma bulle de confort. Je sais qu'ils pensent bien faire, mais me fliquer ne me fera pas m'arrêter, juste le cacher, donc je ne leur en parle pas (à mes parents). Nous avons tous des prédispositions aux addictions par divers troubles et notamment sur le plan alimentaire alors je connais bien les schémas de pensée là dessus (interdire, restreindre peut pousser à quand même faire l'action mais dans de moins bonnes conditions et de façon cachée, voilà c'est valable pour la nourriture comme pour les substances je pense)
Sinon, dans le cadre amical, dans mes entourage j'ai beaucoup de consommateurs un peu du même profil que moi, ainsi que des plus ou moins réguliers qui touchent un produit de plus, un produit de moins, mais globalement on ne se juge pas, on dit ouvertement ce qu'on prend/va prendre et ça me semble plus sain, plus propice à la réduction des risques ainsi.
Pour les rencontres "nouvelles", si le sujet vient à être mis sur le tapis, je suis de base une personne qui s'intéresse beaucoup à la RdR et à la recherche sur des médicaments et molécules, donc j'essaye d'en parler sous cet angle ou bien il y a eu le cas hasardeux de ma fréquentation actuelle qui de lui même m'a avoué qu'il se "retournait le cerveau avec des taz de temps en temps" avant que je ne dise quoi que ce soit (et pourtant d'apparence nous n'avons rien à voir, les gens s'étonnent de nous voir côte à côte vraiment drôle de hasard, mais le feeling était là et il n'y avait pas de jugement sur la conso l'un de l'autre, il était ouvert est d'esprit à cela, sans pour autant que la conso de l'un n'entraîne la conso de l'autre : parfois je ne prends rien et lui prends quelque chose, parfois nous ne prenons pas la même substance et parfois si)
Du coup pour conclure, cette double vie, je la mène en filtrant à qui je peux parler ou non de mes conso, parfois en utilisant des jeux de mots ou noms de codes que seuls des amis proches peuvent connaître ("on va faire du parachute", "sors la paille à milkshake", "sors la clé", "bonbons", "Mireille et Danielle", etc.) et je crée un personnage à côté, je joue presque un rôle, la Aidee toute lisse, sans substances illicites, toute mignonne, toute pimpante pour ceux qui ne peuvent pas entendre parler de ce sujet et à qui je "dois" le cacher.
Ma conso s'étalant sur deux, voire trois fois par mois (de divers produits du coup), cela est généralement facilement "camouflable" pour le commun des mortels. Et je n'ai pas une tête de consommatrice d'après mes proches au point où quand de moi-même j'essaye de faire mon coming out des amis ne m'ont même pas crue en tant que PUD.
Dernière modification par Agartha (25 septembre 2025 à 14:20)
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pierre a écrit
Bonjour,
je lis beaucoup de messages qui parlent de double vie sur Psychoactif : une vie de PUD (Personne Utilisatrice de Drogue), et une autre vie à coté (travail, entourage ?) ou il faut surtout que personne ne sache que vous utilisez des drogues illicites.
J'aimerais lancer un appel à témoignage sur ce phénomène qui est du à la stigmatisation des PUD.
Quels sont vos stratégies pour mener cette double vie ? Comment ca vous affecte ?
Merci pour vos réponses.
Pierre
Salut à tous,
Bon, de nouveau parti avant que j'ai voulu le poster, je résume !
En gros c'est non. Je ne le dis jamais, à personne.
Je sais trop qu'on opposerait immédiatement la volonté du sevrage, c'est à dire la souffrance, au plaisir, disqualifié de toutes parts !
Ma tactique est simple : toujours avoir ce dont j'ai besoin. Moyennant quoi, je donne le change.
Seul mon compagnon, décédé dernièrement, avait des doutes. Mais il était intelligent, comment aurait-il pu m'en vouloir de chercher et trouver un soutien dont nous profitions tous les deux...
Il se peut qu'on s'en doute plus loin de moi, mais les gens n'ont pas vraiment envie de savoir. Ce silence arrange tout le monde.
Dernière modification par Baba Ya (16 avril 2024 à 10:05)
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Marco 68 a écrit
Avant oui, plus jeune et quand je travaillait pour un patron, je cachait mes conso mais maintenant avec la sagesse de l'âge plus rien a foutre du regard des gens. Seul appréhension mes enfants, qui savent du mon passé mais pas du present (sont grands ado) et je ne sais pas du tout comment aborder le sujet si...
Pas à l'aise franchement sur ça
Je voulais te rassurer sur cet aspect, j’ai 24ans et ma mère était dans le passé une PUD à son adolescence notamment et une forte addiction à l’héroïne. Elle nous a jamais caché sa consommation antérieur et nous en parlé librement à notre adolescence et je pense au contraire qu’en parler permet plus de RDR pour eux. Justement, si un jour ils consomment et il arrive une galère, une personne qui se sent mal ou en bad, tes enfants sauront qu’ils peuvent t’appeler et que tu les jugeras pas et aidera en cas de gros pépin.
C’est ma vision des choses après, mais franchement du coup à l’adolescence le moindre soucis c’est ma mère qu’on appelait car on savait, avec mes potes, qu’elle nous aiderait sans nous juger et sans nous punir
Voilà voilà c’est que mon avis mais j’ai été élevé plutôt avec l’adage : le feu ça brûle tu me crois pas essaie et tu verras.
Et le fait que mes parents m’ait élevé comme ça, fait qu’aujourd’hui j’ai une totale confiance en eux et ils connaissent mes conso sans me juger, mais au contraire en réduisant mes risques au maximum
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Marco 68 a écrit
Sreconnor a écrit
que mes parents m’ait élevé comme ça, fait qu’aujourd’hui j’ai une totale confiance en eux et ils connaissent mes conso sans me juger, mais au contraire en réduisant mes risques au maximum
Ciao
Oui moi aussi j'ai tout dit de mes anciennes conso à mes enfants et ils savent que si besoin ils peuvent m'appeler: eux ne consomment pas,sauf mon fils quelque joints que j'allais chercher pour lui et ses copains.
No, la chose que j'suis pas a l'aise sont mes conso actuels dont ils ne sont pas au courant et que j'ai toujours caché et franchement maintenant je ne saurais pas comment dire, affronter l'argument..
Ah oui excuse moi j’avais mal lu ton commentaire initial. Effectivement c’est plus délicat et la manière de l’aborder peut être plus difficile. Après peut être tu n'éprouves simplement pas l’envie ni le besoin de leur dire aussi.
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Marco 68 a écrit
Avant oui, plus jeune et quand je travaillait pour un patron, je cachait mes conso mais maintenant avec la sagesse de l'âge plus rien a foutre du regard des gens. Seul appréhension mes enfants, qui savent du mon passé mais pas du present (sont grands ado) et je ne sais pas du tout comment aborder le sujet si...
Pas à l'aise franchement sur ça
Marco ma fille a 18 ans, il y a quelques semaines je lui ai donné mon pseudo sur psycho, je lui ai dit que si elle veut savoir des choses intimes sur moi je me suis beaucoup livré ici
Je l’informe souvent sur les pratiques RDR, sans chercher à savoir si elle consomme ou pas
Mais nous n’avons jamais parlé de mes addictions, tout au plus sait elle que je consomme certaines substances de manière festive et occasionnelle, et bien sûr que je lutte contre l’addiction au cannabis fumé/la combustion depuis des années
J’ai toujours été transparente à ce sujet car quand j’étais en sevrage cannabique, je lui expliquais que j’allais sans doute être triste/irritable pendant quelques jours, mais que ça n’avait rien à voir avec elle, si adorable et merveilleuse
Dernière modification par linec13 (17 avril 2024 à 13:42)
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HystericFagg a écrit
Je ne sais pas si on peut parler de double vie et je m'excuse si mon récit n'est pas tout à fait à sa place,
Ton récit est tout à fait à sa place. Tu viens de décrire en des termes précis et qui fond froid dans le dos, le progressif isolement et marginalisation des PUD. Pas à cause des drogues, mais à cause de la stigmatisation sur les drogues.
Bienvenu sur Psychoactif
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HystericFagg a écrit
Bonjour, je me permets de répondre car j'ai la sensation que je suis concerné.
Mes amis savent que je suis toxicomane. Mon groupe d'amis actuel, que j'ai depuis 2016, ont beau être au courant, ils ne m'ont jamais vu consommer devant eux. Je m'explique ; je suis devenu proche d'eux au moment où j'étais sobre (je suis resté "clean" -pas d'héro ni de coc- environ 3/4 ans).
Ca fait maintenant un an que j'ai replongé suite à un changement dans ma vie, d'abord en reprenant de l'héro, chose que je leur ai communiqué progressivement. Pendant un moment, ils étaient tous très soutenant, je ne ressentais pas de pression ou autres de leur part. Mais jamais je ne consommais devant eux (j'allais aux toilettes, je me cachais).
Les mois ont passés, c'est devenu de pire en pire, et leur bienveillance m'a mis un peu trop en confiance ; je me suis mis à en parler avec plus de légèreté, à en rire, et j'ai peu à peu réalisé que ça commençait à les gêner. Après plusieurs essais, j'ai réussi à diminuer l'héro, mais je me suis tourné vers la coc à la place. Comme je savais que mon comportement allait changer beaucoup moins subtilement qu'en prenant de la came, j'ai tout de suite su et senti que ce n'était pas une très bonne idée de leur en parler comme je pouvais parler de mes conso d'héro. J'avais aussi la sensation qu'ils allaient se lasser, me juger, du fait que j'avais juste remplacé une addiction par une autre. Mais j'en ai quand même parlé. Et ça a eu des conséquences très douloureuses.
Il m'est arrivé quelque chose lors d'une soirée (je vais passer les détails car c'est pas le sujet) et, de panique, j'ai appelé deux amis qui étaient dans un bar pas loin de là où j'étais à l'origine. J'étais assez bouleversé et ahuri, et je pense que ces deux amis n'avaient pas l'habitude de me voir comme ça. Contre toute attente, ils ne m'ont pas vraiment cru et ont pensé que je "délirais" à cause de la coc, chose qu'ils ne m'ont pas dit tout de suite mais quelques jours plus tard. Et j'ai compris que le même schéma que j'avais vécu avec ma famille se répétait avec eux. Ces 2 amis en question se sont permis de me dire ça car je leur avais dit que j'étais sobre depuis quelques jours (chose fausse). Tout se joue sur leur perception, ce qu'on peut leur dire, bref, c'est totalement psychologique.
Et les entendre me dire "Ca fait du bien de te voir sobre, car tu délirais complètement l'autre jour et c'était super désagréable" alors que j'avais le nez rempli de C, ça m'a conforté à commencer à ne plus rien dire, à me cacher, à mentir.
Cette expérience a été très douloureuse de me rendre compte que ce qui pouvait m'arriver, ce que je pouvais dire ou faire, serait remis en question si ils savaient que je consomme.
Ca fait maintenant environ 6 mois depuis cet "incident", je dis régulièrement que j'ai tout arrêté, que c'est dur mais que je m'y tiens, et j'entends régulièrement que "ça se voit que je suis clean". Je ne veux pas qu'on remette mon intégrité, ce qui peut m'arriver, ce que je peux dire ou faire en question sous prétexte que je consomme. Alors je ment. Ca me fait énormément souffrir, et je m'isole de plus en plus. J'ai vécu ce schéma quand j'avais dit à mes parents/famille que j'étais héroïnomane, vers mes 17 ans. Ma famille est tout sauf soutenante, à l'écoute, bienveillante. Ils n'ont pas de réflexion autour du soin ou du soutien potentiel que l'on peut apporter à quelqu'un d'addict. J'avais beau leur avoir imprimé pleins d'informations, leur avoir donné le numéro du CSAPA, tout faire pour qu'ils s'informent et qu'ils m'aident, rien n'a jamais marché. Tous mes faits et gestes étaient remis en question, tout était mis sur le dos de la drogue et ça a pris des proportions complètement grotesques.
J'ai fini par leur dire que j'avais tout arrêté, que je ne prenais plus que mon traitement, et ça fait désormais 12/13 ans que je leur ment car je n'ai aucune confiance en eux.
Aujourd'hui, ça touche même mon suivi médical ; j'en viens à cacher mes consommations à ma généraliste (que je vois une fois par mois pour mon ordonnance de méthadone et mes autres médocs), qui s'est mise elle aussi à avoir un regard biaisé et suspicieux, accompagné de multiples réflexions extrêmement limites et déplacées (par exemple : j'ai une maladie dorsale dégénérative, la "Discopathie", qui provoque un début d'arthrose sur ma colonne vertébrale alors que j'ai que 30 piges. Pour l'instant, ce n'est encore pas très avancé, mais ça reste angoissant et c'est légitime de m'inquiéter pour ça. Elle m'a fait des réflexions ; que j'avais l'air "agité" en sous entendant que c'était à cause de la C, et non pas juste de mon inquiétude concernant la maladie en question ; comme quoi la consommation de drogues était quand même beaucoup plus inquiétante et néfaste que cette maladie dorsale, et qu'il valait mieux que je m'inquiète de ça plutôt que du reste. Ce qui est lunaire car ce sont deux choses totalement différentes,
incomparables, et elle n'avait absolument pas à me sortir ce discours foireux psychophobe qu'elle ne m'aurait jamais sorti si je ne lui avais rien dit dès le départ). Ca fait des mois que je mentais également à ma thérapeute, que je vois 2 fois par semaine depuis 2019, car j'ai totalement perdu confiance aux autres. 1J'ai osé lui en parler à demi-mot au dernier rendez-vous, mais jamais je ne lui dirais la réalité.
Aujourd'hui, tout mon entourage est persuadé que je suis clean, alors que je consomme 1g de coc par jour, que je pratique le chemsex, et que je reviens vers l'héro de plus en plus régulièrement.
Je ne sais pas si on peut parler de double vie et je m'excuse si mon récit n'est pas tout à fait à sa place, mais toujours est-il que je ne me vois plus du tout être honnête ou demander de l'aide à qui que ce soit autour de moi à cause de cet inévitable jugement qui finira automatiquement par être biaisé par des suppositions ou une suranalyse comportementale.
J'envisage néanmoins d'aller au CAARUD à Aides (Rennes) car la sensation d'isolement devient insoutenable.
Salut !
Bravo pour ce texte qui exprime tellement bien les situations difficiles dans lesquelles on peut se retrouver quand on est PUD et que son entourage ne consomme pas. J’ai exactement le même sentiment que toi quand je pense à mes amis proches… Un ami et sa compagne avec qui nous sommes liés par une belle amitié. Mais… ils sont au courant de mes consos de cocaïne passées et m’ont laissé faire ma vie, je n’ai pas trop eu de jugement. Après des années sans en avoir vraiment parlé avec eux je sens qu’ils en ont un peu marre. Ils m’invitent moins souvent, ne veulent pas trop écouter les histoires difficiles que je vis en ce moment, conséquences de mes abus de consommation, alcool, cocaine, cannabis… je me retrouve comme un con tout seul à fumer mon joint chez eux et je sens que ça les soule. Je ressens un profond sentiment de solitude. Du côté famille c’est même pas la peine… la drogue ça tue et les drogués sont des criminels… Obligé de tout cacher. De faire « bonne figure » dans une société où ce sujet reste un énorme tabou. C’est mal vu d’être PUD. C’est forcément qu’on est marginal et pas bien dans sa tête… Quelle hypocrisie… je continue mon parcours, solitaire, mais je garde ma dignité. Psychoactif est un exemple d’espace de tolérance, de libre parole et d’échanges qui m’aident à affronter mon sentiment de solitude
Morefreedom
Dernière modification par meumeuh (25 avril 2024 à 13:06)
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pierre a écrit
HystericFagg a écrit
Je ne sais pas si on peut parler de double vie et je m'excuse si mon récit n'est pas tout à fait à sa place,
Ton récit est tout à fait à sa place. Tu viens de décrire en des termes précis et qui fond froid dans le dos, le progressif isolement et marginalisation des PUD. Pas à cause des drogues, mais à cause de la stigmatisation sur les drogues.
Bienvenu sur Psychoactif
Merci beaucoup !
Et oui , tu as tout à fait raison : la stigmatisation est totalement la cause de l'isolement et la marginalisation progressive. Très honnêtement, juste m'inscrire ici et avoir lu certains messages de membres, avoir pu trouver rapidement et un peu par hasard la problématique principale que je vis actuellement via ton post, ça m'a fait du bien.
Morefreedom a écrit
Salut !
Bravo pour ce texte qui exprime tellement bien les situations difficiles dans lesquelles on peut se retrouver quand on est PUD et que son entourage ne consomme pas. J’ai exactement le même sentiment que toi quand je pense à mes amis proches… Un ami et sa compagne avec qui nous sommes liés par une belle amitié. Mais… ils sont au courant de mes consos de cocaïne passées et m’ont laissé faire ma vie, je n’ai pas trop eu de jugement. Après des années sans en avoir vraiment parlé avec eux je sens qu’ils en ont un peu marre. Ils m’invitent moins souvent, ne veulent pas trop écouter les histoires difficiles que je vis en ce moment, conséquences de mes abus de consommation, alcool, cocaine, cannabis… je me retrouve comme un con tout seul à fumer mon joint chez eux et je sens que ça les soule. Je ressens un profond sentiment de solitude. Du côté famille c’est même pas la peine… la drogue ça tue et les drogués sont des criminels… Obligé de tout cacher. De faire « bonne figure » dans une société où ce sujet reste un énorme tabou. C’est mal vu d’être PUD. C’est forcément qu’on est marginal et pas bien dans sa tête… Quelle hypocrisie… je continue mon parcours, solitaire, mais je garde ma dignité. Psychoactif est un exemple d’espace de tolérance, de libre parole et d’échanges qui m’aident à affronter mon sentiment de solitude
Morefreedom
Merci beaucoup de m'avoir lu, c'est pas évident parfois d'accrocher à des longs messages. Je comprends ta situation et je compatis complètement. Garder sa dignité ; un objectif important pour l'estime de soi, qui contribue justement à la marginalisation et la solitude si elle est basse et qu'elle sombre... Bravo, c'est clairement un défis que j'aimerais réussir également. Heureusement que ce forum existe. Plus je le parcours, plus je réalise à quel point la bienveillance et la solidarité sont présentes, effectivement !
Dernière modification par meumeuh (25 avril 2024 à 13:08)
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HystericFagg a écrit
Bonjour, je me permets de répondre car j'ai la sensation que je suis concerné.
Mes amis savent que je suis toxicomane. Mon groupe d'amis actuel, que j'ai depuis 2016, ont beau être au courant, ils ne m'ont jamais vu consommer devant eux. Je m'explique ; je suis devenu proche d'eux au moment où j'étais sobre (je suis resté "clean" -pas d'héro ni de coc- environ 3/4 ans).
Ca fait maintenant un an que j'ai replongé suite à un changement dans ma vie, d'abord en reprenant de l'héro, chose que je leur ai communiqué progressivement. Pendant un moment, ils étaient tous très soutenant, je ne ressentais pas de pression ou autres de leur part. Mais jamais je ne consommais devant eux (j'allais aux toilettes, je me cachais).
Les mois ont passés, c'est devenu de pire en pire, et leur bienveillance m'a mis un peu trop en confiance ; je me suis mis à en parler avec plus de légèreté, à en rire, et j'ai peu à peu réalisé que ça commençait à les gêner. Après plusieurs essais, j'ai réussi à diminuer l'héro, mais je me suis tourné vers la coc à la place. Comme je savais que mon comportement allait changer beaucoup moins subtilement qu'en prenant de la came, j'ai tout de suite su et senti que ce n'était pas une très bonne idée de leur en parler comme je pouvais parler de mes conso d'héro. J'avais aussi la sensation qu'ils allaient se lasser, me juger, du fait que j'avais juste remplacé une addiction par une autre. Mais j'en ai quand même parlé. Et ça a eu des conséquences très douloureuses.
Il m'est arrivé quelque chose lors d'une soirée (je vais passer les détails car c'est pas le sujet) et, de panique, j'ai appelé deux amis qui étaient dans un bar pas loin de là où j'étais à l'origine. J'étais assez bouleversé et ahuri, et je pense que ces deux amis n'avaient pas l'habitude de me voir comme ça. Contre toute attente, ils ne m'ont pas vraiment cru et ont pensé que je "délirais" à cause de la coc, chose qu'ils ne m'ont pas dit tout de suite mais quelques jours plus tard. Et j'ai compris que le même schéma que j'avais vécu avec ma famille se répétait avec eux. Ces 2 amis en question se sont permis de me dire ça car je leur avais dit que j'étais sobre depuis quelques jours (chose fausse). Tout se joue sur leur perception, ce qu'on peut leur dire, bref, c'est totalement psychologique.
Et les entendre me dire "Ca fait du bien de te voir sobre, car tu délirais complètement l'autre jour et c'était super désagréable" alors que j'avais le nez rempli de C, ça m'a conforté à commencer à ne plus rien dire, à me cacher, à mentir.
Cette expérience a été très douloureuse de me rendre compte que ce qui pouvait m'arriver, ce que je pouvais dire ou faire, serait remis en question si ils savaient que je consomme.
Ca fait maintenant environ 6 mois depuis cet "incident", je dis régulièrement que j'ai tout arrêté, que c'est dur mais que je m'y tiens, et j'entends régulièrement que "ça se voit que je suis clean". Je ne veux pas qu'on remette mon intégrité, ce qui peut m'arriver, ce que je peux dire ou faire en question sous prétexte que je consomme. Alors je ment. Ca me fait énormément souffrir, et je m'isole de plus en plus. J'ai vécu ce schéma quand j'avais dit à mes parents/famille que j'étais héroïnomane, vers mes 17 ans. Ma famille est tout sauf soutenante, à l'écoute, bienveillante. Ils n'ont pas de réflexion autour du soin ou du soutien potentiel que l'on peut apporter à quelqu'un d'addict. J'avais beau leur avoir imprimé pleins d'informations, leur avoir donné le numéro du CSAPA, tout faire pour qu'ils s'informent et qu'ils m'aident, rien n'a jamais marché. Tous mes faits et gestes étaient remis en question, tout était mis sur le dos de la drogue et ça a pris des proportions complètement grotesques.
J'ai fini par leur dire que j'avais tout arrêté, que je ne prenais plus que mon traitement, et ça fait désormais 12/13 ans que je leur ment car je n'ai aucune confiance en eux.
Aujourd'hui, ça touche même mon suivi médical ; j'en viens à cacher mes consommations à ma généraliste (que je vois une fois par mois pour mon ordonnance de méthadone et mes autres médocs), qui s'est mise elle aussi à avoir un regard biaisé et suspicieux, accompagné de multiples réflexions extrêmement limites et déplacées (par exemple : j'ai une maladie dorsale dégénérative, la "Discopathie", qui provoque un début d'arthrose sur ma colonne vertébrale alors que j'ai que 30 piges. Pour l'instant, ce n'est encore pas très avancé, mais ça reste angoissant et c'est légitime de m'inquiéter pour ça. Elle m'a fait des réflexions ; que j'avais l'air "agité" en sous entendant que c'était à cause de la C, et non pas juste de mon inquiétude concernant la maladie en question ; comme quoi la consommation de drogues était quand même beaucoup plus inquiétante et néfaste que cette maladie dorsale, et qu'il valait mieux que je m'inquiète de ça plutôt que du reste. Ce qui est lunaire car ce sont deux choses totalement différentes,
incomparables, et elle n'avait absolument pas à me sortir ce discours foireux psychophobe qu'elle ne m'aurait jamais sorti si je ne lui avais rien dit dès le départ). Ca fait des mois que je mentais également à ma thérapeute, que je vois 2 fois par semaine depuis 2019, car j'ai totalement perdu confiance aux autres. 1J'ai osé lui en parler à demi-mot au dernier rendez-vous, mais jamais je ne lui dirais la réalité.
Aujourd'hui, tout mon entourage est persuadé que je suis clean, alors que je consomme 1g de coc par jour, que je pratique le chemsex, et que je reviens vers l'héro de plus en plus régulièrement.
Je ne sais pas si on peut parler de double vie et je m'excuse si mon récit n'est pas tout à fait à sa place, mais toujours est-il que je ne me vois plus du tout être honnête ou demander de l'aide à qui que ce soit autour de moi à cause de cet inévitable jugement qui finira automatiquement par être biaisé par des suppositions ou une suranalyse comportementale.
J'envisage néanmoins d'aller au CAARUD à Aides (Rennes) car la sensation d'isolement devient insoutenable.
Bon dieu que ton discours me parle.
Je ne sais pas si je vais réussir à faire bref, ce n'est pas franchement ma spécialité lol!
Alors pour commencer bien sûr que ton texte a sa place ici, et visiblement, il a déclenché plusieurs réponses, je pense qu'on se retrouve tous plus ou moins dans ce que tu dis.
Déjà, tu parles de psychophobie, merci pour l'appellation, je ne avais jamais comment formuler.
Et elle provient bien trop souvent des non connaisseurs, amis, famille, et malheureusement de certains médecins, aussi foireux que ça puisse paraître.
Tu pars du principe qu'ils se sont carrées je ne sais pas combien d'années d'études pour en arriver à certains discours... C'est juste hallucinant, incroyable.
Pour ma part au niveau médical, j'ai beaucoup de chance (j'ai de la chance en général, je trouve, dans mon malheur, qu'est mon addiction aux opiacés rt dans ma vie d'adulte.)
Pour faire bref, je suis tombée dans la vingtaine, après avoir abusé des benzodiazépines, dans la consommation de Tramadol, illimitée car j'étais infirmière en réanimation à l'époque, accès open bar à la pharmacie du service, les médocs arrivaient par caisses pleines tous les jours, les casiers débordaient.
Seuls les stupéfiants étaient comptabilisés, contrôlés.
Pour le reste, on pouvait se servir dans les benzos et par exemple, le Tramadol, sans aucun problème.
Je suis très rapidement tombée dans une consommation quotidienne, la tolérance s'est aussi installée très rapidement, et j'ai passé 16 ans enchaînée au Tramadol, je ne vais pas raconter toute mon histoire, ce n'est pas le sujet, mais j'ai trouvé il y a 3 mois la porte de sortie, mon nouveau psychiatre m'a envoyée dans le CSAPAA proche de chez moi (aucun autre professionnel de la psychiatrie n'a eu l'idée de le faire auparavant, et dieu sait si j'en ai consultés, cherchez l'erreur), où j'ai rencontré des infirmiers et addictologues vraiment top, je viens d'arriver à équilibrer ma dose nécessaire de Méthadone quotidienne, c'est un immense soulagement.
Mais même de la Méthadone, je me garderai bien d'en parler à quiconque ne connaît pas tout ce qui touche à la toxicomanie, l’addiction, aux produits, à tout ce que cela entraîne.
De base,je trouve beaucoup de gens très... Basiques, avec des œillères, pas bien futés, ignorants, et très jugeants par dessus le marché.
Alors aller parler de mon addiction, même si je suis enfin sous traitement: Hors de question, certainement pas.
J'ai de bonnes copines que j'apprécie réellement, pour justement leur ouverture d'esprit, leur "intelligence humaine".
Mais même.
Je n'arrive absolument pas à en parler. Quand bien même je sois sortie de la consommation de produits, et étant maintenant "en traitement" de substitution (je n'ai pas retouché un comprimé de Tramadol depuis ma prise en charge au CSAPAA.)
J'ai toujours soigneusement caché mon problème, mon addiction à mes amis de l'époque, et au travail évidemment, étant donné qu'en plus, c'était là que je me servais, et quant bien même.
Je n'ai aucune confiance en "les gens", en général.
J'ai toujours eu la sensation de porter un masque en société.
Je me suis toujours arrangée à présenter une image la plus lisse possible pour me protéger. Et malheureusement, je pense que j'ai eu raison.
Aujourd'hui, étant placée en inaptitude, je suis chez moi et je fréquente uniquement j'ai envie de fréquenter, c'est un peu plus simple.
Ma famille, n'en parlons pas, pour le coup je ne vais pas rentrer dans les détails mais je suis en rupture totale avec mes parentsdepuis 2019, ma mère ayant fait toutes les erreurs possibles qu'une mère puisse faire, sans jamais se remettre le moins du monde en question (c'est une perverse narcissique de première ordre, ça explique un peu les choses.)
Le peu que j'ai pu essayer de leur dire, de leur expliquer, quand j'essayais encore de recoller les morceaux avec eux: J'ai eu droit aux idées toutes faites, préjugés de première, psychophobie pour le coup, c'était comme si je leur annonçait que j'avais fait une OD la seringue au bras.
Et imaginons que cela aurait été le cas, j'aurais eu droit à une volée de bois vert, infantilisante, rabaissante, au lieu de réconfort, d'empathie.
Là où j'estime avoir beaucoup de chance, c'est avec la famille que moi, je me suis construite: Mon mari, et mes feux filles que nous avons eues heureusement jeunes (j'avais 22 et 25 ans lorsque je les ai eues.) Ma belle-famille ne sait pas tout, mais quand même le "gros de l'affaire", ma belle-mère est au courant de tout, y compris de ma récente mise sous Méthadone.
Mon homme m'a connue au tout début de mon comportement addictif avec les médocs (je ne suis jamais tombée dans autre chose, encore une fois, par chance,j'ai juste testé 3 fois la C, la Ketamine et j'ai préféré rester au Tramadol, en pensant que ça faisait plus "propre" comme addiction, alors que pas du tout en vrai, t'es addict comme les autres, surtout au vu des doses que je m'envoyais, je pense que pas mal de consommateurs d'héroïne ou de C prennent bien moins que moi sur une journée quand j'étais montée vraiment haut, un bon gramme par jour voire plus.)
Mon mari donc, est très équilibré, je peux me reposer sur lui, c'est un roc, il a la chance d'être exempt de tout trouble psy, contrairement à moi (anxiété généralisée, TDAH, je suis sous Ritaline, et on m'a diagnostiquée une personnalité borderline.)
Il m'apporte énormément de sérénité, et je lui ai toujours parlé de tout, malgré qu'il n'y connaisse rien au départ (il ne présente aucune addiction, pas même la clope), je n'ai jamais senti le moindre jugement négatif,m'a toujours encouragée à me faire suivre (ca finit par payer, meme si je n'y croyais franchement pas des massesau début),il m'a toujours prise telle que j'étais, et ça, ça n'a aucun prix.
Idem, mes filles, qui ont 15 et 18 ans maintenant sont au courant, j'ai réussi à leur expliquer avec des mots choisis, très jeunes, quels étaient mes problèmes. Et pourquoi.
Elles savent que j'ai entamé une substitution depuis 3 mois par Méthadone par exemple.
Mais cette parenthèse positive refermée, je ne saurais citer tout ce que j'ai entendu comme préjugés, même venant des médecins, très souvent même, j'ai toujours trouvé ça juste dingue et inacceptable venant de professionnels de santé.
Même lorsque j'ai du me faire opérer en urgence de la vésicule biliaire il y a un an, j'ai demandé instamment à ma famille de m'apporter mon traitement pour les quelques jours d'hôpital, je ne voulais absolument pas que ce soient eux qui me gèrent mon traitement. Au lieu d'un lieu où l'on devrait se sentir en sécurité et sans subir de jugement vis à vis de notre addiction, c'est souvent l'inverse, et ça me révolte.
J'ai entendu des histoires vraiment incroyables sur le sujet, venant de connaissances, des personnes fiables qui je le sais, n'ont pas enjolivé.
Et tiens, une petite anecdote: J'ai également souffert de TCA pendant 13 ans, de mes 20 à mes 33 ans, j'en suis sortie (encore une "chance" de ma vie d'adulte.)
Ma psychiatre de l'époque me fait hospitaliser donc, pour ces fameux TCA.
Premier jour, la psychiatre, qui ne me connaît ni d'Adamn ni d'Ève vient faire le 1er entretien et me demander quel est mon traitement habituel.
Je prenais un antidépresseur et un anxiolytique depuis environ 3 ans.
Je la vois froncer les sourcils lorsque je mentionne la posologie, qui n'était pas énorme, honnêtement.
Elle me diminue de moitié la dose d'antidépresseurs. C'est incroyable mais je peux jurer que c'est la vérité. Tel quel.
En me disant qu'elle me trouvait "agitée".
Jamais, on ne diminue aussi brutalement un antidépresseur, rétrospectivement ça me paraît complètement fou et incroyable. D'ailleurs quand je le raconte, j'ai peur que l'on ne me croie pas...
À l'époque, j'étais encore désireuse de faire "la bonne élève", je n'osais jamais contrer un médecin (j'ai carrément appris à le faire par la suite, je peux te le dire!!!)
J'étais effrayée, mais je n'ai rien dit.
Et j'avais des raisons de l'être: Le temps de l'hospitalisation (3 semaines, qui n'ont d'ailleurs servi absolument à RIEN, ne m'ont apporté aucun changement ni aucune aide), je n'ai pas trop ressenti les effets de la baisse, les antidépresseurs, surtout l'Effexor (Venlafaxine), que je prends encore aujourd'hui, met du temps à se faire sentir, dans un sens comme dans l'autre.
Pas loin de ma sortie, je commence à avoir de plus en plus de moments de "moins".Mais je me tais, bêtement.
Puis quelques jours après ma sortie, la dépression post sevrage s'était installée. J'ai vécu les pires moments de ma vie. Une horreur, mais vraiment une horreur, je ne veux jamais revivre ça.
Vous allez penser que je suis ridicule, à ne pas avoir osé dire quoi que ce soit et je sais que ça paraît dingue, mais j'ai toujours eu ce problème de peur d'être "mal vue", y compris par les médecins, à fortiori, le psychiatre...
Il fallait que je donne une bonne image, l'impression d'avancer, toujours... J'ai heureusement bien changé depuis, même si ce problème reste latent.
Je n'ai donc rien osé dire à ma psy pendant 3 bons mois. C'était complètement ridicule, car en plus, elle était très bienveillante.
Je ne me voyais pas sortir d'hospitalisation en allant encore plus mal, je ne m'en laissais pas le droit. J'avais aussi poeur d'y retourner...
Maintenant encore je me rends compte à quel point c'était délirant, et quelle souffrance je me suis infligée pour rien...
Au bout de 3 mois et quelque, je n'en pouvais plus. Je ne SUPPORTE PAS le sentiment dépressif. Vraiment.
Je craque dans son bureau.
Et évidemment, elle me remonte immédiatement mon Effexor... 2/3 semaines plus tard, je me sentais bien mieux.
Donc voilà, l'autre qui m'avait trouvée "agitée", et qui déjà rien que pour des antidépresseurs, me donnait l'impression de manipuler des produits hautement stupéfiants... Et qui n'a absolument pas suivi le protocole d'une diminution d'antidépresseurs, en y allant d'un coup en baissant de moitié.
Une psychiatre...
Et j'en ai encore bien d'autres, sous le coude, des histoires comme ça.
Je comprends tellement ton sentiment d'étouffement, de division.
Devoir cloisonner comme cela sa vie est particulièrement difficile, culpabilisant (alors que nous n'avons certainement pas à culpabiliser, il s'agit d'une maladie, d'une affection, merde à la fin. J'ai été mise en ALD spécifiquement pour mon problème daddiction!)
As-tu déjà pensé à consulter un psychiatre ou même psychologue? (Alors un bon, hein, ça va sans dire! Quitte à changer plusieurs fois avant de trouver le où la bonne!)
Vider un peu ton sac pourrait te faire du bien, l'idée du CAARUD (je ne connaissais pas d'ailleurs ce type de structure, qu'est-ce qui les différencie des CSAPAA, ils ne peuvent pas pzr exemple distribuer des produots de substitution?)
Essayer de comprendre le pourquoi du comment de ton addiction? C'est une suggestion, il faut en avoir réellement l'envie, se sentir prêt. Mais tu en donnes l'impression, esr c'est super positif!
Personnellement, j'en ai vraiment besoin, c'est très différent d'une personne à l'autre.
Je te conseille vraiment de sauter le pas, les gens sont très empathiques, non jugeants, à l'inverse d'autres lieux. Ils connaissent parfaitement le monde de la dépendance, tout ce qui tourne autour...
Personnellement, j'ai vraiment vécu une très bonne expérience au CSAPAA.
Je t'envoie plein de pensées de courage, positives.
Passes une belle journée.
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Sphère amicale
C'est probablement l'une des "sphères" avec laquelle j'ai eu le plus de mal et de regrets (avec la sphère médicale).
Lorsque j’étais en plein dans mes consommations abusives (benzo, opiacés, buprénorphine récréative, etc. principalement, mais également kétamine, MDMA, cocaïne plus ponctuellement/exceptionnellement), j’en parlais librement à mes amis, en leur racontant tout sur le sujet, avec une forme d’aisance, parfois même avec légèreté. De leur côté, ils consommaient eux-mêmes des prods, mais pas du même style, et pas dans les mêmes circonstances/pas avec le même mindset: toujours en soirée, en milieu festif, entre amis pour expérimenter et s’amuser (MDMA, ecstasy, LSD, champi, etc.) tandis que de mon côté, mes abus médicamenteux étaient liés à mon côté dépressif. Peu importe cette différence, je partais du principe qu’ils me comprendraient, que je pourrais leur faire confiance et qu’ils ne me jugeraient pas. Du moins, c’est ce que je pensais… Car, d’une certaine manière, c’est “malheureusement” ce qu’il a fini par se passer: par bienveillance, ils ont voulu éviter que je me retrouve dans des situations où je serais face à de la drogue: lorsqu’ils en prenaient en soirée, par exemple. Ils évitaient également de me donner des contacts pour pouvoir acheter ce que je voulais... Et cela partait d’une bonne intention, et paraît même cohérent. Mais cela reste très discutable à mes yeux, car si cela peut aider certaines personnes à aller mieux et à s’en sortir, ce n’est pas mon cas: je ne fonctionne pas ainsi. Je sais très bien qu’ils faisaient ça par bienveillance, mais il se trouve que je DÉTESTE purement et simplement que l'on choisisse pour moi. Me concernant, cela n’a donc fait qu’empirer les choses: j’avais encore plus envie de consommer, d’une part pour justement montrer que j’étais libre de mes choix et que personne n’avait à décider pour moi, et d’autre part pour profiter encore plus de ce dont on pourrait potentiellement me priver. Je suis un peu comme l'hydre de Lerne: si on me coupe la tête, il en repousse deux. Dans le cas présent: au plus on me prive de quelque chose, au plus je vais essayer d’obtenir ce dont on me prive, et de manière démultipliée.
Malheureusement, toute cette situation conduisit à plusieurs problèmes: disputes, mensonges, trahisons, perte de confiance les uns envers les autres…
Et au fur et à mesure, ils ont fini en quelque sorte par me "blacklister" des soirées où ils consommaient, tout en restant en parallèle ami avec moi. Donc s'ils faisaient (et font, car c’est encore le cas à l’heure actuelle) une soirée avec des prods, c’était (c’est) sans moi, c’est-à-dire qu’ils le faisaient (le font) sans m’en parler, s’en m’inviter. Cette forme de bienveillance n’a fait qu’aboutir à de l’isolement et de la solitude de mon côté. Lorsque l’on sort ensemble en soirée, ils vont consommer de manière à ce que je ne remarque rien, en allant aux toilettes par exemple, ou lorsque je ne fais pas attention (mais bon, faut dire que parfois, c’est un peu raté…
). Et donc, comme je suis exclue de ces moments-là, je me mets à mon tour à consommer de mon côté, en essayant de faire en sorte qu'ils ne remarquent rien non plus de leur côté. Par exemple, je m’absente aux toilettes pour prendre tranquillement mon prod et revenir comme si de rien n'était. D'autant plus qu’en soirée, il ne faut pas attendre bien longtemps pour que la plupart des gens deviennent bourrés, ce qui rend les choses d’autant plus simples…
Au fur et à mesure, on s’est donc habitué, officieusement, sans vraiment se le dire, à “s’organiser” de cette manière, c’est-à-dire que je consomme toujours seule, soit chez moi (quand je sais que je ne suis pas invitée à leurs soirées ou tout simplement lorsque j’en ai envie), soit en sortant en soirée avec eux, mais en le faisant chacun de notre côté: moi toute seule du mien, et eux du leur, ensemble. On se cache mutuellement, eux m'évitant et réciproquement, au lieu de partager ces choses-là entre nous. C'est un peu comme un défi, un pari risqué, une bataille silencieuse qui se déroule entre nous: lequel de nous arrivera à consommer de la manière la plus discrètement possible: eux, ou moi? Il n'y a plus de partage à ce sujet-là, comme auparavant, mais seulement de la méfiance entre nous, et la peur de se faire repérer. C'est triste, mais ça se passe réellement de cette manière... Et maintenant qu'on en est arrivé là, c'est-à-dire qu'il y a cette forme d'évitement, de rejet, d’exclusion entre eux et moi, je regrette totalement de leur en avoir parlé. Même si c’est par bienveillance qu’ils font ça. En me livrant à eux, en leur parlant de mes problèmes les plus personnels, j’ai plus l’impression d’avoir perdu des amis qu’autre chose. J'ai vraiment été stupide et naïve de penser que je pourrais leur en parler librement et que cela n’aurait pas de conséquences sur notre amitié. Finalement, au lieu de consommer en milieu festif avec eux, avec mes amis, cela ne fait que m'inciter, comme je l'ai dit, soit à consommer seule chez moi, soit à consommer en soirée de mon côté pendant qu'ils consomment du leur. D’une certaine manière, cela n’a fait que m’exclure du groupe, m’éloigner d’eux, et par là-même, augmenter mes consommations, ainsi que ma solitude.
Tout cela pour dire que c’est à cause de ça que j’en suis arrivée à mener cette espèce de double vie avec eux, comme je viens de la décrire. J’en suis arrivée à un stade où je n’aborde plus du tout le sujet avec eux. Et s'ils me posent des questions à ce sujet, soit je minimise les choses en disant que je ne consomme plus que rarement dans le but de passer pour quelqu’un de modéré, qui a repris le contrôle sur sa vie, et qui n’a plus de problèmes avec ça, soit je nie totalement les faits en disant que je ne consomme plus quoi que ce soit, selon le prod/le médoc concerné.
Sphère familiale
Au sujet de ma famille, la situation est très différente. À l'heure actuelle, je vis encore avec ma famille qui n'est pas au courant de ma situation, et je dois donc trouver des lieux "stratégiques" où ranger mes médocs/prods. En ce qui me concerne, je consomme surtout des médocs: les opiacés et les benzodiazépines. Donc il m’arrive de les mettre dans mon pilulier, ce qui fait qu'on ne sait tout simplement plus qu'est-ce qui correspond à quoi
. Ma famille sait malgré tout que je suis suivie pour dépression et donc que j'ai des antidépresseurs, des anxiolytiques, etc. et à cela s’ajoutent des compléments alimentaires (fer, zinc, magnésium, etc.) ce qui, finalement, "justifie" ou "légitime" en quelque sorte l'utilisation d'un pilulier avec autant de médicaments et de pilules… et donc, lorsqu’on voit mon pilulier autant rempli, il n’y a finalement rien d’alarmant.
J’ai aussi recours à une autre “technique” pour dissimuler mes médocs: je mets les cachets/les pilules dans une boîte qui "ne leur correspond pas". Par exemple, je vais mettre les comprimés de Tramadol dans une boîte de zinc ou de magnésium...
Sinon, les "prods" que je n'ai vraiment pas envie qu'on voit (parce que bon, les pilules prescrites par le médecin, ça passe, mais les pochetons remplis de poudre, ça casse
) je les cache dans des petits endroits insolites, comme à l'intérieur d'une serviette hygiénique par exemple. Qui irait chercher dans un tel endroit? Ou, comme expliqué précédemment, je vais prendre la poudre, et la mettre dans une capsule qui ne lui appartient pas. Par exemple, je vais mettre de la cocaïne ou de la kétamine dans une capsule de zinc ou de magnésium. Et là, ni vu ni connu.
Si ma famille aborde le sujet et me pose des questions à ce propos, je dis simplement que je ne touche plus à quoi que ce soit (ils sont très légèrement au courant de quelques trucs que j'ai minimisés, par exemple de quelques abus de Xanax que j'ai pu avoir quelques fois, mais c'est tout...).
De manière plus générale, si je suis en overdose et que j'ai des effets indésirables (nausées, rétention urinaire, somnolence, palpitations, pertes d’équilibres, etc.) et que cela se remarque, je dis simplement que ce sont des effets indésirables liés à mes traitements, aux médicaments que je prends… ce qui, techniquement, est vrai… :).
Pour ce qui est des emballages vides de médicaments, soit je les jette dans une poubelle en cherchant à mettre l'emballage bien au fond, de manière à ce qu’ils soient recouverts par les ordures, soit je les jette à l'extérieur (poubelle de ville, poubelle dans un bar, etc.).
Si je suis chez moi et que ma famille est présente, j'essaie de prendre mes prods "en me cachant", c'est-à-dire dans ma chambre par exemple, ou tout simplement lorsque je suis seule. J’aime écouter de la musique lorsque les effets montent, et si l’on me pose des questions, je dis que j’ai besoin de me détendre après une dure journée de travail. Jusqu’ici, rien de vraiment bizarre.
Bon, et alors là, on arrive au summum de l’impensable… Je ne pensais vraiment pas en arriver là un jour… mais quand l’envie est plus forte que tout, ce n’est même plus surprenant en fin de compte. Je m’explique. Quand je suis dans la même pièce que quelqu'un d'autre, je saisis la moindre opportunité pour avaler mes pilules discrètement, en les sortant de ma poche aussi rapidement que possible, lorsque la personne a le dos tourné ou lorsque son attention est portée sur autre chose: par exemple, lorsqu'elle regarde par la fenêtre, lorsqu'elle lit un livre ou tout simplement lorsqu'elle jette un coup d'oeil à son téléphone. Ça paraît tiré par les cheveux, mais ça se passe vraiment comme ça. Quand j'ai la certitude que je suis enfin à l'abri des regards, même si je suis dans la même pièce que quelqu'un d'autre, je mets à exécution mon plan de façon méthodique. Une fraction de seconde pour dégainer la pilule de ma poche, la déposer dans la bouche, porter le verre d'eau à mes lèvres avant de finalement l'avaler, comme si je ne faisais que boire une simple gorgée d'eau à cause d'une petite soif. Parfois, ça se passe en mangeant à table. Il suffit que la personne regarde ailleurs ou baisse la tête en direction de son assiette, et hop, j'en profite pour avaler quelques pilules avec un morceau de pain, comme si de rien n'était. La personne peut littéralement se trouver à quelques dizaines de centimètres de moi, en ne voyant STRICTEMENT RIEN: cela se passe de manière totalement "transparente". Je n'en suis vraiment pas fière car j’ai ce sentiment que je me fous de la gueule du monde, alors que tout ce que je veux, c’est simplement avoir ma dose. Mais toute opportunité est "bonne à saisir" dès que la voie est libre, et ça passe entre autres par ces "micro moments" où il faut calculer le bon timing ainsi qu'une discrétion sans faille. Voilà pour le “petit tutoriel” sur comment prendre ses médocs (ou autres prods) en étant dans la même pièce que quelqu’un d’autre… C'est dans ces moments-là que cette double vie que je mène est la plus en jeu. Une fraction de seconde en trop ou en moins, et c'est tout le château de cartes qui s'effrondrerait.
Sphère professionnelle
Sur mon lieu de travail, je ne suis pas particulièrement confrontée au problème: je ne parle pas particulièrement du sujet avec mes collègues, et ils n'ont aucune idée de ce qu'il se passe dans ma vie. Si je prends mes médocs, c'est naturellement aux toilettes que cela se fait. Et si l'emballage est vide, je le garde bien évidemment avec moi. Le jeter à la poubelle pourrait attirer l’attention. À cela, j'ajouterais que je ne consomme pas en journée au boulot, mais plutôt en fin de journée (et cela reste d’ailleurs rare), c’est-à-dire un petit moment avant de quitter mon travail, de manière à ce que les effets commencent à se manifester lorsque j'arrive plus ou moins chez moi (eh oui, c’est toute une organisation…!). Je précise que je prends les transports en commun pour me rendre au travail ou pour rentrer chez moi, donc pas de risque ni pour moi, ni pour les autres... :)
Sinon, j’attends tout simplement d’être de retour chez moi pour commencer à prendre mes produits/médocs.
Sphère médicale
Pour ce qui est du médical, j'ai eu bien trop de déceptions avec certains médecins que j'ai vus précédemment.
J’en parle notamment ici:
- j’ai peur d’avoir des reproches, et d’être jugée, stigmatisée et rejetée à cause de mon “étiquette” de toxicomane:
https://www.psychoactif.org/forum/viewt … 26#p654723
- j’ai peur peur d’être un fardeau pour autrui (si ce n’est d’être considéré comme un déchet), et d’avoir un attachement non réciproque envers le personnel médical:
https://www.psychoactif.org/forum/2024/ … ml#p658646
- j’ai à présent peur d’être abandonnée par le(s) médecin(s) auquel(s) je m’attache (ce qui, pour moi, est probablement le pire dans tout ça…).
https://www.psychoactif.org/forum/viewt … 26#p654713
Je me sens déjà extrêmement seule, alors si en plus je perds les personnes qui sont censées me soigner, celles qui sont censées être à l’écoute, être là quand on a besoin d’elles, qui reste-t-il?
Je compte donc prochainement cloisonner les différents médecins que j'irai consulter. Par exemple, un généraliste sera au courant de mes addictions/mon suivi en addicto, et un autre n'en aura pas la moindre idée. Je préfère "cloisonner" et "décentraliser" les informations médicales me concernant pour avoir d'une part moins de jugement, et d'autre part pour avoir plus de contrôle, de marge et de "liberté"" sur mes prescriptions: un médecin ne me prescrira pas de codéine ou de skénan s'il sait que je suis addict aux opiacés... tandis qu'il ne devrait pas y avoir trop de problèmes avec un médecin qui me voit comme une personne totalement "normale". Même si c'est "dans mon intérêt", je ne veux pas qu'ON décide pour moi.
Et je ne veux pas qu'ON me juge. Le jugement est donc une des raisons pour lesquelles je préfère procéder ainsi. Si un médecin me voit comme une personne “normale”, il n’aura aucune raison de me juger ou de m’abandonner.
Je précise que je compte également faire ça avec les psychiatres: je prévois d’avoir deux psychiatres: un psychiatre “lambda” (non addictologue) pour essayer de me faire prescrire de la ritaline (car je pense qu’il est plus compliqué de se faire prescrire de la ritaline avec des problèmes d’addiction en parallèle), et à côté de ça, un psychiatre addicto qui s’occupera donc de mon suivi sur mes conso. Nomadisme médical, bonjour :) Quand on nous met une étiquette, lorsqu’on nous met dans une case, lorsqu’on considère un patient comme un déchet, faut pas s’étonner qu’on en arrive ensuite à de pareilles situations, aussi tirées par les cheveux… Et c'est de cette fameuse double vie dont il est question, finalement.
En bref
Aujourd'hui, voilà les conséquences : plus de confiance en qui que ce soit, avec le sentiment d'être obligé d'être extrêmement sélectiv vis-à-vis des personnes à qui se confier, et avec une réelle volonté d'isoler, de compartimenter les informations me concernant.
Faut pas s'étonner qu'on mente aux personnes qui nous entourent quand on est autant stigmatisé, jugé, et qu'on nous en veuille autant… Car oui, j’ai des ami(e)s qui m’en ont voulu d’avoir des problèmes d’addiction et d’être en dépression
ça fait toujours plaisir de découvrir ça, surtout venant de la part d’ami(e)s proches…
Ca peut sembler fou mais j'ai juste envie de dire que lorsque l’on fait semblant, lorsque l’on cherche à fuir ou quand on finit par mentir, l'entourage est aussi fautif qu'on l'est soi-même…
À cela, j'ajouterais que l'histoire de HystericFagg me fait penser à la mienne: il y a pas mal de choses en commun, comme le regret d'avoir fait confiance à son entourage, de ne plus avoir confiance en qui que ce soit et de se sentir très seul(e).
Pareil avec Morefreedom: j'ai l'impression que je saoule mes amis les plus proches en leur confiant que je vais mal, en leur parlant de mes mauvais moments et de ma dépression. Je leur ai demandé s'ils trouvaient ça lourd que je leur en parle, et certaines m'ont gentiment fait comprendre que j'en parlais un peu trop souvent. Maintenant, quand elles me demandent si ça va, je leur réponds que je vais très bien accompagné d'un magnifique sourire, que ça soit en face-à-face ou par message en pleurant seule derrière mon téléphone. Aaah, la confiance, la compassion, la compréhension, la solidarité et la tolérance, que c'est beau
! À l'heure actuelle, je ne me considère donc plus aussi proche d'elles qu'auparavant. Ce ne sont plus des amies proches, juste des amies. Je ne leur parle plus du tout de ce qui compte le plus pour moi, du plus important, de l'essentiel: dépression et addiction. Malgré les centaines de kilomètres qui nous séparent, heureusement qu’il me reste encore un ou deux amis à qui je peux parler de tout ça librement, avec sincérité... Et encore que, j’essaie de faire attention à ce que je leur dis, de peur de les perdre eux aussi… En plus de la peur d’être jugée, stigmatisée, rejetée, vue comme un déchet, il y a également, et surtout, cette forme de méfiance et cette peur de l’abandon qui se sont installées depuis toutes ces tristes mésaventures.
Au final, j'ai réalisé que les personnes les plus tolérantes sont celles qu'on trouve en CSAPA, en CAARUD ou sur ce genre de site. Les personnes qui n’ont jamais eu de problème d’addiction (et de dépression!!!) ou qui ne sont pas dans le domaine de l’addictologie (personnel médical compris, ce qui est d'autant plus désolant…) ne comprennent pas réellement et finissent tôt ou tard par juger, pour la grande majorité. Celles qui ne sont jamais passées par ce genre de problème, et qui malgré tout comprennent, écoutent, et ne jugent pas, sont extrêmement rares et précieuses…
Je me dis que je devrais me faire des ami(e)s comme moi, un pied dans la dépression, l'autre dans les prods et médocs, au moins on se comprendrait à 200%. C'est ce qui me manque le plus à l'heure actuelle: tout simplement, des personnes comme moi, qui me comprendraient. Je me sens cruellement seule et incomprise quand je vois celles et ceux qui m'entourent. Où sont passés les gens comme moi? Vous êtes là, sur ce genre de site, sur les réseaux sociaux, dans les reportages… mais quand je vous cherche dans la vraie vie, je ne vous trouve pas...
J’en suis même arrivée à penser que je pourrais éventuellement me faire suivre dans deux CSAPA différents pour essayer de rencontrer davantage de personnes “comme moi”, ou au moins davantage de personnes qui me comprennent…
Dernière modification par Calice34 (28 mai 2024 à 23:12)
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