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L'argent et la dope partie III (fin) 



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L’argent de la dope partie III
Comme dans le film Good morning Vietnam, je serais tenté de dire, comme le (décédé) grand cocaïnomane, Robin Williams, que dans un monde meilleur, il n’y a pas de problème de drogue, tout le monde a sa dose!

Quand on laisse l’accès au produit en dehors du système marchand, comme cela est fait en expérimentation et concerne 200 personnes au Royaume Uni, on voit que les problèmes qu’on croyait liés à la consommation d’héroïne, étaient en fait largement des problèmes sociaux. La preuve? Ce sont les consommateurs eux même qui décident en général de ne pas augmenter les doses et de rester à 0,5 g d’héroïne pure par jour, ce qui est déjà beaucoup, mais contredit le fait qu’on en veuille toujours plus. Malgré l’accoutumance, dans un milieu où la qualité et l’accessibilité de la drogue ne sont plus des sources d’angoisse, on ne dépasse plus ses besoins, et n’a plus besoin de faire des réserves, ou de revendre une partie. Enfin si peut-être pour acheter de la cocaïne, si celle-ci ne fait pas partie du programme. Ce qui serait difficile vu l’aspect sans limite de la consommation.
Et la dangerosité du produit, qui provoque des overdoses, sans antidote, et des addictions sans substitution. Mais l’héroïne apporte un plaisir, qui peut compenser la consommation de cocaïne qui a souvent remplacé, dans la seringue, l’héroïne qu’on ne prend plus, parce qu’on est substitué à la méthadone, qui est efficace pour stabiliser sa vie, mais n’apporte pas de plaisir, et donc ne suffit pas.

Le plaisir est mal, c’est tabou, ce qui donne un rapport au soin ou au ‘care’ un peu hypocrite, rechercher du plaisir est biologiquement inévitable.
Seulement la plupart des gens n’ont pas besoin de source extérieure, chimique pour cela, le sport, les jeux, la nourriture, l’amour ou le travail leur suffisent.
  Mais ceux qui ont un déficit, à la base, ou qui ont connu des apports massifs de dopamine et d’endorphine comme les sportifs de hauts niveau, sans même parler du dopage (qui est partout), ceux là, forment une population à part. Et de la même façon que personne ne s’amuse à se piquer 5 à 20 fois par jour pour le plaisir, permettre à cette infime minorité d’accéder librement à ce niveau de bien être que la plupart des gens ont naturellement, ne fera pas appel d’air pour de nouveaux consommateurs de substances addictives, ni d’addictions.
Simplement avoir accès à des produits que la personne trouvera de toute façon au marché noir, et qui ruinera sa vie, peut-être évité.
De la même façon que fumer du cannabis et boire de l’alcool peuvent être des addictions ou des consommations, il est possible de passer d’une consommation non contrôlée à une consommation plus maîtrisée, mais pas dans un contexte de prohibition (toutes les expériences de prohibition ont mené à une augmentation des consommations et une baisse de la qualité des produits, avec une hausse énorme de la criminalité et des pathologies associées).
En tout cas il n’y a rien à faire, l’interdiction de consommer n’a jamais été efficace, au contraire, elle a créé du crime et de la pauvreté.

C’est là où je veux en venir, sur ce cercle vicieux pauvreté-consommation dans le cadre de la prohibition.

Il faudrait oser aborder le problème du plaisir et séparer, comme pour l’alcool , la consommation de l’abus, et de l’addiction.
L’abus peut être ponctuel, l’addiction est le fait de ne pas pouvoir arrêter un comportement, pas forcément une substance, mais souvent un comportement (le jeu, le sexe) addictif, ou une substance addictive (la nicotine, bon exemple puisque dans ce cas ce n’est pas la substance addictive qui est dangereuse mais le fait de fumer, la combustion, c’est exactement la même chose pour d’autres substances),  l’addiction est le fait de ne pouvoir contrôler un comportement, cela peut être la consommation de coke, comme la consommation d’eau! Oui cela existe. La potomanie, j’ai connu une femme qui buvait 12 bouteilles d1,5l de cola light sans caféine par jour…
Il faut faire le distinguo.

Là, en étant moi même, à 40 ans, au bout du rouleau je ne me dis pas ‘ah t’as vu c’est à cause de la drogue’ mais au contraire plus je ressens l’impossibilité d’en prendre, et de ne pas en prendre, comme une souffrance, plus c’est dur, surtout si ce n’est pas un choix.
Ca joue contre soi, en tout cas pour les clopes et la ganja pourtant plus dures pour le corps que l’opioïde, hors mésusage (la seule façon d’arrêter est d’avoir mieux à faire, c’est à dire se tricoter un réseau protecteur, serrer les dents ne mène souvent qu’ à la rechute, qui resterait un faux pas sans la culpabilité qui précipite le processus).
     Mais je me dis ‘ah je suis nul’, en effet si à la place d’essayer sans cesse d’arrêter j’avais organisé ma vie autour en me procurant au bon prix les quantités utiles, en ‘gérant’ ma consommation j’aurais peut-être été gagnant.
Car la frustration ou le manque, et même le sevrage alimente l’addiction qui rappelle, convoque les souvenirs des soulagements procurés par les substances. Les souffrances du sevrage ou la soif du craving, pourtant bien réelles et insupportables, elles, n’ont jamais d’effet sur la ‘récidive’ car on ne parle pas de crime et de châtiment, mais de fragilité et de difficulté à contrôler ses émotions qui passe par de l’auto-médication ou des problèmes comportementaux (avec ou sans substance).

Je pense que pour certaines personnes adultes et dont le parcours parle de lui même de l’échec des programmes et cures, abstinence ou maintenance, le mieux serait de laisser un accès aux produits, peu chers, ou gratuits, et de qualité, on aurait moins de problèmes sociaux, et de crimes.
Plus les peines pour les consommateurs sont importantes, plus les profits et les risques sont élevés, et la violence présente.
En effet qui se laisserait arrêter avec un gramme de crack s’il sait que cela va l’envoyer en prison.
   Alors qu’à l’inverse dans une société où l’usage n’est pas pénalisé, la santé des usagers s’améliore, les vols et la violence sont moins importants car la qualité et les prix sont plus bas.
De plus on garde un lien avec les consommateurs, et pas seulement avec ceux qui expriment leur volonté d’arrêter.
Nous avons créé, isolé ces alcaloïdes puissants, comme l’héroïne et la cocaïne, toutes deux par des chimistes allemands, dont Bayer. Ces substances ont été en suite vendues par tous les moyens possibles, et pour tous les publics, pour toutes sortes de maux et même pour ceux qui veulent simplement être plus performants, ou plus détendus, selon.
En suite on a rendu ces produits illégaux, enrichissant les personnes qui étaient prêts à braver la loi, qui ne sont plus ni pharmaciens ni médecins, mais des personnes comme Al Capone, n’hésitant pas à tuer.

Il fut même interdit d’aborder le sujet des substances inscrites sur la liste des stupéfiants (définition de stupéfiant : inscrit sur la liste des stupéfiants…), par la loi française toujours en vigueur qui porte sur la présentation sous un jour favorable (à l’appréciation de chacun, cela a beaucoup évolué!) d’un produit inscrit au tableau des stupéfiants. A noter que les deux substances les plus addictives et meurtrières que sont le tabac et l’alcool n’y figurent pas, et que la publicité pour l’alcool, revenue en force d’internet aux abri-bus, qui coûte la vie à beaucoup et de l’argent à la société, ne sont pas visées par cette loi de 1970.

Le tabou du plaisir et la morale,  reste très fort surtout en pays catholique (c’est différent en Suisse et en Hollande, en Angleterre…) avec le vin divin et l’opium fantasmé.

L’argent de la dope, de la prohibition corruptrice fait taire les quelques personnes de pouvoir  qui, avaient commandé un rapport d’experts s’étant penché sur la question, qui a conclu, la commission Henrion, par exemple, que le mieux à faire était de dépénaliser et même légaliser (pour contrôler la chaîne de production) toutes les drogues. Toutes, et que la distinction entre douce et dure, ne vaut rien, c’est l’usage qui compte. Mieux vaut prendre un peu d’héroïne que beaucoup d’alcool, en terme de dégâts sur la santé.
Mais pour faire admettre ça aussi bien au public ‘toxicomane’ qu’aux autorités même médicales, en tout cas décisionnaires, c’est peine perdue.
En attendant l’ignorance volontaire de la réalité a tué en masse, avec le VIH, qui s’il n’avait menacé la vie des personnes non homosexuelles ou droguées, n’aurait jamais permis la vente libre de seringues, par exemple.

Que faire face à un crime sans victime, autre que le porte feuille de ceux qui n’ont pas les moyens de payer le prix de la prohibition? On voit bien qu’on s’enrichit à tous les niveaux sur le dis du toxico, à la manière du bistrot et du loto s’ils étaient interdits, on a vu ce que cela donnait aux Etats Unis.
Comme toujours on pose mal les questions, au lieu du pourquoi et du comment, on demande quoi et qui.
Mr Jean Cage et son ricard pas de problème…
Mais Abdel Aziz et son pétard, c’est une autre histoire…

Quand à l’héroïne essayée une fois ou deux ce n’est pas dangereux ce qui est dangereux c’est l’addiction qui concerne un public restreint qui va en ‘avoir besoin’ là aussi pour des raisons bien souvent sociales au sens large. Problèmes familiaux, chômage, je le répète, celui qui à une marche sur ses deux jambes n’a pas envie de s’encombrer d’une béquille!

En parler?

Mais le besoin de came rend muet de honte le drogué, ‘responsable’ de sa misère, et portant celle du monde tel Sisyphe, poussant son rocher sur la colline, et qui quand il met fin à ses jours, n’est pratiquement jamais défoncé mais au contraire confronté à une réalité insupportable, qui, en plus venait combler l’état de départ d’Hillosigkeit.

A partir de là le langage que va s’approprier le nourrisson en imitant les sons, le langage, la nomination des objets pour les obtenir, va créer un lien très important. Comme l’odeur, et le balancement, la voix de la maman ou du papa, c’est rassurant.
A l’époque de ma naissance, le peau à peau n’était pas important, et ce qui comptait c’était de mettre l’enfant en couveuse, le protéger du monde extérieur.
Au point de préférer le lait maternisé à celui pourtant fait pour, de sa propre mère.
Mère qui je me le demande, a pu m’apparaître étrangère, puisqu’ aussitôt né aussitôt enlevé. Et pas de contact, d’odeur, de toucher, dont on sait l’importance pour le développement, comme l’effet calmant du contact avec le parent ou la personne faisant office de maman.   
Le calmant fut le coup de cidre dans le biberon de la nourrice.

Bref à quatorze ans déjà j’avais besoin d’argent et j’ai travaillé dès que j’ai pu. Et aussi vendu des stupéfiants, mais à 40 ans se retrouver sans une clope ni à manger, à -1000e de découvert, c’est la fin des haricots…
En devenant un malade, je suis devenu dépendant de l’aide sociale et médicale.
Et j’ai perdu les ressorts et la débrouillardise inhérente aux conditions hostiles dans les quelles évolue le consommateur de produits illicite, en proie à l’addiction.
Supprimer la drogue ne supprime pas le problème, pourquoi n’accorder qu’aux riches la possibilité de fumer sans se priver sur autre chose?

Il coûterait bien moins cher à la société de traiter les maux que de réprimer leurs symptômes, quoi qu’il en soit les addicts ne seront jamais qu’une minorité, on peut les emprisonner, les mettre en hospitalisation, mais on peut aussi les accompagner, pour limiter l’impact de l’addiction ou de la consommation sur leur santé, et sur leurs vies, ainsi que sur celles de leurs proches.

Selon que vous serez riche et bien portant,
ou pauvre et malade…

Heureusement on est en France, pour la prise en charge il y a vraiment pire, jusqu’à l’Indonesie où l’on est récompensé par une prime si l’on tue un junki.
Mais n’est-il pas préférable de regarder vers le haut que de se targuer de ne pas être les pires, ce sera un autre sujet, le fait que les prisons françaises sont régulièrement condamnées par la cour européenne des droits de l’Homme, et que beaucoup des détenus y séjournent pour usage ou possession de stup’, et surtout que les noirs et les Arabes y sont sur-représentés.
Normal s’ils sont 20 fois plus contrôlés.

Comme ce jeune Kalief, R.I.P.,
qui fut d’abord la victime d’une politique, celle appliquée également (inégalement) devrais-je dire, en France, à Paris. Déjà, quand on choisit pour préfet Mr Lallemand, c’est envoyer un message aux policiers, «vous êtes couverts», ce qui à NY se nomme le stop and frisk s’appelle ici le contrôle d’identité au faciès à répétition, ou plus simplement  le harcèlement et le racisme policier. Les bavures ne touchent pas que les minorités, mais sont plus courantes dans les endroits de ‘non droit’, quand les flics ont peur, ou ont la haine, ça dérape, mais on le sait, il y a des ordres…
Pardon il faut une police, et heureusement qu’il y en a une, mais surtout, dîtes vous, qu’on a de la chance, en France, puisque nous sommes le seul pays du monde où les violences policières n’existent pas!

Catégorie : Tranche de vie - 16 juin 2020 à  09:12



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